{"id":72,"date":"2021-03-19T05:20:00","date_gmt":"2021-03-19T04:20:00","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=72"},"modified":"2021-05-05T04:02:24","modified_gmt":"2021-05-05T02:02:24","slug":"chronique-le-narrateur-perfide-a-propos-de-mathias-lair-aucune-histoire-jamais-par-jean-paul-gavard-perret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/03\/19\/chronique-le-narrateur-perfide-a-propos-de-mathias-lair-aucune-histoire-jamais-par-jean-paul-gavard-perret\/","title":{"rendered":"[Chronique] Le narrateur perfide (\u00e0 propos de Mathias Lair, Aucune histoire, jamais), par Jean-Paul Gavard-Perret"},"content":{"rendered":"\n<p>Mathias Lair, <em><strong>Aucune histoire, jamais<\/strong><\/em>, Les \u00e9ditions Sans Escale, 2021, 166 pages, 13 \u20ac, ISBN : 978-2-95643-049-0.<\/p>\n\n\n\n<p>Mathias Lair a choisi un narrateur id\u00e9al (nul en effet n\u2019est jamais mieux servi que par soi-m\u00eame). Non seulement il devient le contradicteur oblig\u00e9 mais satisfait du \u00ab&nbsp;Vieux&nbsp;\u00bb (pas n\u2019importe lequel) mais il permet de faire bouillir la machine romanesque selon des circuits aussi int\u00e9gr\u00e9s que d\u00e9phas\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans de telles histoires sans histoire ou en cent histoires (\u00e0 vue de nez) qui n\u2019en seraient pas, le \u00ab&nbsp;Vieux&nbsp;\u00bb poss\u00e8de un r\u00f4le majeur. Sparring-partner il devient le dindon d\u2019une farce qui qui \u00e0 mal autant la psychanalyse que le roman.<\/p>\n\n\n\n<p>Un tel coup double est parfait. En un fantastique retour de langue et de la fiction, Lair engage et propose un \u00ab&nbsp;dialogue&nbsp;\u00bb entre deux zigomars qui sont \u2013 chacun \u00e0 leur mani\u00e8re \u2013 de fieff\u00e9s menteurs. Le narrateur, \u00e9nivr\u00e9 d\u2019histoires qui en principe n\u2019en sont pas, esp\u00e8re \u00ab&nbsp;ch\u00e2trer de partout&nbsp;\u00bb et laisser K.O. \u00ab&nbsp;sans descendance et sans voix&nbsp;\u00bb son contradicteur.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/MLairAucuneHistoire.jpg\" rel=\"prettyphoto[72]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/MLairAucuneHistoire.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17878\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Si bien qu\u2019une telle fiction interroge le roman comme la cure psychanalytique dans ce qui s\u2019impose par l\u2019\u00e9change des deux lascars dont le dialogue n\u2019est pas toujours am\u00e8ne. Chacun estime ce dialogue provisoire et qu\u2019ils ne s\u2019y croisent jamais deux fois au m\u00eame point. Voire\u2026 &nbsp;Mais cela permet au discours de se poursuivre. Des questions s\u2019\u00e9largissent. Elles-m\u00eames ouvrent la fiction et la cure \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Le narrateur au soliloque pr\u00e9f\u00e8re le duo ou le duel dans un dialogue particulier au nom de \u00ab&nbsp;L\u2019Echange&nbsp;\u00bb cher \u00e0 Claudel au moment o\u00f9 autour des deux auteurs le silence devient le plus profond. Mais ce qui ne les emp\u00eache pas de poursuivre d\u2019autant que \u00ab&nbsp;jamais aucune histoire n\u2019aurait convenu&nbsp;\u00bb. Mais le mal est fait au grand profit du lecteur. L\u2019objet fiction donne au roman une autre mani\u00e8re d\u2019\u00eatre v\u00e9cue dans cette marche commune dont la communication restera douteuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est par le deux que le un progresse et que sa fiction avance, m\u00eame si l\u2019auteur fait figure de tra\u00eener les pieds. M\u00eame si l\u2019histoire se disperse en fragments. D\u00e8s lors, que pourrait-on reprocher \u00e0 l\u2019auteur ? Tout semble pr\u00eacher en sa faveur. &nbsp;Ce n\u2019est pas de sa faute s\u2019il doit travestir la fiction et faire porter une perruque \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de son entretien avec ce \u00ab&nbsp;vieux&nbsp;\u00bb plus rou\u00e9 que sage mais qui finit par rester sans voix.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Mathias-Lair.jpg\" rel=\"prettyphoto[72]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Mathias-Lair.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17882\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le narrateur lui aussi semble avoir perdu la partie puisque son \u00ab&nbsp;personnage retourne d\u2019o\u00f9 il ne vient pas&nbsp;\u00bb. Mais la chose est entendue. L\u2019entendant est roul\u00e9 dans la farine et le parlant aura fait le m\u00e9nage dans ce d\u00e9rangement o\u00f9 la fiction est bien moins avare et obstru\u00e9e que Lair veut nous le faire penser.<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenant en filigrane la fameuse formule de Lacan \u00ab&nbsp;L\u00e0 o\u00f9 \u00e7a parle, \u00e7a jouit, et \u00e7a sait rien&nbsp;\u00bb, le romancier prouve que si parler au \u00ab&nbsp;vieux&nbsp;\u00bb est un martyr, \u00e9crire leur aventure n\u2019a rien d\u2019une radicale asc\u00e8se. Peu ou prou la partie de plaisir n\u2019est jamais loin et elle offre au roman un moyen de sortir d\u2019une exp\u00e9rience m\u00e9lancolique au moment o\u00f9 son porte-voix plut\u00f4t que de s\u2019ouvrir \u00e0 perte-pied sur la rumeur de l\u2019inconscient, pulv\u00e9rise les histoires quelle qu\u2019en soit la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 ce sur quoi l\u2019auteur appuie sa morale \u2013 si morale il y a. La fiction quoique pas vraiment h\u00e9doniste \u2013 voire un tant soit peu masochiste \u2013 cr\u00e9e une ligne de vie tendue par l\u2019exigence d\u2019un gai savoir lucide qui fait tomber au fur et \u00e0 mesure bien des illusions qui nous habitent tant sur le plan litt\u00e9raire, affectif, id\u00e9ologique, \u00e9pist\u00e9mologique et psychanalytique, l\u00e0 o\u00f9 jaillit le seul hubris possible, celui de la libert\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mathias Lair, Aucune histoire, jamais, Les \u00e9ditions Sans Escale, 2021, 166 pages, 13 \u20ac, ISBN : 978-2-95643-049-0. Mathias Lair a choisi un narrateur id\u00e9al (nul en effet n\u2019est jamais mieux servi que par soi-m\u00eame). Non seulement il devient le contradicteur oblig\u00e9 mais satisfait du \u00ab&nbsp;Vieux&nbsp;\u00bb (pas n\u2019importe lequel) mais il permet de faire bouillir la machine romanesque selon des circuits aussi int\u00e9gr\u00e9s que d\u00e9phas\u00e9s. Dans de telles histoires sans histoire ou en cent histoires (\u00e0 vue de nez) qui n\u2019en seraient pas, le \u00ab&nbsp;Vieux&nbsp;\u00bb poss\u00e8de un r\u00f4le majeur. Sparring-partner il devient le dindon d\u2019une farce qui qui \u00e0 mal autant la psychanalyse que le roman. Un tel coup double est parfait. En un fantastique retour de langue et de la fiction, Lair engage et propose un \u00ab&nbsp;dialogue&nbsp;\u00bb entre deux zigomars qui sont \u2013 chacun \u00e0 leur mani\u00e8re \u2013 de fieff\u00e9s menteurs. Le narrateur, \u00e9nivr\u00e9 d\u2019histoires qui en principe n\u2019en sont pas, esp\u00e8re \u00ab&nbsp;ch\u00e2trer de partout&nbsp;\u00bb et laisser K.O. \u00ab&nbsp;sans descendance et sans voix&nbsp;\u00bb son contradicteur. Si bien qu\u2019une telle fiction interroge le roman comme la cure psychanalytique dans ce qui s\u2019impose par l\u2019\u00e9change des deux lascars dont le dialogue n\u2019est pas toujours am\u00e8ne. Chacun estime ce dialogue provisoire et qu\u2019ils ne s\u2019y croisent jamais deux fois au m\u00eame point. Voire\u2026 &nbsp;Mais cela permet au discours de se poursuivre. Des questions s\u2019\u00e9largissent. Elles-m\u00eames ouvrent la fiction et la cure \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps. Le narrateur au soliloque pr\u00e9f\u00e8re le duo ou le duel dans un dialogue particulier au nom de \u00ab&nbsp;L\u2019Echange&nbsp;\u00bb cher \u00e0 Claudel au moment o\u00f9 autour des deux auteurs le silence devient le plus profond. Mais ce qui ne les emp\u00eache pas de poursuivre d\u2019autant que \u00ab&nbsp;jamais aucune histoire n\u2019aurait convenu&nbsp;\u00bb. Mais le mal est fait au grand profit du lecteur. L\u2019objet fiction donne au roman une autre mani\u00e8re d\u2019\u00eatre v\u00e9cue dans cette marche commune dont la communication restera douteuse. Mais c\u2019est par le deux que le un progresse et que sa fiction avance, m\u00eame si l\u2019auteur fait figure de tra\u00eener les pieds. M\u00eame si l\u2019histoire se disperse en fragments. D\u00e8s lors, que pourrait-on reprocher \u00e0 l\u2019auteur ? Tout semble pr\u00eacher en sa faveur. &nbsp;Ce n\u2019est pas de sa faute s\u2019il doit travestir la fiction et faire porter une perruque \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de son entretien avec ce \u00ab&nbsp;vieux&nbsp;\u00bb plus rou\u00e9 que sage mais qui finit par rester sans voix. Le narrateur lui aussi semble avoir perdu la partie puisque son \u00ab&nbsp;personnage retourne d\u2019o\u00f9 il ne vient pas&nbsp;\u00bb. Mais la chose est entendue. L\u2019entendant est roul\u00e9 dans la farine et le parlant aura fait le m\u00e9nage dans ce d\u00e9rangement o\u00f9 la fiction est bien moins avare et obstru\u00e9e que Lair veut nous le faire penser. Reprenant en filigrane la fameuse formule de Lacan \u00ab&nbsp;L\u00e0 o\u00f9 \u00e7a parle, \u00e7a jouit, et \u00e7a sait rien&nbsp;\u00bb, le romancier prouve que si parler au \u00ab&nbsp;vieux&nbsp;\u00bb est un martyr, \u00e9crire leur aventure n\u2019a rien d\u2019une radicale asc\u00e8se. Peu ou prou la partie de plaisir n\u2019est jamais loin et elle offre au roman un moyen de sortir d\u2019une exp\u00e9rience m\u00e9lancolique au moment o\u00f9 son porte-voix plut\u00f4t que de s\u2019ouvrir \u00e0 perte-pied sur la rumeur de l\u2019inconscient, pulv\u00e9rise les histoires quelle qu\u2019en soit la nature. Voil\u00e0 ce sur quoi l\u2019auteur appuie sa morale \u2013 si morale il y a. La fiction quoique pas vraiment h\u00e9doniste \u2013 voire un tant soit peu masochiste \u2013 cr\u00e9e une ligne de vie tendue par l\u2019exigence d\u2019un gai savoir lucide qui fait tomber au fur et \u00e0 mesure bien des illusions qui nous habitent tant sur le plan litt\u00e9raire, affectif, id\u00e9ologique, \u00e9pist\u00e9mologique et psychanalytique, l\u00e0 o\u00f9 jaillit le seul hubris possible, celui de la libert\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":73,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[62,61,64,63,65],"class_list":["post-72","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-critique-de-narration-traditionnelle","tag-editions-sans-escales","tag-jean-paul-gavard-perret","tag-mathias-lair","tag-reflexion-sur-le-roman"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":75,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72\/revisions\/75"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/73"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}