{"id":6646,"date":"2025-12-21T16:32:34","date_gmt":"2025-12-21T15:32:34","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6646"},"modified":"2025-12-21T21:00:32","modified_gmt":"2025-12-21T20:00:32","slug":"chronique-jean-pascal-dubost-lettre-a-ivar-chvavar-a-propos-de-filles-bleues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/12\/21\/chronique-jean-pascal-dubost-lettre-a-ivar-chvavar-a-propos-de-filles-bleues\/","title":{"rendered":"[Chronique] Jean-Pascal Dubost, Lettre \u00e0 Ivar Ch\u2019Vavar \u00e0 propos de Filles bleues"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\">Paimpont, le 8 d\u00e9cembre 2025<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cher Ivar Ch\u2019Vavar,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moment de la sortie de <strong><em>Filles bleues<\/em><\/strong>, tu m\u2019adressas un courrier m\u2019informant d\u2019une cessation d\u2019activit\u00e9 po\u00e9tique et par cons\u00e9quent qu\u2019il \u00e9tait ton dernier livre de po\u00e9sie sans \u00eatre toutefois un adieu, puisqu\u2019il te reste quelques ouvrages th\u00e9oriques en attente de publication\u00a0; en substance, tu me disais n\u2019\u00e9crire plus de po\u00e9sie, n\u2019en avoir plus l\u2019\u00e9nergie. C\u2019est un point, si tu veux bien, sur lequel je reviendrai dans cette lettre que je t\u2019adresse. (D\u2019apr\u00e8s le texte de la quatri\u00e8me de couverture, ton dernier po\u00e8me <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6651\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Icv_filles_bleues.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"308\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Icv_filles_bleues.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Icv_filles_bleues-214x300.jpg 214w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Icv_filles_bleues-107x150.jpg 107w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>daterait de 2018 et est consacr\u00e9 \u00e0 une mouette.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre, du fait de cette annonce pr\u00e9alable que je viens de mentionner, boucle une boucle et r\u00e9sonne \u00e9trangement, puisque ta ville natale, Berck, en est le motif. Pour le composer, avec l\u2019aide d\u2019une partie de ton clan d\u2019h\u00e9t\u00e9ronymes, tu as rassembl\u00e9 divers textes anciens \u00e9voquant la ville de Berck, mais surtout sa plage, \u00e9parpill\u00e9s dans diff\u00e9rents autres livres et pour certains datant de longtemps, mais en t\u2019appuyant sur un \u00e9v\u00e9nement majeur\u00a0: le long po\u00e8me \u00ab\u00a0Berck-plage\u00a0\u00bb de Sylvia Plath, et son contexte. Po\u00e8me dont tu pr\u00e9sentes deux traductions incompl\u00e8tes en fran\u00e7ais et une en picard berckois. Sylvia Plath est all\u00e9e sur cette plage, en compagnie de son mari Ted Hughes, en juin 1961, et en a tir\u00e9 un po\u00e8me un an plus tard suite \u00e0 la mort d\u2019un ami, combinant r\u00e9miniscences berckoises, fun\u00e9railles et tristesse endeuill\u00e9e, o\u00f9 \u00ab\u00a0la p\u00e2leur se joint \u00e0 la p\u00e2leur\u00a0\u00bb<sup>1<\/sup>, p\u00e2leur de la plage et p\u00e2leur du mort (\u00ab\u00a0P\u00e2le, p\u00e2le, p\u00e2le \u2014 p\u00e2leur\u00a0\u00bb, r\u00e9ponds-tu), comme si, \u00e9trangement, cette plage lui \u00e9voquait la mort. <em>Filles bleues<\/em> m\u2019est apparu rapidement comme une extension du po\u00e8me de Plath, proposant une perspective po\u00e9tique qui m\u00eale tes propres r\u00e9miniscences du lieu, affectivement charg\u00e9es, et celles que Sylvia Plath aurait pu avoir et qu\u2019elle ne mentionne pas dans le po\u00e8me, aussi comme peut-\u00eatre une r\u00e9ponse au vers liminaire du po\u00e8me de Plath : \u00ab C\u2019est donc cela, la mer, cette immensit\u00e9 hors d\u2019usage \u00bb. La polyphonie des h\u00e9t\u00e9ronymes fait entendre la rumeur sourde d\u2019une plage fr\u00e9quent\u00e9e, au c\u0153ur de laquelle on entend la voix de la po\u00e8te am\u00e9ricaine qui vient s\u2019engouffrer comme le vent dans les moindres interstices de ce monument bleu, ton livre, cahotant quelque peu la forme du po\u00e8me (en prose, en vers justifi\u00e9s, aritmonymes). N&rsquo;\u00e9difies-tu point l\u00e0 un monument au (futur) mort ? \u00ab Je suis mort \u00bb, d\u00e9clines-tu dans de \u00ab (nouveaux vers de la mort) \u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 H\u00e9linand de Froidmont.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6650\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Plath_Berck.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"302\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Plath_Berck.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Plath_Berck-300x168.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Plath_Berck-150x84.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Plath_Berck-366x205.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourra aussi consid\u00e9rer <em>Filles bleues<\/em> comme un exercice d\u2019admiration de Sylvia Plath. Cette plage de Berck que tu aimes, loin de toi l\u2019id\u00e9e d\u2019en faire une carte postale, un chromo po\u00e9tique, non point, car par divers moyens formels et lyriques, tu tentes d\u2019en restituer les tonalit\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Tout est lumi\u00e8re p\u00e2le, sans couleurs\/vulgaires dans le froid pur.\/ Et toute la contr\u00e9e \u2013 para\u00eet irr\u00e9elle, aupr\u00e8s d\u2019une\/mer infinie, silencieuse, cimm\u00e9rienne\u00a0\u00bb, (c\u2019est donc cela, la mer, cette immensit\u00e9 hors d\u2019usage\u2026, \u00ab\u00a0cette d\u00e9solation f\u00e9erique qui s\u2019\u00e9tend\u2026\u00a0\u00bb). On a continuellement une sensation de hors-temps, mais un hors-temps ancr\u00e9 dans le pass\u00e9 (celui de ton enfance berckoise). Le titre, <em>Filles bleues<\/em>, se justifie parce que celles qui extendent le po\u00e8me de Sylvia Plath sur la plage\/page sont tes h\u00e9t\u00e9ronymes f\u00e9minins\u00a0: Evelyne Salope Nourtier, Alix Tassememouille ou encore Adrienne Verove, ou parce que simplement des personnages f\u00e9minins de fiction (Iseult) ou r\u00e9els (Sylvia Plath) traversent la plage\/page, et parce qu\u2019elles ont pris en passant les couleurs du ciel et de la mer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autant le rapprochement sonore plage\/page est fait plusieurs fois (\u00ab\u00a0\u2026 Et non\u00a0! on n\u2019\u00e9crit pas des po\u00e8mes comme \u00e7a.\/\u2026 Mais j\u2019essaie seulement d\u2019en faire un qui soit\/beau sur la plage et sur la page\u00a0!\u00a0\u00bb), maintes fois, te lisant, j\u2019ai fait celui de la mer et de la mort. Sur cette plage, le temps passe, s\u2019attarde et s\u2019alourdit, et \u00ab\u00a0La beaut\u00e9 n\u2019a de prix que si\/la fureur du temps menace.\u00a0\u00bb Ces deux vers disent combien tu cernes de la beaut\u00e9 dans la pr\u00e9sence sourde de la mort. Repensons au po\u00e8me de Sylvia Plath, qui \u00e9voque un mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6653\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Filles-bleues_BackG.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"540\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Filles-bleues_BackG.jpg 500w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Filles-bleues_BackG-300x300.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Filles-bleues_BackG-150x150.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Filles-bleues_BackG-144x144.jpg 144w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Filles-bleues_BackG-366x366.jpg 366w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Filles-bleues_BackG-75x75.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut parler de la mort sans parler de la mouette et sans penser au dernier po\u00e8me que tu as \u00e9crit en 2018. L\u2019oiseau marin ouvre et cl\u00f4t le livre, dans deux po\u00e8mes presque similaires, avale les tirets cadratins comme elle le ferait d\u2019un ver pour mieux confondre po\u00e8me et r\u00e9alit\u00e9, vole au-dessus du texte comme au-dessus de nos t\u00eates \u00e0 la plage. Elle est, en incipit, \u00ab\u00a0la mouette \u00e0 ma verticale\/pousse un vieux cri et s\u2019empaquette\/dans un pan de papier cristal\u00a0\u00bb, et \u00e0 l\u2019explicit du livre, \u00ab\u00a0la mouette \u00e0 ma verticale\/pousse un vieux cri et <em>s<\/em>\u2019empaquette\/dans un pan de papier cristal\u00a0\u00bb, comme si, au passage, en planant au-dessus du livre, elle avait saisi le sujet lyrique (\u00ab\u00a0m\u2019\u00a0\u00bb) pour l\u2019exhausser dans l\u2019impersonnelle mort (\u00ab\u00a0s\u2019\u00a0\u00bb), envelopp\u00e9 dans un linceul (\u00ab\u00a0un pan de papier cristal\u00a0\u00bb). La mouette n\u2019a-t-elle pas des vertus psychopompes\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pour revenir \u00e0 ce \u00e0 quoi je voulais revenir en ouverture de ma lettre, s\u2019agissant d\u2019un arr\u00eat total d\u2019\u00e9criture de po\u00e8mes, permets-moi d\u2019\u00e9mettre quelque r\u00e9serve ajout\u00e9e de perplexit\u00e9 sinon peut-\u00eatre d\u2019un questionnement. En effet, quand tu m\u2019appris l\u2019arr\u00eat de toute activit\u00e9 d\u2019\u00e9criture po\u00e9tique, j\u2019ai premi\u00e8rement pens\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une sorte de mort \u00e0 la po\u00e9sie (\u00ab la po\u00e9sie, la po\u00e9sie, la po\u00e9sie\/n\u2019existe plus \u00bb). Mais, si j\u2019ai bien compris, il y a d\u2019autres projets de recyclages comme celui-ci (autour de la ruralit\u00e9 notamment), la chose est esquiss\u00e9e dans la \u00ab Note g\u00e9n\u00e9rale \u00bb \u00e9tablie par Alix Tassememouille. Or, le travail de relectures, de choix, de compilation, d\u2019assemblage et de r\u00e9\u00e9critures, n\u2019est-il pas en soi travail d\u2019\u00e9criture ? Par quoi il faut endosser le bleu de travail du po\u00e8te, ce qui n\u2019est pas contradictoire avec l\u2019horrible travailleur que tu te d\u00e9finis \u00eatre. Ces po\u00e8mes disparates rassembl\u00e9s en un nouvel opus, dans un nouveau contexte, ne sont-ils pas de nouveaux po\u00e8mes ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ivar Ch\u2019Vavar, <em>Filles bleues<\/em>, \u00e9ditions Lurlure, automne 2025, 192 pages, 21\u20ac, ISBN\u00a0: 979-10-95997-65-8.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>1<\/sup> \u00ab\u00a0Berck-plage\u00a0\u00bb, in <em>Ariel<\/em>, trad. Val\u00e9rie Rouzeau, Gallimard, 2009.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pascal Dubost<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paimpont, le 8 d\u00e9cembre 2025 Cher Ivar Ch\u2019Vavar, Au moment de la sortie de Filles bleues, tu m\u2019adressas un courrier m\u2019informant d\u2019une cessation d\u2019activit\u00e9 po\u00e9tique et par cons\u00e9quent qu\u2019il \u00e9tait ton dernier livre de po\u00e9sie sans \u00eatre toutefois un adieu, puisqu\u2019il te reste quelques ouvrages th\u00e9oriques en attente de publication\u00a0; en substance, tu me disais n\u2019\u00e9crire plus de po\u00e9sie, n\u2019en avoir plus l\u2019\u00e9nergie. C\u2019est un point, si tu veux bien, sur lequel je reviendrai dans cette lettre que je t\u2019adresse. (D\u2019apr\u00e8s le texte de la quatri\u00e8me de couverture, ton dernier po\u00e8me daterait de 2018 et est consacr\u00e9 \u00e0 une mouette.) Ce livre, du fait de cette annonce pr\u00e9alable que je viens de mentionner, boucle une boucle et r\u00e9sonne \u00e9trangement, puisque ta ville natale, Berck, en est le motif. Pour le composer, avec l\u2019aide d\u2019une partie de ton clan d\u2019h\u00e9t\u00e9ronymes, tu as rassembl\u00e9 divers textes anciens \u00e9voquant la ville de Berck, mais surtout sa plage, \u00e9parpill\u00e9s dans diff\u00e9rents autres livres et pour certains datant de longtemps, mais en t\u2019appuyant sur un \u00e9v\u00e9nement majeur\u00a0: le long po\u00e8me \u00ab\u00a0Berck-plage\u00a0\u00bb de Sylvia Plath, et son contexte. Po\u00e8me dont tu pr\u00e9sentes deux traductions incompl\u00e8tes en fran\u00e7ais et une en picard berckois. Sylvia Plath est all\u00e9e sur cette plage, en compagnie de son mari Ted Hughes, en juin 1961, et en a tir\u00e9 un po\u00e8me un an plus tard suite \u00e0 la mort d\u2019un ami, combinant r\u00e9miniscences berckoises, fun\u00e9railles et tristesse endeuill\u00e9e, o\u00f9 \u00ab\u00a0la p\u00e2leur se joint \u00e0 la p\u00e2leur\u00a0\u00bb1, p\u00e2leur de la plage et p\u00e2leur du mort (\u00ab\u00a0P\u00e2le, p\u00e2le, p\u00e2le \u2014 p\u00e2leur\u00a0\u00bb, r\u00e9ponds-tu), comme si, \u00e9trangement, cette plage lui \u00e9voquait la mort. Filles bleues m\u2019est apparu rapidement comme une extension du po\u00e8me de Plath, proposant une perspective po\u00e9tique qui m\u00eale tes propres r\u00e9miniscences du lieu, affectivement charg\u00e9es, et celles que Sylvia Plath aurait pu avoir et qu\u2019elle ne mentionne pas dans le po\u00e8me, aussi comme peut-\u00eatre une r\u00e9ponse au vers liminaire du po\u00e8me de Plath : \u00ab C\u2019est donc cela, la mer, cette immensit\u00e9 hors d\u2019usage \u00bb. La polyphonie des h\u00e9t\u00e9ronymes fait entendre la rumeur sourde d\u2019une plage fr\u00e9quent\u00e9e, au c\u0153ur de laquelle on entend la voix de la po\u00e8te am\u00e9ricaine qui vient s\u2019engouffrer comme le vent dans les moindres interstices de ce monument bleu, ton livre, cahotant quelque peu la forme du po\u00e8me (en prose, en vers justifi\u00e9s, aritmonymes). N&rsquo;\u00e9difies-tu point l\u00e0 un monument au (futur) mort ? \u00ab Je suis mort \u00bb, d\u00e9clines-tu dans de \u00ab (nouveaux vers de la mort) \u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 H\u00e9linand de Froidmont. On pourra aussi consid\u00e9rer Filles bleues comme un exercice d\u2019admiration de Sylvia Plath. Cette plage de Berck que tu aimes, loin de toi l\u2019id\u00e9e d\u2019en faire une carte postale, un chromo po\u00e9tique, non point, car par divers moyens formels et lyriques, tu tentes d\u2019en restituer les tonalit\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Tout est lumi\u00e8re p\u00e2le, sans couleurs\/vulgaires dans le froid pur.\/ Et toute la contr\u00e9e \u2013 para\u00eet irr\u00e9elle, aupr\u00e8s d\u2019une\/mer infinie, silencieuse, cimm\u00e9rienne\u00a0\u00bb, (c\u2019est donc cela, la mer, cette immensit\u00e9 hors d\u2019usage\u2026, \u00ab\u00a0cette d\u00e9solation f\u00e9erique qui s\u2019\u00e9tend\u2026\u00a0\u00bb). On a continuellement une sensation de hors-temps, mais un hors-temps ancr\u00e9 dans le pass\u00e9 (celui de ton enfance berckoise). Le titre, Filles bleues, se justifie parce que celles qui extendent le po\u00e8me de Sylvia Plath sur la plage\/page sont tes h\u00e9t\u00e9ronymes f\u00e9minins\u00a0: Evelyne Salope Nourtier, Alix Tassememouille ou encore Adrienne Verove, ou parce que simplement des personnages f\u00e9minins de fiction (Iseult) ou r\u00e9els (Sylvia Plath) traversent la plage\/page, et parce qu\u2019elles ont pris en passant les couleurs du ciel et de la mer. Autant le rapprochement sonore plage\/page est fait plusieurs fois (\u00ab\u00a0\u2026 Et non\u00a0! on n\u2019\u00e9crit pas des po\u00e8mes comme \u00e7a.\/\u2026 Mais j\u2019essaie seulement d\u2019en faire un qui soit\/beau sur la plage et sur la page\u00a0!\u00a0\u00bb), maintes fois, te lisant, j\u2019ai fait celui de la mer et de la mort. Sur cette plage, le temps passe, s\u2019attarde et s\u2019alourdit, et \u00ab\u00a0La beaut\u00e9 n\u2019a de prix que si\/la fureur du temps menace.\u00a0\u00bb Ces deux vers disent combien tu cernes de la beaut\u00e9 dans la pr\u00e9sence sourde de la mort. Repensons au po\u00e8me de Sylvia Plath, qui \u00e9voque un mort. On ne peut parler de la mort sans parler de la mouette et sans penser au dernier po\u00e8me que tu as \u00e9crit en 2018. L\u2019oiseau marin ouvre et cl\u00f4t le livre, dans deux po\u00e8mes presque similaires, avale les tirets cadratins comme elle le ferait d\u2019un ver pour mieux confondre po\u00e8me et r\u00e9alit\u00e9, vole au-dessus du texte comme au-dessus de nos t\u00eates \u00e0 la plage. Elle est, en incipit, \u00ab\u00a0la mouette \u00e0 ma verticale\/pousse un vieux cri et s\u2019empaquette\/dans un pan de papier cristal\u00a0\u00bb, et \u00e0 l\u2019explicit du livre, \u00ab\u00a0la mouette \u00e0 ma verticale\/pousse un vieux cri et s\u2019empaquette\/dans un pan de papier cristal\u00a0\u00bb, comme si, au passage, en planant au-dessus du livre, elle avait saisi le sujet lyrique (\u00ab\u00a0m\u2019\u00a0\u00bb) pour l\u2019exhausser dans l\u2019impersonnelle mort (\u00ab\u00a0s\u2019\u00a0\u00bb), envelopp\u00e9 dans un linceul (\u00ab\u00a0un pan de papier cristal\u00a0\u00bb). La mouette n\u2019a-t-elle pas des vertus psychopompes\u00a0? Et pour revenir \u00e0 ce \u00e0 quoi je voulais revenir en ouverture de ma lettre, s\u2019agissant d\u2019un arr\u00eat total d\u2019\u00e9criture de po\u00e8mes, permets-moi d\u2019\u00e9mettre quelque r\u00e9serve ajout\u00e9e de perplexit\u00e9 sinon peut-\u00eatre d\u2019un questionnement. En effet, quand tu m\u2019appris l\u2019arr\u00eat de toute activit\u00e9 d\u2019\u00e9criture po\u00e9tique, j\u2019ai premi\u00e8rement pens\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une sorte de mort \u00e0 la po\u00e9sie (\u00ab la po\u00e9sie, la po\u00e9sie, la po\u00e9sie\/n\u2019existe plus \u00bb). Mais, si j\u2019ai bien compris, il y a d\u2019autres projets de recyclages comme celui-ci (autour de la ruralit\u00e9 notamment), la chose est esquiss\u00e9e dans la \u00ab Note g\u00e9n\u00e9rale \u00bb \u00e9tablie par Alix Tassememouille. Or, le travail de relectures, de choix, de compilation, d\u2019assemblage et de r\u00e9\u00e9critures, n\u2019est-il pas en soi travail d\u2019\u00e9criture ? Par quoi il faut endosser le bleu de travail du po\u00e8te, ce qui n\u2019est pas contradictoire avec l\u2019horrible travailleur que tu te d\u00e9finis \u00eatre. Ces po\u00e8mes disparates rassembl\u00e9s en un nouvel opus, dans un nouveau contexte, ne sont-ils pas de nouveaux po\u00e8mes ? &nbsp; Ivar Ch\u2019Vavar, Filles bleues, \u00e9ditions Lurlure, automne 2025, 192 pages, 21\u20ac, ISBN\u00a0: 979-10-95997-65-8. 1 \u00ab\u00a0Berck-plage\u00a0\u00bb, in Ariel, trad. Val\u00e9rie&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6647,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[2828,2827,2829,2830,37,918,985,2826],"class_list":["post-6646","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-adrienne-verove","tag-alix-tassememouille","tag-chvavar-berck","tag-chvavar-recyclage","tag-editions-lurlure","tag-ivar-chvavar","tag-jean-pascal-dubost","tag-sylvia-plath"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6646","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6646"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6646\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6659,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6646\/revisions\/6659"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6647"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6646"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6646"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6646"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}