{"id":6925,"date":"2026-03-20T17:41:56","date_gmt":"2026-03-20T16:41:56","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6925"},"modified":"2026-03-20T17:43:16","modified_gmt":"2026-03-20T16:43:16","slug":"chronique-philippe-poivret-salih-ecer-dort-dune-rare-facon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2026\/03\/20\/chronique-philippe-poivret-salih-ecer-dort-dune-rare-facon\/","title":{"rendered":"[Chronique] Philippe Poivret, Salih Ecer dort d\u2019une rare fa\u00e7on"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Salih Ecer, <strong><em>Je dors \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9toiles et des pommes<\/em><\/strong>, trad. par Sedef Ecer et Serge Basso de March, Cr\u00e9aphis, \u00e9t\u00e9 2025, 85 pages, 13 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-35428-196-0.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui peut bien dormir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9toiles et des pommes\u00a0? Qui peut bien passer du temps pr\u00e8s des \u00e9toiles tout en mangeant des pommes\u00a0? Salih Ecer, puisque c\u2019est de lui dont il s\u2019agit, est un po\u00e8te turc quasiment inconnu en France sauf de quelques esprits curieux d\u2019une culture ignor\u00e9e dans notre pays. Il faut donc lire le recueil intitul\u00e9 <strong><em>Je dors \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9toiles et des pommes<\/em><\/strong> pour lire et d\u00e9couvrir une po\u00e9sie qui navigue du ciel \u00e0 la terre, des \u00e9toiles aux pommes comme elle navigue toujours entre deux amours ou plus, entre un apaisement et une col\u00e8re, ou entre les deux rives du Bosphore. Po\u00e8te de l\u2019entre deux, Salih Ecer ne cl\u00f4t jamais un vers ni un po\u00e8me sur lui-m\u00eame pas plus que sur une id\u00e9e, une impression, ou un simple regard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6928\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Salhi-Ecer.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Salhi-Ecer.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Salhi-Ecer-211x300.jpg 211w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Salhi-Ecer-105x150.jpg 105w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>Dans une premi\u00e8re s\u00e9rie de quatre po\u00e8mes, Salih Ecer s\u2019adresse \u00e0 sa fille. Les derniers vers, \u00ab\u00a0mon plus beau cadeau\/ pour elle\/ sera de\/ la laisser inachev\u00e9e\u00a0\u00bb, pourraient tout aussi bien s\u2019adresser \u00e0 la Po\u00e9sie, celle qu\u2019il \u00e9crit. Elle n\u2019est jamais finie, le silence est pr\u00e9sent tout autant que l\u2019absence. L\u2019Amour ou les amours ne sont pas plus achev\u00e9s que son \u0153uvre. Il interroge et s\u2019interroge souvent sans pour autant avoir de r\u00e9ponse ni m\u00eame demander ou attendre une solution qui ne pourrait \u00eatre que partielle. L\u2019interrogation reste centrale, elle existe et n\u2019a pas besoin de r\u00e9ponse\u00a0: \u00ab\u00a0Tu es \/ laquelle des absentes\/ dans cette \u00ab\u00a0\u0153uvre\u00a0\u00bb. Les guillemets sont dans le texte, preuve que le doute est pr\u00e9sent partout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans jamais se perdre dans des illusions, pas plus que dans des r\u00eaves malgr\u00e9 la proximit\u00e9 des \u00e9toiles, Salih Ecer nous transporte, nous ses lecteurs, dans les sentiers, dans les chemins, sur des routes remplies de heurts, de cahots et de chocs avec ce que la vie a de difficile. \u00ab\u00a0Est-ce mon destin d\u2019avoir ce caillot au c\u0153ur\u00a0\u00bb nous confie-t-il avant d\u2019ajouter\u00a0\u00bb A qui puis-je laisser la cl\u00e9\/ puisque je pars demain.\u00a0\u00bb Il y a donc une cl\u00e9 qui ouvre des portes. Cette cl\u00e9 est pr\u00e9cieuse, il ne faut pas la laisser perdre. Il y a des moments pour partir ou repartir, des moments pour profiter de la vie, ce qu\u2019il nous confirme avec des formules aussi heureuses que \u00ab\u00a0Mais moi je bois du c\u00f4t\u00e9 fr\u00e9missant\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Je t\u2019inventerai un monde \/de fac\u00e9ties p\u00e9tillantes\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0on peut filtrer les temps de tristesse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0La tristesse n\u2019est jamais ni\u00e9e par Salih Ecer, loin de tout illusion il nous fait voir, il nous fait partager sa fa\u00e7on de vivre, ses espoirs, ses amours et ne s\u2019interdit pas de changer le monde m\u00eame si \u00ab\u00a0la r\u00e9volution peut attendre\u00a0\u00bb. Entre temps \u00ab\u00a0j\u2019ai choisi de m\u2019arr\u00eater au milieu\/ Et s\u2019il ne reste plus \/ de sourires innocents dans ma vie \/j\u2019en inventerai\u00a0\u00bb. Le milieu, l\u2019entre deux est bien l\u2019endroit o\u00f9 Salih Ecer se place et d\u2019o\u00f9 il nous parle. La Turquie, son pays qui se situe entre Orient et Occident, infiltre toute sa po\u00e9sie, au moins celle qui est pr\u00e9sent\u00e9e dans cette sorte d\u2019anthologie qu\u2019est \u00ab\u00a0Je dors \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9toiles et des pommes\u00a0\u00bb. Fermement ancr\u00e9 au sol, il est celui qui explore la vie dans ses moments difficiles. Il cherche une issue dans ce monde, pas dans un ailleurs imaginaire ou r\u00eav\u00e9. \u00ab\u00a0Faire l\u2019amour avec les temp\u00eates\u00a0\u00bb ne l\u2019effraie pas. Les temp\u00eates font partie de notre monde et ce sont elles qu\u2019il faut aussi aimer. La tristesse gaie est un oxymore qu\u2019il s\u2019empresse de partager et de vivre avec son lecteur Tout comme il a pu le faire avec sa fille Maya, sa premi\u00e8re \u00e9pouse Merlyn, sa derni\u00e8re compagne Lale. Sans oublier ses compagnons qui apparaissent au fil des pages et dont les pr\u00e9noms, Metin, S\u00fcheyla ou Cemal nous plongent dans le profond de la culture et de l\u2019histoire turque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui est Salih Ecer\u00a0? C\u2019est un po\u00e8te et \u00e9crivain istanbuliote nous dit la quatri\u00e8me de couverture du recueil. Publicitaire, et donc ancr\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, il se r\u00e9clame de gauche ce qui ne fait que confirmer son caract\u00e8re de po\u00e8te du milieu, po\u00e8te qui marie les deux rives du Bosphore comme il marie, fait dialoguer et correspondre deux univers diff\u00e9rents, celui des \u00e9toiles et celui des pommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-6929\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Ecer-Pommes-Etoiles.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"318\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Ecer-Pommes-Etoiles.jpg 450w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Ecer-Pommes-Etoiles-300x177.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Ecer-Pommes-Etoiles-150x88.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Ecer-Pommes-Etoiles-366x216.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La traduction, dont on devine qu\u2019elle a d\u00fb \u00eatre difficile, a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e par Serge Basso de March, po\u00e8te lui-m\u00eame, aid\u00e9 de la propre s\u0153ur de Salih Ecer. Elle s\u2019appelle Sedef Ecer. Si sa s\u0153ur parle parfaitement le turc et le fran\u00e7ais, Serge basso de Mach ne parle pas un mot de turc. C\u2019est donc Sedef Ecer qui a fait une premi\u00e8re traduction des vers de son fr\u00e8re. Serge Basso de March a ensuite \u00ab\u00a0traduit\u00a0\u00bb cette premi\u00e8re version dans une po\u00e9sie accessible \u00e0 toutes et tous. M\u00e9ticuleux et rigoureux travail de passeur qui va si bien \u00e0 Serge Basso de March issu d\u2019une famille venue du Frioul, r\u00e9gion du nord-est de l\u2019Italie marqu\u00e9e par une culture \u00e0 la fois autrichienne mais aussi italienne. C\u2019est donc une r\u00e9gion o\u00f9 la culture germanique a rencontr\u00e9 la culture m\u00e9diterran\u00e9enne. C\u2019est donc une fois encore un lieu de confrontation mais aussi d\u2019enrichissement entre deux cultures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Homme aux talents multiples, Salih Ecer est ici servi par une traduction de po\u00e8mes choisis par sa s\u0153ur. Elle les a s\u00e9lectionn\u00e9s apr\u00e8s discussion avec une dizaine de personnes qui ont connu son fr\u00e8re de son vivant. Aujourd\u2019hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9, il aurait \u00e9t\u00e9 heureux de voir que sa po\u00e9sie a \u00e9t\u00e9 traduite en fran\u00e7ais. Il reste \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019ensemble de son travail et de son \u0153uvre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Salih Ecer, Je dors \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9toiles et des pommes, trad. par Sedef Ecer et Serge Basso de March, Cr\u00e9aphis, \u00e9t\u00e9 2025, 85 pages, 13 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-35428-196-0. &nbsp; Qui peut bien dormir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9toiles et des pommes\u00a0? Qui peut bien passer du temps pr\u00e8s des \u00e9toiles tout en mangeant des pommes\u00a0? Salih Ecer, puisque c\u2019est de lui dont il s\u2019agit, est un po\u00e8te turc quasiment inconnu en France sauf de quelques esprits curieux d\u2019une culture ignor\u00e9e dans notre pays. Il faut donc lire le recueil intitul\u00e9 Je dors \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9toiles et des pommes pour lire et d\u00e9couvrir une po\u00e9sie qui navigue du ciel \u00e0 la terre, des \u00e9toiles aux pommes comme elle navigue toujours entre deux amours ou plus, entre un apaisement et une col\u00e8re, ou entre les deux rives du Bosphore. Po\u00e8te de l\u2019entre deux, Salih Ecer ne cl\u00f4t jamais un vers ni un po\u00e8me sur lui-m\u00eame pas plus que sur une id\u00e9e, une impression, ou un simple regard. Dans une premi\u00e8re s\u00e9rie de quatre po\u00e8mes, Salih Ecer s\u2019adresse \u00e0 sa fille. 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Sans jamais se perdre dans des illusions, pas plus que dans des r\u00eaves malgr\u00e9 la proximit\u00e9 des \u00e9toiles, Salih Ecer nous transporte, nous ses lecteurs, dans les sentiers, dans les chemins, sur des routes remplies de heurts, de cahots et de chocs avec ce que la vie a de difficile. \u00ab\u00a0Est-ce mon destin d\u2019avoir ce caillot au c\u0153ur\u00a0\u00bb nous confie-t-il avant d\u2019ajouter\u00a0\u00bb A qui puis-je laisser la cl\u00e9\/ puisque je pars demain.\u00a0\u00bb Il y a donc une cl\u00e9 qui ouvre des portes. Cette cl\u00e9 est pr\u00e9cieuse, il ne faut pas la laisser perdre. Il y a des moments pour partir ou repartir, des moments pour profiter de la vie, ce qu\u2019il nous confirme avec des formules aussi heureuses que \u00ab\u00a0Mais moi je bois du c\u00f4t\u00e9 fr\u00e9missant\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Je t\u2019inventerai un monde \/de fac\u00e9ties p\u00e9tillantes\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0on peut filtrer les temps de tristesse\u00a0\u00bb. \u00a0La tristesse n\u2019est jamais ni\u00e9e par Salih Ecer, loin de tout illusion il nous fait voir, il nous fait partager sa fa\u00e7on de vivre, ses espoirs, ses amours et ne s\u2019interdit pas de changer le monde m\u00eame si \u00ab\u00a0la r\u00e9volution peut attendre\u00a0\u00bb. Entre temps \u00ab\u00a0j\u2019ai choisi de m\u2019arr\u00eater au milieu\/ Et s\u2019il ne reste plus \/ de sourires innocents dans ma vie \/j\u2019en inventerai\u00a0\u00bb. Le milieu, l\u2019entre deux est bien l\u2019endroit o\u00f9 Salih Ecer se place et d\u2019o\u00f9 il nous parle. La Turquie, son pays qui se situe entre Orient et Occident, infiltre toute sa po\u00e9sie, au moins celle qui est pr\u00e9sent\u00e9e dans cette sorte d\u2019anthologie qu\u2019est \u00ab\u00a0Je dors \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9toiles et des pommes\u00a0\u00bb. Fermement ancr\u00e9 au sol, il est celui qui explore la vie dans ses moments difficiles. Il cherche une issue dans ce monde, pas dans un ailleurs imaginaire ou r\u00eav\u00e9. \u00ab\u00a0Faire l\u2019amour avec les temp\u00eates\u00a0\u00bb ne l\u2019effraie pas. Les temp\u00eates font partie de notre monde et ce sont elles qu\u2019il faut aussi aimer. La tristesse gaie est un oxymore qu\u2019il s\u2019empresse de partager et de vivre avec son lecteur Tout comme il a pu le faire avec sa fille Maya, sa premi\u00e8re \u00e9pouse Merlyn, sa derni\u00e8re compagne Lale. Sans oublier ses compagnons qui apparaissent au fil des pages et dont les pr\u00e9noms, Metin, S\u00fcheyla ou Cemal nous plongent dans le profond de la culture et de l\u2019histoire turque. Qui est Salih Ecer\u00a0? C\u2019est un po\u00e8te et \u00e9crivain istanbuliote nous dit la quatri\u00e8me de couverture du recueil. Publicitaire, et donc ancr\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, il se r\u00e9clame de gauche ce qui ne fait que confirmer son caract\u00e8re de po\u00e8te du milieu, po\u00e8te qui marie les deux rives du Bosphore comme il marie, fait dialoguer et correspondre deux univers diff\u00e9rents, celui des \u00e9toiles et celui des pommes. La traduction, dont on devine qu\u2019elle a d\u00fb \u00eatre difficile, a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e par Serge Basso de March, po\u00e8te lui-m\u00eame, aid\u00e9 de la propre s\u0153ur de Salih Ecer. Elle s\u2019appelle Sedef Ecer. 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