{"id":6780,"date":"2026-02-12T10:34:51","date_gmt":"2026-02-12T09:34:51","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6780"},"modified":"2026-02-12T13:55:52","modified_gmt":"2026-02-12T12:55:52","slug":"chronique-jean-luc-caizergues-poetique-de-la-poesie-fiction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2026\/02\/12\/chronique-jean-luc-caizergues-poetique-de-la-poesie-fiction\/","title":{"rendered":"[Chronique] jean-luc caizergues, po\u00e9tique de la \u00ab\u00a0po\u00e9sie-fiction\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Bonjour mes amis, mes pauvres amis de la po\u00e9sie contemporaine\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a quelques mois d\u00e9j\u00e0, peut-\u00eatre un an, j\u2019ai adress\u00e9 \u00e0 un po\u00e8te de bel avenir une r\u00e9ponse \u00e0 la question qu\u2019il me posait, tr\u00e8s <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6782\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caizergues_suicide.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"345\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caizergues_suicide.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caizergues_suicide-191x300.jpg 191w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caizergues_suicide-96x150.jpg 96w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>pr\u00e9cise, concernant un po\u00e8me de mon premier livre de po\u00e9sie-fiction (<em>La plus grande civilisation de tous les temps<\/em>, publi\u00e9 nagu\u00e8re dans la collection Po\u00e9sie\/Flammarion dirig\u00e9e par Yves di Manno).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma r\u00e9ponse \u00e0 la question du po\u00e8te de bel avenir m\u2019aura amen\u00e9, fortuitement, \u00e0 pr\u00e9senter la \u00ab po\u00e9sie-fiction \u00bb comme th\u00e9orie, d\u2019autant que tous les grands po\u00e8tes ont une <em>po\u00e9tique<\/em> si j\u2019en crois Christian Prigent, grand po\u00e8te lui-m\u00eame. Donc j\u2019en ai une.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si vous pensez que cela peut int\u00e9resser vos fid\u00e8les, j\u2019aimerais que vous postiez sur le site ces \u00ab explications \u00bb. Vous pouvez bien s\u00fbr les r\u00e9duire, selon l\u2019espace dont vous disposez, car je n\u2019ai aucune fiert\u00e9 d\u2019\u00e9crivain. Je suis d\u2019abord un machiniste (plus beau m\u00e9tier du monde, que j\u2019ai exerc\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Montpellier de 1979 \u00e0 2018).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En cas de publication du texte ci-dessous, veuillez retenir \u00e9galement cet avant-propos (qui rend plus intelligible le reste).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous remerciant,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Luc Caizergues<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><em>La plus grande civilisation de tous les temps<\/em> (Po\u00e9sie\/Flammarion, 2004)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/livre-chronique-jean-luc-caizergues-mon-suicide\/\"><strong><em>Mon suicide<\/em><\/strong><\/a> (Po\u00e9sie\/Flammarion, 2008)<\/p>\n<p><em>B\u00e9b\u00e9 rose<\/em> (Po\u00e9sie\/Flammarion, 2024)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PO<\/strong><em><strong>\u00c9<\/strong><\/em><strong>TIQUE DE LA \u00ab\u00a0PO<\/strong><em><strong>\u00c9<\/strong><\/em><strong>SIE-FICTION\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(\u00e0 l\u2019adresse d\u2019un po\u00e8te de bel avenir m\u2019ayant pos\u00e9 une question portant sur<br \/>\nun de mes po\u00e8mes-fictifs, <em>Condamn\u00e9 \u00e0 mort<\/em>, extrait de <em>La Fin du noir<\/em>,<br \/>\n<em>La plus grande civilisation de tous les temps<\/em>)<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: line-through;\">\u00a0<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Lorsque j\u2019ai d\u00e9but\u00e9 en po\u00e9sie au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 \u2013 \u00e0 quarante-cinq ans\u00a0! \u2013 j\u2019avais l\u2019impression<\/strong> d\u2019\u00e9crire \u00e0 la fois contre le po\u00e9tisme et contre le formalisme (les <em>Grandes-T\u00eates-Molles<\/em>). Le fait qu\u2019Yves di Manno m\u2019ait \u00e9dit\u00e9 dans sa prestigieuse collection (apr\u00e8s cent cinquante refus ailleurs) a tenu du miracle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Je n\u2019ai \u00e9crit de la po\u00e9sie que\u00a0de 1999<\/strong> (<em>On va tuer Adams<\/em>\u00a0dans\u00a0<em>La plus grande civilisation de tous les temps<\/em>) <strong>\u00e0 2010<\/strong>\u00a0(<em>B\u00e9b\u00e9 rose<\/em>, qui demeura treize ans dans un tiroir, et fut corrig\u00e9 en 2023 \u2013 Maison d\u2019\u00e9dition = Maison de correction \u2013 pour rendre la chose publiable, \u00e0 savoir moins choquante). Apr\u00e8s 2010 je n\u2019ai fait que pondre, comme depuis les ann\u00e9es quatre-vingt, des lettres syndicales et des r\u00e8glements de travail pour les techniciens de sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra de Montpellier, vous voyez le genre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>En 1999 je voulais \u00e9crire un roman des coulisses, <em>Cage de sc\u00e8ne<\/em> <\/strong>(la sc\u00e8ne comme dernier point de chute de notre civilisation, peuch\u00e8re). Je ne savais trop comment m\u2019y prendre, d\u2019autant que Michel Houellebecq venait de publier\u00a0<em>Les Particules \u00e9l\u00e9mentaires<\/em> (ind\u00e9passable en ce temps-l\u00e0). Je me suis alors rabattu sur la po\u00e9sie, cela me semblait facile (\u00e7a l\u2019\u00e9tait en effet). Mais je souhaitais quand m\u00eame \u00e9crire des \u00ab\u00a0histoires\u00a0\u00bb, pas seulement jeter sur le papier des sentiments po\u00e9tiques, des sensations po\u00e9tiques, des jeux de mots po\u00e9tiques. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0po\u00e9sie-fiction\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6786\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Condamne-a-mort.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"485\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Condamne-a-mort.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Condamne-a-mort-300x269.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Condamne-a-mort-150x135.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Condamne-a-mort-366x329.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un roman c\u2019est un d\u00e9but et une fin<\/strong>, le reste n\u2019est que remplissage. Idem un po\u00e8me, fictif ou pas, sauf que le remplissage est bref \u2013 donc lisible (l\u2019auteur doit \u00e9crire en pensant au lecteur, ce qui est rare vous le savez en po\u00e9sie contemporaine).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le po\u00e8me-fictif est structur\u00e9 1-2-3. <\/strong>Il est une id\u00e9e (1) avant d\u2019\u00eatre formellement un d\u00e9but et une fin (2), et on le d\u00e9ploie de fa\u00e7on ternaire pour garder l\u2019attention du lecteur : introduction, d\u00e9veloppement, conclusion (3). Id\u00e9e + d\u00e9but\/fin + trois temps d\u2019ex\u00e9cution avec (si possible) un point d\u2019orgue au milieu. En ce sens, dans le spectre du roman (et pour imager)\u00a0: <em>L\u2019<\/em><em>\u00c9<\/em><em>tranger<\/em> est une \u0153uvre r\u00e9ussie tandis que <em>Le Proc\u00e8s<\/em>,<em> Voyage au bout de la nuit<\/em>, <em>Ulysse<\/em>, <em>\u00c0 la recherche du temps perdu<\/em> sont des \u0153uvres rat\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Po\u00e9sie-fiction\u00a0?<\/strong> Le trait d\u2019union entre po\u00e9sie et fiction\u00a0= le chemin qui relie l\u2019Occident au reste du monde\u00a0: le Bien au Mal. L\u2019Occident, en rayonnant dans le monde, a \u00e9clair\u00e9 les routes menant sur son territoire des humains que l\u2019on conduit \u00e0 l\u2019abattoir comme des mots sur la page blanche. La litt\u00e9rature est d\u00e9mographique. Ma grand-m\u00e8re mettra bas 12 enfants, ma m\u00e8re 6, moi 1, mon fils 0 tandis qu\u2019une ligne de prose \u00e9crasera le vers.\u00a0Sur la page comme sur le territoire, la messe est dite. La po\u00e9sie peut s\u2019\u00e9teindre dans le roman universel, sa fiction, et retourner \u00e0 sa nuit \u00e9ternelle. Amen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un po\u00e8me-fictif est compos\u00e9 de trois parties. <\/strong>Les po\u00e8mes vont par trois aussi, et s\u2019inscrivent dans un tout\u00a0: le recueil. Si dans le livre plusieurs recueils\u00a0: trois encore. Quand plusieurs livres\u00a0: trois toujours. Sainte-Trinit\u00e9 de la divine Po\u00e9sie. Un po\u00e8te qui est l\u2019auteur de dix ou cent livres ne croit pas en Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le titre est partie prenante du po\u00e8me-fictif.<\/strong> Son alignement avec le po\u00e8me fait gagner un vers qui se veut court, tr\u00e8s court pour aller \u00e0 l\u2019essentiel\u00a0: le point final (l\u2019impossible r\u00eave serait d\u2019arriver au dernier mot d\u00e8s le premier). Ce titre permet de dire un peu plus (comme un vers en plus) dans le peu d\u2019espace et avec le peu de mots dont on veut user pour int\u00e9resser de bout en bout le lecteur en chute libre (chute de l\u2019Homme sur la terre, du Po\u00e8te sur la page). La marotte des trois parties est essentielle pour garder l\u2019attention. Et il y a trois phrases. Il peut n\u2019y en avoir qu\u2019une ou deux (jamais quatre, on s\u2019endormirait). La trinit\u00e9 du po\u00e8me s\u2019inscrit dans l\u2019esprit du lecteur. L\u2019int\u00e9r\u00eat advient avant lecture, pendant lecture, apr\u00e8s lecture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le titre est g\u00e9n\u00e9ralement un anti-titre<\/strong> qui permet d\u2019\u00e9garer, et de cr\u00e9er du suspens. <em>LE PRISONNIER<\/em> est le gardien, puis <em>LE GARDIEN <\/em>est le prisonnier. \u00a0En s\u2019y perdant, le lecteur s\u2019y retrouve. Un po\u00e8me-fictif n\u2019est pas un po\u00e8me, mais un leurre. Il est une fiction costum\u00e9e po\u00e8me. Il inocule le mal en pr\u00e9sentant bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mon premier recueil de po\u00e9sie<\/strong>, <em>On va tuer Adams<\/em>, \u00e9crit en 1999 et paru au sein d\u2019un ensemble en 2004 (<em>La plus grande civilisation de tous les temps<\/em>), est constitu\u00e9 de pr\u00e9l\u00e8vements dans des \u0153uvres de fiction. Une civilisation, la plus grande de tous les temps (l\u2019occidentale) a disparu. Un chercheur retrouve, ensevelies sous les ruines, des bribes de prose qu\u2019il essaie de reconstituer par lambeaux (des vers). Le chercheur t\u00e2tonne, et reconstitue erron\u00e9ment <em>La Ch\u00e8vre de M. Seguin<\/em>\u00a0: la ch\u00e8vre veut fuir dans la montagne non pour \u00eatre libre mais parce qu\u2019elle a peur du loup se tenant derri\u00e8re une fen\u00eatre de la maison de M. Seguin. Cette vision pessimiste du monde sur la page d\u00e9coulerait, selon Yves di Manno, de ma difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre originelle (cf. Mourad, le p\u00e8re de l\u2019auteur dans une prose \u00e9ponyme de <em>Mon suicide<\/em> \u2013 o\u00f9 est tu\u00e9 effront\u00e9ment un petit Arabe, qu\u2019on me pardonne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La question du po\u00e8te de bel avenir <\/strong>portait sur <em>Condamn\u00e9 \u00e0 mort<\/em>, po\u00e8me-fictif tir\u00e9 de <em>La Fin du noir<\/em> (recueil inclus dans <em>La plus grande civilisation de tous les temps<\/em>)\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Usage du vers. Comment pensez-vous vos renvois \u00e0 la ligne\u00a0?<\/em> <em>Quelle est votre\u00a0<\/em>po\u00e9tique<em> \u00e0 ce sujet ? Exemple (au hasard) p. 149 : qu\u2019est-ce qui dicte que\u00a0<\/em>conduisent<em>\u00a0soit renvoy\u00e9 en son milieu\u00a0?\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u2019abord, qu\u2019est-ce que la fin du noir\u00a0? <\/strong>La fin du noir est ce moment historique o\u00f9 l\u2019Occident \u00e9claire le monde, et que choisit<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-6781\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caizergues-civilisation.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"337\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caizergues-civilisation.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caizergues-civilisation-196x300.jpg 196w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caizergues-civilisation-98x150.jpg 98w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> Mallarm\u00e9 (po\u00e8te<strong>\u00a0<\/strong>assassin de la po\u00e9sie, de la France, de la langue fran\u00e7aise) pour commettre son crime. La fin du noir, c\u2019est la fin du blanc \u2013 car <em>\u00ab\u00a0Si le noir est symbole d\u2019obscurit\u00e9, ceux qui \u00e9crivent pour \u00eatre clair ont tort\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(Jacques Scherer,<em>\u00a0Le\u00a0<\/em>\u00ab\u00a0Livre\u00a0\u00bb<em>\u00a0de Mallarm\u00e9<\/em>). Ainsi, lorsque vous \u00e9crivez un po\u00e8me (le Bien) par pr\u00e9l\u00e8vements dans un roman noir (le Mal), vous continuez de noircir la page. Le po\u00e8me = la fiction = le mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>CONDAMN<\/em><\/strong><strong><em>\u00c9<\/em><\/strong><em> <strong>\u00c0<\/strong><\/em><strong><em> MORT<\/em><\/strong> est un titre noir qui pourrait \u00eatre celui d\u2019un roman noir. Il \u00e9gare le lecteur d\u00e8s le premier vers :\u00a0<em>\u00ab\u00a0Ma victime loge\u00a0\u00bb<\/em>. Je ne suis donc pas le condamn\u00e9 \u00e0 mort, je suis le tueur, surtout si l\u2019on en croit le po\u00e8me pr\u00e9c\u00e9dent. Mais qui est ce condamn\u00e9\u00a0? Myst\u00e8re\u00a0de roman noir. J\u2019entre dans la chambre.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Nos regards se croisent dans une glace\u00a0\u00bb<\/em>. La victime est cette personne dont je croise le regard dans cette glace. Puis tout bascule\u00a0: ce n\u2019est que mon reflet\u00a0: le canon du revolver est dirig\u00e9 sur ma tempe\u00a0: je vais me suicider\u00a0: je suis moi le condamn\u00e9 \u00e0 mort. Je suis le commanditaire, le tueur et la victime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les coupes de fin de vers\u00a0?<\/strong> Elles sont prosa\u00efques pour faire prose\/mal (prose tap\u00e9e \u00e0 la machine m\u00e9canique que j\u2019employais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et qu\u2019employaient les auteurs de romans noirs am\u00e9ricains). Elles n\u2019enl\u00e8vent rien \u00e0 la structure po\u00e9tique implant\u00e9e dans la r\u00e9tine du lecteur. Ce n\u2019est qu\u2019une question de dosage. <em>Condamn\u00e9 \u00e0 mort<\/em> pourrait, avec les m\u00eames mots, le m\u00eame nombre de vers r\u00e9partis en trois groupes et en trois phrases, \u00eatre d\u00e9coup\u00e9 de bien d\u2019autres fa\u00e7ons. Cela dit, en ce qui concerne\u00a0<em>\u00ab\u00a0Mes pas me condui-\/sent jusqu\u2019\u00e0\/\/la chambre\u00a0\u00bb<\/em>,\u00a0je ne vois pas d\u2019autre solution, c\u2019est du parfait : la coupe apr\u00e8s\u00a0<em>\u00ab\u00a0condui- \u00bb\u00a0<\/em>\u00a0donne l\u2019id\u00e9e de passage, de franchissement, de saut dans l\u2019inconnu, et la fin du paragraphe\u00a0<em>\u00ab\u00a0jusqu\u2019\u00e0\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0retient le souffle avant la d\u00e9couverte du lieu :\u00a0<em>\u00ab\u00a0la chambre.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Sans compter le\u00a0<em>\u00ab\u00a0Nos\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0qui suit, magistral (excusez du peu), puisqu\u2019il va entra\u00eener l\u2019apparition du double dans le\u00a0<em>\u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(jeu) de la glace (qui elle-m\u00eame est bris\u00e9e en deux :\u00a0<em>\u00ab\u00a0une gla-\/ce\u00a0\u00bb<\/em>). Tout<em>\u00a0<\/em>cela\u00a0(ce peu de mots pour en dire tant) n\u2019est pas \u00e9crit et d\u00e9coup\u00e9 de la sorte pour des prunes, vous l\u2019imaginez bien. Ce sont des \u00ab\u00a0vers\u00a0\u00bb, oui.\u00a0Mais des vers<em>\u00a0de\u00a0terre.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Je suis un po\u00e8te concret<\/strong>, r\u00e9fl\u00e9chi, besogneux. <strong>Un machiniste<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bonjour mes amis, mes pauvres amis de la po\u00e9sie contemporaine\u00a0! &nbsp; Il y a quelques mois d\u00e9j\u00e0, peut-\u00eatre un an, j\u2019ai adress\u00e9 \u00e0 un po\u00e8te de bel avenir une r\u00e9ponse \u00e0 la question qu\u2019il me posait, tr\u00e8s pr\u00e9cise, concernant un po\u00e8me de mon premier livre de po\u00e9sie-fiction (La plus grande civilisation de tous les temps, publi\u00e9 nagu\u00e8re dans la collection Po\u00e9sie\/Flammarion dirig\u00e9e par Yves di Manno). Ma r\u00e9ponse \u00e0 la question du po\u00e8te de bel avenir m\u2019aura amen\u00e9, fortuitement, \u00e0 pr\u00e9senter la \u00ab po\u00e9sie-fiction \u00bb comme th\u00e9orie, d\u2019autant que tous les grands po\u00e8tes ont une po\u00e9tique si j\u2019en crois Christian Prigent, grand po\u00e8te lui-m\u00eame. Donc j\u2019en ai une. Si vous pensez que cela peut int\u00e9resser vos fid\u00e8les, j\u2019aimerais que vous postiez sur le site ces \u00ab explications \u00bb. Vous pouvez bien s\u00fbr les r\u00e9duire, selon l\u2019espace dont vous disposez, car je n\u2019ai aucune fiert\u00e9 d\u2019\u00e9crivain. Je suis d\u2019abord un machiniste (plus beau m\u00e9tier du monde, que j\u2019ai exerc\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Montpellier de 1979 \u00e0 2018). En cas de publication du texte ci-dessous, veuillez retenir \u00e9galement cet avant-propos (qui rend plus intelligible le reste). Vous remerciant, Jean-Luc Caizergues \u00a0 La plus grande civilisation de tous les temps (Po\u00e9sie\/Flammarion, 2004) Mon suicide (Po\u00e9sie\/Flammarion, 2008) B\u00e9b\u00e9 rose (Po\u00e9sie\/Flammarion, 2024) &nbsp; \u00a0 PO\u00c9TIQUE DE LA \u00ab\u00a0PO\u00c9SIE-FICTION\u00a0\u00bb (\u00e0 l\u2019adresse d\u2019un po\u00e8te de bel avenir m\u2019ayant pos\u00e9 une question portant sur un de mes po\u00e8mes-fictifs, Condamn\u00e9 \u00e0 mort, extrait de La Fin du noir, La plus grande civilisation de tous les temps) \u00a0 Lorsque j\u2019ai d\u00e9but\u00e9 en po\u00e9sie au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 \u2013 \u00e0 quarante-cinq ans\u00a0! \u2013 j\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00e9crire \u00e0 la fois contre le po\u00e9tisme et contre le formalisme (les Grandes-T\u00eates-Molles). Le fait qu\u2019Yves di Manno m\u2019ait \u00e9dit\u00e9 dans sa prestigieuse collection (apr\u00e8s cent cinquante refus ailleurs) a tenu du miracle. Je n\u2019ai \u00e9crit de la po\u00e9sie que\u00a0de 1999 (On va tuer Adams\u00a0dans\u00a0La plus grande civilisation de tous les temps) \u00e0 2010\u00a0(B\u00e9b\u00e9 rose, qui demeura treize ans dans un tiroir, et fut corrig\u00e9 en 2023 \u2013 Maison d\u2019\u00e9dition = Maison de correction \u2013 pour rendre la chose publiable, \u00e0 savoir moins choquante). Apr\u00e8s 2010 je n\u2019ai fait que pondre, comme depuis les ann\u00e9es quatre-vingt, des lettres syndicales et des r\u00e8glements de travail pour les techniciens de sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra de Montpellier, vous voyez le genre. En 1999 je voulais \u00e9crire un roman des coulisses, Cage de sc\u00e8ne (la sc\u00e8ne comme dernier point de chute de notre civilisation, peuch\u00e8re). Je ne savais trop comment m\u2019y prendre, d\u2019autant que Michel Houellebecq venait de publier\u00a0Les Particules \u00e9l\u00e9mentaires (ind\u00e9passable en ce temps-l\u00e0). Je me suis alors rabattu sur la po\u00e9sie, cela me semblait facile (\u00e7a l\u2019\u00e9tait en effet). Mais je souhaitais quand m\u00eame \u00e9crire des \u00ab\u00a0histoires\u00a0\u00bb, pas seulement jeter sur le papier des sentiments po\u00e9tiques, des sensations po\u00e9tiques, des jeux de mots po\u00e9tiques. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0po\u00e9sie-fiction\u00a0\u00bb. Un roman c\u2019est un d\u00e9but et une fin, le reste n\u2019est que remplissage. Idem un po\u00e8me, fictif ou pas, sauf que le remplissage est bref \u2013 donc lisible (l\u2019auteur doit \u00e9crire en pensant au lecteur, ce qui est rare vous le savez en po\u00e9sie contemporaine). Le po\u00e8me-fictif est structur\u00e9 1-2-3. Il est une id\u00e9e (1) avant d\u2019\u00eatre formellement un d\u00e9but et une fin (2), et on le d\u00e9ploie de fa\u00e7on ternaire pour garder l\u2019attention du lecteur : introduction, d\u00e9veloppement, conclusion (3). Id\u00e9e + d\u00e9but\/fin + trois temps d\u2019ex\u00e9cution avec (si possible) un point d\u2019orgue au milieu. En ce sens, dans le spectre du roman (et pour imager)\u00a0: L\u2019\u00c9tranger est une \u0153uvre r\u00e9ussie tandis que Le Proc\u00e8s, Voyage au bout de la nuit, Ulysse, \u00c0 la recherche du temps perdu sont des \u0153uvres rat\u00e9es. Po\u00e9sie-fiction\u00a0? Le trait d\u2019union entre po\u00e9sie et fiction\u00a0= le chemin qui relie l\u2019Occident au reste du monde\u00a0: le Bien au Mal. L\u2019Occident, en rayonnant dans le monde, a \u00e9clair\u00e9 les routes menant sur son territoire des humains que l\u2019on conduit \u00e0 l\u2019abattoir comme des mots sur la page blanche. La litt\u00e9rature est d\u00e9mographique. Ma grand-m\u00e8re mettra bas 12 enfants, ma m\u00e8re 6, moi 1, mon fils 0 tandis qu\u2019une ligne de prose \u00e9crasera le vers.\u00a0Sur la page comme sur le territoire, la messe est dite. La po\u00e9sie peut s\u2019\u00e9teindre dans le roman universel, sa fiction, et retourner \u00e0 sa nuit \u00e9ternelle. Amen. Un po\u00e8me-fictif est compos\u00e9 de trois parties. Les po\u00e8mes vont par trois aussi, et s\u2019inscrivent dans un tout\u00a0: le recueil. Si dans le livre plusieurs recueils\u00a0: trois encore. Quand plusieurs livres\u00a0: trois toujours. Sainte-Trinit\u00e9 de la divine Po\u00e9sie. Un po\u00e8te qui est l\u2019auteur de dix ou cent livres ne croit pas en Dieu. Le titre est partie prenante du po\u00e8me-fictif. Son alignement avec le po\u00e8me fait gagner un vers qui se veut court, tr\u00e8s court pour aller \u00e0 l\u2019essentiel\u00a0: le point final (l\u2019impossible r\u00eave serait d\u2019arriver au dernier mot d\u00e8s le premier). Ce titre permet de dire un peu plus (comme un vers en plus) dans le peu d\u2019espace et avec le peu de mots dont on veut user pour int\u00e9resser de bout en bout le lecteur en chute libre (chute de l\u2019Homme sur la terre, du Po\u00e8te sur la page). La marotte des trois parties est essentielle pour garder l\u2019attention. Et il y a trois phrases. Il peut n\u2019y en avoir qu\u2019une ou deux (jamais quatre, on s\u2019endormirait). La trinit\u00e9 du po\u00e8me s\u2019inscrit dans l\u2019esprit du lecteur. L\u2019int\u00e9r\u00eat advient avant lecture, pendant lecture, apr\u00e8s lecture. Le titre est g\u00e9n\u00e9ralement un anti-titre qui permet d\u2019\u00e9garer, et de cr\u00e9er du suspens. LE PRISONNIER est le gardien, puis LE GARDIEN est le prisonnier. \u00a0En s\u2019y perdant, le lecteur s\u2019y retrouve. Un po\u00e8me-fictif n\u2019est pas un po\u00e8me, mais un leurre. Il est une fiction costum\u00e9e po\u00e8me. Il inocule le mal en pr\u00e9sentant bien. Mon premier recueil de po\u00e9sie, On va tuer Adams, \u00e9crit en 1999 et paru au sein d\u2019un ensemble en 2004 (La plus grande civilisation de tous les temps), est constitu\u00e9 de pr\u00e9l\u00e8vements dans des \u0153uvres de fiction. Une civilisation, la plus grande de tous les temps (l\u2019occidentale) a disparu. Un chercheur retrouve, ensevelies sous&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6787,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[38,2868,2562,2867,212,1463],"class_list":["post-6780","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-christian-prigent","tag-jacques-scherer","tag-jean-luc-caizergues","tag-poesie-fiction","tag-poesie-flammarion","tag-yves-di-manno"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6780","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6780"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6780\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6789,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6780\/revisions\/6789"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6787"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6780"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6780"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6780"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}