{"id":6944,"date":"2026-03-25T08:11:57","date_gmt":"2026-03-25T07:11:57","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6944"},"modified":"2026-03-25T14:31:00","modified_gmt":"2026-03-25T13:31:00","slug":"chronique-gilles-jallet-ce-que-les-femmes-font-a-lart-a-propos-disabelle-garron-le-poeme-tangent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2026\/03\/25\/chronique-gilles-jallet-ce-que-les-femmes-font-a-lart-a-propos-disabelle-garron-le-poeme-tangent\/","title":{"rendered":"[Chronique] Gilles Jallet, Ce que les femmes font \u00e0 l&rsquo;art (\u00e0 propos d&rsquo;Isabelle Garron, Le Po\u00e8me tangent)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Isabelle Garron, <strong>Le<em> po\u00e8me tangent \/ une geste<\/em><\/strong>, Po\u00e9sie Flammarion, 2026, 246 pages, 22 \u20ac, ISBN : 978-2-08-015063-9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019avant-propos \u00e0 sa traduction des <em>Tableaux parisiens<\/em> de Charles Baudelaire, Walter Benjamin \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0De m\u00eame que la tangente\u00a0ne touche le cercle que de fa\u00e7on<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-6947\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Garron_poeme-tangent_PF.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Garron_poeme-tangent_PF.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Garron_poeme-tangent_PF-120x150.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/> fugitive et en un seul point et que c&rsquo;est ce contact, non le point, qui lui assigne la loi selon laquelle elle poursuit \u00e0 l&rsquo;infini sa trajectoire droite, ainsi la traduction touche l&rsquo;original de fa\u00e7on fugitive et seulement dans le point infiniment petit du sens, pour suivre ensuite sa trajectoire la plus propre, selon la loi de la fid\u00e9lit\u00e9 dans la libert\u00e9 du mouvement langagier.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a> Dans <strong><em>Le po\u00e8me tangent \/ une geste<\/em><\/strong> d\u2019Isabelle Garron, il ne s\u2019agit pas de traduction \u00e0 proprement parler, mais de chant, et de surcro\u00eet, d\u2019un chant polyphonique. Le po\u00e8me est tangent : il touche la parole de l\u2019autre, en m\u00eame temps qu\u2019il prend appui sur elle, \u00ab\u00a0dans le point infiniment petit du sens\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas le sens en lui-m\u00eame qui est infiniment petit, on l\u2019aura bien compris, mais le point (la surface invisible du point) d\u2019o\u00f9 le po\u00e8me, le chant, s\u2019\u00e9lance et se d\u00e9veloppe pareil \u00e0 une ligne droite qui se d\u00e9roule le long d\u2019un cercle, selon \u00ab\u00a0sa trajectoire la plus propre\u00a0\u00bb. Comme tel, il est fid\u00e8le \u00e0 la loi du sens et \u00e0 la parole d\u2019autrui, mais il manifeste sa propre libert\u00e9 dans le mouvement du langage qui est le sien, \u00e0 savoir le chant du po\u00e8me. Le po\u00e8me est tangent \u00e0 la parole de l\u2019autre, il la traduit dans ce qu\u2019elle a de plus vrai qui est souvent cach\u00e9 et silencieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">petite <em>je<\/em> veux \u00eatre p\u00e8re de famille<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>je<\/em> peins <em>je<\/em> suis peintre<br \/>\n<em>je<\/em> suis dans l\u2019action de la peinture<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">j\u2019aime les choses picturales<br \/>\net il n\u2019y a pas de genre<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ce que <em>je<\/em> fais c\u2019est plut\u00f4t abstrait<br \/>\n<em>\u00e7a<\/em> ne parle que de peinture ce que <em>je<\/em> fais<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6945\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/isabelle-garron-photo.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"170\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/isabelle-garron-photo.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/isabelle-garron-photo-150x116.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>Voil\u00e0 justement ce qui appara\u00eet assez extraordinaire dans le po\u00e8me polyphonique d\u2019Isabelle Garron, non seulement par sa forme qui ressortit \u00e0 l\u2019\u00e9pop\u00e9e et \u00e0 la chanson de geste, mais par sa m\u00e9thode de construction \u00e0 la fois rigoureuse et pragmatique. Il est n\u00e9cessaire ici de raconter en bref l\u2019origine et l\u2019histoire de ce po\u00e8me : \u00ab\u00a0<em>Le po\u00e8me tangent<\/em> a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019entretiens men\u00e9s aupr\u00e8s des 17 artistes visuelles du collectif <em>la tangente<\/em>. <em>La tangente<\/em> se constitue \u00e0 la suite des \u00e9v\u00e9nements de <em>Nuit Debout<\/em> en 2016. Je les rejoins deux ans plus tard\u00a0\u00bb, \u00e9crit Isabelle Garron. <em>La tangente<\/em>, tel est le nom que se sont donn\u00e9 entre elles dix-sept femmes artistes (peintre, photographe, sculptrice, dessinatrice, vid\u00e9aste, artiste conceptuelle, installatrice, performeuse&#8230;) ou encore \u00ab\u00a0artistes visuelles\u00a0\u00bb, selon l\u2019expression d\u2019Isabelle Garron, pour parler en r\u00e9union, dans une \u00e9coute attentive et r\u00e9ciproque, mais aussi pour explorer et mettre en commun des travaux, des projets, voire des techniques, jusqu\u2019au moment de <em>prendre la tangente<\/em> justement, car <em>chacune est libre<\/em>, on l\u2019aura compris, d\u2019une libert\u00e9 essentielle, et non moins difficile\u00a0: \u00ab\u00a0La cr\u00e9ation est ce qui nous d\u00e9termine, avant notre sexe, avant notre \u00e2ge, avant notre mode de subsistance.\u00a0\u00bb Isabelle Garron poursuit ce r\u00e9cit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u2019enqu\u00eate po\u00e9tique<\/em> dont le po\u00e8me est issu germe avec la pr\u00e9paration de l\u2019exposition-performance du <em>banquet de la tangente<\/em> qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e du 15 au 17 septembre 2023 \u00e0 <em>l\u2019Atelier blanc<\/em>, centre d\u2019art situ\u00e9 \u00e0 Villefranche de Rouergue en Aveyron. La pens\u00e9e du <em>po\u00e8me tangent<\/em> est contemporaine de cet \u00e9v\u00e9nement.\u00a0\u00bb Sans entrer dans tous les d\u00e9tails de la gestation du <em>po\u00e8me tangent<\/em> qui sont condens\u00e9s \u00e0 la fin du livre dans un texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La parole de l\u2019artiste comme exp\u00e9rience \/ \u00e0 propos du <em>chantier<\/em> de mon po\u00e8me\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0chantier\u00a0\u00bb en hommage au livre de Monique Wittig, <em>Le chantier litt\u00e9raire<\/em>), Isabelle Garron d\u00e9crit sa m\u00e9thode, \u00e0 l\u2019instar d\u2019<em>une geste<\/em>. Le po\u00e8me est tangent\u00a0: sa trajectoire droite dans le mouvement du langage est une geste, autrement dit un ensemble de po\u00e8mes (chants)<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-6950\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Chant-du-coq-sauvage.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"274\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Chant-du-coq-sauvage.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Chant-du-coq-sauvage-109x150.jpg 109w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/> dont les h\u00e9ro\u00efnes sont les artistes et les hauts faits \u00ab\u00a0la forme de chacune\u00a0\u00bb. La geste elle-m\u00eame comprend trois parties qui se divisent chacune en dix-sept chants\u00a0: \u00ab\u00a0artiste femme et la d\u00e9cision\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0de <em>la tangente<\/em>\u00a0\u00bb, et enfin \u00ab\u00a0le m\u00e9tier d\u2019artiste\u00a0\u00bb. Il convient de relever que chaque po\u00e8me est anonyme\u00a0; les artistes femmes sont toutes cit\u00e9es \u00e0 la fin du livre dans l\u2019ordre alphab\u00e9tique<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a>, mais celui-ci n\u2019indique pas leur ordre d\u2019apparition dans les po\u00e8mes. Tous les po\u00e8mes sont rythm\u00e9s par le retour du <em>Je<\/em> avec l\u2019emploi unique du pr\u00e9sent de narration, un Je multiple et singulier, comme si tous les chants provenaient d\u2019une narratrice unique partageant plusieurs voix. Un deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment de scansion intervient presque aussi souvent que le <em>Je<\/em>, c\u2019est le d\u00e9ictique <em>\u00e7a<\/em>, qui vise \u00e0 montrer les signes corporels de la cr\u00e9ation. S\u2019il importe assez peu de retrouver \u00e0 qui appartiennent ces voix, une familiarit\u00e9 s\u2019installe au fur et \u00e0 mesure, et le lecteur curieux finit par mettre un nom sur \u00ab\u00a0la forme de chacune\u00a0\u00bb. C\u2019est aussi un tour de force du livre d\u2019Isabelle Garron de faire entendre, \u00e0 travers un chant polyphonique, la voix individuelle de chaque artiste (<em>Je<\/em>), avec son histoire, ses pens\u00e9es, ses cr\u00e9ations personnelles (<em>\u00c7a<\/em>). Ce livre passionnant de bout en bout, elle ne l\u2019a pas fait pour elle, mais pour les autres, avec la volont\u00e9 de s\u2019effacer derri\u00e8re les portraits parlants de ces dix-sept artistes femmes\u00a0: \u00ab\u00a0je cherche comment je travaille dans leur langue, comment leur travail travaille dans ma langue. Effacement, notion centrale. L\u2019\u00e9criture est un effacement.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6951\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Tangente.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"405\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Tangente.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Tangente-300x225.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Tangente-150x113.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Tangente-366x275.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Walter Benjamin, <em>\u0152uvres,1<\/em>, essais folio, p. 259.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> Mich\u00e8le Cir\u00e8s-Brigand, Dominique De Beir, Anne Deguelle, Fabienne Gaston-Dreyfus, Ma\u00eblle Labussi\u00e8re, Corinne Laroche, Marie Lepetit, Dominique Liquois, Fr\u00e9d\u00e9rique Lucien, Christine Maigne, Sabine Massenet, \u00c9milie Satre, Martine Schildge, Catherine Serikoff, Soizic Stokvis, Ghislaine Vappereau, Catherine Viollet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> Isabelle Garron, <em>Journal r\u00e9\u00e9crit du po\u00e8me<\/em>, \u00ab\u00a0extrait de la note liminaire au <em>journal r\u00e9\u00e9crit du po\u00e8me<\/em>\u00a0\u00bb, revue <em>Monologue<\/em> n\u00b06, Chant du coq sauvage, 2025.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Isabelle Garron, Le po\u00e8me tangent \/ une geste, Po\u00e9sie Flammarion, 2026, 246 pages, 22 \u20ac, ISBN : 978-2-08-015063-9. &nbsp; Dans l\u2019avant-propos \u00e0 sa traduction des Tableaux parisiens de Charles Baudelaire, Walter Benjamin \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0De m\u00eame que la tangente\u00a0ne touche le cercle que de fa\u00e7on fugitive et en un seul point et que c&rsquo;est ce contact, non le point, qui lui assigne la loi selon laquelle elle poursuit \u00e0 l&rsquo;infini sa trajectoire droite, ainsi la traduction touche l&rsquo;original de fa\u00e7on fugitive et seulement dans le point infiniment petit du sens, pour suivre ensuite sa trajectoire la plus propre, selon la loi de la fid\u00e9lit\u00e9 dans la libert\u00e9 du mouvement langagier.\u00a0\u00bb[1] Dans Le po\u00e8me tangent \/ une geste d\u2019Isabelle Garron, il ne s\u2019agit pas de traduction \u00e0 proprement parler, mais de chant, et de surcro\u00eet, d\u2019un chant polyphonique. Le po\u00e8me est tangent : il touche la parole de l\u2019autre, en m\u00eame temps qu\u2019il prend appui sur elle, \u00ab\u00a0dans le point infiniment petit du sens\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas le sens en lui-m\u00eame qui est infiniment petit, on l\u2019aura bien compris, mais le point (la surface invisible du point) d\u2019o\u00f9 le po\u00e8me, le chant, s\u2019\u00e9lance et se d\u00e9veloppe pareil \u00e0 une ligne droite qui se d\u00e9roule le long d\u2019un cercle, selon \u00ab\u00a0sa trajectoire la plus propre\u00a0\u00bb. Comme tel, il est fid\u00e8le \u00e0 la loi du sens et \u00e0 la parole d\u2019autrui, mais il manifeste sa propre libert\u00e9 dans le mouvement du langage qui est le sien, \u00e0 savoir le chant du po\u00e8me. Le po\u00e8me est tangent \u00e0 la parole de l\u2019autre, il la traduit dans ce qu\u2019elle a de plus vrai qui est souvent cach\u00e9 et silencieux. petite je veux \u00eatre p\u00e8re de famille je peins je suis peintre je suis dans l\u2019action de la peinture j\u2019aime les choses picturales et il n\u2019y a pas de genre ce que je fais c\u2019est plut\u00f4t abstrait \u00e7a ne parle que de peinture ce que je fais Voil\u00e0 justement ce qui appara\u00eet assez extraordinaire dans le po\u00e8me polyphonique d\u2019Isabelle Garron, non seulement par sa forme qui ressortit \u00e0 l\u2019\u00e9pop\u00e9e et \u00e0 la chanson de geste, mais par sa m\u00e9thode de construction \u00e0 la fois rigoureuse et pragmatique. Il est n\u00e9cessaire ici de raconter en bref l\u2019origine et l\u2019histoire de ce po\u00e8me : \u00ab\u00a0Le po\u00e8me tangent a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019entretiens men\u00e9s aupr\u00e8s des 17 artistes visuelles du collectif la tangente. La tangente se constitue \u00e0 la suite des \u00e9v\u00e9nements de Nuit Debout en 2016. Je les rejoins deux ans plus tard\u00a0\u00bb, \u00e9crit Isabelle Garron. La tangente, tel est le nom que se sont donn\u00e9 entre elles dix-sept femmes artistes (peintre, photographe, sculptrice, dessinatrice, vid\u00e9aste, artiste conceptuelle, installatrice, performeuse&#8230;) ou encore \u00ab\u00a0artistes visuelles\u00a0\u00bb, selon l\u2019expression d\u2019Isabelle Garron, pour parler en r\u00e9union, dans une \u00e9coute attentive et r\u00e9ciproque, mais aussi pour explorer et mettre en commun des travaux, des projets, voire des techniques, jusqu\u2019au moment de prendre la tangente justement, car chacune est libre, on l\u2019aura compris, d\u2019une libert\u00e9 essentielle, et non moins difficile\u00a0: \u00ab\u00a0La cr\u00e9ation est ce qui nous d\u00e9termine, avant notre sexe, avant notre \u00e2ge, avant notre mode de subsistance.\u00a0\u00bb Isabelle Garron poursuit ce r\u00e9cit\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019enqu\u00eate po\u00e9tique dont le po\u00e8me est issu germe avec la pr\u00e9paration de l\u2019exposition-performance du banquet de la tangente qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e du 15 au 17 septembre 2023 \u00e0 l\u2019Atelier blanc, centre d\u2019art situ\u00e9 \u00e0 Villefranche de Rouergue en Aveyron. La pens\u00e9e du po\u00e8me tangent est contemporaine de cet \u00e9v\u00e9nement.\u00a0\u00bb Sans entrer dans tous les d\u00e9tails de la gestation du po\u00e8me tangent qui sont condens\u00e9s \u00e0 la fin du livre dans un texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La parole de l\u2019artiste comme exp\u00e9rience \/ \u00e0 propos du chantier de mon po\u00e8me\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0chantier\u00a0\u00bb en hommage au livre de Monique Wittig, Le chantier litt\u00e9raire), Isabelle Garron d\u00e9crit sa m\u00e9thode, \u00e0 l\u2019instar d\u2019une geste. Le po\u00e8me est tangent\u00a0: sa trajectoire droite dans le mouvement du langage est une geste, autrement dit un ensemble de po\u00e8mes (chants) dont les h\u00e9ro\u00efnes sont les artistes et les hauts faits \u00ab\u00a0la forme de chacune\u00a0\u00bb. La geste elle-m\u00eame comprend trois parties qui se divisent chacune en dix-sept chants\u00a0: \u00ab\u00a0artiste femme et la d\u00e9cision\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0de la tangente\u00a0\u00bb, et enfin \u00ab\u00a0le m\u00e9tier d\u2019artiste\u00a0\u00bb. Il convient de relever que chaque po\u00e8me est anonyme\u00a0; les artistes femmes sont toutes cit\u00e9es \u00e0 la fin du livre dans l\u2019ordre alphab\u00e9tique[2], mais celui-ci n\u2019indique pas leur ordre d\u2019apparition dans les po\u00e8mes. Tous les po\u00e8mes sont rythm\u00e9s par le retour du Je avec l\u2019emploi unique du pr\u00e9sent de narration, un Je multiple et singulier, comme si tous les chants provenaient d\u2019une narratrice unique partageant plusieurs voix. Un deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment de scansion intervient presque aussi souvent que le Je, c\u2019est le d\u00e9ictique \u00e7a, qui vise \u00e0 montrer les signes corporels de la cr\u00e9ation. S\u2019il importe assez peu de retrouver \u00e0 qui appartiennent ces voix, une familiarit\u00e9 s\u2019installe au fur et \u00e0 mesure, et le lecteur curieux finit par mettre un nom sur \u00ab\u00a0la forme de chacune\u00a0\u00bb. C\u2019est aussi un tour de force du livre d\u2019Isabelle Garron de faire entendre, \u00e0 travers un chant polyphonique, la voix individuelle de chaque artiste (Je), avec son histoire, ses pens\u00e9es, ses cr\u00e9ations personnelles (\u00c7a). Ce livre passionnant de bout en bout, elle ne l\u2019a pas fait pour elle, mais pour les autres, avec la volont\u00e9 de s\u2019effacer derri\u00e8re les portraits parlants de ces dix-sept artistes femmes\u00a0: \u00ab\u00a0je cherche comment je travaille dans leur langue, comment leur travail travaille dans ma langue. Effacement, notion centrale. L\u2019\u00e9criture est un effacement.\u00a0\u00bb[3] &nbsp; [1] Walter Benjamin, \u0152uvres,1, essais folio, p. 259. [2] Mich\u00e8le Cir\u00e8s-Brigand, Dominique De Beir, Anne Deguelle, Fabienne Gaston-Dreyfus, Ma\u00eblle Labussi\u00e8re, Corinne Laroche, Marie Lepetit, Dominique Liquois, Fr\u00e9d\u00e9rique Lucien, Christine Maigne, Sabine Massenet, \u00c9milie Satre, Martine Schildge, Catherine Serikoff, Soizic Stokvis, Ghislaine Vappereau, Catherine Viollet. [3] Isabelle Garron, Journal r\u00e9\u00e9crit du po\u00e8me, \u00ab\u00a0extrait de la note liminaire au journal r\u00e9\u00e9crit du po\u00e8me\u00a0\u00bb, revue Monologue n\u00b06, Chant du coq sauvage, 2025.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6948,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[2928,2939,2942,789,2935,2931,2927,2933,2937,2929,2934,2925,2941,1441,2923,2930,2932,2938,2926,212,2936,2940,1174],"class_list":["post-6944","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-anne-deguelle","tag-catherine-serikoff","tag-catherine-viollet","tag-charles-baudelaire","tag-christine-maigne","tag-corinne-laroche","tag-dominique-de-beir","tag-dominique-liquois","tag-emilie-satre","tag-fabienne-gaston-dreyfus","tag-frederique-lucien","tag-garron-tangente","tag-ghislaine-vappereau","tag-gilles-jallet","tag-isabelle-garron","tag-maelle-labussiere","tag-marie-lepetit","tag-martine-schildge","tag-michele-cires-brigand","tag-poesie-flammarion","tag-sabine-massenet","tag-soizic-stokvis","tag-walter-benjamin"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6944","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6944"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6944\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6954,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6944\/revisions\/6954"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6948"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6944"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6944"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6944"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}