{"id":6557,"date":"2025-11-19T20:04:13","date_gmt":"2025-11-19T19:04:13","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6557"},"modified":"2025-11-19T20:06:30","modified_gmt":"2025-11-19T19:06:30","slug":"chronique-henri-abril-ainsi-les-desertoirs-par-christophe-stolowicki","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/11\/19\/chronique-henri-abril-ainsi-les-desertoirs-par-christophe-stolowicki\/","title":{"rendered":"[Chronique] Henri Abril, Ainsi les d\u00e9sertoirs, par CHRISTOPHE STOLOWICKI"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Henri Abril,<em> <strong>Ainsi les <\/strong><\/em><strong>d\u00e9sertoirs<\/strong>, peinture de couverture par Aristarkh Vassilevitch Lentoukov, Z4 \u00e9ditions, octobre 2025, 104 pages, 14 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-38113-098-9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il suffit que les mots se d\u00e9calent sur les port\u00e9es du sens pour qu\u2019en sonne la charge et qu\u2019ils se rechargent d\u2019un sens qui bouleverse notre lecture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6560\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Abril_Desertoirs.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Abril_Desertoirs.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Abril_Desertoirs-212x300.jpg 212w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Abril_Desertoirs-106x150.jpg 106w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>Un titre d\u00e9testable, pourquoi titrer d\u2019un n\u00e9ologisme\u00a0? Parce que seul <em>d\u00e9sertoir, <\/em>qui mieux qu\u2019avec d\u00e9m\u00ealoir, d\u00e9versoir, d\u00e9potoir, d\u00e9boires, rime avec laminoir et l\u2019\u00e2me noire d\u2019un pass\u00e9 juif, rime avec trottoirs d\u2019un galop tourn\u00e9 au tsunami, rend exactement un mot sans doute slave lourd d\u2019avoir chemin\u00e9 de po\u00e8me en po\u00e8me jusqu\u2019\u00e0 prendre toute sa force traduit en fran\u00e7ais. Parce qu\u2019il est des d\u00e9tresses fertiles que la langue fran\u00e7aise n\u2019a pas appris \u00e0 conna\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Henri Abril, ce douloureux, ce charnel traducteur plurilingue plut\u00f4t que polyglotte (<em>polyglotte <\/em>fait trop vibrer de performance), dont le chemin de langue en langue, route de cr\u00eate sem\u00e9e de pr\u00e9cipices sur des si\u00e8cles, s\u2019attarde sur les dialectes v\u00e9cus comme des idiolectes, idiot d\u2019Europe non international \u2013 d\u2019\u00e9pouse ukrainienne, a partag\u00e9 toute sa vie entre la Russie (je devrais dire le russe, v\u00e9hicule de quelques recueils de ses po\u00e8mes, et l\u2019Espagne sa matrie (\u00ab\u00a0entre les dents un matronyme tremblant de pudeur\u00a0\u00bb), dans l\u2019entre-deux le fran\u00e7ais comme principale langue d\u2019\u00e9criture. Veuf r\u00e9cent, il se partage d\u00e9sormais entre l\u2019Ukraine meurtrie sous les obus et les drones, et une Espagne derechef antis\u00e9mite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce pacifiste chez qui la forme d\u00e9termine l\u2019action \u2013 ici des sixains par deux fois compos\u00e9s d\u2019un \u00ab\u00a0tercet ench\u00e2ss\u00e9 dans une rime slave (infl\u00e9chie ou tronqu\u00e9e apr\u00e8s consonne d\u2019appui et voyelle), distique en italique, monostiche orphelin et rescap\u00e9\u00a0\u00bb, soit la rime approximative de forte allit\u00e9ration que seule le fran\u00e7ais a conserv\u00e9e de son pass\u00e9 racinien et hugol\u00e2tre de facture th\u00e9oris\u00e9e par<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-6561\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/henri_Abril.jpg\" alt=\"\" width=\"230\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/henri_Abril.jpg 230w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/henri_Abril-144x150.jpg 144w\" sizes=\"auto, (max-width: 230px) 100vw, 230px\" \/> Malherbe \u2013 a d\u00fb se surprendre de sonner une telle charge de cavalerie (\u00ab\u00a0scrutant un mill\u00e9naire affranchi de ses mythes\u00a0\u00bb dans \u00ab\u00a0L\u2019ombre tach\u00e9e de sang du dernier m\u00e9nestrel\u00a0\u00bb, parmi \u00ab\u00a0Nos mortes qui survivent debout \/ linge tordu\u00a0\u00bb), son alezane se muant en un destrier farouche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Signes apr\u00e8s-coureurs, lumi\u00e8re trop crue \/ pass\u00e9e \u00e0 travers sa propre transparence\u00a0\u00bb.<\/em> Revenant sur une ascendance de \u00ab\u00a0rabbins chass\u00e9s sur des sentiers de soif et de fange\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>N\u2019avoir plus <\/em>[\u2026] <em>de slogans scand\u00e9s par une joie mauvaise<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 l\u2019antis\u00e9mitisme, crime de sang, appelant d\u00e9sormais sang pour sang.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Une saga subliminale, pr\u00eate \u00e0 abroger les f\u00eates\u00a0\u00bb, d\u00e9-je\u00fbner de formes larvaires que le po\u00e8me appelle. Allit\u00e9ration multilingue \u00ab\u00a0le ressac des s\u00e9sames et des c\u00e9sures\u00a0\u00bb. Rang\u00e9e \u00ab\u00a0Une \u00e2me en poussette, lang\u00e9e de vieilles chim\u00e8res\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Sous l\u2019\u00e9corce de soi d\u00e9nou[\u00e9s] les contresens\u00a0\u00bb, \u00e0 vol\u00e9e de si\u00e8cles \u00ab\u00a0les myriades d\u2019oiseaux \u00e9vad\u00e9s des augures\u00a0\u00bb toute une Histoire se saisissant d\u2019un modeste g\u00e9ographe linguistique dont la vie transpire de langues, la plupart en une au d\u00e9bouch\u00e9 des mots \u2013 quand l\u2019Europe se r\u00e9tracte, de toutes ces cit\u00e9s grecques d\u00e9sunies par l\u2019absence d\u2019une langue commune, devant la puissance informatique d\u2019Empires d\u00e9sormais barbare ou inculte, la po\u00e9sie nous montre la voie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Henri Abril, Ainsi les d\u00e9sertoirs, peinture de couverture par Aristarkh Vassilevitch Lentoukov, Z4 \u00e9ditions, octobre 2025, 104 pages, 14 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-38113-098-9. &nbsp; Il suffit que les mots se d\u00e9calent sur les port\u00e9es du sens pour qu\u2019en sonne la charge et qu\u2019ils se rechargent d\u2019un sens qui bouleverse notre lecture. Un titre d\u00e9testable, pourquoi titrer d\u2019un n\u00e9ologisme\u00a0? Parce que seul d\u00e9sertoir, qui mieux qu\u2019avec d\u00e9m\u00ealoir, d\u00e9versoir, d\u00e9potoir, d\u00e9boires, rime avec laminoir et l\u2019\u00e2me noire d\u2019un pass\u00e9 juif, rime avec trottoirs d\u2019un galop tourn\u00e9 au tsunami, rend exactement un mot sans doute slave lourd d\u2019avoir chemin\u00e9 de po\u00e8me en po\u00e8me jusqu\u2019\u00e0 prendre toute sa force traduit en fran\u00e7ais. Parce qu\u2019il est des d\u00e9tresses fertiles que la langue fran\u00e7aise n\u2019a pas appris \u00e0 conna\u00eetre. Henri Abril, ce douloureux, ce charnel traducteur plurilingue plut\u00f4t que polyglotte (polyglotte fait trop vibrer de performance), dont le chemin de langue en langue, route de cr\u00eate sem\u00e9e de pr\u00e9cipices sur des si\u00e8cles, s\u2019attarde sur les dialectes v\u00e9cus comme des idiolectes, idiot d\u2019Europe non international \u2013 d\u2019\u00e9pouse ukrainienne, a partag\u00e9 toute sa vie entre la Russie (je devrais dire le russe, v\u00e9hicule de quelques recueils de ses po\u00e8mes, et l\u2019Espagne sa matrie (\u00ab\u00a0entre les dents un matronyme tremblant de pudeur\u00a0\u00bb), dans l\u2019entre-deux le fran\u00e7ais comme principale langue d\u2019\u00e9criture. Veuf r\u00e9cent, il se partage d\u00e9sormais entre l\u2019Ukraine meurtrie sous les obus et les drones, et une Espagne derechef antis\u00e9mite. Ce pacifiste chez qui la forme d\u00e9termine l\u2019action \u2013 ici des sixains par deux fois compos\u00e9s d\u2019un \u00ab\u00a0tercet ench\u00e2ss\u00e9 dans une rime slave (infl\u00e9chie ou tronqu\u00e9e apr\u00e8s consonne d\u2019appui et voyelle), distique en italique, monostiche orphelin et rescap\u00e9\u00a0\u00bb, soit la rime approximative de forte allit\u00e9ration que seule le fran\u00e7ais a conserv\u00e9e de son pass\u00e9 racinien et hugol\u00e2tre de facture th\u00e9oris\u00e9e par Malherbe \u2013 a d\u00fb se surprendre de sonner une telle charge de cavalerie (\u00ab\u00a0scrutant un mill\u00e9naire affranchi de ses mythes\u00a0\u00bb dans \u00ab\u00a0L\u2019ombre tach\u00e9e de sang du dernier m\u00e9nestrel\u00a0\u00bb, parmi \u00ab\u00a0Nos mortes qui survivent debout \/ linge tordu\u00a0\u00bb), son alezane se muant en un destrier farouche. \u00ab\u00a0Signes apr\u00e8s-coureurs, lumi\u00e8re trop crue \/ pass\u00e9e \u00e0 travers sa propre transparence\u00a0\u00bb. 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