{"id":6831,"date":"2026-02-24T18:31:23","date_gmt":"2026-02-24T17:31:23","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6831"},"modified":"2026-02-24T19:55:25","modified_gmt":"2026-02-24T18:55:25","slug":"chronique-charles-pennequin-lecriventure-par-bruno-fern","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2026\/02\/24\/chronique-charles-pennequin-lecriventure-par-bruno-fern\/","title":{"rendered":"[Chronique] Charles Pennequin, L&rsquo;\u00e9criventure, par Bruno Fern"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Charles Pennequin, <strong><em>L\u2019\u00e9criventure<\/em><\/strong>, P.O.L, en librairie depuis le 19 f\u00e9vrier 2026, 304 pages, 23 \u20ac, ISBN : 978-2-8180-6482-5. [Charles Pennequin lit trois pages de <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=SqD2-tg3bEk\"><em><strong>L&rsquo;\u00e9criventure<\/strong><\/em><\/a>]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Charles Pennequin, po\u00e8te et performeur, est l\u2019auteur de nombreux livres dont la plupart ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s aux \u00e9ditions P.O.L. Dans ce dernier on lira le parcours aventureux, donc jalonn\u00e9 de diverses p\u00e9rip\u00e9ties, d\u2019un homme parti \u00e0 sa propre recherche\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il fait ses recherches. Il se cherche dedans. Il h\u00e9site. Il ne sait pas qui il est.<\/em>\u00a0\u00bb Contrairement aux ouvrages o\u00f9 l\u2019authenticit\u00e9 du v\u00e9cu tente de masquer le manque d\u2019\u00e9criture, celui-ci ne relate pas cette aventure mais il la constitue lui-m\u00eame \u00e0 travers une enqu\u00eate apparemment foutraque qui, en fait, est compos\u00e9e avec minutie. En effet, la vari\u00e9t\u00e9 des formes, le travail de la langue et les propos r\u00e9currents sur ce que l\u2019auteur entend par<em> \u00e9crire<\/em> exc\u00e8dent ce qui pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019un banal r\u00e9cit autobiographique.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6828\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_Rouen.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"752\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_Rouen.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_Rouen-215x300.jpg 215w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_Rouen-108x150.jpg 108w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_Rouen-366x510.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le d\u00e9but, cette qu\u00eate de soi se place sous le signe d\u2019un d\u00e9doublement, d\u2019une oscillation pronominale \u2013 \u00ab\u00a0<em>C\u2019est comme si j\u2019ouvrais des valises. Il a ainsi des valises pleines de mots<\/em>\u00a0\u00bb, le narrateur allant jusqu\u2019\u00e0 nommer certains personnages comme autant de figures alternatives de lui-m\u00eame. Quant au fil chronologique, s\u2019il conna\u00eet des ruptures et des allers-retours, il commence par l\u2019enfance d\u2019un gaucher qui ressent probablement plus que les autres \u00e0 quel point l\u2019\u00e9criture est aussi une question physique, cette dimension ayant laiss\u00e9 des traces durables chez l\u2019adulte devenu \u00e9crivain : \u00ab\u00a0<em>On a dress\u00e9 nos mains. On nous a dress\u00e9 les mains pour l\u2019\u00e9crire-bien.\u00a0<\/em>\u00bb Le d\u00e9nomm\u00e9 Pennequin \u00e9tant un homme fait de mots, on chemine de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre tout du long, de <em>Guili-guili<\/em> \u00e0 <em>Vivre<\/em> en passant par <em>Vache<\/em> et <em>Politique<\/em>, souvent via la consultation de diff\u00e9rents dictionnaires, des trois offerts par son p\u00e8re pour ses dix ans aux deux trouv\u00e9s par sa fille dans une bo\u00eete \u00e0 livres. \u00c0 partir de chacun de ces mots, l\u2019auteur s\u00e9cr\u00e8te des textes o\u00f9 l\u2019oralit\u00e9, toujours sensible, est retravaill\u00e9e par reprises et d\u00e9calages qui allient sens, rythme et son\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Comment je m\u2019agis, m\u2019agite, m\u2019assagis \/ magie, comment je moi dans mon casot \/ ma petite case dans les montagnes<\/em>\u00a0\u00bb. En douze chapitres o\u00f9 un r\u00e9cit en prose ponctu\u00e9e se trouve entrecoup\u00e9 par des dialogues et des po\u00e8mes en vers qui peuvent tourner \u00e0 l\u2019aphorisme (\u00ab\u00a0<em>en vivant nous faisons \/ volte-face \/ \u00e0 ce qui nous \/ pr\u00e9occupe<\/em>\u00a0\u00bb), Pennequin, jouant parfois avec la typographie pour lorgner vers la po\u00e9sie visuelle, redonne un sens pas forc\u00e9ment plus pur mais autre que l\u2019ordinaire aux innombrables mots qu\u2019il note ou enregistre depuis longtemps. Cette passion, qui remonte \u00e0 bien avant lui \u2013 \u00ab\u00a0<em>\u00e7a venait de la m\u00e8re \/ la m\u00e8re du p\u00e8re \/ c\u2019est elle qui gribouillait \/ dans ses carnets \/ c\u2019est elle qui nous a ramen\u00e9 \/ tout \u00e7a chez nous \/ cette sale engeance de mots\u00a0<\/em>\u00bb \u2013, s\u2019\u00e9tend \u00e0 toute la langue, ne se r\u00e9duisant pas, comme c\u2019est trop souvent le cas en po\u00e9sie, \u00e0 un lexique pr\u00e9tendument \u00e9pur\u00e9. Cela \u00e9tant, \u00e0 rebours des nombreux \u00e9pigones de l\u2019auteur qui c\u00e8dent aux facilit\u00e9s du pr\u00e9sentisme, on percevra des \u00e9chos \u00e0 l\u2019histoire litt\u00e9raire, de Poe et Rimbaud jusqu\u2019\u00e0 Ersnt Jandl (\u00ab\u00a0<em>Des po\u00e8mes d\u00e9labr\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb). De plus, la plupart de ces proc\u00e9dures sont r\u00e9guli\u00e8rement comment\u00e9es pour mieux \u00e9clairer une d\u00e9marche o\u00f9 \u00ab\u00a0<em>nous sommes en totale perdition, puis nous voil\u00e0 une petite id\u00e9e, une toute petite id\u00e9e comme une bille qui roule en nous\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6837\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_ecriventure.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"359\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_ecriventure.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_ecriventure-300x199.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_ecriventure-150x100.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_ecriventure-366x243.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En dehors de sa famille appartenant \u00e0 la classe ouvri\u00e8re du Nord de la France, le personnage central a successivement ou simultan\u00e9ment fait partie de diff\u00e9rentes \u00ab\u00a0<em>bandes<\/em>\u00a0\u00bb qui ont contribu\u00e9 \u00e0 engendrer son identit\u00e9 multiple\u00a0: les copains-copines de l\u2019adolescence\u00a0; le dit peuple, ici \u00e9voqu\u00e9 sans surplomb ni complaisance, quand la t\u00e9l\u00e9 \u2013 voir la charge tragicomique contre CNEWS \u2013 vient farcir en continu les t\u00eates de celles et ceux auxquels, par ailleurs, les mots <em>Libert\u00e9<\/em> et <em>Culture <\/em>ne sont pas adress\u00e9s : \u00ab\u00a0<em>Nous sommes comme les futurs cadavres de leur seule culture \u00e0 eux<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0; la Grande Muette qui, des ann\u00e9es plus tard, hante encore ses r\u00eaves\u00a0; enfin, la compagnie des \u00e9crivains o\u00f9, malgr\u00e9 les pseudos drolatiques, on pourra reconna\u00eetre quelques contemporains admir\u00e9s (Heidsieck, Prigent) ou, au contraire, \u00e9pingl\u00e9s, \u00ab\u00a0<em>les po\u00ebtes dla grande parlotte dla po\u00ebsie<\/em>\u00a0\u00bb dont certains voudraient cantonner l\u2019auteur au r\u00f4le de \u00ab\u00a0<em>guignol pour salon litt\u00e9raire\u00a0<\/em>\u00bb. On peut rattacher \u00e0 cette derni\u00e8re bande la relation de performances dont deux particuli\u00e8rement marquantes, la premi\u00e8re en impro solitaire le long d\u2019une autoroute et la seconde en pr\u00e9sence d\u2019un public d\u2019abord hostile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, si ces diverses appartenances permettent de mieux cerner \u00ab\u00a0<em>l\u2019homme qui est au fond<\/em>\u00a0\u00bb, elles soulignent \u00e9galement le fait qu\u2019il s\u2019est parfois senti \u00e0 la marge, voire en sens inverse de ce qu\u2019il aurait voulu\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Contre-chemin, c\u2019est toute sa vie, il a toujours pris le chemin contraire \u00e0 lui-m\u00eame.<\/em>\u00a0\u00bb Cette tonalit\u00e9 m\u00e9lancolique est notamment perceptible lorsque l\u2019auteur \u00e9voque les moments de solitude ou la mort (celle des autres et la sienne \u00e0 venir\u00a0: \u00ab\u00a0<em>il faudrait avoir \/ une relation \/ avec le futur mort \/ qu\u2019il y a \/ en chacun de nous<\/em>\u00a0\u00bb), mais cela n\u2019emp\u00eache pas de fr\u00e9quents traits d\u2019humour\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0<em>Et pas moyen de faire monter la Mayennaise. Elle est en fauteuil \u00e0 roulettes<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0; ou bien \u00ab\u00a0<em>Il est all\u00e9 voir le docteur pour se faire d\u00e9ponctuer.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, ce livre n\u2019offre pas seulement un autoportrait subtilement \u00e9clat\u00e9 mais soul\u00e8ve aussi un ensemble de questions sur l\u2019identit\u00e9, bienvenues en ces temps d\u2019identitarisme naus\u00e9abond, sur la possibilit\u00e9 d\u2019une communaut\u00e9 politique ou sur les rapports entre cette derni\u00e8re et des actions artistiques qui \u00e9viteraient tout autant le hors-sol inoffensif que la simple proclamation de mots d\u2019ordre, aussi l\u00e9gitimes soient-ils \u2013 par exemple, voir ce que Pennequin \u00e9crit \u00e0 partir du mot <em>Nature<\/em>, loin de l\u2019\u00e9copo\u00e9sie gnangnan \u00e0 la mode. L\u2019essentiel \u00e9tant de r\u00e9pondre \u00e0 cette quasi injonction\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Qu\u2019est-ce que t\u2019attends pour \u00eatre vivant\u00a0?\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 class=\"text-serif fst-italic text-danger mb-3\" style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Pour prendre la mesure de cette \u00e9criventure :\u00a0<\/span> <span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\">le colloque Charles Pennequin : po\u00e9sie tapage<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6836\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_Colloque.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"358\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_Colloque.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_Colloque-300x199.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_Colloque-150x99.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pennequin_Colloque-366x243.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le colloque \u00ab\u00a0Charles Pennequin\u00a0: po\u00e9sie tapage\u00a0\u00bb s\u2019est tenu en juin 2021 sous une forme particuli\u00e8re, cons\u00e9quence des contraintes et incertitudes sanitaires. Un blog a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour recevoir en amont les communications, dans des formats divers, laiss\u00e9s libres, ainsi que des documents qui devaient servir de point d\u2019appui aux \u00e9changes. Les sessions en direct ont ainsi pu \u00eatre enti\u00e8rement consacr\u00e9es aux discussions autour des communications. Par ce choix de format, nous avons tenu \u00e0 pr\u00e9server, malgr\u00e9 la distance, ce pour quoi on tient un colloque, en laissant une place privil\u00e9gi\u00e9e aux \u00e9changes. Cette mani\u00e8re funambule, qui laissait place \u00e0 l\u2019improvisation et au risque, devait aussi coller \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0objet Pennequin\u00a0\u00bb, d\u2019autant que le po\u00e8te, pr\u00e9sent durant toute la dur\u00e9e du colloque, pouvait r\u00e9agir, commenter, dialoguer avec les intervenants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une partie de ce format vivant que nous avons voulu conserver dans la pr\u00e9sente publication en ligne des actes, en actualisant le blog pour y faire figurer ce que le pr\u00e9sent site ne peut accueillir\u00a0: l\u2019enregistrement vid\u00e9o de la table ronde \u00ab\u00a0Arm\u00e9e noire\u00a0\u00bb, l\u2019entretien avec le chor\u00e9graphe Dominique J\u00e9gou, ainsi qu\u2019un ensemble documentaire ayant servi de point d\u2019appui aux discussions. Certains articles y trouvent \u00e9galement des enrichissements documentaires (diaporama, vid\u00e9os, photographies).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/poesietapage.wordpress.com\/\">Acc\u00e9der au blog\u2026<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/marge.univ-lyon3.fr\/colloque-charles-pennequin-poesie-tapage-2\">Acc\u00e9der aux actes vid\u00e9o du colloque sur la Web TV de l\u2019Universit\u00e9 Lyon 3\u2026<\/a><\/p>\n<div class=\"fw-bold my-4\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"background-color: #ffff00;\"><strong>Textes r\u00e9unis par\u00a0Anne-Christine Roy\u00e8re et Ga\u00eblle Th\u00e9val.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"fw-light my-4\">DOI : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.58282\/colloques.7643\">https:\/\/doi.org\/10.58282\/colloques.7643<\/a><\/span><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Charles Pennequin, L\u2019\u00e9criventure, P.O.L, en librairie depuis le 19 f\u00e9vrier 2026, 304 pages, 23 \u20ac, ISBN : 978-2-8180-6482-5. 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En effet, la vari\u00e9t\u00e9 des formes, le travail de la langue et les propos r\u00e9currents sur ce que l\u2019auteur entend par \u00e9crire exc\u00e8dent ce qui pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019un banal r\u00e9cit autobiographique. D\u00e8s le d\u00e9but, cette qu\u00eate de soi se place sous le signe d\u2019un d\u00e9doublement, d\u2019une oscillation pronominale \u2013 \u00ab\u00a0C\u2019est comme si j\u2019ouvrais des valises. Il a ainsi des valises pleines de mots\u00a0\u00bb, le narrateur allant jusqu\u2019\u00e0 nommer certains personnages comme autant de figures alternatives de lui-m\u00eame. Quant au fil chronologique, s\u2019il conna\u00eet des ruptures et des allers-retours, il commence par l\u2019enfance d\u2019un gaucher qui ressent probablement plus que les autres \u00e0 quel point l\u2019\u00e9criture est aussi une question physique, cette dimension ayant laiss\u00e9 des traces durables chez l\u2019adulte devenu \u00e9crivain : \u00ab\u00a0On a dress\u00e9 nos mains. On nous a dress\u00e9 les mains pour l\u2019\u00e9crire-bien.\u00a0\u00bb Le d\u00e9nomm\u00e9 Pennequin \u00e9tant un homme fait de mots, on chemine de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre tout du long, de Guili-guili \u00e0 Vivre en passant par Vache et Politique, souvent via la consultation de diff\u00e9rents dictionnaires, des trois offerts par son p\u00e8re pour ses dix ans aux deux trouv\u00e9s par sa fille dans une bo\u00eete \u00e0 livres. \u00c0 partir de chacun de ces mots, l\u2019auteur s\u00e9cr\u00e8te des textes o\u00f9 l\u2019oralit\u00e9, toujours sensible, est retravaill\u00e9e par reprises et d\u00e9calages qui allient sens, rythme et son\u00a0: \u00ab\u00a0Comment je m\u2019agis, m\u2019agite, m\u2019assagis \/ magie, comment je moi dans mon casot \/ ma petite case dans les montagnes\u00a0\u00bb. En douze chapitres o\u00f9 un r\u00e9cit en prose ponctu\u00e9e se trouve entrecoup\u00e9 par des dialogues et des po\u00e8mes en vers qui peuvent tourner \u00e0 l\u2019aphorisme (\u00ab\u00a0en vivant nous faisons \/ volte-face \/ \u00e0 ce qui nous \/ pr\u00e9occupe\u00a0\u00bb), Pennequin, jouant parfois avec la typographie pour lorgner vers la po\u00e9sie visuelle, redonne un sens pas forc\u00e9ment plus pur mais autre que l\u2019ordinaire aux innombrables mots qu\u2019il note ou enregistre depuis longtemps. Cette passion, qui remonte \u00e0 bien avant lui \u2013 \u00ab\u00a0\u00e7a venait de la m\u00e8re \/ la m\u00e8re du p\u00e8re \/ c\u2019est elle qui gribouillait \/ dans ses carnets \/ c\u2019est elle qui nous a ramen\u00e9 \/ tout \u00e7a chez nous \/ cette sale engeance de mots\u00a0\u00bb \u2013, s\u2019\u00e9tend \u00e0 toute la langue, ne se r\u00e9duisant pas, comme c\u2019est trop souvent le cas en po\u00e9sie, \u00e0 un lexique pr\u00e9tendument \u00e9pur\u00e9. Cela \u00e9tant, \u00e0 rebours des nombreux \u00e9pigones de l\u2019auteur qui c\u00e8dent aux facilit\u00e9s du pr\u00e9sentisme, on percevra des \u00e9chos \u00e0 l\u2019histoire litt\u00e9raire, de Poe et Rimbaud jusqu\u2019\u00e0 Ersnt Jandl (\u00ab\u00a0Des po\u00e8mes d\u00e9labr\u00e9s\u00a0\u00bb). De plus, la plupart de ces proc\u00e9dures sont r\u00e9guli\u00e8rement comment\u00e9es pour mieux \u00e9clairer une d\u00e9marche o\u00f9 \u00ab\u00a0nous sommes en totale perdition, puis nous voil\u00e0 une petite id\u00e9e, une toute petite id\u00e9e comme une bille qui roule en nous\u00a0\u00bb. En dehors de sa famille appartenant \u00e0 la classe ouvri\u00e8re du Nord de la France, le personnage central a successivement ou simultan\u00e9ment fait partie de diff\u00e9rentes \u00ab\u00a0bandes\u00a0\u00bb qui ont contribu\u00e9 \u00e0 engendrer son identit\u00e9 multiple\u00a0: les copains-copines de l\u2019adolescence\u00a0; le dit peuple, ici \u00e9voqu\u00e9 sans surplomb ni complaisance, quand la t\u00e9l\u00e9 \u2013 voir la charge tragicomique contre CNEWS \u2013 vient farcir en continu les t\u00eates de celles et ceux auxquels, par ailleurs, les mots Libert\u00e9 et Culture ne sont pas adress\u00e9s : \u00ab\u00a0Nous sommes comme les futurs cadavres de leur seule culture \u00e0 eux\u00a0\u00bb\u00a0; la Grande Muette qui, des ann\u00e9es plus tard, hante encore ses r\u00eaves\u00a0; enfin, la compagnie des \u00e9crivains o\u00f9, malgr\u00e9 les pseudos drolatiques, on pourra reconna\u00eetre quelques contemporains admir\u00e9s (Heidsieck, Prigent) ou, au contraire, \u00e9pingl\u00e9s, \u00ab\u00a0les po\u00ebtes dla grande parlotte dla po\u00ebsie\u00a0\u00bb dont certains voudraient cantonner l\u2019auteur au r\u00f4le de \u00ab\u00a0guignol pour salon litt\u00e9raire\u00a0\u00bb. On peut rattacher \u00e0 cette derni\u00e8re bande la relation de performances dont deux particuli\u00e8rement marquantes, la premi\u00e8re en impro solitaire le long d\u2019une autoroute et la seconde en pr\u00e9sence d\u2019un public d\u2019abord hostile. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, si ces diverses appartenances permettent de mieux cerner \u00ab\u00a0l\u2019homme qui est au fond\u00a0\u00bb, elles soulignent \u00e9galement le fait qu\u2019il s\u2019est parfois senti \u00e0 la marge, voire en sens inverse de ce qu\u2019il aurait voulu\u00a0: \u00ab\u00a0Contre-chemin, c\u2019est toute sa vie, il a toujours pris le chemin contraire \u00e0 lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb Cette tonalit\u00e9 m\u00e9lancolique est notamment perceptible lorsque l\u2019auteur \u00e9voque les moments de solitude ou la mort (celle des autres et la sienne \u00e0 venir\u00a0: \u00ab\u00a0il faudrait avoir \/ une relation \/ avec le futur mort \/ qu\u2019il y a \/ en chacun de nous\u00a0\u00bb), mais cela n\u2019emp\u00eache pas de fr\u00e9quents traits d\u2019humour\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Et pas moyen de faire monter la Mayennaise. Elle est en fauteuil \u00e0 roulettes\u00a0\u00bb\u00a0; ou bien \u00ab\u00a0Il est all\u00e9 voir le docteur pour se faire d\u00e9ponctuer.\u00a0\u00bb Enfin, ce livre n\u2019offre pas seulement un autoportrait subtilement \u00e9clat\u00e9 mais soul\u00e8ve aussi un ensemble de questions sur l\u2019identit\u00e9, bienvenues en ces temps d\u2019identitarisme naus\u00e9abond, sur la possibilit\u00e9 d\u2019une communaut\u00e9 politique ou sur les rapports entre cette derni\u00e8re et des actions artistiques qui \u00e9viteraient tout autant le hors-sol inoffensif que la simple proclamation de mots d\u2019ordre, aussi l\u00e9gitimes soient-ils \u2013 par exemple, voir ce que Pennequin \u00e9crit \u00e0 partir du mot Nature, loin de l\u2019\u00e9copo\u00e9sie gnangnan \u00e0 la mode. L\u2019essentiel \u00e9tant de r\u00e9pondre \u00e0 cette quasi injonction\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que t\u2019attends pour \u00eatre vivant\u00a0?\u00a0\u00bb &nbsp; Pour prendre la mesure de cette \u00e9criventure :\u00a0 le colloque Charles Pennequin : po\u00e9sie tapage Le colloque \u00ab\u00a0Charles Pennequin\u00a0: po\u00e9sie tapage\u00a0\u00bb s\u2019est tenu en juin 2021 sous une forme particuli\u00e8re,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6839,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[364,75,298,2025,2887,300,2514,2886],"class_list":["post-6831","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-anne-christine-royere","tag-bruno-fern","tag-charles-pennequin","tag-gaelle-theval","tag-librairie-la-tonne","tag-pennequin-poesie-metaphysique","tag-pol-editions","tag-quete-de-soi-dans-lecriture"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6831","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6831"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6831\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6840,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6831\/revisions\/6840"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6839"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6831"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6831"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6831"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}