{"id":706,"date":"2020-05-19T07:35:16","date_gmt":"2020-05-19T05:35:16","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=706"},"modified":"2021-05-09T07:36:16","modified_gmt":"2021-05-09T05:36:16","slug":"dossier-libr-mai-pierre-gauyat-amila-le-passeur-jean-meckert-jean-amila","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2020\/05\/19\/dossier-libr-mai-pierre-gauyat-amila-le-passeur-jean-meckert-jean-amila\/","title":{"rendered":"[Dossier Libr-mai] Pierre Gauyat, Amila le passeur (Jean Meckert \/ Jean Amila)"},"content":{"rendered":"<p>Jean Meckert a men\u00e9 une double carri\u00e8re litt\u00e9raire, l\u2019une sous son v\u00e9ritable patronyme dans la prestigieuse collection blanche de Gallimard, qui ne lui a pas permis de conna\u00eetre la notori\u00e9t\u00e9, et une autre sous le pseudonyme de John, puis Jean, Amila, toujours chez Gallimard, mais au sous-sol, l\u00e0 o\u00f9 se trouvent les bureaux de la S\u00e9rie noire.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Gauyat.jpg\" rel=\"prettyphoto[706]\" rel=\"prettyphoto[16393]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-16396\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Gauyat.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Gauyat.jpg 210w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Gauyat-113x150.jpg 113w\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"267\" \/><\/a>La carri\u00e8re de Jean Meckert a commenc\u00e9 sous des auspices atypiques. N\u00e9 en novembre 1910 dans un milieu ouvrier parisien, il commence \u00e0 travailler \u00e0 treize ans, le certificat d\u2019\u00e9tude \u00e0 peine en poche. Nous sommes au d\u00e9but des ann\u00e9es vingt et la vie d\u2019un jeune apprenti n\u2019est pas facile, il trouve du travail dans diff\u00e9rentes entreprises de son quartier de Belleville, \u00e0 Paris. La crise de 1929 n\u2019arrange pas sa situation sociale et il exerce toutes sortes de m\u00e9tiers pour survivre. On retrouvera la trace de cette vie pr\u00e9caire dans ses romans comme <em>La Lucarne<\/em>, paru en 1945, ou dans le recueil de nouvelles <em>Ab\u00eeme et autres contes in\u00e9dits<\/em>, \u00e9crites dans les ann\u00e9es trente mais \u00e9dit\u00e9es seulement en 2012, chez Joseph K.<\/p>\n<p>En 1939, il est appel\u00e9 \u00e0 rejoindre son r\u00e9giment sur la ligne Maginot, en Lorraine. Au printemps 1940, la d\u00e9b\u00e2cle des arm\u00e9es fran\u00e7aises le conduit jusqu\u2019en Suisse o\u00f9 il est intern\u00e9 jusqu\u2019en 1941. Rentr\u00e9 \u00e0 Paris, il trouve un emploi \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil de la mairie du XX\u00e8me arrondissement\u00a0; peu satisfait de sa condition, il envoie le manuscrit d\u2019un roman \u00e0 Gallimard. Ce texte, <em>Les Coups<\/em>, raconte la relation tumultueuse entre une secr\u00e9taire, dont la famille se pique de culture bourgeoise, et un jeune ouvrier. Ce roman enthousiasme Raymond Queneau qui d\u00e9cide de l\u2019\u00e9diter. Andr\u00e9 Gide lui consacre l\u2019une de ses chroniques dans le <em>Figaro<\/em>. La carri\u00e8re litt\u00e9raire de Jean Meckert est lanc\u00e9e. Ce roman est disponible en Folio depuis 2002.<\/p>\n<p>Malheureusement pour lui, ses romans suivants, <em>L\u2019Homme au marteau<\/em>, <em>La Lucarne<\/em>, <em>Nous avons les mains rouges<\/em> ou <em>La Ville de plomb<\/em>, malgr\u00e9 leurs qualit\u00e9s, ne suscitent pas le m\u00eame engouement et, au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, sa carri\u00e8re para\u00eet<a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertCollection.jpg\" rel=\"prettyphoto[706]\" rel=\"prettyphoto[16393]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-16406\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertCollection.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertCollection.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertCollection-125x150.jpg 125w\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"240\" \/><\/a> compromise. C\u2019est alors que Marcel Duhamel, qui a fond\u00e9 en 1945 la S\u00e9rie noire qu\u2019il dirige, lui propose de rejoindre la collection. Mais il y a un probl\u00e8me, la S\u00e9rie noire ne publie que des auteurs anglo-saxons. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, il adopte un pseudonyme \u00e0 consonance am\u00e9ricaine, John Amila. <em>Y\u2019a pas de bon Dieu\u00a0!<\/em> para\u00eet sous ce pseudonyme en mars 1950, mais Jean Meckert refuse de c\u00e9der tout \u00e0 fait la place et il est cr\u00e9dit\u00e9 sur la couverture au titre d\u2019adaptateur. Le roman se d\u00e9roule aux \u00c9tats-Unis dans une petite communaut\u00e9 villageoise aux prises avec un consortium qui veut noyer sa vall\u00e9e pour construire un barrage hydro-\u00e9lectrique. Cette histoire am\u00e9ricanis\u00e9e reste tr\u00e8s fran\u00e7aise car il s\u2019agit de la lutte des habitants de Tignes qui refusent l\u2019ennoiement de leur village au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante. Amila n\u2019est d\u2019ailleurs pas le premier Fran\u00e7ais dans la S\u00e9rie noire\u00a0: d\u00e8s 1948, Serge Arcou\u00ebt a fait para\u00eetre <em>La Mort et l\u2019Ange<\/em> sous le pseudonyme de Terry Stewart.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1953, avec <em>Motus\u00a0!<\/em>, il revient en France, sur les bords de la Seine, dans une histoire un peu embrouill\u00e9e sur fond de luttes\u00a0syndicales. Il garde son pseudonyme am\u00e9ricain \u00e0 la S\u00e9rie noire jusqu\u2019\u00e0 son dernier roman en 1986, m\u00eame lorsque la supercherie est \u00e9vent\u00e9e, mais il reprend son pr\u00e9nom fran\u00e7ais, Jean, avec <em>Les Loups dans la bergerie<\/em>, en 1959.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaLoups.jpg\" rel=\"prettyphoto[706]\" rel=\"prettyphoto[16393]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-16407\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaLoups.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaLoups.jpg 540w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaLoups-300x194.jpg 300w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaLoups-150x97.jpg 150w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaLoups-366x237.jpg 366w\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"350\" \/><\/a><\/p>\n<p>Jean Amila accompagne l\u2019histoire du roman policier fran\u00e7ais des ann\u00e9es cinquante aux ann\u00e9es quatre-vingt car s\u2019il n\u2019a pas l\u2019influence d\u2019un Manchette ou d\u2019un Daeninckx, qui ont marqu\u00e9 leur \u00e9poque et les auteurs de polar qui les ont suivis, il est une r\u00e9f\u00e9rence pour de nombreux \u00e9crivains contemporains, dont, justement, Didier Daeninckx qui ne manque jamais de lui rendre hommage.<\/p>\n<p>Il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 accompagner les modes du polar comme lorsque les go\u00fbts du public se portent, \u00e0 la suite du succ\u00e8s des romans<a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/GauyatMeckert.jpg\" rel=\"prettyphoto[706]\" rel=\"prettyphoto[16393]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-16397\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/GauyatMeckert.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/GauyatMeckert.jpg 210w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/GauyatMeckert-107x150.jpg 107w\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"295\" \/><\/a> d\u2019Albert Simonin, sur les histoires de truands. Cependant, il ne saurait \u00eatre question pour lui de suivre une mode sans tenter de la sublimer. C\u2019est ce qu\u2019il fait avec <em>La Bonne Tisane<\/em> et <em>Sans attendre Godot<\/em>. Dans le premier titre, les v\u00e9ritables h\u00e9ros du roman ne sont pas les truands mais les \u00e9l\u00e8ves infirmi\u00e8res qui prennent leur premi\u00e8re garde \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Dans le roman suivant, on retrouve les personnages survivants du pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0; cette fois c\u2019est un modeste postier qui part en guerre contre les propri\u00e9taires d\u2019un magasin dans lequel sa femme a p\u00e9ri lors d\u2019un incendie, qu\u2019il soup\u00e7onne d\u2019\u00eatre criminel, pour toucher la prime d\u2019assurance. Contrairement aux romans de Simonin ou d\u2019Auguste le Breton, si ses personnages ne s\u2019expriment pas comme des acad\u00e9miciens, ils n\u2019utilisent pas l\u2019argot qui est un peu la marque de fabrique de ces deux auteurs.<\/p>\n<p>On croisera d\u2019autres truands au fil de ses \u0153uvres, ces personnages sont devenus des figures embl\u00e9matiques du roman policier mais chez Amila, ils sont toujours plac\u00e9s au second plan, ils ne sont jamais les h\u00e9ros de ses romans, comme dans <em>Langes radieux<\/em> ou <em>Les Loups dans la bergerie<\/em> o\u00f9 il brosse de puissants portraits de personnages f\u00e9minins.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, Jean Amila d\u00e9veloppe une sorte de phobie pour les services secrets et consacre une s\u00e9rie de romans \u00e0 d\u00e9montrer leur dangerosit\u00e9. Il commence en 1969 avec <em>Les Fous de Hong-Kong<\/em> qui se d\u00e9roule dans la colonie britannique sur fond de rivalit\u00e9 entre les services de l\u2019Ouest et les Chinois. En 1970, il propose <em>Le Grillon enrag\u00e9<\/em> qui se d\u00e9roule en partie lors des \u00e9v\u00e9nements de Mai 68 en France et durant l\u2019\u00e9t\u00e9 suivant en Sardaigne. L\u00e0 encore l\u2019histoire est passablement embrouill\u00e9e et peut se r\u00e9sumer \u00e0 une charge contre les Services de renseignement.<\/p>\n<p>En 1972 et 1973, il fait para\u00eetre une s\u00e9rie de trois romans qui mettent en sc\u00e8ne un policier hippy directement issu du mouvement de Mai 68, \u00c9douard Magne, dit G\u00e9ronimo, en raison de ses cheveux longs et de son bandeau indien. <em>La Nef des dingues<\/em>, est <a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaContest.jpg\" rel=\"prettyphoto[706]\" rel=\"prettyphoto[16393]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-16402\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaContest.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaContest.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaContest-190x300.jpg 190w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaContest-95x150.jpg 95w\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"315\" \/><\/a>encore une histoire passablement obscure dans laquelle les barbouzes tiennent le mauvais r\u00f4le. Plus int\u00e9ressant, <em>Contest-flic<\/em> aborde une affaire qui fit couler beaucoup d\u2019encre dans les ann\u00e9es cinquante en France, l\u2019affaire Dominici, du nom du patriarche de la Grand-Terre accus\u00e9 d\u2019avoir assassin\u00e9 les trois membres d\u2019une famille de paisibles vacanciers britanniques, dont une fillette de 9 ans. Cette affaire suscita une profonde \u00e9motion dans la r\u00e9gion de Manosque et dans le reste du pays. D\u2019ailleurs, Jean Meckert \u00e9crivit un livre sur ce sujet en 1954 \u00e0 la demande de Gallimard, <em>La Trag\u00e9die de Lurs<\/em>. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il concluait prudemment au doute sur la culpabilit\u00e9 de Gaston Dominici, \u00e0 rebours de la presse, quasi unanime \u00e0 condamner le vieux Dominici. Dans le roman policier, il adapte les faits \u00e0 son nouveau combat contre les services secrets.<\/p>\n<p>On retrouve G\u00e9ronimo dans <em>Terminus I\u00e9na<\/em> qui est lui aussi un roman d\u2019espionnage car il est charg\u00e9 d\u2019enqu\u00eater sur le meurtre d\u2019un com\u00e9dien devant jouer le r\u00f4le de Chargeboeuf dans l\u2019adaptation, en co-production entre la France et l\u2019Allemagne de l\u2019Est, d\u2019<em>Une t\u00e9n\u00e9breuse affaire<\/em>, d\u2019apr\u00e8s l\u2019\u0153uvre d\u2019Honor\u00e9 de Balzac. Il finit sa charge contre les services secrets avec <em>\u00c0 qui ai-je l\u2019honneur\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Cette s\u00e9rie de romans a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans la S\u00e9rie noire entre 1969 et 1974, apr\u00e8s cinq ann\u00e9es de silence litt\u00e9raire en grande partie consacr\u00e9es \u00e0 des activit\u00e9s cin\u00e9matographiques. C\u2019est comme cela qu\u2019il \u00e9crit <em>La Vierge et le Taureau<\/em> qui se d\u00e9roule \u00e0 Tahiti et dans lequel il d\u00e9nonce les essais nucl\u00e9aires fran\u00e7ais dans le Pacifique, qui sera publi\u00e9 aux Presses de la Cit\u00e9 en 1971, sous son v\u00e9ritable patronyme. La l\u00e9gende veut que ce roman ait valu \u00e0 Jean Meckert une correction en r\u00e8gle qui provoqua 15 jours de coma, une amn\u00e9sie partielle et de fr\u00e9quentes crises d\u2019\u00e9pilepsie. S\u2019il est douteux qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 agress\u00e9 \u00e0 cause d\u2019un roman paru trois ans plus t\u00f4t, il a pu \u00eatre victime d\u2019un avertissement trop appuy\u00e9 ou d\u2019une banale agression. Il a fait le r\u00e9cit de sa lente convalescence dans <em>Comme un \u00e9cho errant<\/em>, roman refus\u00e9 par Gallimard en 1986 et publi\u00e9, 17 ans apr\u00e8s sa mort, par Joseph K, en 2012.<\/p>\n<p>En 1981, sept ans apr\u00e8s sa derni\u00e8re publication, il fait para\u00eetre \u00e0 la S\u00e9rie noire <em>Le Pigeon du faubourg<\/em>, un roman dans lequel il renoue avec un de ses th\u00e8mes favoris, les couples mal assortis. Durant cette p\u00e9riode, qui correspond au septennat de Giscard \u2013 sans que l\u2019on puisse d\u00e9celer une relation de cause \u00e0 effet\u2026 \u2013, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019auteurs de polar est apparue ou s\u2019est affirm\u00e9e, le n\u00e9o-polar. Parmi eux, on peut citer Manchette, ADG, Vautrin, Fajardie, Daeninckx, et, un peu plus tard, Jonquet, Pouy ou Raynal. Entre autres.<\/p>\n<p>Amila, qui leur a largement ouvert la voie d\u00e8s les ann\u00e9es cinquante, pourrait passer pour un auteur un peu d\u00e9pass\u00e9. C\u2019est bien mal conna\u00eetre le vieil anar, qui r\u00e9plique avec un superbe polar, <em>Le Boucher des Hurlus<\/em>, qui nous plonge dans l\u2019apr\u00e8s Premi\u00e8re Guerre<a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-boucher-des-Hurlus.jpg\" rel=\"prettyphoto[706]\" rel=\"prettyphoto[16393]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-16400\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-boucher-des-Hurlus.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-boucher-des-Hurlus.jpg 340w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-boucher-des-Hurlus-100x100.jpg 100w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-boucher-des-Hurlus-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-boucher-des-Hurlus-144x144.jpg 144w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-boucher-des-Hurlus-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-boucher-des-Hurlus-75x75.jpg 75w\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><\/a> mondiale, en pleine \u00e9pid\u00e9mie de grippe espagnole. Michou, comme des millions d\u2019enfants, a perdu son p\u00e8re pendant la guerre. Mais le sien n\u2019est pas tomb\u00e9 au champ \u00ab\u00a0d\u2019honneur\u00a0\u00bb, il a \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9 pour l\u2019exemple. Le voisinage harc\u00e8le la malheureuse veuve qui finit par craquer et doit \u00eatre intern\u00e9e en raison de son \u00e9tat de sant\u00e9. Le petit Michou est plac\u00e9 dans une institution religieuse dont il s\u2019\u00e9chappe pour se venger du g\u00e9n\u00e9ral qui a plong\u00e9 sa famille dans l\u2019affliction. L\u00e0 encore, Jean Meckert fait appel \u00e0 ses souvenirs personnels, lui qui s\u2019est retrouv\u00e9 \u00e0 8 ans dans un orphelinat, priv\u00e9 de ses parents. Son p\u00e8re, ancien combattant, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se faire d\u00e9mobiliser dans les foyers de sa marraine de guerre\u00a0; un choc de trop pour sa m\u00e8re qui ne l\u2019a pas support\u00e9 et a d\u00fb \u00eatre admise dans une maison de repos. Son p\u00e8re n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9 comme l\u2019auteur le laisse entendre apr\u00e8s la parution du roman. Encore une l\u00e9gende qui a eu la vie dure. Mais, comme le dit John Ford dans son film <em>L\u2019Homme qui tua Liberty Valance<\/em>, \u00ab\u00a0Quand la l\u00e9gende d\u00e9passe la r\u00e9alit\u00e9, alors on publie la l\u00e9gende.\u00a0\u00bb \u00c7a fait toujours un bon roman policier.<\/p>\n<p>Jean Meckert tire sa r\u00e9v\u00e9rence litt\u00e9raire avec un dernier roman \u00e0 la S\u00e9rie noire en 1986, <em>Au balcon d\u2019Hiroshima<\/em>, dans lequel il <a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaHiroshima.jpg\" rel=\"prettyphoto[706]\" rel=\"prettyphoto[16393]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-16403\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaHiroshima.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaHiroshima.jpg 210w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaHiroshima-197x300.jpg 197w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/AmilaHiroshima-98x150.jpg 98w\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"320\" \/><\/a>d\u00e9nonce le bombardement atomique du Japon, en 1945. Ce roman lui vaudra le seul prix litt\u00e9raire de sa longue carri\u00e8re, le prix Myst\u00e8re de la critique, bien m\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>S\u2019il ne publie plus, bien malgr\u00e9 lui, il continue \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 proposer des manuscrits \u00e0 son \u00e9diteur qui les refuse. <em>Comme un \u00e9cho errant<\/em> illustre son acharnement \u00e0 rester un \u00e9crivain, ce \u00e0 quoi il renonce quelques ann\u00e9es avant sa mort seulement, lorsqu\u2019il note dans son journal\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut arr\u00eater\u00a0!!! D\u00e9finitif. Poursuivre serait trop fatigant et stupide\u00a0\u00bb (<em>Temps noir<\/em>, n\u00b015, \u00ab\u00a0Meckert\/Amila, en blanc &amp; noir\u00a0\u00bb, entretien avec Franck Lhomeau, juin 2012, p. 184). Nous sommes le 24 mars 1992, Jean Meckert a 81 ans. Sa disparition, survenue le 7 mars 1995 \u00e0 Lorrez-Le Bocage en Seine-et-Marne, passe presque inaper\u00e7ue \u00e0 part un article d\u2019Herv\u00e9 Delouche dans <em>l\u2019Humanit\u00e9 <\/em>du 14 mars 1995 et une notice tardive dans <em>Le Monde libertaire<\/em>. Fermez le ban.<\/p>\n<p>Mais on n\u2019en a jamais tout \u00e0 fait fini avec Jean Meckert. Apr\u00e8s une dizaine d\u2019ann\u00e9es de purgatoire litt\u00e9raire \u2013 d\u00e9lai de rigueur \u2013, <a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertCanon.jpg\" rel=\"prettyphoto[706]\" rel=\"prettyphoto[16393]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-16401\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertCanon.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertCanon.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertCanon-100x150.jpg 100w\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a>en 2005, il revient d\u2019entre les morts avec <em>La Marche au canon<\/em>, roman retrouv\u00e9 sur un simple cahier d\u2019\u00e9colier dans lequel il raconte la Dr\u00f4le de guerre et la D\u00e9b\u00e2cle de 1940. La parution de ce texte, sans doute \u00e9crit peu de temps apr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements, provoque une s\u00e9rie d\u2019articles dans la presse qui relancent l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019\u0153uvre de Meckert. D\u2019autres romans reparaissent chez Jo\u00eblle Losfeld comme <em>Je suis un monstre<\/em>, <em>L\u2019Homme au marteau\u00a0<\/em>; son enqu\u00eate sur l\u2019affaire Dominici, <em>La Trag\u00e9die de Lurs<\/em>, ou les novelisations des films de Charles Spaak et Andr\u00e9 Cayatte, <em>Nous sommes tous des assassins<\/em>, consacr\u00e9 \u00e0 la peine de mort, et <em>Justice est faite<\/em>, sur l\u2019euthanasie. Quelques romans policiers, parus \u00e0 la S\u00e9rie noire sous le pseudonyme de Jean Amila, sont r\u00e9\u00e9dit\u00e9s dans la collection Folio policier, comme <em>La Lune d\u2019Omaha<\/em>, une vision d\u00e9cal\u00e9e du D\u00e9barquement en Normandie, <em>Le Boucher des Hurlus<\/em>, longuement \u00e9voqu\u00e9 plus haut, ou <em>Jusqu\u2019\u00e0 plus soif<\/em>, jubilatoire farce \u00ab\u00a0polardo-rurale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un long silence de plus de 10 ans, 2020 voit la reprise de la r\u00e9\u00e9dition, toujours chez Jo\u00eblle Losfeld, des \u0153uvres sign\u00e9es Jean<a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertMainsRouges.jpg\" rel=\"prettyphoto[706]\" rel=\"prettyphoto[16393]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-16404\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertMainsRouges.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertMainsRouges.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/MeckertMainsRouges-100x150.jpg 100w\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a> Meckert avec <em>Nous avons les mains rouges<\/em> (1947). Ce roman nous replonge dans les ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre dans un groupe d\u2019anciens r\u00e9sistants qui n\u2019ont pas renonc\u00e9 \u00e0 leur combat pour la justice. H\u00e9las pour eux, les temps ont bien chang\u00e9 et les h\u00e9ros d\u2019hier sont devenus de vulgaires terroristes.<\/p>\n<p>D\u2019autres parutions sont annonc\u00e9es pour les prochains mois et les prochaines ann\u00e9es. Esp\u00e9rons que cette r\u00e9\u00e9dition soit compl\u00e8te avec <em>La Ville de plomb<\/em>, <em>La Lucarne<\/em> et <em>La Vierge et le Taureau<\/em>, qui permettrait d\u2019offrir au lecteur l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre de Jean Meckert dans une collection unique, sauf <em>Les Coups<\/em>, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans la collection Folio.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean Meckert a men\u00e9 une double carri\u00e8re litt\u00e9raire, l\u2019une sous son v\u00e9ritable patronyme dans la prestigieuse collection blanche de Gallimard, qui ne lui a pas permis de conna\u00eetre la notori\u00e9t\u00e9, et une autre sous le pseudonyme de John, puis Jean, Amila, toujours chez Gallimard, mais au sous-sol, l\u00e0 o\u00f9 se trouvent les bureaux de la S\u00e9rie noire. La carri\u00e8re de Jean Meckert a commenc\u00e9 sous des auspices atypiques. N\u00e9 en novembre 1910 dans un milieu ouvrier parisien, il commence \u00e0 travailler \u00e0 treize ans, le certificat d\u2019\u00e9tude \u00e0 peine en poche. Nous sommes au d\u00e9but des ann\u00e9es vingt et la vie d\u2019un jeune apprenti n\u2019est pas facile, il trouve du travail dans diff\u00e9rentes entreprises de son quartier de Belleville, \u00e0 Paris. La crise de 1929 n\u2019arrange pas sa situation sociale et il exerce toutes sortes de m\u00e9tiers pour survivre. On retrouvera la trace de cette vie pr\u00e9caire dans ses romans comme La Lucarne, paru en 1945, ou dans le recueil de nouvelles Ab\u00eeme et autres contes in\u00e9dits, \u00e9crites dans les ann\u00e9es trente mais \u00e9dit\u00e9es seulement en 2012, chez Joseph K. En 1939, il est appel\u00e9 \u00e0 rejoindre son r\u00e9giment sur la ligne Maginot, en Lorraine. Au printemps 1940, la d\u00e9b\u00e2cle des arm\u00e9es fran\u00e7aises le conduit jusqu\u2019en Suisse o\u00f9 il est intern\u00e9 jusqu\u2019en 1941. Rentr\u00e9 \u00e0 Paris, il trouve un emploi \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil de la mairie du XX\u00e8me arrondissement\u00a0; peu satisfait de sa condition, il envoie le manuscrit d\u2019un roman \u00e0 Gallimard. Ce texte, Les Coups, raconte la relation tumultueuse entre une secr\u00e9taire, dont la famille se pique de culture bourgeoise, et un jeune ouvrier. Ce roman enthousiasme Raymond Queneau qui d\u00e9cide de l\u2019\u00e9diter. Andr\u00e9 Gide lui consacre l\u2019une de ses chroniques dans le Figaro. La carri\u00e8re litt\u00e9raire de Jean Meckert est lanc\u00e9e. Ce roman est disponible en Folio depuis 2002. Malheureusement pour lui, ses romans suivants, L\u2019Homme au marteau, La Lucarne, Nous avons les mains rouges ou La Ville de plomb, malgr\u00e9 leurs qualit\u00e9s, ne suscitent pas le m\u00eame engouement et, au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, sa carri\u00e8re para\u00eet compromise. C\u2019est alors que Marcel Duhamel, qui a fond\u00e9 en 1945 la S\u00e9rie noire qu\u2019il dirige, lui propose de rejoindre la collection. Mais il y a un probl\u00e8me, la S\u00e9rie noire ne publie que des auteurs anglo-saxons. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, il adopte un pseudonyme \u00e0 consonance am\u00e9ricaine, John Amila. Y\u2019a pas de bon Dieu\u00a0! para\u00eet sous ce pseudonyme en mars 1950, mais Jean Meckert refuse de c\u00e9der tout \u00e0 fait la place et il est cr\u00e9dit\u00e9 sur la couverture au titre d\u2019adaptateur. Le roman se d\u00e9roule aux \u00c9tats-Unis dans une petite communaut\u00e9 villageoise aux prises avec un consortium qui veut noyer sa vall\u00e9e pour construire un barrage hydro-\u00e9lectrique. Cette histoire am\u00e9ricanis\u00e9e reste tr\u00e8s fran\u00e7aise car il s\u2019agit de la lutte des habitants de Tignes qui refusent l\u2019ennoiement de leur village au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante. Amila n\u2019est d\u2019ailleurs pas le premier Fran\u00e7ais dans la S\u00e9rie noire\u00a0: d\u00e8s 1948, Serge Arcou\u00ebt a fait para\u00eetre La Mort et l\u2019Ange sous le pseudonyme de Terry Stewart. D\u00e8s 1953, avec Motus\u00a0!, il revient en France, sur les bords de la Seine, dans une histoire un peu embrouill\u00e9e sur fond de luttes\u00a0syndicales. Il garde son pseudonyme am\u00e9ricain \u00e0 la S\u00e9rie noire jusqu\u2019\u00e0 son dernier roman en 1986, m\u00eame lorsque la supercherie est \u00e9vent\u00e9e, mais il reprend son pr\u00e9nom fran\u00e7ais, Jean, avec Les Loups dans la bergerie, en 1959. Jean Amila accompagne l\u2019histoire du roman policier fran\u00e7ais des ann\u00e9es cinquante aux ann\u00e9es quatre-vingt car s\u2019il n\u2019a pas l\u2019influence d\u2019un Manchette ou d\u2019un Daeninckx, qui ont marqu\u00e9 leur \u00e9poque et les auteurs de polar qui les ont suivis, il est une r\u00e9f\u00e9rence pour de nombreux \u00e9crivains contemporains, dont, justement, Didier Daeninckx qui ne manque jamais de lui rendre hommage. Il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 accompagner les modes du polar comme lorsque les go\u00fbts du public se portent, \u00e0 la suite du succ\u00e8s des romans d\u2019Albert Simonin, sur les histoires de truands. Cependant, il ne saurait \u00eatre question pour lui de suivre une mode sans tenter de la sublimer. C\u2019est ce qu\u2019il fait avec La Bonne Tisane et Sans attendre Godot. Dans le premier titre, les v\u00e9ritables h\u00e9ros du roman ne sont pas les truands mais les \u00e9l\u00e8ves infirmi\u00e8res qui prennent leur premi\u00e8re garde \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Dans le roman suivant, on retrouve les personnages survivants du pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0; cette fois c\u2019est un modeste postier qui part en guerre contre les propri\u00e9taires d\u2019un magasin dans lequel sa femme a p\u00e9ri lors d\u2019un incendie, qu\u2019il soup\u00e7onne d\u2019\u00eatre criminel, pour toucher la prime d\u2019assurance. Contrairement aux romans de Simonin ou d\u2019Auguste le Breton, si ses personnages ne s\u2019expriment pas comme des acad\u00e9miciens, ils n\u2019utilisent pas l\u2019argot qui est un peu la marque de fabrique de ces deux auteurs. On croisera d\u2019autres truands au fil de ses \u0153uvres, ces personnages sont devenus des figures embl\u00e9matiques du roman policier mais chez Amila, ils sont toujours plac\u00e9s au second plan, ils ne sont jamais les h\u00e9ros de ses romans, comme dans Langes radieux ou Les Loups dans la bergerie o\u00f9 il brosse de puissants portraits de personnages f\u00e9minins. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, Jean Amila d\u00e9veloppe une sorte de phobie pour les services secrets et consacre une s\u00e9rie de romans \u00e0 d\u00e9montrer leur dangerosit\u00e9. Il commence en 1969 avec Les Fous de Hong-Kong qui se d\u00e9roule dans la colonie britannique sur fond de rivalit\u00e9 entre les services de l\u2019Ouest et les Chinois. En 1970, il propose Le Grillon enrag\u00e9 qui se d\u00e9roule en partie lors des \u00e9v\u00e9nements de Mai 68 en France et durant l\u2019\u00e9t\u00e9 suivant en Sardaigne. L\u00e0 encore l\u2019histoire est passablement embrouill\u00e9e et peut se r\u00e9sumer \u00e0 une charge contre les Services de renseignement. En 1972 et 1973, il fait para\u00eetre une s\u00e9rie de trois romans qui mettent en sc\u00e8ne un policier hippy directement issu du mouvement de Mai 68, \u00c9douard Magne, dit G\u00e9ronimo, en raison de ses cheveux longs et de son bandeau indien. La Nef des dingues, est encore une histoire passablement obscure dans laquelle les barbouzes tiennent le mauvais&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":707,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[809,264,810,811,812,813,814,815,816],"class_list":["post-706","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-ecritures-dexpression-populaire-et-de-critique-sociale","tag-editions-gallimard","tag-jean-amila","tag-jean-meckert","tag-john-amila","tag-litterature-populaire","tag-pierre-gauyat","tag-polar-et-politique","tag-polar-serie-noire"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/706","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=706"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/706\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":708,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/706\/revisions\/708"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/707"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=706"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=706"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=706"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}