{"id":6509,"date":"2025-11-05T16:24:15","date_gmt":"2025-11-05T15:24:15","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6509"},"modified":"2025-11-05T16:43:47","modified_gmt":"2025-11-05T15:43:47","slug":"chronique-carole-darricarrere-une-lecture-mot-a-maux-a-propos-de-catherine-weinzaepflen-un-precipite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/11\/05\/chronique-carole-darricarrere-une-lecture-mot-a-maux-a-propos-de-catherine-weinzaepflen-un-precipite\/","title":{"rendered":"[Chronique] Carole Darricarr\u00e8re, Une lecture mot \u00e0 maux (\u00e0 propos de Catherine Weinzaepflen, Un pr\u00e9cipit\u00e9)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Catherine Weinzaepflen, <strong><em>Un pr\u00e9cipit\u00e9<\/em><\/strong>, Flammarion, en librairie depuis le 29 octobre 2025, 120 pages, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-08-014363-1.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 quelques exceptions pr\u00e8s, il n&rsquo;existe \u00e0 ma connaissance pas de meilleur st\u00e9thoscope que les \u0153uvres d\u2019art pour prendre le pouls de l&rsquo;\u00e9tat du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il suffit d&rsquo;ouvrir un livre de po\u00e9sie contemporaine pour s&rsquo;en convaincre.\u00a0Non, la po\u00e9sie n&rsquo;est pas d\u00e9connect\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9. Plus que jamais, tant par la forme que par le fond, elle est son oblig\u00e9e\u00a0: un reflet \u00e0 la crois\u00e9e du collectif et du particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, quand le monde va mal et contamine la langue jusque dans les retranchements de sa psych\u00e9, comment faire acte de solidarit\u00e9 tout en restant fid\u00e8le \u00e0 soi-m\u00eame sur fond de chaos\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faire acte, ainsi en va-t-il de la voix de Catherine Weinzaepflen qui, poursuivant son travail d&rsquo;introspection dans ce qui ressemble \u00e0 une ultime tentative d\u2019appropriation de son histoire personnelle, garde grande ouverte une oreille sur le monde : de l&rsquo;intime \u00e0 l&rsquo;extime franchissant les espaces-temps \u00e0 la faveur d\u2019un set de raccourcis &amp; d\u2019appels d\u2019air \u2013 hier\/aujourd&rsquo;hui, l\u2019Alsace\/l&rsquo;Afrique\/l&rsquo;Ukraine \u2013 ce dispositif lapidant aussi bien son histoire personnelle que l&rsquo;Histoire elle-m\u00eame \u00e0 hauteur de ce que l\u2019Histoire fait \u00e0 son tour \u00e0 l\u2019histoire et l\u2019histoire enfin \u00e0 la langue. L\u2019ouvrage reposant sur une mise en abyme, la forme qu\u2019il adopte et la direction qu\u2019il prend procurent un sentiment de d\u00e9s\u0153uvrement teint\u00e9 de fatalit\u00e9. Tournants. \u00c9miettement du souvenir &amp; d\u00e9litement de l&rsquo;enfance. Recul de l&rsquo;\u00e9criture. Difficult\u00e9 \u00e0 trouver sa place et \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 son \u00e9poque. Bruit de bottes en \u00e9cho \u00e0 la dr\u00f4le de petite guerre int\u00e9rieure que chacun se fait \u00e0 soi-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6511\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_presente-Precipites.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"675\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_presente-Precipites.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_presente-Precipites-240x300.jpg 240w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_presente-Precipites-120x150.jpg 120w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_presente-Precipites-366x458.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Un pr\u00e9cipit\u00e9<\/em><\/strong> est un livre d&rsquo;interf\u00e9rences. Elles fusent, du pass\u00e9, de l&rsquo;actualit\u00e9 autant que de l&rsquo;avenir, des quatre points cardinaux, comme autant de motifs \u00e0 interruption de t\u00e2che. S\u2019y entrechoquent les conflits personnels qui l\u2019agitent et les foyers de guerre qui y font \u00e9cho et rythment nos existences. L&rsquo;\u00e9criture &amp; la lecture nous y ramenant ne s&rsquo;av\u00e8rent ici d&rsquo;aucun secours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enfant int\u00e9rieur, ce gardien qui babille depuis l\u2019origine dans le hors-langue d\u2019un \u00e9tat de gr\u00e2ce sans avoir \u00e0 nommer ni penser les sensations brutes qui le submergent, en fait aussi les frais.<\/p>\n<p><em>&#8211; tu penses quoi ?<\/em> (demande Wendy \u00e0 son amie)<\/p>\n<p><em>&#8211; \u00e0 quoi je pense ?<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; non, penser, juste penser<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; c\u2019est quoi ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Menue monnaie faisant figure de pourboire du continent confondant de l\u2019innocence dont le forceps de la raison inexorablement nous s\u00e9pare\u00a0: le livre en atteste sans \u00e9panchement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enfant\u00a0Wendy reste in vivo un Autre, sorte de jumeau quasi \u00e9tranger, le soi plus vrai que nature d\u2019un moi\u00a0: frayant entre les contradictions de l\u2019existence, son \u00e9ternit\u00e9 propre &amp; miraculeuse est le portail de l\u2019or du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Wendy a beau grandir avec de plus en plus de nettet\u00e9 au fil des pages, la goutte-m\u00e8re de son quant-\u00e0-soi ne s\u2019apprivoisera pour autant jamais\u00a0: l&rsquo;enfant que l&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 et qui nous constitue, de loin, \u00e0 jamais, ce fant\u00f4me, ses poses, ses mues \u2013 ce reflet fondamental brouillon de l&rsquo;\u00e2ge adulte \u2013, la part de ce qui se refuse \u00e0 grandir en nous d\u00e8s l&rsquo;enfance, des ann\u00e9es plus tard l\u2019objectivit\u00e9 ne les r\u00e9v\u00e8le qu\u2019en les trahissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aucun travail de langue ne saurait le porter sinon le choix radical d\u2019une \u00e9criture blanche en qu\u00eate de d\u00e9pouillement rejetant la <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6517\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_Precipite.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"338\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_Precipite.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_Precipite-195x300.jpg 195w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_Precipite-98x150.jpg 98w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>tournure\u00a0; le joug d&rsquo;une \u00e9conomie de style &amp; de mots assum\u00e9e faisant son lit de la suggestion\u00a0;\u00a0le pain et l&rsquo;eau d&rsquo;un langage enfantin r\u00e9solument lisible \u00e0 port\u00e9e de pens\u00e9e\u00a0; un filet de minceur vapotant &amp; s&rsquo;\u00e9vaporant \u00e0 mesure qu&rsquo;il traverse la page \u00e0 la fa\u00e7on dont une verticale de condensation se r\u00e9sume en une signature flottant dans le ciel invers\u00e9 de destinations &amp; de pens\u00e9es hors d&rsquo;atteinte,\u00a0confront\u00e9 ici &amp; maintenant au souffle viril d\u2019une actualit\u00e9 saillante, laquelle favorise l&rsquo;irruption d&rsquo;une disruption de la pens\u00e9e\u00a0induisant associations spontan\u00e9es et lectures sous-jacentes en \u00e9cho \u00e0 toutes les strates du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la cour de ferme d&rsquo;antan \u00e0 la batterie,\u00a0la fin d&rsquo;un monde rencontre la fin du monde, la fin de la calligraphie concorde avec la fin de l&rsquo;\u00e9criture. La posture politicienne aura raison de la po\u00e9sie au m\u00eame titre que les \u00e9pandages ont raison du bleu du ciel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En regard des sables mouvants de l\u2019\u00e9vocation intime, le parti est pris d\u2019inviter l\u2019empreinte parasite de ces pens\u00e9es stationnaires qui s&rsquo;autog\u00e9n\u00e8rent sous forme de sous-conversations et nous traversent \u00e0 la jonction intempestive de l&rsquo;omnipr\u00e9sent &amp; de notre histoire personnelle. Ainsi se croisent, \u00e0 l\u2019aune du tranchant d\u2019un coup d\u2019\u00e9p\u00e9e, la rem\u00e9moration de l&rsquo;effroi primordial d&rsquo;une sc\u00e8ne de m\u00e9nage v\u00e9cue en bas-\u00e2ge \u00e0 hauteur de mollets &amp; les stigmates que la narration m\u00e9diatique de la guerre g\u00e9n\u00e8re. De sorte qu&rsquo;au fil des pages, les lignes de s\u00e9paration &amp; les lignes de fracture faisant <em>en miroir<\/em> barrage \u00e0 la r\u00e9citation perp\u00e9tuelle de l\u2019intime, quelque chose fait obstacle qui se r\u00e9p\u00e8te et creuse un foss\u00e9 dans lequel le pass\u00e9 &amp; le pr\u00e9sent in fine convergent et nous \u00e9chappent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On retrouvera dans ce <em>pr\u00e9cipit\u00e9 <\/em>les fondamentaux propres \u00e0 l\u2019auteure\u00a0: l&rsquo;Afrique associ\u00e9e au p\u00e8re, l&rsquo;Alsace \u00e0 la m\u00e8re, les r\u00e9sidus de son pass\u00e9 &amp; les souvenirs doux-amers d&rsquo;une certaine ruralit\u00e9 de longue date remplac\u00e9e diminuant dans le recouvrement perp\u00e9tuel du passage des ann\u00e9es et la menace d&rsquo;un chaos mondial, le collectif ayant raison du particulier, \u00ab\u00a0<em>l\u2019extr\u00eame pr\u00e9sent<\/em>\u00a0\u00bb du pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La grande histoire est-elle soluble dans la petite histoire\u00a0et vice versa ? La r\u00e9alit\u00e9 la plus abrupte dans la po\u00e9sie\u00a0? M\u00e9lange des genres. Tension. Maux. Non-dits qui fusillent \u00e0 petit feu. Mots qui f\u00e2chent blessent et divisent. Maux de la guerre et guerre des mots. Mot \u00e0 maux que l&rsquo;on ne saurait rayer du paysage sonore. Clous que l&rsquo;on vous enfonce dans les oreilles. Cailloux tendus \u00e0 l&rsquo;arbal\u00e8te. En vain oui, jets d&rsquo;encre. Non, conflits de la pens\u00e9e. Combat du pot de terre contre le pot de fer. Petites morts &amp; sursauts de la po\u00e9sie en direct rien \u00e0 faire. Dessine-moi la paix. La politique en dernier recours ayant raison du po\u00e8te. Salive de phoque.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6510\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_BackG.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"405\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_BackG.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_BackG-300x225.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_BackG-150x113.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Weinzaepflen_BackG-366x275.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je retiens que <em>\u00ab\u00a0le pire est \u00e0 venir\u00a0\u00bb <\/em>&amp; que [l\u2019]<em> \u00ab\u00a0on croit que\/on pense que\/or il n&rsquo;y a pas d&rsquo;enfance heureuse<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me demande apr\u00e8s Annie Le Brun (1942-2024) si \u00ab\u00a0<em>l\u2019insurrection lyrique<\/em>\u00a0\u00bb envisag\u00e9e comme \u00ab\u00a0<em>le d\u00e9veloppement d\u2019une protestation<\/em>\u00a0\u00bb ne serait pas en dernier recours un rem\u00e8de souverain plut\u00f4t qu\u2019un mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Catherine Weinzaepflen, Un pr\u00e9cipit\u00e9, Flammarion, en librairie depuis le 29 octobre 2025, 120 pages, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-08-014363-1. \u00a0 \u00c0 quelques exceptions pr\u00e8s, il n&rsquo;existe \u00e0 ma connaissance pas de meilleur st\u00e9thoscope que les \u0153uvres d\u2019art pour prendre le pouls de l&rsquo;\u00e9tat du monde. Il suffit d&rsquo;ouvrir un livre de po\u00e9sie contemporaine pour s&rsquo;en convaincre.\u00a0Non, la po\u00e9sie n&rsquo;est pas d\u00e9connect\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9. Plus que jamais, tant par la forme que par le fond, elle est son oblig\u00e9e\u00a0: un reflet \u00e0 la crois\u00e9e du collectif et du particulier. D\u00e8s lors, quand le monde va mal et contamine la langue jusque dans les retranchements de sa psych\u00e9, comment faire acte de solidarit\u00e9 tout en restant fid\u00e8le \u00e0 soi-m\u00eame sur fond de chaos\u00a0? Faire acte, ainsi en va-t-il de la voix de Catherine Weinzaepflen qui, poursuivant son travail d&rsquo;introspection dans ce qui ressemble \u00e0 une ultime tentative d\u2019appropriation de son histoire personnelle, garde grande ouverte une oreille sur le monde : de l&rsquo;intime \u00e0 l&rsquo;extime franchissant les espaces-temps \u00e0 la faveur d\u2019un set de raccourcis &amp; d\u2019appels d\u2019air \u2013 hier\/aujourd&rsquo;hui, l\u2019Alsace\/l&rsquo;Afrique\/l&rsquo;Ukraine \u2013 ce dispositif lapidant aussi bien son histoire personnelle que l&rsquo;Histoire elle-m\u00eame \u00e0 hauteur de ce que l\u2019Histoire fait \u00e0 son tour \u00e0 l\u2019histoire et l\u2019histoire enfin \u00e0 la langue. L\u2019ouvrage reposant sur une mise en abyme, la forme qu\u2019il adopte et la direction qu\u2019il prend procurent un sentiment de d\u00e9s\u0153uvrement teint\u00e9 de fatalit\u00e9. Tournants. \u00c9miettement du souvenir &amp; d\u00e9litement de l&rsquo;enfance. Recul de l&rsquo;\u00e9criture. Difficult\u00e9 \u00e0 trouver sa place et \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 son \u00e9poque. Bruit de bottes en \u00e9cho \u00e0 la dr\u00f4le de petite guerre int\u00e9rieure que chacun se fait \u00e0 soi-m\u00eame. Un pr\u00e9cipit\u00e9 est un livre d&rsquo;interf\u00e9rences. Elles fusent, du pass\u00e9, de l&rsquo;actualit\u00e9 autant que de l&rsquo;avenir, des quatre points cardinaux, comme autant de motifs \u00e0 interruption de t\u00e2che. S\u2019y entrechoquent les conflits personnels qui l\u2019agitent et les foyers de guerre qui y font \u00e9cho et rythment nos existences. L&rsquo;\u00e9criture &amp; la lecture nous y ramenant ne s&rsquo;av\u00e8rent ici d&rsquo;aucun secours. L\u2019enfant int\u00e9rieur, ce gardien qui babille depuis l\u2019origine dans le hors-langue d\u2019un \u00e9tat de gr\u00e2ce sans avoir \u00e0 nommer ni penser les sensations brutes qui le submergent, en fait aussi les frais. &#8211; tu penses quoi ? (demande Wendy \u00e0 son amie) &#8211; \u00e0 quoi je pense ? &#8211; non, penser, juste penser &#8211; c\u2019est quoi ? Menue monnaie faisant figure de pourboire du continent confondant de l\u2019innocence dont le forceps de la raison inexorablement nous s\u00e9pare\u00a0: le livre en atteste sans \u00e9panchement. L\u2019enfant\u00a0Wendy reste in vivo un Autre, sorte de jumeau quasi \u00e9tranger, le soi plus vrai que nature d\u2019un moi\u00a0: frayant entre les contradictions de l\u2019existence, son \u00e9ternit\u00e9 propre &amp; miraculeuse est le portail de l\u2019or du temps. Wendy a beau grandir avec de plus en plus de nettet\u00e9 au fil des pages, la goutte-m\u00e8re de son quant-\u00e0-soi ne s\u2019apprivoisera pour autant jamais\u00a0: l&rsquo;enfant que l&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 et qui nous constitue, de loin, \u00e0 jamais, ce fant\u00f4me, ses poses, ses mues \u2013 ce reflet fondamental brouillon de l&rsquo;\u00e2ge adulte \u2013, la part de ce qui se refuse \u00e0 grandir en nous d\u00e8s l&rsquo;enfance, des ann\u00e9es plus tard l\u2019objectivit\u00e9 ne les r\u00e9v\u00e8le qu\u2019en les trahissant. Aucun travail de langue ne saurait le porter sinon le choix radical d\u2019une \u00e9criture blanche en qu\u00eate de d\u00e9pouillement rejetant la tournure\u00a0; le joug d&rsquo;une \u00e9conomie de style &amp; de mots assum\u00e9e faisant son lit de la suggestion\u00a0;\u00a0le pain et l&rsquo;eau d&rsquo;un langage enfantin r\u00e9solument lisible \u00e0 port\u00e9e de pens\u00e9e\u00a0; un filet de minceur vapotant &amp; s&rsquo;\u00e9vaporant \u00e0 mesure qu&rsquo;il traverse la page \u00e0 la fa\u00e7on dont une verticale de condensation se r\u00e9sume en une signature flottant dans le ciel invers\u00e9 de destinations &amp; de pens\u00e9es hors d&rsquo;atteinte,\u00a0confront\u00e9 ici &amp; maintenant au souffle viril d\u2019une actualit\u00e9 saillante, laquelle favorise l&rsquo;irruption d&rsquo;une disruption de la pens\u00e9e\u00a0induisant associations spontan\u00e9es et lectures sous-jacentes en \u00e9cho \u00e0 toutes les strates du temps. De la cour de ferme d&rsquo;antan \u00e0 la batterie,\u00a0la fin d&rsquo;un monde rencontre la fin du monde, la fin de la calligraphie concorde avec la fin de l&rsquo;\u00e9criture. La posture politicienne aura raison de la po\u00e9sie au m\u00eame titre que les \u00e9pandages ont raison du bleu du ciel. En regard des sables mouvants de l\u2019\u00e9vocation intime, le parti est pris d\u2019inviter l\u2019empreinte parasite de ces pens\u00e9es stationnaires qui s&rsquo;autog\u00e9n\u00e8rent sous forme de sous-conversations et nous traversent \u00e0 la jonction intempestive de l&rsquo;omnipr\u00e9sent &amp; de notre histoire personnelle. Ainsi se croisent, \u00e0 l\u2019aune du tranchant d\u2019un coup d\u2019\u00e9p\u00e9e, la rem\u00e9moration de l&rsquo;effroi primordial d&rsquo;une sc\u00e8ne de m\u00e9nage v\u00e9cue en bas-\u00e2ge \u00e0 hauteur de mollets &amp; les stigmates que la narration m\u00e9diatique de la guerre g\u00e9n\u00e8re. De sorte qu&rsquo;au fil des pages, les lignes de s\u00e9paration &amp; les lignes de fracture faisant en miroir barrage \u00e0 la r\u00e9citation perp\u00e9tuelle de l\u2019intime, quelque chose fait obstacle qui se r\u00e9p\u00e8te et creuse un foss\u00e9 dans lequel le pass\u00e9 &amp; le pr\u00e9sent in fine convergent et nous \u00e9chappent. On retrouvera dans ce pr\u00e9cipit\u00e9 les fondamentaux propres \u00e0 l\u2019auteure\u00a0: l&rsquo;Afrique associ\u00e9e au p\u00e8re, l&rsquo;Alsace \u00e0 la m\u00e8re, les r\u00e9sidus de son pass\u00e9 &amp; les souvenirs doux-amers d&rsquo;une certaine ruralit\u00e9 de longue date remplac\u00e9e diminuant dans le recouvrement perp\u00e9tuel du passage des ann\u00e9es et la menace d&rsquo;un chaos mondial, le collectif ayant raison du particulier, \u00ab\u00a0l\u2019extr\u00eame pr\u00e9sent\u00a0\u00bb du pass\u00e9. La grande histoire est-elle soluble dans la petite histoire\u00a0et vice versa ? La r\u00e9alit\u00e9 la plus abrupte dans la po\u00e9sie\u00a0? M\u00e9lange des genres. Tension. Maux. Non-dits qui fusillent \u00e0 petit feu. Mots qui f\u00e2chent blessent et divisent. Maux de la guerre et guerre des mots. Mot \u00e0 maux que l&rsquo;on ne saurait rayer du paysage sonore. Clous que l&rsquo;on vous enfonce dans les oreilles. Cailloux tendus \u00e0 l&rsquo;arbal\u00e8te. En vain oui, jets d&rsquo;encre. Non, conflits de la pens\u00e9e. Combat du pot de terre contre le pot de fer. Petites morts &amp; sursauts de la po\u00e9sie en direct rien \u00e0 faire. Dessine-moi la paix. La politique en dernier recours ayant raison du po\u00e8te. Salive de phoque. Je retiens que \u00ab\u00a0le&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6513,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[195,2499,289,2805],"class_list":["post-6509","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-carole-darricarrere","tag-catherine-weinzaepflen","tag-editions-flammarion","tag-histoire-et-histoire"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6509","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6509"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6509\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6518,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6509\/revisions\/6518"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6513"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6509"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6509"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6509"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}