{"id":6632,"date":"2025-12-17T20:07:12","date_gmt":"2025-12-17T19:07:12","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6632"},"modified":"2025-12-17T20:27:31","modified_gmt":"2025-12-17T19:27:31","slug":"matthieu-lorin-cartographie-dune-rancune-par-sandrine-cerruti","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/12\/17\/matthieu-lorin-cartographie-dune-rancune-par-sandrine-cerruti\/","title":{"rendered":"[Chronique] Matthieu Lorin, Cartographie d&rsquo;une rancune, par Sandrine Cerruti\u00a0"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Matthieu Lorin, <strong><em>Cartographie d&rsquo;une rancune<\/em><\/strong>, \u00e9ditions de la Crypte, novembre 2025, 80 pages, ISBN\u00a0: 978-2-36739-005-5.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cartographie d&rsquo;une rancune<\/em> : comment tenir cette promesse po\u00e9tique sur un sujet aussi malfam\u00e9, celui d&rsquo;un sentiment que l&rsquo;on conna\u00eet comme l&rsquo;\u00e2cre infusion \u00e9manant plut\u00f4t d&rsquo;un grief pr\u00e9cis, tant l&rsquo;aveu qu&rsquo;il puisse \u00eatre un trait de personnalit\u00e9 est sine nobilitate : la rancune ? On songe, bien s\u00fbr, \u00e0 la course d&rsquo;Achab, cherchant \u00e0 se faire la peau blanche de cette maudite baleine, Moby Dick, cette mauvaise rencontre qui lui a co\u00fbt\u00e9 sa jambe :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon \u00e2me est un bruineux et d\u00e9goulinant novembre, quand je me surprends arr\u00eat\u00e9 devant une boutique de pompes fun\u00e8bres ou suivant chaque enterrement que je rencontre, et surtout, lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me tenir \u00e0 quatre pour ne pas d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment descendre dans la rue envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends qu&rsquo;il est temps pour moi de prendre le large. \u00c7a remplace pour moi le suicide.\u00a0\u00bb<\/em> Si<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-6635\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Lorin_Rancune.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"342\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Lorin_Rancune.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Lorin_Rancune-193x300.jpg 193w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Lorin_Rancune-96x150.jpg 96w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> Achab compte ses pas au son de sa jambe vengeresse en os de cachalot, Matthieu Lorin, lui, ronge et lamine sa page de ses freins existentiels&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les deux \u0153uvres, il est question de cartographier la rancune, en mer pour celle d&rsquo;Herman Melville, sur la terre ferme et \u00e2pre \u00e0 arpenter, pour celle de Matthieu Lorin. Dans <strong><em>Cartographie d&rsquo;une rancune<\/em><\/strong>, le concept po\u00e9tique est pouss\u00e9 jusque dans ses plus larges retranchements, puisque la pagination classique a disparu, contre le d\u00e9compte m\u00e9taphysique de la rancune. Il est \u00e0 noter que la derni\u00e8re page op\u00e8re le d\u00e9compte des pas du narrateur (8820 pas) et que ce dernier est fid\u00e8le au nombre moyen de foul\u00e9es qui sont cens\u00e9es \u00eatre parcourues en une journ\u00e9e. Ce choix po\u00e9tique n&rsquo;est pas qu&rsquo;une simple coquetterie. Comme dans ses opus pr\u00e9c\u00e9dents, on songe \u00e0 <strong><em>L&rsquo;\u00e9boulement du temps<\/em><\/strong>, la po\u00e9sie de Matthieu Lorin est parsem\u00e9e d&rsquo;\u00e9clats po\u00e9tico-naturalistes qui viennent se planter franco dans la r\u00e9tine du lecteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La force de son nouvel opus est de livrer une r\u00e9ponse formelle &#8211; aux contours po\u00e9tiques aussi nets que stridents &#8211; \u00e0 son projet cartographique. Qui, si ce n&rsquo;est un po\u00e8te av\u00e9r\u00e9, aurait pu lancer sur le papier ce tour de force ? Construire une \u0153uvre qui soit la mise en verbe-forme d&rsquo;un sentiment des moins nobles. Voil\u00e0 qui est sacr\u00e9ment t\u00e9m\u00e9raire de s&rsquo;attaquer \u00e0 nos honteuses pusillanimit\u00e9s. Ici, ce qui frappe est l&rsquo;art de la mise en cr\u00e9ation de l&rsquo;espace-temps int\u00e9rieur de la rancune et d&rsquo;en tapisser la partie sup\u00e9rieure d&rsquo;un ouvrage de part en part, comme si la partie blanche de chaque page n&rsquo;\u00e9tait pas un myst\u00e9rieux sugg\u00e9r\u00e9, un non-dit \u00e9loquent, mais un m\u00e9chant vide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9criture prend une dimension si universalis\u00e9e que l&rsquo;\u00e9tirement spatio-temporel pourrait bien \u00eatre \u00e9largi \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle grossi\u00e8rement gradu\u00e9e \u00e0 la scie \u00e0 m\u00e9taux d&rsquo;une vie. Bien \u00e9videmment, la cartographie d\u00e9bute en d\u00e9but de journ\u00e9e : <em>\u00ab\u00a0Quitter ce lit que je fais tous les matins<\/em>\u00a0\u00bb pour se cl\u00f4turer le soir et <em>rentrer et barricader sa m\u00e9moire<\/em>.\u00a0\u00bb \u00c9videmment, l&rsquo;\u00e9criture ouvre de terribles champs universels, et, comme de bien entendu, se transforme en sablier bris\u00e9 dont le contenu s&rsquo;\u00e9coule pour former le trac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;une vie pass\u00e9e sous le signe de la discorde des plan\u00e8tes du ressentiment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Matthieu Lorin a su noircir le haut de chaque page de son \u00e9criture qui maintient, avec force moyens scripturaux, un grincement <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6634\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/matthieu-Lorin.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/matthieu-Lorin.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/matthieu-Lorin-150x150.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/matthieu-Lorin-144x144.jpg 144w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/matthieu-Lorin-75x75.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>de dents continu, maintenu, sans r\u00e9pit. Les images rivalisent pour former autant de rayures sur le support blanc \u00e9maill\u00e9 de la page \u00ab\u00a0<em>Monticule de haine, volcan fig\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb <em>Un ongle incarn\u00e9 au milieu des vestiges<\/em>.\u00a0\u00bb Le fil de l&rsquo;\u00e9criture s&rsquo;\u00e9tire de tout le son strident, formant musique grin\u00e7ante et m\u00e9tallique, celle du malaise cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;accompagnement du sujet rancunier qui nous ressemble beaucoup trop&#8230; Baudelaire l&rsquo;a pr\u00e9fac\u00e9e, une bonne fois pour toutes, cette sale histoire : \u00ab\u00a0&#8211; <em>Hypocrite lecteur<\/em>,\u00a0\u00bb mais oui \u00ab\u00a0&#8211; <em>Mon semblable, &#8211; mon fr\u00e8re<\/em> !\u00a0\u00bb, en l&rsquo;occurrence, alter ego de rancune. Matthieu Lorin, lui aussi, d\u00e9voile son \u00e9criture dans l&rsquo;\u00e9criture, mais pas dans une pr\u00e9face, il le fait au c\u0153ur de son ouvrage, en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son grand inspirateur, le po\u00e8te C\u00e9dric Demangeot, son fr\u00e8re de d\u00e9gringolade. Celui qui \u00e9crivit un jour ce po\u00e8me tir\u00e9 de son opus <em>Le poudroiement des conclusions<\/em> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00bb <em>Le d\u00e9sir du d\u00e9sir n\u2019est pas, comme on l\u2019a pr\u00e9dit, de tarir. Mais de se conna\u00eetre \u00e9bloui de vide \u00e0 l\u2019envers de la source : \u00e9vid\u00e9 de lumi\u00e8re \u00e0 l\u2019endroit du vivre<\/em>.\u00a0\u00bb Et apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 son ma\u00eetre, Matthieu Lorin avoue \u00e9crire \u00ab\u00a0<em>comme on charge un fusil<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cartographie d&rsquo;une rancune<\/em> : autant de pages, autant de stries. L&rsquo;\u0153uvre est si forte qu&rsquo;elle se nourrit de sa propre dynamique scripturale, laquelle avance comme on traverse un cimeti\u00e8re de voitures accident\u00e9es, aux flancs ray\u00e9s : que propose chaque page ? Une strophe ? Un chapitre ? Une suite \u00e0 la Stockhausen\u00a0? De brefs paragraphes de prose po\u00e9tique ? Un agencement de versets comme le trac\u00e9 m\u00e9taphysique de l&rsquo;\u00eatre rongeant son frein ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Vraiment, je ne peux pas. Et puis nos discussions font na\u00eetre des supplices sous chaque pli de mon ventre. Voil\u00e0 ce que j&rsquo;aurai appris.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je ne marche plus, je courbe<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(5178 pas)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme l&rsquo;immense Demangeot, Matthieu Lorin est une plante d&rsquo;ombre. Son nouveau pari scriptural est r\u00e9ussi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Matthieu Lorin, Cartographie d&rsquo;une rancune, \u00e9ditions de la Crypte, novembre 2025, 80 pages, ISBN\u00a0: 978-2-36739-005-5. Cartographie d&rsquo;une rancune : comment tenir cette promesse po\u00e9tique sur un sujet aussi malfam\u00e9, celui d&rsquo;un sentiment que l&rsquo;on conna\u00eet comme l&rsquo;\u00e2cre infusion \u00e9manant plut\u00f4t d&rsquo;un grief pr\u00e9cis, tant l&rsquo;aveu qu&rsquo;il puisse \u00eatre un trait de personnalit\u00e9 est sine nobilitate : la rancune ? On songe, bien s\u00fbr, \u00e0 la course d&rsquo;Achab, cherchant \u00e0 se faire la peau blanche de cette maudite baleine, Moby Dick, cette mauvaise rencontre qui lui a co\u00fbt\u00e9 sa jambe : \u00ab\u00a0Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon \u00e2me est un bruineux et d\u00e9goulinant novembre, quand je me surprends arr\u00eat\u00e9 devant une boutique de pompes fun\u00e8bres ou suivant chaque enterrement que je rencontre, et surtout, lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me tenir \u00e0 quatre pour ne pas d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment descendre dans la rue envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends qu&rsquo;il est temps pour moi de prendre le large. \u00c7a remplace pour moi le suicide.\u00a0\u00bb Si Achab compte ses pas au son de sa jambe vengeresse en os de cachalot, Matthieu Lorin, lui, ronge et lamine sa page de ses freins existentiels&#8230; Dans les deux \u0153uvres, il est question de cartographier la rancune, en mer pour celle d&rsquo;Herman Melville, sur la terre ferme et \u00e2pre \u00e0 arpenter, pour celle de Matthieu Lorin. Dans Cartographie d&rsquo;une rancune, le concept po\u00e9tique est pouss\u00e9 jusque dans ses plus larges retranchements, puisque la pagination classique a disparu, contre le d\u00e9compte m\u00e9taphysique de la rancune. Il est \u00e0 noter que la derni\u00e8re page op\u00e8re le d\u00e9compte des pas du narrateur (8820 pas) et que ce dernier est fid\u00e8le au nombre moyen de foul\u00e9es qui sont cens\u00e9es \u00eatre parcourues en une journ\u00e9e. Ce choix po\u00e9tique n&rsquo;est pas qu&rsquo;une simple coquetterie. Comme dans ses opus pr\u00e9c\u00e9dents, on songe \u00e0 L&rsquo;\u00e9boulement du temps, la po\u00e9sie de Matthieu Lorin est parsem\u00e9e d&rsquo;\u00e9clats po\u00e9tico-naturalistes qui viennent se planter franco dans la r\u00e9tine du lecteur. La force de son nouvel opus est de livrer une r\u00e9ponse formelle &#8211; aux contours po\u00e9tiques aussi nets que stridents &#8211; \u00e0 son projet cartographique. Qui, si ce n&rsquo;est un po\u00e8te av\u00e9r\u00e9, aurait pu lancer sur le papier ce tour de force ? Construire une \u0153uvre qui soit la mise en verbe-forme d&rsquo;un sentiment des moins nobles. Voil\u00e0 qui est sacr\u00e9ment t\u00e9m\u00e9raire de s&rsquo;attaquer \u00e0 nos honteuses pusillanimit\u00e9s. Ici, ce qui frappe est l&rsquo;art de la mise en cr\u00e9ation de l&rsquo;espace-temps int\u00e9rieur de la rancune et d&rsquo;en tapisser la partie sup\u00e9rieure d&rsquo;un ouvrage de part en part, comme si la partie blanche de chaque page n&rsquo;\u00e9tait pas un myst\u00e9rieux sugg\u00e9r\u00e9, un non-dit \u00e9loquent, mais un m\u00e9chant vide. L&rsquo;\u00e9criture prend une dimension si universalis\u00e9e que l&rsquo;\u00e9tirement spatio-temporel pourrait bien \u00eatre \u00e9largi \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle grossi\u00e8rement gradu\u00e9e \u00e0 la scie \u00e0 m\u00e9taux d&rsquo;une vie. Bien \u00e9videmment, la cartographie d\u00e9bute en d\u00e9but de journ\u00e9e : \u00ab\u00a0Quitter ce lit que je fais tous les matins\u00a0\u00bb pour se cl\u00f4turer le soir et rentrer et barricader sa m\u00e9moire.\u00a0\u00bb \u00c9videmment, l&rsquo;\u00e9criture ouvre de terribles champs universels, et, comme de bien entendu, se transforme en sablier bris\u00e9 dont le contenu s&rsquo;\u00e9coule pour former le trac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;une vie pass\u00e9e sous le signe de la discorde des plan\u00e8tes du ressentiment. Matthieu Lorin a su noircir le haut de chaque page de son \u00e9criture qui maintient, avec force moyens scripturaux, un grincement de dents continu, maintenu, sans r\u00e9pit. Les images rivalisent pour former autant de rayures sur le support blanc \u00e9maill\u00e9 de la page \u00ab\u00a0Monticule de haine, volcan fig\u00e9\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb Un ongle incarn\u00e9 au milieu des vestiges.\u00a0\u00bb Le fil de l&rsquo;\u00e9criture s&rsquo;\u00e9tire de tout le son strident, formant musique grin\u00e7ante et m\u00e9tallique, celle du malaise cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;accompagnement du sujet rancunier qui nous ressemble beaucoup trop&#8230; Baudelaire l&rsquo;a pr\u00e9fac\u00e9e, une bonne fois pour toutes, cette sale histoire : \u00ab\u00a0&#8211; Hypocrite lecteur,\u00a0\u00bb mais oui \u00ab\u00a0&#8211; Mon semblable, &#8211; mon fr\u00e8re !\u00a0\u00bb, en l&rsquo;occurrence, alter ego de rancune. Matthieu Lorin, lui aussi, d\u00e9voile son \u00e9criture dans l&rsquo;\u00e9criture, mais pas dans une pr\u00e9face, il le fait au c\u0153ur de son ouvrage, en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son grand inspirateur, le po\u00e8te C\u00e9dric Demangeot, son fr\u00e8re de d\u00e9gringolade. Celui qui \u00e9crivit un jour ce po\u00e8me tir\u00e9 de son opus Le poudroiement des conclusions : \u00a0\u00bb Le d\u00e9sir du d\u00e9sir n\u2019est pas, comme on l\u2019a pr\u00e9dit, de tarir. Mais de se conna\u00eetre \u00e9bloui de vide \u00e0 l\u2019envers de la source : \u00e9vid\u00e9 de lumi\u00e8re \u00e0 l\u2019endroit du vivre.\u00a0\u00bb Et apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 son ma\u00eetre, Matthieu Lorin avoue \u00e9crire \u00ab\u00a0comme on charge un fusil.\u00a0\u00bb Cartographie d&rsquo;une rancune : autant de pages, autant de stries. 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