{"id":6870,"date":"2026-03-08T20:57:55","date_gmt":"2026-03-08T19:57:55","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6870"},"modified":"2026-03-08T21:07:14","modified_gmt":"2026-03-08T20:07:14","slug":"news-news-du-dimanche-112","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2026\/03\/08\/news-news-du-dimanche-112\/","title":{"rendered":"[NEWS] NEWS DU DIMANCHE"},"content":{"rendered":"<p>Prenez le temps de m\u00e9diter le Libr-regard d&rsquo;\u00c9ric Pessan, avant de d\u00e9couvrir les parutions de la semaine&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>Le Libr-regard d&rsquo;\u00c9ric Pessan<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Adolescent, en cours d\u2019histoire, quand on \u00e9tudiait la Seconde Guerre mondiale, les choses paraissaient simples : la frustration d\u2019un peuple, les ambitions politiques, l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir des nazis en 1933\u2026 Les choses \u2013 vues d\u2019un manuel scolaire \u2013 \u00e9taient \u00e0 la fois limpides et incompr\u00e9hensibles. On voyait bri\u00e8vement les m\u00e9canismes et on peinait \u00e0 comprendre pourquoi un peuple entier laissait l\u2019abjection advenir (on se consolait avec cet ultime argument : \u00e0 l\u2019\u00e9poque on ne savait pas que les nazis seraient des nazis \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils accompliraient jusqu\u2019au bout la mise en \u0153uvre de leur id\u00e9ologie totalitaire, guerri\u00e8re et g\u00e9nocidaire). Et tout se r\u00e9sumait \u00e0 quelques dates.<br \/>\nLa guerre, dans ma famille, n\u2019\u00e9tait pas si loin : un grand-p\u00e8re avec un trou dans le dos caus\u00e9 par une balle allemande, un autre d\u00e9port\u00e9 pour avoir tent\u00e9 de se soustraire au STO, et une poign\u00e9e de photos noir et blanc aux bords dentel\u00e9s venant d\u2019une branche plus lointaine de la famille o\u00f9 des gens trinquaient avec des officiers allemands en uniforme. Ceux-l\u00e0 souriaient.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6873\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Chapoutot_Irresponsables.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"361\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Chapoutot_Irresponsables.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Chapoutot_Irresponsables-187x300.jpg 187w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Chapoutot_Irresponsables-93x150.jpg 93w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>Plus tard, \u00e0 force de lire les historiens ou le t\u00e9moignage de citoyens (comme <em>Histoire d&rsquo;un Allemand : souvenirs, 1914-1933<\/em> de Sebastian Haffner, par exemple), j\u2019ai vu que les choses \u00e9taient plus complexes qu\u2019il n\u2019y paraissait et que c\u2019\u00e9tait bien plus difficile de penser que les gens ne savaient pas ce qui allait se passer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et aujourd\u2019hui ? L\u2019extr\u00eame-droite, aim\u00e9e des milliardaires qui voient en elle un moyen de cupidement accro\u00eetre leur pouvoir, tend un collet dans lequel nous avons tous pass\u00e9 le cou : les m\u00e9dias ont largement contribu\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter n\u2019importe quel programme politique social comme irr\u00e9aliste, une dette est brandie pour courber nos \u00e9chines tandis que les milliardaires s\u2019enrichissent encore plus, la droite traditionnelle se d\u00e9porte vers la x\u00e9nophobie, les partis de gauche sont d\u00e9sormais qualifi\u00e9s d\u2019extr\u00eame-gauche et pr\u00e9sent\u00e9s comme dangereux, la culture est de toute part attaqu\u00e9e, les services publics s\u2019\u00e9rodent chaque jour\u2026<br \/>\n\u00c0 la diff\u00e9rence de ce qui se passe dans les livres d\u2019histoire, ce ne sont pas quelques \u00e9v\u00e9nements phares ou spectaculaires qui signalent l\u2019arriv\u00e9e du fascisme, ce sont mille petites choses scandaleuses auxquelles \u2013 par lassitude, par l\u00e2chet\u00e9, par peur de perdre le peu que nous avons encore, par h\u00e9b\u00e9tement \u2013 nous ne r\u00e9agissons pas. Nous voyons ce que cela donne dans d\u2019autres pays, nous voyons que le mouvement est mondial, nous tremblons de col\u00e8re en observant les stup\u00e9fiantes imb\u00e9cillit\u00e9s assassines de Donald Trump, nous avons le recul historique, nous voyons que chaque jour un poids de plume s\u2019ajoute \u00e0 un poids de plume qui s\u2019ajoute \u00e0 un poids de plume et nous savons qu\u2019\u00e0 force les plumes p\u00e8sent des tonnes et nous \u00e9crasent aussi lourdement que le plomb. Nous n\u2019aurons pas \u2013 nous non plus \u2013 l\u2019excuse de notre ignorance.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u2666\u2666\u2666\u2666\u2666<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 force d&rsquo;entendre les m\u00e9dias r\u00e9p\u00e9ter en boucle que les manifestations des fachos se passent super bien tandis que celles de la gauche d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent toujours, je repense \u00e0 ce jour (c&rsquo;\u00e9tait une manif contre la r\u00e9forme des retraites) o\u00f9, avant m\u00eame que le cort\u00e8ge ne d\u00e9marre et sans aucune provocation des manifestants, une grenade lacrymo a roul\u00e9 entre mes pieds.<br \/>\nPersonne pour rappeler que le vote des policiers et gendarmes se tourne majoritairement vers l&rsquo;extr\u00eame-droite ? et que ceci (on ne va pas charger les copains) peut expliquer cela ?<br \/>\nPar ailleurs, plusieurs groupuscules interdits par la loi et plusieurs embl\u00e8mes ou gestes nazis ont \u00e9t\u00e9 tol\u00e9r\u00e9s sans que les forces de l&rsquo;ordre r\u00e9agissent. Ce calme-l\u00e0 m&rsquo;effraie encore plus que les habituels d\u00e9bordements.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>Parutions de la semaine \/\u00c9ric Pessan, Jean-Claude Pinson et Fabrice Thumerel\/<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u25ba<\/strong> C\u2019est le 12 mars prochain que para\u00eetront les quatorzi\u00e8me, quinzi\u00e8me et seizi\u00e8me volumes de la collection \u00ab\u00a0Perec 53\u00a0\u00bb (53 livres de 53 pages d\u00e9di\u00e9s \u00e0 Georges Perec \u2013 l\u2019auteur du r\u00e9cit inachev\u00e9 \u00ab\u00a053 jours\u00a0\u00bb \u2013 par 53 auteurs diff\u00e9rents, publi\u00e9s par L\u2019\u0153il \u00e9bloui).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6875\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"274\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53-300x152.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53-150x76.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53-366x186.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2666 Sereine Berlottier, <em>Ce qui passe, passe\u00a0: voix de Georges Perec<\/em>, 12 \u20ac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ae\u00a0Au gr\u00e9 de ses p\u00e9r\u00e9grinations d\u2019auditrice, en fermant les yeux et en ouvrant l\u2019oreille, Sereine Berlottier dresse un tr\u00e8s subtil audioportrait de Georges Perec. \/FT\/<\/p>\n<blockquote><p>Je ne sais presque rien du rapport personnel de Georges Perec \u00e0 la parole, \u00e0 la phrase<br \/>\nprononc\u00e9e dans l\u2019air, \u00e0 la voix, \u00e0 la parole publique, son plaisir, ou sa g\u00eane, une difficult\u00e9 qu\u2019il ne nomme pas, qui peut-\u00eatre se transforme \u00e0 mesure que les ann\u00e9es passent, que sa place s\u2019affirme,<br \/>\nse d\u00e9finit. Je ne sais pas non plus s\u2019il aimait lire ses livres en public, s\u2019il les mettait \u00e0 l\u2019\u00e9preuve,<br \/>\nlisant, comme d\u2019autres, des versions provisoires (p. 8).<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019enregistrements radios en \u00e9missions t\u00e9l\u00e9 (Apostrophes, de Bernard Pivot, par exemple) ou captations de rencontres publiques, c\u2019est \u00e0 la voix de Perec que s\u2019int\u00e9resse Sereine Berlottier, \u00ab une voix qui s\u2019accorde parfaitement au corps de l\u2019\u00e9crivain (\u2026) \u00c0 sa pudeur \u00bb, o\u00f9 l\u2019autrice n\u2019est pas certaine d\u2019y percevoir \u00ab un tr\u00e8s l\u00e9ger z\u00e9zaiement \u00bb. Au fur et \u00e0 mesure de son enqu\u00eate, d\u2019archive en archive, surgissent forc\u00e9ment les th\u00e9matiques de l\u2019\u0153uvre perecquienne (lorsque Perec est interrog\u00e9 avec plus ou moins de m\u00e9nagement par Jacques Chancel), des r\u00e9flexions sur le corps de l\u2019\u00e9crivain (celui \u00e0 qui appartient cette voix), sur le jeu m\u00e9diatique auquel se pr\u00eatent (ou non) les auteurs (et une belle digression sur la vie secr\u00e8te des biblioth\u00e8ques). Ce qui se dit n\u2019est pas la m\u00eame chose que ce qui s\u2019\u00e9crit, c\u2019est une \u00e9vidence, ce grand petit livre offre un refuge aux phrases non \u00e9crites de Perec, un refuge sensible et fragile, comme les veilleuses d\u2019une salle de lecture sur lesquelles l\u2019autrice vient clore ce tr\u00e8s beau texte. \/E. Pessan\/<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6875\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"274\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53-300x152.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53-150x76.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53-366x186.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2666 Kim Nguyen, <em>Parce que Perec<\/em>, 12 \u20ac.<\/p>\n<blockquote><p>8<\/p>\n<p>Parce que chaque livre de Perec est toujours diff\u00e9rent du pr\u00e9c\u00e9dent. Chaque livre est une nouvelle f\u00eate.<\/p>\n<p>14<\/p>\n<p>Parce que, allergique aux conventions, il \u00e9vita dans ses romans les dialogues, toujours si ampoul\u00e9s et artificiels.<\/p>\n<p>62<\/p>\n<p>Parce que dans ses livres il a m\u00eal\u00e9 la litt\u00e9rature exp\u00e9rimentale et la litt\u00e9rature classique dans des proportions id\u00e9ales, obtenant une saveur que nous reconnaissons sans pourtant l\u2019avoir jamais go\u00fbt\u00e9e auparavant.<\/p>\n<p>105<\/p>\n<p>Parce que Perec fut le grand r\u00e9novateur de l\u2019 \u00ab \u00e9criture citationnelle \u00bb, revendiquant l\u2019usage de citations d\u2019autrui comme moteur de cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>176<\/p>\n<p>Parce qu\u2019il avait l\u2019ambition de parcourir toute la litt\u00e9rature de son temps. \u00ab \u00c9crire tout ce qui est possible \u00e0 un homme d\u2019aujourd\u2019hui d\u2019\u00e9crire : des livres gros et des livres courts, des romans et des po\u00e8mes, des drames, des livrets d\u2019op\u00e9ra, des romans policiers, des romans d\u2019aventures, des romans de science-fiction, des feuilletons, des livres pour enfants\u2026 \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019essayiste espagnol Kim Nguyen brosse en 237 fragments anaphoriques (chaque fragment commen\u00e7ant par \u00ab parce que \u00bb) un portrait sensible, personnel et \u00e9clat\u00e9 de Perec.<br \/>\nJe me suis amus\u00e9 ci-dessus \u00e0 isoler quelques extraits qui correspondent \u00e0 des choses que j\u2019ai \u00e9galement pu dire de mes propres ouvrages (piocher chez autrui des choses personnelles nous rappellera toujours la fonction universelle de la litt\u00e9rature), ce qui n\u2019est pas le moindre m\u00e9rite de ce petit livre fabuleux : me rappeler \u00e0 quel point Perec m\u2019est important.<br \/>\nDemeure une question que je laisse aux sp\u00e9cialistes : pourquoi 237 fragments ? \/E. Pessan\/<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6875\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"274\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53-300x152.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53-150x76.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Perec_coll53-366x186.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2666 Marcelline Delbecq, <em>D&rsquo;Ellis Island<\/em>, 12 \u20ac.<\/p>\n<blockquote>\n<div dir=\"auto\">La singularit\u00e9 d&rsquo;<em>Ellis Island<\/em> tient au fait que l&rsquo;\u00eele permet au livre d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;enfermement des cat\u00e9gories : ce n&rsquo;est ni un po\u00e8me ni un roman ni un essai, mais le d\u00e9p\u00f4t imprim\u00e9 d&rsquo;une voix initialement enregistr\u00e9e pour se superposer \u00e0 des images dont le texte fait abstraction. Comme on se d\u00e9barrasse d&rsquo;un v\u00eatement devenu superflu. (p. 31).<\/div>\n<\/blockquote>\n<div dir=\"auto\" style=\"text-align: justify;\">\n<p>Le point de d\u00e9part de Marcelline Delbecq est un texte inachev\u00e9 de 2007 qui, moins d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es plus tard, entre en r\u00e9sonance avec la venue de Perec \u00e0 New York pour tourner un film avec Robert Bober, <em>R\u00e9cits d&rsquo;Ellis Island<\/em>. Commence alors une exploration qui la conduira du \u00ab\u00a0Dossier n\u00b0 42\u00a0\u00bb au posthume <em>Ellis Island<\/em> (P.O.L, 1995). \/FT\/<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u2666\u2666\u2666\u2666\u2666<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u25ba<\/strong> Michel Jullien, <em>Le Format d&rsquo;un livre<\/em>, Verdier, en librairie le 12 mars \u00e9galement, 160 pages, 18 \u20ac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une prose d&rsquo;exception, magnifique, pour un \u00e9loge (mais sans emphase aucune) de ce que nous avons encore \u00e0 c\u0153ur, sa majest\u00e9, par l&rsquo;\u00e9poque trop souvent d\u00e9couronn\u00e9e, le livre.<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le titre pourrait laisser croire qu&rsquo;il va s&rsquo;agir d&rsquo;un livre aust\u00e8re, ingrat. Il n&rsquo;en est rien ; c&rsquo;est au contraire un livre constamment captivant et d&rsquo;une dr\u00f4lerie av\u00e9r\u00e9e. La <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6878\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jullien_format_d_un_livre.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"345\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jullien_format_d_un_livre.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jullien_format_d_un_livre-196x300.jpg 196w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jullien_format_d_un_livre-98x150.jpg 98w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>narration autobiographique (les p\u00e9rip\u00e9ties de divers d\u00e9m\u00e9nagements par exemple) se m\u00eale \u00e0 des passages plus descriptifs (d&rsquo;une grande acuit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique) et d&rsquo;autres plus r\u00e9flexifs (comment le <em>codex<\/em> succ\u00e8de au <em>volumen<\/em>).<\/p>\n<div dir=\"auto\" style=\"text-align: justify;\">Toujours superbe, la prose de l&rsquo;auteur est surexacte dans son lexique et son recours aux m\u00e9taphores. Jamais la langue n&rsquo;est sur\u00e9crite et la syntaxe ouverte aux allures capricantes.<\/div>\n<div dir=\"auto\" style=\"text-align: justify;\">Un art du r\u00e9cit dont les livres pr\u00e9c\u00e9dents de l&rsquo;auteur nous ont toujours davantage convaincu, au fil des parutions, qu&rsquo;il en est pass\u00e9 ma\u00eetre. Un exemple (on ne pourra pas penser \u00e0 l&rsquo;incipit du Stendhal du <em>Rouge et le Noir<\/em>) :<\/div>\n<div dir=\"auto\" style=\"text-align: justify;\">\u00ab J&rsquo;entrai \u00e0 quinze ans comme apprenti dans une usine d&rsquo;Argenteuil o\u00f9 coule la Seine. [&#8230;] J&rsquo;appris le tour et la fraise, une ann\u00e9e dont il ne reste rien, des images \u00e9vanouies (l&rsquo;acier crissant, les copeaux de m\u00e9tal d\u00e9collet\u00e9s sous l&rsquo;outil, partout l&rsquo;odeur du lubrifiant, les lavabos communs, le savon en poudre, mes ongles ind\u00e9crott\u00e9s toute une ann\u00e9e), des souvenirs apeur\u00e9s (une jactance m\u00e2le, la spiritualit\u00e9 des vestiaires, l&rsquo;inlassable chapitre des filles \u00e9voqu\u00e9es sous le bruit des machines, les mastications bravaches devant les assiettes en Pyrex), rien sinon l&rsquo;essentiel [&#8230;] Contre l&rsquo;usine, je cherchais niaisement secours dans le patronage des livres comme si j&rsquo;attendais d&rsquo;eux une vertu magique qui jusqu&rsquo;alors m&rsquo;\u00e9tait refus\u00e9e, une providence illusoire, l&rsquo;interm\u00e9diaire tot\u00e9mique dress\u00e9 contre une r\u00e9alit\u00e9 dont je ne mesurais rien. Je croyais voir dans l&rsquo;objet en papier l&rsquo;arme d&rsquo;une conscience sociale \u2013 j&rsquo;en \u00e9tais loin \u2013 et le moyen d&rsquo;adopter une contenance face \u00e0 la coll\u00e9giale des tourneurs-fraiseurs Car je ne m&rsquo;en cachais pas. \u00c7a se sut, \u00ab\u00a0y lit&#8230;\u00a0\u00bb, comme une curiosit\u00e9 rigolarde, une tare, rien de bon, \u00e0 mes heures ouvri\u00e8res?. des coups de coude entre les v\u00e9t\u00e9rans du bleu \u00bb (p. 16-17).<\/div>\n<div dir=\"auto\" style=\"text-align: justify;\">Une sc\u00e8ne semblable fait pendant \u00e0 celle-ci dans le dernier chapitre du livre<em> Un dimanche au Val d&rsquo;Oise<\/em>). Le r\u00e9cit de l&rsquo;anecdote pourrait conduire au peu r\u00e9jouissant diagnostic que nous sommes entr\u00e9s \u00ab\u00a0dans l&rsquo;\u00e2ge inimaginable o\u00f9 lire \u00e0 la barbe des autres, d\u00e9sormais, [n&rsquo;irait] pas sans ind\u00e9cence, si les livres n&rsquo;\u00e9taient pas ces \u00ab\u00a0petits blocs d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 \u00a0\u00bb qu&rsquo;ils sont.<\/div>\n<div dir=\"auto\" style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Petit bloc d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb, tels sont en effet les derniers mots du livre. \/Jean-Claude Pinson\/<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prenez le temps de m\u00e9diter le Libr-regard d&rsquo;\u00c9ric Pessan, avant de d\u00e9couvrir les parutions de la semaine&#8230; &nbsp; Le Libr-regard d&rsquo;\u00c9ric Pessan Adolescent, en cours d\u2019histoire, quand on \u00e9tudiait la Seconde Guerre mondiale, les choses paraissaient simples : la frustration d\u2019un peuple, les ambitions politiques, l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir des nazis en 1933\u2026 Les choses \u2013 vues d\u2019un manuel scolaire \u2013 \u00e9taient \u00e0 la fois limpides et incompr\u00e9hensibles. On voyait bri\u00e8vement les m\u00e9canismes et on peinait \u00e0 comprendre pourquoi un peuple entier laissait l\u2019abjection advenir (on se consolait avec cet ultime argument : \u00e0 l\u2019\u00e9poque on ne savait pas que les nazis seraient des nazis \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils accompliraient jusqu\u2019au bout la mise en \u0153uvre de leur id\u00e9ologie totalitaire, guerri\u00e8re et g\u00e9nocidaire). Et tout se r\u00e9sumait \u00e0 quelques dates. La guerre, dans ma famille, n\u2019\u00e9tait pas si loin : un grand-p\u00e8re avec un trou dans le dos caus\u00e9 par une balle allemande, un autre d\u00e9port\u00e9 pour avoir tent\u00e9 de se soustraire au STO, et une poign\u00e9e de photos noir et blanc aux bords dentel\u00e9s venant d\u2019une branche plus lointaine de la famille o\u00f9 des gens trinquaient avec des officiers allemands en uniforme. Ceux-l\u00e0 souriaient. Plus tard, \u00e0 force de lire les historiens ou le t\u00e9moignage de citoyens (comme Histoire d&rsquo;un Allemand : souvenirs, 1914-1933 de Sebastian Haffner, par exemple), j\u2019ai vu que les choses \u00e9taient plus complexes qu\u2019il n\u2019y paraissait et que c\u2019\u00e9tait bien plus difficile de penser que les gens ne savaient pas ce qui allait se passer. Et aujourd\u2019hui ? L\u2019extr\u00eame-droite, aim\u00e9e des milliardaires qui voient en elle un moyen de cupidement accro\u00eetre leur pouvoir, tend un collet dans lequel nous avons tous pass\u00e9 le cou : les m\u00e9dias ont largement contribu\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter n\u2019importe quel programme politique social comme irr\u00e9aliste, une dette est brandie pour courber nos \u00e9chines tandis que les milliardaires s\u2019enrichissent encore plus, la droite traditionnelle se d\u00e9porte vers la x\u00e9nophobie, les partis de gauche sont d\u00e9sormais qualifi\u00e9s d\u2019extr\u00eame-gauche et pr\u00e9sent\u00e9s comme dangereux, la culture est de toute part attaqu\u00e9e, les services publics s\u2019\u00e9rodent chaque jour\u2026 \u00c0 la diff\u00e9rence de ce qui se passe dans les livres d\u2019histoire, ce ne sont pas quelques \u00e9v\u00e9nements phares ou spectaculaires qui signalent l\u2019arriv\u00e9e du fascisme, ce sont mille petites choses scandaleuses auxquelles \u2013 par lassitude, par l\u00e2chet\u00e9, par peur de perdre le peu que nous avons encore, par h\u00e9b\u00e9tement \u2013 nous ne r\u00e9agissons pas. Nous voyons ce que cela donne dans d\u2019autres pays, nous voyons que le mouvement est mondial, nous tremblons de col\u00e8re en observant les stup\u00e9fiantes imb\u00e9cillit\u00e9s assassines de Donald Trump, nous avons le recul historique, nous voyons que chaque jour un poids de plume s\u2019ajoute \u00e0 un poids de plume qui s\u2019ajoute \u00e0 un poids de plume et nous savons qu\u2019\u00e0 force les plumes p\u00e8sent des tonnes et nous \u00e9crasent aussi lourdement que le plomb. Nous n\u2019aurons pas \u2013 nous non plus \u2013 l\u2019excuse de notre ignorance. \u2666\u2666\u2666\u2666\u2666 \u00c0 force d&rsquo;entendre les m\u00e9dias r\u00e9p\u00e9ter en boucle que les manifestations des fachos se passent super bien tandis que celles de la gauche d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent toujours, je repense \u00e0 ce jour (c&rsquo;\u00e9tait une manif contre la r\u00e9forme des retraites) o\u00f9, avant m\u00eame que le cort\u00e8ge ne d\u00e9marre et sans aucune provocation des manifestants, une grenade lacrymo a roul\u00e9 entre mes pieds. Personne pour rappeler que le vote des policiers et gendarmes se tourne majoritairement vers l&rsquo;extr\u00eame-droite ? et que ceci (on ne va pas charger les copains) peut expliquer cela ? Par ailleurs, plusieurs groupuscules interdits par la loi et plusieurs embl\u00e8mes ou gestes nazis ont \u00e9t\u00e9 tol\u00e9r\u00e9s sans que les forces de l&rsquo;ordre r\u00e9agissent. Ce calme-l\u00e0 m&rsquo;effraie encore plus que les habituels d\u00e9bordements. &nbsp; Parutions de la semaine \/\u00c9ric Pessan, Jean-Claude Pinson et Fabrice Thumerel\/ \u25ba C\u2019est le 12 mars prochain que para\u00eetront les quatorzi\u00e8me, quinzi\u00e8me et seizi\u00e8me volumes de la collection \u00ab\u00a0Perec 53\u00a0\u00bb (53 livres de 53 pages d\u00e9di\u00e9s \u00e0 Georges Perec \u2013 l\u2019auteur du r\u00e9cit inachev\u00e9 \u00ab\u00a053 jours\u00a0\u00bb \u2013 par 53 auteurs diff\u00e9rents, publi\u00e9s par L\u2019\u0153il \u00e9bloui). &nbsp; \u2666 Sereine Berlottier, Ce qui passe, passe\u00a0: voix de Georges Perec, 12 \u20ac. \u00ae\u00a0Au gr\u00e9 de ses p\u00e9r\u00e9grinations d\u2019auditrice, en fermant les yeux et en ouvrant l\u2019oreille, Sereine Berlottier dresse un tr\u00e8s subtil audioportrait de Georges Perec. \/FT\/ Je ne sais presque rien du rapport personnel de Georges Perec \u00e0 la parole, \u00e0 la phrase prononc\u00e9e dans l\u2019air, \u00e0 la voix, \u00e0 la parole publique, son plaisir, ou sa g\u00eane, une difficult\u00e9 qu\u2019il ne nomme pas, qui peut-\u00eatre se transforme \u00e0 mesure que les ann\u00e9es passent, que sa place s\u2019affirme, se d\u00e9finit. Je ne sais pas non plus s\u2019il aimait lire ses livres en public, s\u2019il les mettait \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, lisant, comme d\u2019autres, des versions provisoires (p. 8). D\u2019enregistrements radios en \u00e9missions t\u00e9l\u00e9 (Apostrophes, de Bernard Pivot, par exemple) ou captations de rencontres publiques, c\u2019est \u00e0 la voix de Perec que s\u2019int\u00e9resse Sereine Berlottier, \u00ab une voix qui s\u2019accorde parfaitement au corps de l\u2019\u00e9crivain (\u2026) \u00c0 sa pudeur \u00bb, o\u00f9 l\u2019autrice n\u2019est pas certaine d\u2019y percevoir \u00ab un tr\u00e8s l\u00e9ger z\u00e9zaiement \u00bb. Au fur et \u00e0 mesure de son enqu\u00eate, d\u2019archive en archive, surgissent forc\u00e9ment les th\u00e9matiques de l\u2019\u0153uvre perecquienne (lorsque Perec est interrog\u00e9 avec plus ou moins de m\u00e9nagement par Jacques Chancel), des r\u00e9flexions sur le corps de l\u2019\u00e9crivain (celui \u00e0 qui appartient cette voix), sur le jeu m\u00e9diatique auquel se pr\u00eatent (ou non) les auteurs (et une belle digression sur la vie secr\u00e8te des biblioth\u00e8ques). Ce qui se dit n\u2019est pas la m\u00eame chose que ce qui s\u2019\u00e9crit, c\u2019est une \u00e9vidence, ce grand petit livre offre un refuge aux phrases non \u00e9crites de Perec, un refuge sensible et fragile, comme les veilleuses d\u2019une salle de lecture sur lesquelles l\u2019autrice vient clore ce tr\u00e8s beau texte. \/E. Pessan\/ &nbsp; \u2666 Kim Nguyen, Parce que Perec, 12 \u20ac. 8 Parce que chaque livre de Perec est toujours diff\u00e9rent du pr\u00e9c\u00e9dent. Chaque livre est une nouvelle f\u00eate. 14 Parce que, allergique aux conventions, il \u00e9vita dans ses romans les dialogues, toujours si ampoul\u00e9s et artificiels. 62 Parce que&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2401,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7,10,2],"tags":[264,2900,1385,2877,12,565,796,2701,2901,2899,1439,2514,1772],"class_list":["post-6870","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-livres-recus","category-news","category-une","tag-editions-gallimard","tag-editions-loeil-ebloui","tag-editions-verdier","tag-eric-pessan","tag-fabrice-thumerel","tag-georges-perec","tag-jean-claude-pinson","tag-johann-chapoutot","tag-kim-nguyen","tag-marcelline-delbecq","tag-michel-jullien","tag-pol-editions","tag-sereine-berlottier"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6870","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6870"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6870\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6882,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6870\/revisions\/6882"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2401"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6870"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6870"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6870"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}