{"id":6619,"date":"2025-12-10T19:30:58","date_gmt":"2025-12-10T18:30:58","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6619"},"modified":"2025-12-10T19:32:03","modified_gmt":"2025-12-10T18:32:03","slug":"texte-christophe-esnault-lettre-aux-chroniqueurs-qui-decouvrent-deux-rimbaud-par-semaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/12\/10\/texte-christophe-esnault-lettre-aux-chroniqueurs-qui-decouvrent-deux-rimbaud-par-semaine\/","title":{"rendered":"[Texte] Christophe Esnault, Lettre aux chroniqueurs qui d\u00e9couvrent deux Rimbaud par semaine"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Merci, je commande d\u00e8s ce soir, quand je passe \u00e0 la librairie Vite lu vite oubli\u00e9. Le \u00ab\u00a0Incontournable\u00a0!! \u00bb, le \u00ab\u00a0\u00c0 ne rater sous aucun pr\u00e9texte\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Absolument magnifique\u00a0\u00bb, ou encore le \u00ab\u00a0Votre m\u00e8re ne va pas vous reconna\u00eetre quand vous aurez lu cette merveille de virtuosit\u00e9 sonore \u00e0 la syntaxe \u00e9rythr\u00e9enne \u00e9blouissante\u00a0\u00bb, et vos pluies torrentielles de superlatifs. Le dire tout de suite, je me dilate, je succombe, je tr\u00e9pigne, je le veux. Maintenant\u00a0! Je ne suis pas pr\u00eat psychologiquement pour passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019auteur de son si\u00e8cle. Je pr\u00e9f\u00e8re perdre \u2013 Jeter par terre \u2013 vingt balles (ou, par an\u00a0: 200 x 20 balles (je lis beaucoup)) que d\u2019\u00eatre un meurtri couillon de la lune qui n\u2019a pas lu Sous-Bukowski n\u00b069 085 ou \u00c9toile montante deulapoezi n\u00b02 034, recommand\u00e9s chaudement le m\u00eame jour chez <em>Sit\u00f4t survol\u00e9 sit\u00f4t referm\u00e9<\/em> et chez <em>Chaque Po\u00e9sie \u00e0 son couvercle. <\/em>Ma hantise, mot faible, ma terreur nocturne, vous l\u2019aurez compris, c\u2019est d\u2019\u00eatre damn\u00e9 de n\u2019avoir lu bien avant tout le monde l\u2019\u00e9crivain ou po\u00e8te paradigmatique, qui s\u2019invente huit fois par mois ou bien davantage quand on est \u00e0 l\u2019aff\u00fbt depuis son fil d\u2019actu, son Insta, ou sa d\u00e9ambulation quotidienne sur des sites et revues d\u00e9di\u00e9s aux nombrils purulents des po\u00e8tes d\u00e9r\u00e9gl\u00e9s et \u00e0 leur production ac\u00e9phalo-voyante. Je t\u2019aime d\u2019amour et follement, chroniqueur et dissident politique (tu m\u00e8nes aussi au p\u00e9ril de ton poil doux des actions coups de poing chez L214). Tu as l\u2019audace et l\u2019extravagance r\u00e9volutionnaire de d\u00e9couvrir un Rimbaud tous les trois jours. Le dire, j\u2019ai du mal \u00e0 suivre, m\u00eame en mangeant des p\u00e2tes sans beurre et du pain sans fromage. Se r\u00e9inventer dans la camaraderie enflamm\u00e9e pour le po\u00e8te, la po\u00e8te et son \u00e9diteur (et les animalistes quand il faut \u00e9largir son audience), c\u2019est beau comme une Picasso toutes options, \u00e0 phares verts, qui fend la nuit moderne sur le chemin du fleuve par temps de givre. L\u2019id\u00e9e d\u2019aimer les po\u00e8tes, les aimer \u00e0 peu pr\u00e8s tous, m\u2019inspire un sec rejet qui se confond avec celui que j\u2019ai pour les d\u00e9magogues de tout pelage qui envahissent le monde et le pollue, avec le d\u00e9sir de se faire pl\u00e9thore de copains de Marseille \u00e0 Charleville. Le stakhanovisme de la production critique en dithyrambes et en apologues tremblotants d\u2019\u00e9motion humide synesth\u00e9sique devant la d\u00e9couverte d\u2019une langue, \u00e7a sent surtout le business plan de la retape gros sabots pour se faire des potes rasta et albinos qui te reconna\u00eetront comme l\u2019un des leurs, toi le chroniqueur qui \u00e9cris aussi. En modestie et en \u00e9clair tardif de lucidit\u00e9, je le confie ici\u00a0: les po\u00e8tes, ils me sortent par les trous de nez, avec leurs nouveaut\u00e9s, leurs actus, leurs r\u00e9sidences, leur indispensable travail sur le rythme, leur performance, leurs combats pu\u00e9rils, et leurs parutions \u00e0 la Gastro pastorale, pour sauver la Terre et les maltraitances\/injustices g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, avec de molles inventions formelles s\u00e9mantico-socialo-novatrices-cui-cui, je ne veux pas les avoir pour copains ces buses, ni m\u00eame empaill\u00e9es. On ne distingue pas d\u2019un prix les gens sains qui ne liront jamais de la po\u00e9sie contemporaine parce qu\u2019ils ne sont pas assez cr\u00e9tins pour cela. On a tort. Ce sont des belles personnes \u00e0 qui il faudra rappeler qu\u2019ils ont une \u00e2me et que cela leur ouvre tous les mondes visibles et invisibles. C\u2019est bien connu, les repentis \u2013 anciens lecteurs boulimiques de tout ce qui sort \u00e0 la marge \u2013 sont toujours les plus virulents, mes erreurs, mes beaux achats compulsifs de simple d\u2019esprit me recadrent sur le rejet (deuxi\u00e8me occurrence) pour la profusion indigente et terne dont il y aurait suppos\u00e9ment urgence \u00e0 tant mettre sous \u00e9clairage. La manie d\u2019\u00e9criture et le besoin de se faire mousser avec un livre ou avec trente. Sans avoir en amont lu les g\u00e9nies hallucin\u00e9s des d\u00e9cennies et si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents au motif qu\u2019ils ne likeront pas votre post sur le r\u00e9seau, et pire ne partageront aucune de vos publications. Je questionne mon (ancienne) curiosit\u00e9 pour les textes encens\u00e9s par vous et pr\u00e9sent\u00e9s en chefs d\u2019\u0153uvre. Sinc\u00e8rement, n\u2019\u00e9tait-elle pas suspecte\u00a0cette app\u00e9tence mienne ? Maladive. Pathologique. Ou d\u00e9bile\u00a0? Est-ce que, plein de fois, peut-\u00eatre un millier de fois, sur un march\u00e9 de la po\u00e9sie ou un salon, on ne m\u2019a pas, bien s\u00fbr, vol\u00e9, entourloup\u00e9 le prix d\u2019un plat du jour + entr\u00e9e + dessert + un deuxi\u00e8me pichet, \u00e0 la Civette, ou de quelques tr\u00e8s bonnes bouteilles de vin bleu\u00a0? Soutenir les viticulteurs et les cavistes ou les po\u00e8tes en simili devenir, il faut savoir, en illuminations, prendre une sage d\u00e9cision et s\u2019y tenir. Vous ne trouvez pas\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Christophe Esnault, non-po\u00e8te autoproclam\u00e9, lecteur d\u00e9chu, et alcoolique notoire,<\/p>\n<p>Extrait de <em>Pistolet \u00e0 bouchon sur la tempe<\/em> (\u00e9criture surnum\u00e9raire en cours)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Merci, je commande d\u00e8s ce soir, quand je passe \u00e0 la librairie Vite lu vite oubli\u00e9. 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Je pr\u00e9f\u00e8re perdre \u2013 Jeter par terre \u2013 vingt balles (ou, par an\u00a0: 200 x 20 balles (je lis beaucoup)) que d\u2019\u00eatre un meurtri couillon de la lune qui n\u2019a pas lu Sous-Bukowski n\u00b069 085 ou \u00c9toile montante deulapoezi n\u00b02 034, recommand\u00e9s chaudement le m\u00eame jour chez Sit\u00f4t survol\u00e9 sit\u00f4t referm\u00e9 et chez Chaque Po\u00e9sie \u00e0 son couvercle. Ma hantise, mot faible, ma terreur nocturne, vous l\u2019aurez compris, c\u2019est d\u2019\u00eatre damn\u00e9 de n\u2019avoir lu bien avant tout le monde l\u2019\u00e9crivain ou po\u00e8te paradigmatique, qui s\u2019invente huit fois par mois ou bien davantage quand on est \u00e0 l\u2019aff\u00fbt depuis son fil d\u2019actu, son Insta, ou sa d\u00e9ambulation quotidienne sur des sites et revues d\u00e9di\u00e9s aux nombrils purulents des po\u00e8tes d\u00e9r\u00e9gl\u00e9s et \u00e0 leur production ac\u00e9phalo-voyante. Je t\u2019aime d\u2019amour et follement, chroniqueur et dissident politique (tu m\u00e8nes aussi au p\u00e9ril de ton poil doux des actions coups de poing chez L214). Tu as l\u2019audace et l\u2019extravagance r\u00e9volutionnaire de d\u00e9couvrir un Rimbaud tous les trois jours. Le dire, j\u2019ai du mal \u00e0 suivre, m\u00eame en mangeant des p\u00e2tes sans beurre et du pain sans fromage. Se r\u00e9inventer dans la camaraderie enflamm\u00e9e pour le po\u00e8te, la po\u00e8te et son \u00e9diteur (et les animalistes quand il faut \u00e9largir son audience), c\u2019est beau comme une Picasso toutes options, \u00e0 phares verts, qui fend la nuit moderne sur le chemin du fleuve par temps de givre. L\u2019id\u00e9e d\u2019aimer les po\u00e8tes, les aimer \u00e0 peu pr\u00e8s tous, m\u2019inspire un sec rejet qui se confond avec celui que j\u2019ai pour les d\u00e9magogues de tout pelage qui envahissent le monde et le pollue, avec le d\u00e9sir de se faire pl\u00e9thore de copains de Marseille \u00e0 Charleville. Le stakhanovisme de la production critique en dithyrambes et en apologues tremblotants d\u2019\u00e9motion humide synesth\u00e9sique devant la d\u00e9couverte d\u2019une langue, \u00e7a sent surtout le business plan de la retape gros sabots pour se faire des potes rasta et albinos qui te reconna\u00eetront comme l\u2019un des leurs, toi le chroniqueur qui \u00e9cris aussi. En modestie et en \u00e9clair tardif de lucidit\u00e9, je le confie ici\u00a0: les po\u00e8tes, ils me sortent par les trous de nez, avec leurs nouveaut\u00e9s, leurs actus, leurs r\u00e9sidences, leur indispensable travail sur le rythme, leur performance, leurs combats pu\u00e9rils, et leurs parutions \u00e0 la Gastro pastorale, pour sauver la Terre et les maltraitances\/injustices g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, avec de molles inventions formelles s\u00e9mantico-socialo-novatrices-cui-cui, je ne veux pas les avoir pour copains ces buses, ni m\u00eame empaill\u00e9es. On ne distingue pas d\u2019un prix les gens sains qui ne liront jamais de la po\u00e9sie contemporaine parce qu\u2019ils ne sont pas assez cr\u00e9tins pour cela. On a tort. Ce sont des belles personnes \u00e0 qui il faudra rappeler qu\u2019ils ont une \u00e2me et que cela leur ouvre tous les mondes visibles et invisibles. C\u2019est bien connu, les repentis \u2013 anciens lecteurs boulimiques de tout ce qui sort \u00e0 la marge \u2013 sont toujours les plus virulents, mes erreurs, mes beaux achats compulsifs de simple d\u2019esprit me recadrent sur le rejet (deuxi\u00e8me occurrence) pour la profusion indigente et terne dont il y aurait suppos\u00e9ment urgence \u00e0 tant mettre sous \u00e9clairage. La manie d\u2019\u00e9criture et le besoin de se faire mousser avec un livre ou avec trente. Sans avoir en amont lu les g\u00e9nies hallucin\u00e9s des d\u00e9cennies et si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents au motif qu\u2019ils ne likeront pas votre post sur le r\u00e9seau, et pire ne partageront aucune de vos publications. Je questionne mon (ancienne) curiosit\u00e9 pour les textes encens\u00e9s par vous et pr\u00e9sent\u00e9s en chefs d\u2019\u0153uvre. Sinc\u00e8rement, n\u2019\u00e9tait-elle pas suspecte\u00a0cette app\u00e9tence mienne ? Maladive. Pathologique. Ou d\u00e9bile\u00a0? 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