{"id":6723,"date":"2026-01-20T20:00:08","date_gmt":"2026-01-20T19:00:08","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6723"},"modified":"2026-01-20T20:43:17","modified_gmt":"2026-01-20T19:43:17","slug":"chronique-jean-paul-gavard-perret-valere-novarina-sculpteur-du-langage-1942-2026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2026\/01\/20\/chronique-jean-paul-gavard-perret-valere-novarina-sculpteur-du-langage-1942-2026\/","title":{"rendered":"[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, VAL\u00c8RE NOVARINA, SCULPTEUR DU LANGAGE  (1942-2026)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">On se souvient de la fameuse phrase de Winnie dans <em>Oh les beaux jours <\/em>de Beckett<em> : <\/em>\u00ab\u00a0Assez les images\u00a0\u00bb. Cette injonction, Val\u00e8re Novarina l\u2019a toujours entendue et c\u2019est pourquoi \u2013 paradoxalement peut-\u00eatre, mais afin de venir \u00e0 bout des images \u2013 il a fait fondre la langue en l\u2019entra\u00eenant dans une course folle, d\u00e9complex\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6727\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Novarina_hagiolithe.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"423\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Novarina_hagiolithe.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Novarina_hagiolithe-300x235.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Novarina_hagiolithe-150x118.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Novarina_hagiolithe-366x287.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui qui ne se laisse ficeler par aucun sc\u00e9nario \u00e9vite ainsi tout langage didactique. Il se laisse aller loin des couches asphyxiantes du sens afin de trouer la langue. Il la lib\u00e8re en lui inoculant tous les virus possibles\u00a0par glissements de sens, par s\u00e9ries de bubons. Pour autant au sein de cette prolif\u00e9ration, \u00ab\u00a0la maladie de la langue\u00a0\u00bb (Duras) ouvre non des plaies mais des b\u00e9ances sanitaires qui laissent sortir les pus et autres liquides pourris de significations pr\u00e9visibles, pr\u00e9-format\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez Novarina on ne sait qui parle vraiment de l\u2019inconscient, du conscient ou du sur moi. Demeure un gargouillis, un bruit d\u2019\u00e9vier, un bourdonnement par prolif\u00e9rations, scansions, attaques, exc\u00e8s de paroles. \u00c9crire devient une relance \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 dans une op\u00e9rette, un op\u00e9ra, une op\u00e9ration \u2013 entendons ouverture. \u00c9crire devient la mani\u00e8re de nier surtout les \u00e9vidences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut que \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb sorte par les trous de la langue, dans l\u2019avalanche d\u2019une pens\u00e9e qui \u00e9chappe au moment m\u00eame o\u00f9 elle na\u00eet. Chaque texte reste un ab\u00eeme du sens, la sodomie du P\u00e8re et de tous les re-p\u00e8res. \u00ab\u00a0La chair de l\u2019homme\u00a0\u00bb (pour reprendre un de ses titres) est \u00e0 ce prix. Ce qui ne veut pas dire pour autant que le verbe se fait chair. Tout le contraire m\u00eame\u00a0: il ne pr\u00e9sente que l\u2019ab\u00eeme o\u00f9 se d\u00e9verse et se r\u00e9vulse une histoire qui nous bouleverse.<\/p>\n<div id=\"attachment_6730\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-6730\" class=\"size-full wp-image-6730\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Cabane-de-David-Dormition.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"540\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Cabane-de-David-Dormition.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Cabane-de-David-Dormition-300x300.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Cabane-de-David-Dormition-150x150.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Cabane-de-David-Dormition-144x144.jpg 144w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Cabane-de-David-Dormition-366x366.jpg 366w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Cabane-de-David-Dormition-75x75.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><p id=\"caption-attachment-6730\" class=\"wp-caption-text\">Novarina, Cabane de David &#8211; dormition<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">En un n\u00e9cessaire transfuge de la \u00ab\u00a0mati\u00e8re\u00a0\u00bb un glissement a lieu loin des mots poussi\u00e9reux soudainement et volontairement salis, baveux, merdeux au besoin. Le lecteur pris de panique dans cette montagne de mots ne capitalise plus rien. Il se laisse aller au pur plaisir d\u2019un corpus qui ne r\u00e9pond pas \u00e0 la simple curiosit\u00e9 du visible, du lisible mais au d\u00e9sir de voir ce qui est absence, manque, ombre. L\u2019\u00e9num\u00e9ration, la r\u00e9p\u00e9tition, la scansion ouvrent \u00e0 une danse qui fait sauter les verrous du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle \u00e9criture offre une exp\u00e9rience intense de notre dedans et de sa confusion mentale. \u00c0 l\u2019\u00e9preuve d\u2019une telle masse tonitruante, d\u2019une telle danse, d\u2019un flot d\u2019images nous voyons mieux notre obscurit\u00e9. Novarina est le g\u00e9om\u00e8tre comique du corps par excellence impalpable\u00a0: celui de ses profondeurs et de ses gargouillis.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On se souvient de la fameuse phrase de Winnie dans Oh les beaux jours de Beckett : \u00ab\u00a0Assez les images\u00a0\u00bb. Cette injonction, Val\u00e8re Novarina l\u2019a toujours entendue et c\u2019est pourquoi \u2013 paradoxalement peut-\u00eatre, mais afin de venir \u00e0 bout des images \u2013 il a fait fondre la langue en l\u2019entra\u00eenant dans une course folle, d\u00e9complex\u00e9e. Celui qui ne se laisse ficeler par aucun sc\u00e9nario \u00e9vite ainsi tout langage didactique. Il se laisse aller loin des couches asphyxiantes du sens afin de trouer la langue. Il la lib\u00e8re en lui inoculant tous les virus possibles\u00a0par glissements de sens, par s\u00e9ries de bubons. Pour autant au sein de cette prolif\u00e9ration, \u00ab\u00a0la maladie de la langue\u00a0\u00bb (Duras) ouvre non des plaies mais des b\u00e9ances sanitaires qui laissent sortir les pus et autres liquides pourris de significations pr\u00e9visibles, pr\u00e9-format\u00e9es. Chez Novarina on ne sait qui parle vraiment de l\u2019inconscient, du conscient ou du sur moi. Demeure un gargouillis, un bruit d\u2019\u00e9vier, un bourdonnement par prolif\u00e9rations, scansions, attaques, exc\u00e8s de paroles. \u00c9crire devient une relance \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 dans une op\u00e9rette, un op\u00e9ra, une op\u00e9ration \u2013 entendons ouverture. \u00c9crire devient la mani\u00e8re de nier surtout les \u00e9vidences. Il faut que \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb sorte par les trous de la langue, dans l\u2019avalanche d\u2019une pens\u00e9e qui \u00e9chappe au moment m\u00eame o\u00f9 elle na\u00eet. Chaque texte reste un ab\u00eeme du sens, la sodomie du P\u00e8re et de tous les re-p\u00e8res. \u00ab\u00a0La chair de l\u2019homme\u00a0\u00bb (pour reprendre un de ses titres) est \u00e0 ce prix. Ce qui ne veut pas dire pour autant que le verbe se fait chair. Tout le contraire m\u00eame\u00a0: il ne pr\u00e9sente que l\u2019ab\u00eeme o\u00f9 se d\u00e9verse et se r\u00e9vulse une histoire qui nous bouleverse. En un n\u00e9cessaire transfuge de la \u00ab\u00a0mati\u00e8re\u00a0\u00bb un glissement a lieu loin des mots poussi\u00e9reux soudainement et volontairement salis, baveux, merdeux au besoin. Le lecteur pris de panique dans cette montagne de mots ne capitalise plus rien. Il se laisse aller au pur plaisir d\u2019un corpus qui ne r\u00e9pond pas \u00e0 la simple curiosit\u00e9 du visible, du lisible mais au d\u00e9sir de voir ce qui est absence, manque, ombre. 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