{"id":6537,"date":"2025-11-13T10:06:34","date_gmt":"2025-11-13T09:06:34","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6537"},"modified":"2025-11-13T12:01:42","modified_gmt":"2025-11-13T11:01:42","slug":"chronique-jean-pascal-dubost-lettre-a-brice-bonfanti-au-sujet-des-chants-dutopie-quatrieme-cycle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/11\/13\/chronique-jean-pascal-dubost-lettre-a-brice-bonfanti-au-sujet-des-chants-dutopie-quatrieme-cycle\/","title":{"rendered":"[Chronique] Jean-Pascal Dubost, Lettre \u00e0 Brice Bonfanti au sujet des Chants d\u2019Utopie, quatri\u00e8me cycle"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\">Paimpont, le 28 octobre 2025<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cher Brice,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici mon plaisir \u00e0 rendre compte d\u2019une vaste \u0153uvre telle que la tienne, cette infatigable travers\u00e9e des mondes et des temps sur les traces de l\u2019humain que repr\u00e9sente, \u00e0l\u2019instar des trois pr\u00e9c\u00e9dents cycles, ce quatri\u00e8me cycle de ton \u00e9pop\u00e9e-tourbillon, ayant totalement conscience du risque d\u2019\u00eatre trop \u00e9l\u00e9mentaire, donc rudimentaire, autrement dit tr\u00e8s-imparfait dans ma lecture.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-6550\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Tourbillon_epique-1.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"498\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Tourbillon_epique-1.jpg 500w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Tourbillon_epique-1-300x277.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Tourbillon_epique-1-150x138.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Tourbillon_epique-1-366x337.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019h\u00e9ritage du genre \u00ab\u00a0\u00e9pop\u00e9e\u00a0\u00bb n\u2019est pas de charge l\u00e9g\u00e8re, tant de nombreuses \u0153uvres ou de nombreux \u00e9pop\u00e9istes auront marqu\u00e9 l\u2019histoire du genre, de <em>L\u2019\u00e9pop\u00e9e de Gilgamesh<\/em> \u00e0 toi, on citera tr\u00e8s lacunairement <em>L\u2019Illiade<\/em> et <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, l\u2019<em>Edda<\/em>, le <em>Mah\u0101bh\u0101rata, Le Mabinogi, <\/em><em>Le Dit du Genji<\/em>, <em>La Chanson de Roland<\/em>, <em>Les Lusiades<\/em>, <em>La <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6544\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bonfanti.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"253\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bonfanti.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bonfanti-133x150.jpg 133w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>Divine Com\u00e9die<\/em>, H\u00e9siode, Virgile, Victor Hugo, Ezra Pound, William Carlos Williams, Pablo Neruda, Pierre Albert-Birot, sans oublier <em>Le Seigneur des Anneaux<\/em> de Tolkien ou bien encore, duss\u00e9-je faire souffrir les puristes, <em>Le Tr\u00f4ne de Fer<\/em> de G. G. Martin, et plus pr\u00e8s de nous\u00a0: Jacques Darras, Patrick Beurard-Valdoye, Ivar Ch\u2019Vavar, Patrick Quillier et Pierre Vinclair (tr\u00e8s non-exhaustivement parlant). Cela pour un genre qui, dans son \u00e9volution, est lui-m\u00eame une \u00e9pop\u00e9e, tant il a subi de grands mouvements l\u2019ind\u00e9finissant incessamment, chamboulant les premi\u00e8res d\u00e9finitions. \u00c0 chaque grand texte, sa red\u00e9finition du genre, mais surtout son absolu, non pas dans la perspective d\u2019un ach\u00e8vement aboutissant sur le Beau, le Vrai, l\u2019Id\u00e9al ind\u00e9passable, mais comme ouverture sur une Totalit\u00e9 ouverte et g\u00e9n\u00e9reuse. Chaque \u00e9pop\u00e9e ouvre sur un nouveau monde effondrant l\u2019ancien. Souventes fois, l\u2019\u00e9pop\u00e9e a troqu\u00e9 l\u2019histoire nationale pour l\u2019histoire individuelle. Une vaste entreprise est la tienne, qui n\u00e9cessite courage et patience, puisque ces cycles d\u2019Utopie sont pr\u00e9vus pour \u00eatre 9, chaque cycle compos\u00e9 de 3 Livres de 3 chants (= 9 chants\/cycle), chacun est le gros \u0153uvre d\u2019un grand \u0153uvre\u00a0; autrement dit, l\u2019\u0153uvre d\u2019une vie. Jouissant du pouvoir d\u00e9miurgique de l\u2019\u00e9crivain de jouer du Temps, tes chants ne r\u00e9pondent pas \u00e0 une logique de num\u00e9rotation ni \u00e0 une chronologie universelle, c\u2019est chamboule-tout et chaos. En revanche, ils reposent sur une construction stricte (le grand chiffre 9) et sur un principe de base\u00a0: chaque chant associe un lieu (le P\u00e9rou, l\u2019Afrique, Alexandrie, l\u2019Iran, le Sahara\u2026) et une figure (des philosophes, un alchimiste, une r\u00e9volutionnaire, un moine\u2026) habill\u00e9e du pr\u00e9texte pour aller fouiller l\u2019histoire d\u2019un lieu micro-m\u00e9tonymique du monde et en proposer une lecture de son histoire ballot\u00e9e dans l\u2019Histoire, suivant un<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-6541\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Galaxies_Campos.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"224\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Galaxies_Campos.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Galaxies_Campos-150x150.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Galaxies_Campos-144x144.jpg 144w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Galaxies_Campos-75x75.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/> ordonnancement al\u00e9atoirement strict, cr\u00e9ant un Non-Lieu, une U-topie, le Monde (le Monde tel que tu le r\u00eaves). Ta circumnavigation verbale est une attraction terrestre, une verbig\u00e9ration chamanique pour que sourde le Verbe de l\u2019Histoire des humains et des sols qu\u2019ils foulent. Ce verbe, il s\u2019auto-engendre, emport\u00e9 par son propre chaos, est compos\u00e9 d\u2019\u00e9chos ou d\u2019entrechocs sonores (allit\u00e9rations, assonances, hom\u00e9ot\u00e9leutes etc.), compos\u00e9 m\u00eamement d\u2019un vaste complexe de r\u00e9p\u00e9titions et d\u2019\u00e9num\u00e9rations o\u00f9 paronomases et hypozeuxes s\u2019entrelacent et sculptent le N\u00e9ant, ouvrent sur une Totalit\u00e9 inou\u00efe, \u00ab\u00a0\u00c7a ouvre, \u00e7a \u0153uvre, et \u00e7a ouvre et \u00e7a \u0153uvre et \u00e7a acte, \u00e7a op\u00e8re et \u00e7a acte, acte \u0153uvrier, acte ouvrant et ouvreur et ouvr\u00e9, acte ouvrier, acte op\u00e9rant, \u00e7a ouvre en acte, \u00e7a \u0153uvre en acte, et \u00e7a ouvre et \u00e7a \u0153uvre et \u00e7a acte, acte ouvreur et ouvrant, acte op\u00e9rant, op\u00e9ratoire et premier acte d\u2019op\u00e9ra, \u0153uvre commune, comme un ouvroir\u00a0\u00bb. D\u2019\u00e9chos en \u00e9chos, et j\u2019oserais dire, d\u2019\u00e9chaos en \u00e9chaos, les po\u00e8mes \u00e9l\u00e8vent une tour de babil, \u00ab\u00a0chantonnons maintenant, par la parole du babil ant\u00e9c\u00e9dant tout mot, tout temps, babil hors temps, pour trouver l\u2019Or du temps, Bien cach\u00e9 dans la boue du temps sale\u00a0: l\u2019Enfant \u00bb. S\u2019agirait-il de retrouver l\u2019enfance de l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019enfance du Verbe\u00a0? Tes chants ne sont pas sans rappeler une \u00e9pop\u00e9e grandissime et d\u2019un autre continent, cette \u0153uvre-somme que sont les <em>Galaxies<\/em> de Haroldo de Campos\u00a0(que je tiens pour \u0153uvre immense et malheureusement m\u00e9connue) :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0et ici je commence et ici je me lance et ici j\u2019avance ce commencement<br \/>\net je relance et j\u2019y pense quand on vit sous l\u2019esp\u00e8ce du voyage ce n\u2019est<br \/>\npas le voyage qui compte mais le commencement du et pour \u00e7a je mesure et<br \/>\nl\u2019\u00e9pure s\u2019\u00e9pure et je m\u2019\u00e9lance \u00e9crire millepages mille-et-une pages pour en<br \/>\nfinir avec en commencer avec l\u2019\u00e9criture en finircommencer avec l\u2019\u00e9criture\u2026\u00a0\u00bb<sup>1<\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ce commencement sans fin qui est en jeu dans tes chants. Des chants qui comme les <em>galaxies <\/em>sont des myriades et des kyrielles de paroles. Anim\u00e9 d\u2019un grand souffle, ils sont pneumatiques, chantent non pas l\u2019homme, ni ses combats, mais le verbe, \u0153uvrent pour un lyrisme du verbe. On entend le souffle cr\u00e9ateur qui jamais ne s\u2019essouffle et qui toujours g\u00e9n\u00e8re une \u00e9nergie pulsante, et ton \u00e9nergie chamanique op\u00e9rant sur la page vise \u00e0 faire remonter l\u2019\u00e9nergie du n\u00e9ant dont est issu l\u2019humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les nombreux n\u00e9ologismes pr\u00e9sents (mots-valises, agglutinations, percussions homonymiques) sont des trou\u00e9es infinies de sens (\u00ab\u00a0momenternellement\u00a0\u00bb) nous projetant <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6547\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bonfanti_Utopie4.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bonfanti_Utopie4.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bonfanti_Utopie4-113x150.jpg 113w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>dans une cosmologie quasi fabuleuse. Tentative cosmologique que j\u2019ose relier avec l\u2019\u0153uvre de Du Bartas, <em>La Sepmaine<\/em> (1578), non pas au sens des <em>hexamera<\/em> antiques dont celle-ci participe et dont tu ne participes pas, mais au sens o\u00f9 tes chants sont une recr\u00e9ation du monde par le chiffre symbolique 9, le dernier chiffre, celui qui annonce une fin et un recommencement (aurais-tu donc cr\u00e9\u00e9 l\u2019enn\u00e9a\u00e9m\u00e9ron\u00a0?). Prolixit\u00e9, foisonnance, luxuriance lexicale et s\u00e9mantique et labilit\u00e9 miment le grouillement vitaliste des civilisations, font de ton opus un \u00e9on baroque, sempiternellement en mouvement\u00a0; commen\u00e7ant\u00a0; finissant\u00a0; recommen\u00e7ant\u00a0; un baroque qui n\u2019est pas fig\u00e9 dans les XVI<sup>e<\/sup> et XVII<sup>e <\/sup>si\u00e8cles, mais qui se renouvelle \u00e0 chaque \u00e9poque gr\u00e2ce \u00e0 des \u0153uvres comme la tienne, n\u00e9anmoins rattach\u00e9e aux origines du baroque, en cela, descendante de l\u2019\u0153uvre baroque de Du Bartas. Tes enn\u00e9ades cycliques louent (contradictoirement) l\u2019humanit\u00e9 en ses vertus, qualit\u00e9s, vices et d\u00e9fauts\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis les villes polluantes qu\u2019il nous faut d\u00e9polluer, d\u00e9villiser des viles villes notre terre, Terre, \u00e0 resacrer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019instar des <em>Cantos<\/em> de Pound, tes chants creusent jusqu\u2019aux fondements de l\u2019Histoire, civilisation apr\u00e8s civilisation, forant avec ces figures choisies que j\u2019\u00e9voquai l\u2019histoire de telle ou telle civilisation, et tout comme les <em>cantos <\/em>poundiens, se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre de v\u00e9ritables puits de science de l\u2019humanit\u00e9\u00a0; \u00e7a bout de r\u00e9f\u00e9rences, qui souventes fois nous \u00e9chappent, et c\u2019est normal, le savoir humain est fait d\u2019un grand insavoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du Bartas, de Campos et Pound est un peu la trinit\u00e9 sous laquelle je placerais ton travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce que tu es las de ce monde ancien\u00a0? Non point, tes chants \u00e0 la fois te vivifient et te d\u00e9tournent de la lassitude en frottant les mots les uns contre les autres ainsi provoquant des \u00e9tincelles, celles du feu cr\u00e9ateur (celui de l\u2019enthousiasme \u00e0 cr\u00e9er dans la boue du monde)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0En attendant, le monde est de moins en moins monde, le doux de moins en moins doux,<br \/>\net l\u2019immonde est de plus en plus immonde, et l\u2019amer de plus en plus amer.<br \/>\nC\u2019est de plus en plus dur d\u2019\u00eatre doux dans le monde de plus en plus dur, certes.<br \/>\nMais l\u2019exigence est proportionnellement inverse \u00e0 l\u2019immonde grandissant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tu \u00e9cris plus loin\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0qui d\u00e9teste le monde aime encore le monde.<br \/>\nor le monde me chaut et ne me chaut, et ni me chant ni ne me chaut<br \/>\net m\u2019a chalu, et ne me chaudra plus\u00a0: je ne le vomis pas\u00a0:<br \/>\nle monde n\u2019est ni chaud, ni froid, ni chaud qui me chaille et ni froid qui ne me chaille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, pour achever cette modeste missive faisant \u00e9tat d\u2019un enthousiasme de lecture, j\u2019ai lu plus qu\u2019un livre-monde, mais un livre d\u2019amour du monde malgr\u00e9 le monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Jean-Pascal Dubost<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Brice Bonfanti, <strong><em>Chants d\u2019Utopie, quatri\u00e8me cycle<\/em><\/strong>, Sens &amp; Tonka, octobre 2025, 216 pages, 19,50 \u20ac.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>1 <\/sup>Haroldo de Campos, <em>Galaxies<\/em>, trad. In\u00eas Oseki-D\u00e9pr\u00e9 &amp; l\u2019auteur, La Main Courante, 1998, cet extrait en est l\u2019incipit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paimpont, le 28 octobre 2025 Cher Brice, Voici mon plaisir \u00e0 rendre compte d\u2019une vaste \u0153uvre telle que la tienne, cette infatigable travers\u00e9e des mondes et des temps sur les traces de l\u2019humain que repr\u00e9sente, \u00e0l\u2019instar des trois pr\u00e9c\u00e9dents cycles, ce quatri\u00e8me cycle de ton \u00e9pop\u00e9e-tourbillon, ayant totalement conscience du risque d\u2019\u00eatre trop \u00e9l\u00e9mentaire, donc rudimentaire, autrement dit tr\u00e8s-imparfait dans ma lecture. L\u2019h\u00e9ritage du genre \u00ab\u00a0\u00e9pop\u00e9e\u00a0\u00bb n\u2019est pas de charge l\u00e9g\u00e8re, tant de nombreuses \u0153uvres ou de nombreux \u00e9pop\u00e9istes auront marqu\u00e9 l\u2019histoire du genre, de L\u2019\u00e9pop\u00e9e de Gilgamesh \u00e0 toi, on citera tr\u00e8s lacunairement L\u2019Illiade et L\u2019Odyss\u00e9e, l\u2019Edda, le Mah\u0101bh\u0101rata, Le Mabinogi, Le Dit du Genji, La Chanson de Roland, Les Lusiades, La Divine Com\u00e9die, H\u00e9siode, Virgile, Victor Hugo, Ezra Pound, William Carlos Williams, Pablo Neruda, Pierre Albert-Birot, sans oublier Le Seigneur des Anneaux de Tolkien ou bien encore, duss\u00e9-je faire souffrir les puristes, Le Tr\u00f4ne de Fer de G. G. Martin, et plus pr\u00e8s de nous\u00a0: Jacques Darras, Patrick Beurard-Valdoye, Ivar Ch\u2019Vavar, Patrick Quillier et Pierre Vinclair (tr\u00e8s non-exhaustivement parlant). Cela pour un genre qui, dans son \u00e9volution, est lui-m\u00eame une \u00e9pop\u00e9e, tant il a subi de grands mouvements l\u2019ind\u00e9finissant incessamment, chamboulant les premi\u00e8res d\u00e9finitions. \u00c0 chaque grand texte, sa red\u00e9finition du genre, mais surtout son absolu, non pas dans la perspective d\u2019un ach\u00e8vement aboutissant sur le Beau, le Vrai, l\u2019Id\u00e9al ind\u00e9passable, mais comme ouverture sur une Totalit\u00e9 ouverte et g\u00e9n\u00e9reuse. Chaque \u00e9pop\u00e9e ouvre sur un nouveau monde effondrant l\u2019ancien. Souventes fois, l\u2019\u00e9pop\u00e9e a troqu\u00e9 l\u2019histoire nationale pour l\u2019histoire individuelle. Une vaste entreprise est la tienne, qui n\u00e9cessite courage et patience, puisque ces cycles d\u2019Utopie sont pr\u00e9vus pour \u00eatre 9, chaque cycle compos\u00e9 de 3 Livres de 3 chants (= 9 chants\/cycle), chacun est le gros \u0153uvre d\u2019un grand \u0153uvre\u00a0; autrement dit, l\u2019\u0153uvre d\u2019une vie. Jouissant du pouvoir d\u00e9miurgique de l\u2019\u00e9crivain de jouer du Temps, tes chants ne r\u00e9pondent pas \u00e0 une logique de num\u00e9rotation ni \u00e0 une chronologie universelle, c\u2019est chamboule-tout et chaos. En revanche, ils reposent sur une construction stricte (le grand chiffre 9) et sur un principe de base\u00a0: chaque chant associe un lieu (le P\u00e9rou, l\u2019Afrique, Alexandrie, l\u2019Iran, le Sahara\u2026) et une figure (des philosophes, un alchimiste, une r\u00e9volutionnaire, un moine\u2026) habill\u00e9e du pr\u00e9texte pour aller fouiller l\u2019histoire d\u2019un lieu micro-m\u00e9tonymique du monde et en proposer une lecture de son histoire ballot\u00e9e dans l\u2019Histoire, suivant un ordonnancement al\u00e9atoirement strict, cr\u00e9ant un Non-Lieu, une U-topie, le Monde (le Monde tel que tu le r\u00eaves). Ta circumnavigation verbale est une attraction terrestre, une verbig\u00e9ration chamanique pour que sourde le Verbe de l\u2019Histoire des humains et des sols qu\u2019ils foulent. Ce verbe, il s\u2019auto-engendre, emport\u00e9 par son propre chaos, est compos\u00e9 d\u2019\u00e9chos ou d\u2019entrechocs sonores (allit\u00e9rations, assonances, hom\u00e9ot\u00e9leutes etc.), compos\u00e9 m\u00eamement d\u2019un vaste complexe de r\u00e9p\u00e9titions et d\u2019\u00e9num\u00e9rations o\u00f9 paronomases et hypozeuxes s\u2019entrelacent et sculptent le N\u00e9ant, ouvrent sur une Totalit\u00e9 inou\u00efe, \u00ab\u00a0\u00c7a ouvre, \u00e7a \u0153uvre, et \u00e7a ouvre et \u00e7a \u0153uvre et \u00e7a acte, \u00e7a op\u00e8re et \u00e7a acte, acte \u0153uvrier, acte ouvrant et ouvreur et ouvr\u00e9, acte ouvrier, acte op\u00e9rant, \u00e7a ouvre en acte, \u00e7a \u0153uvre en acte, et \u00e7a ouvre et \u00e7a \u0153uvre et \u00e7a acte, acte ouvreur et ouvrant, acte op\u00e9rant, op\u00e9ratoire et premier acte d\u2019op\u00e9ra, \u0153uvre commune, comme un ouvroir\u00a0\u00bb. D\u2019\u00e9chos en \u00e9chos, et j\u2019oserais dire, d\u2019\u00e9chaos en \u00e9chaos, les po\u00e8mes \u00e9l\u00e8vent une tour de babil, \u00ab\u00a0chantonnons maintenant, par la parole du babil ant\u00e9c\u00e9dant tout mot, tout temps, babil hors temps, pour trouver l\u2019Or du temps, Bien cach\u00e9 dans la boue du temps sale\u00a0: l\u2019Enfant \u00bb. S\u2019agirait-il de retrouver l\u2019enfance de l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019enfance du Verbe\u00a0? Tes chants ne sont pas sans rappeler une \u00e9pop\u00e9e grandissime et d\u2019un autre continent, cette \u0153uvre-somme que sont les Galaxies de Haroldo de Campos\u00a0(que je tiens pour \u0153uvre immense et malheureusement m\u00e9connue) : \u00ab\u00a0et ici je commence et ici je me lance et ici j\u2019avance ce commencement et je relance et j\u2019y pense quand on vit sous l\u2019esp\u00e8ce du voyage ce n\u2019est pas le voyage qui compte mais le commencement du et pour \u00e7a je mesure et l\u2019\u00e9pure s\u2019\u00e9pure et je m\u2019\u00e9lance \u00e9crire millepages mille-et-une pages pour en finir avec en commencer avec l\u2019\u00e9criture en finircommencer avec l\u2019\u00e9criture\u2026\u00a0\u00bb1 C\u2019est ce commencement sans fin qui est en jeu dans tes chants. Des chants qui comme les galaxies sont des myriades et des kyrielles de paroles. Anim\u00e9 d\u2019un grand souffle, ils sont pneumatiques, chantent non pas l\u2019homme, ni ses combats, mais le verbe, \u0153uvrent pour un lyrisme du verbe. On entend le souffle cr\u00e9ateur qui jamais ne s\u2019essouffle et qui toujours g\u00e9n\u00e8re une \u00e9nergie pulsante, et ton \u00e9nergie chamanique op\u00e9rant sur la page vise \u00e0 faire remonter l\u2019\u00e9nergie du n\u00e9ant dont est issu l\u2019humain. Les nombreux n\u00e9ologismes pr\u00e9sents (mots-valises, agglutinations, percussions homonymiques) sont des trou\u00e9es infinies de sens (\u00ab\u00a0momenternellement\u00a0\u00bb) nous projetant dans une cosmologie quasi fabuleuse. Tentative cosmologique que j\u2019ose relier avec l\u2019\u0153uvre de Du Bartas, La Sepmaine (1578), non pas au sens des hexamera antiques dont celle-ci participe et dont tu ne participes pas, mais au sens o\u00f9 tes chants sont une recr\u00e9ation du monde par le chiffre symbolique 9, le dernier chiffre, celui qui annonce une fin et un recommencement (aurais-tu donc cr\u00e9\u00e9 l\u2019enn\u00e9a\u00e9m\u00e9ron\u00a0?). Prolixit\u00e9, foisonnance, luxuriance lexicale et s\u00e9mantique et labilit\u00e9 miment le grouillement vitaliste des civilisations, font de ton opus un \u00e9on baroque, sempiternellement en mouvement\u00a0; commen\u00e7ant\u00a0; finissant\u00a0; recommen\u00e7ant\u00a0; un baroque qui n\u2019est pas fig\u00e9 dans les XVIe et XVIIe si\u00e8cles, mais qui se renouvelle \u00e0 chaque \u00e9poque gr\u00e2ce \u00e0 des \u0153uvres comme la tienne, n\u00e9anmoins rattach\u00e9e aux origines du baroque, en cela, descendante de l\u2019\u0153uvre baroque de Du Bartas. Tes enn\u00e9ades cycliques louent (contradictoirement) l\u2019humanit\u00e9 en ses vertus, qualit\u00e9s, vices et d\u00e9fauts\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis les villes polluantes qu\u2019il nous faut d\u00e9polluer, d\u00e9villiser des viles villes notre terre, Terre, \u00e0 resacrer.\u00a0\u00bb \u00c0 l\u2019instar des Cantos de Pound, tes chants creusent jusqu\u2019aux fondements de l\u2019Histoire, civilisation apr\u00e8s civilisation, forant avec ces figures choisies que j\u2019\u00e9voquai l\u2019histoire de telle ou telle civilisation, et tout comme les cantos poundiens, se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre de v\u00e9ritables puits de science de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6539,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[2809,2729,1931,2808,985,14,281,2807,2674],"class_list":["post-6537","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-bonfanti-epopee","tag-brice-bonfanti","tag-ezra-pound","tag-haroldo-de-campos","tag-jean-pascal-dubost","tag-patrick-beurard-valdoye","tag-pierre-vinclair","tag-sens-et-tonka-editions","tag-william-carlos-williams"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6537","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6537"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6537\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6551,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6537\/revisions\/6551"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6539"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6537"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6537"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6537"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}