{"id":687,"date":"2020-06-09T07:27:04","date_gmt":"2020-06-09T05:27:04","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=687"},"modified":"2021-05-09T07:27:58","modified_gmt":"2021-05-09T05:27:58","slug":"chronique-christophe-stolowicki-baudelaire-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2020\/06\/09\/chronique-christophe-stolowicki-baudelaire-critique\/","title":{"rendered":"[Chronique] Christophe Stolowicki, Baudelaire critique"},"content":{"rendered":"<p>On ne relit pas <em>Les Fleurs du mal <\/em>ni <em>Le Spleen de Paris, <\/em>on les compulse seulement, et souvent, pour v\u00e9rifier \u00e0 la virgule pr\u00e8s si ce <a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Fleurs_du_mal.jpg\" rel=\"prettyphoto[687]\" rel=\"prettyphoto[16469]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-16472\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Fleurs_du_mal.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Fleurs_du_mal.jpg 225w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Fleurs_du_mal-169x300.jpg 169w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Fleurs_du_mal-84x150.jpg 84w\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"400\" \/><\/a>qui s\u2019est inscrit en nous et remonte \u00e0 la moindre capillarit\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9 par les ans et l\u2019usage, et l\u2019appropriation. Mais on peut relire d\u2019affil\u00e9e <em>Les Paradis artificiels, <\/em>ou <em>Mon C\u0153ur mis \u00e0 nu, Pauvre Belgique, <\/em>des <em>Fus\u00e9es<\/em>oubli\u00e9es, et picorer dans les textes critiques d\u2019un qui, et pour cause, \u00ab\u00a0tutoyait le g\u00e9nie\u00a0\u00bb, comme a le modeste courage de l\u2019\u00e9crire Herv\u00e9 Falcou, son pr\u00e9sentateur d\u2019une \u00e9dition de poche intitul\u00e9e <em>L\u2019art romantique<\/em> (1964).<\/p>\n<p>Qui tutoyait d\u2019un plain-pied de politesse de moindres g\u00e9nies, avec cette simple familiarit\u00e9 que n\u2019a pas Nietzsche qui les surplombe de plus haut, toujours plus haut, de grotte en pic s\u2019\u00e9levant avec ses seuls animaux h\u00e9raldiques.<\/p>\n<p>Il suffisait \u00e0 Baudelaire de frotter la lampe pour qu\u2019ils apparaissent \u2013 animaux de blason plut\u00f4t que djinns.<\/p>\n<p>Avec une bonne pens\u00e9e pour l\u2019un de ses confr\u00e8res en journalisme dont \u00ab\u00a0le pi\u00e9tisme n\u2019avait pas encore rogn\u00e9 les griffes [ni] les feuilles bigotes ouvert leurs bienheureux \u00e9teignoirs\u00a0\u00bb, parfait, en tout parfait, jusque dans les plus br\u00e8ves notules, et l\u2019insolence tremp\u00e9e dans le lait d\u2019airain d\u2019acier (<em>Leurs reins f\u00e9conds sont pleins d\u2019\u00e9tincelles magiques, \/ Et des parcelles d\u2019or ainsi qu\u2019un sable fin \/ <\/em><em>\u00c9toilent vaguement leurs prunelles mystiques<\/em>)<em>.<\/em><\/p>\n<p>Ou \u00e9chotier rapportant <em>Comment on paie ses dettes quand on a du g\u00e9nie <\/em>\u2013 \u00ab\u00a0l\u2019anecdote [lui] a \u00e9t\u00e9 cont\u00e9e avec pri\u00e8res de n\u2019en parler \u00e0 personne\u00a0; c\u2019est pour cela [qu\u2019il veut] la raconter \u00e0 tout le monde\u00a0\u00bb. \u00c0 \u00ab\u00a0sa large bouche moins distendue et moins lippue qu\u2019\u00e0 l\u2019ordinaire\u00a0\u00bb ornant \u00ab\u00a0la plus forte t\u00eate commerciale et litt\u00e9raire du XIX\u00e8 si\u00e8cle\u00a0\u00bb, on reconna\u00eet aussit\u00f4t le commissaire Maigret de ce temps de duchesses et de crocheteurs sublimes se vautrant dans le Rubempr\u00e9, \u00ab\u00a0gros enfant bouffi de g\u00e9nie et de vanit\u00e9\u00a0\u00bb. Honorant cet honor\u00e9 bourgeois des lettres, comme par nous autres un quelconque Houellebecq, de l\u2019\u00e9pith\u00e8te \u00e9pitaphe de \u00ab\u00a0grand po\u00e8te\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On lit sourdre in petto plus d\u2019esprit qu\u2019il n\u2019est d\u00e9ploy\u00e9 en r\u00e9pliques de table d\u2019artistes de la langue festoyant de bons mots, de discours en dit court, entre les bouquets d\u2019\u00e9crevisses et le r\u00f4t, toujours oiseuses pour le lecteur contemporain parce que les pointes s\u2019en sont \u00e9mouss\u00e9es \u2013 par Balzac le susnomm\u00e9 po\u00e8te ou l\u2019antipo\u00e8te Flaubert.<\/p>\n<p>Ou prodigue de railleurs <em>conseils aux jeunes litt\u00e9rateurs <\/em>pour lesquels je donnerais toutes les pr\u00e9tentieuses niaiseries rilkiennes\u00a0: \u00ab\u00a0un succ\u00e8s est, dans une proportion arithm\u00e9tique ou g\u00e9om\u00e9trique, suivant la force de l\u2019\u00e9crivain, le r\u00e9sultat des succ\u00e8s ant\u00e9rieurs, souvent invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu. Il y a lente agr\u00e9gation de succ\u00e8s mol\u00e9culaires\u00a0; mais de g\u00e9n\u00e9rations miraculeuses et spontan\u00e9es, jamais. \/ Ceux qui disent\u00a0: J\u2019ai du guignon, sont ceux qui n\u2019ont pas encore eu assez de succ\u00e8s et qui l\u2019ignorent\u00a0\u00bb. \u00c9crit fraternellement par \u00ab\u00a0une Warens au c\u0153ur intelligent et bon\u00a0\u00bb, avec une verve de contrepoint de son propre <em>guignon<\/em> (<em>Pour soulever un poids si lourd, \/ Sisyphe, il faudrait ton courage\u00a0! \/ Bien qu\u2019on ait du c\u0153ur \u00e0 l\u2019ouvrage, \/ L\u2019Art est long et le Temps est court. <\/em>[\u2026] \/\/ \u2013 <em>Maint joyau<\/em> <em>dort enseveli \/ Dans les t\u00e9n\u00e8bres et l\u2019oubli, \/ Bien loin des pioches et des sondes\u00a0; \/\/ Mainte fleur \u00e9panche \u00e0 regret \/ Son parfum doux comme un secret \/ Dans les solitudes profondes<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/BaudelaireMuse.jpg\" rel=\"prettyphoto[687]\" rel=\"prettyphoto[16469]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-16470\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/BaudelaireMuse.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/BaudelaireMuse.jpg 540w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/BaudelaireMuse-300x178.jpg 300w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/BaudelaireMuse-150x89.jpg 150w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/BaudelaireMuse-366x217.jpg 366w\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"320\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne relit pas Les Fleurs du mal ni Le Spleen de Paris, on les compulse seulement, et souvent, pour v\u00e9rifier \u00e0 la virgule pr\u00e8s si ce qui s\u2019est inscrit en nous et remonte \u00e0 la moindre capillarit\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9 par les ans et l\u2019usage, et l\u2019appropriation. Mais on peut relire d\u2019affil\u00e9e Les Paradis artificiels, ou Mon C\u0153ur mis \u00e0 nu, Pauvre Belgique, des Fus\u00e9esoubli\u00e9es, et picorer dans les textes critiques d\u2019un qui, et pour cause, \u00ab\u00a0tutoyait le g\u00e9nie\u00a0\u00bb, comme a le modeste courage de l\u2019\u00e9crire Herv\u00e9 Falcou, son pr\u00e9sentateur d\u2019une \u00e9dition de poche intitul\u00e9e L\u2019art romantique (1964). Qui tutoyait d\u2019un plain-pied de politesse de moindres g\u00e9nies, avec cette simple familiarit\u00e9 que n\u2019a pas Nietzsche qui les surplombe de plus haut, toujours plus haut, de grotte en pic s\u2019\u00e9levant avec ses seuls animaux h\u00e9raldiques. Il suffisait \u00e0 Baudelaire de frotter la lampe pour qu\u2019ils apparaissent \u2013 animaux de blason plut\u00f4t que djinns. Avec une bonne pens\u00e9e pour l\u2019un de ses confr\u00e8res en journalisme dont \u00ab\u00a0le pi\u00e9tisme n\u2019avait pas encore rogn\u00e9 les griffes [ni] les feuilles bigotes ouvert leurs bienheureux \u00e9teignoirs\u00a0\u00bb, parfait, en tout parfait, jusque dans les plus br\u00e8ves notules, et l\u2019insolence tremp\u00e9e dans le lait d\u2019airain d\u2019acier (Leurs reins f\u00e9conds sont pleins d\u2019\u00e9tincelles magiques, \/ Et des parcelles d\u2019or ainsi qu\u2019un sable fin \/ \u00c9toilent vaguement leurs prunelles mystiques). Ou \u00e9chotier rapportant Comment on paie ses dettes quand on a du g\u00e9nie \u2013 \u00ab\u00a0l\u2019anecdote [lui] a \u00e9t\u00e9 cont\u00e9e avec pri\u00e8res de n\u2019en parler \u00e0 personne\u00a0; c\u2019est pour cela [qu\u2019il veut] la raconter \u00e0 tout le monde\u00a0\u00bb. \u00c0 \u00ab\u00a0sa large bouche moins distendue et moins lippue qu\u2019\u00e0 l\u2019ordinaire\u00a0\u00bb ornant \u00ab\u00a0la plus forte t\u00eate commerciale et litt\u00e9raire du XIX\u00e8 si\u00e8cle\u00a0\u00bb, on reconna\u00eet aussit\u00f4t le commissaire Maigret de ce temps de duchesses et de crocheteurs sublimes se vautrant dans le Rubempr\u00e9, \u00ab\u00a0gros enfant bouffi de g\u00e9nie et de vanit\u00e9\u00a0\u00bb. Honorant cet honor\u00e9 bourgeois des lettres, comme par nous autres un quelconque Houellebecq, de l\u2019\u00e9pith\u00e8te \u00e9pitaphe de \u00ab\u00a0grand po\u00e8te\u00a0\u00bb. On lit sourdre in petto plus d\u2019esprit qu\u2019il n\u2019est d\u00e9ploy\u00e9 en r\u00e9pliques de table d\u2019artistes de la langue festoyant de bons mots, de discours en dit court, entre les bouquets d\u2019\u00e9crevisses et le r\u00f4t, toujours oiseuses pour le lecteur contemporain parce que les pointes s\u2019en sont \u00e9mouss\u00e9es \u2013 par Balzac le susnomm\u00e9 po\u00e8te ou l\u2019antipo\u00e8te Flaubert. Ou prodigue de railleurs conseils aux jeunes litt\u00e9rateurs pour lesquels je donnerais toutes les pr\u00e9tentieuses niaiseries rilkiennes\u00a0: \u00ab\u00a0un succ\u00e8s est, dans une proportion arithm\u00e9tique ou g\u00e9om\u00e9trique, suivant la force de l\u2019\u00e9crivain, le r\u00e9sultat des succ\u00e8s ant\u00e9rieurs, souvent invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu. Il y a lente agr\u00e9gation de succ\u00e8s mol\u00e9culaires\u00a0; mais de g\u00e9n\u00e9rations miraculeuses et spontan\u00e9es, jamais. \/ Ceux qui disent\u00a0: J\u2019ai du guignon, sont ceux qui n\u2019ont pas encore eu assez de succ\u00e8s et qui l\u2019ignorent\u00a0\u00bb. \u00c9crit fraternellement par \u00ab\u00a0une Warens au c\u0153ur intelligent et bon\u00a0\u00bb, avec une verve de contrepoint de son propre guignon (Pour soulever un poids si lourd, \/ Sisyphe, il faudrait ton courage\u00a0! \/ Bien qu\u2019on ait du c\u0153ur \u00e0 l\u2019ouvrage, \/ L\u2019Art est long et le Temps est court. [\u2026] \/\/ \u2013 Maint joyau dort enseveli \/ Dans les t\u00e9n\u00e8bres et l\u2019oubli, \/ Bien loin des pioches et des sondes\u00a0; \/\/ Mainte fleur \u00e9panche \u00e0 regret \/ Son parfum doux comme un secret \/ Dans les solitudes profondes).<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":688,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[788,789,71,790,791],"class_list":["post-687","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-baudelaire-critique","tag-charles-baudelaire","tag-christophe-stolowicki","tag-gustave-flaubert","tag-honore-balzac"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/687","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=687"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/687\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":689,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/687\/revisions\/689"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/688"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=687"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=687"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=687"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}