{"id":82,"date":"2021-03-23T06:33:00","date_gmt":"2021-03-23T05:33:00","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=82"},"modified":"2021-05-13T11:30:59","modified_gmt":"2021-05-13T09:30:59","slug":"chronique-laurent-fourcaut-dedans-dehors-par-bruno-fern","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/03\/23\/chronique-laurent-fourcaut-dedans-dehors-par-bruno-fern\/","title":{"rendered":"[Chronique] Laurent Fourcaut, Dedans Dehors, par Bruno Fern"},"content":{"rendered":"\r\n<p>Laurent Fourcaut,<em> <strong>Dedans Dehors<\/strong>,<\/em><em> sonnets contemporains<\/em>, Tarabuste \u00e9diteur, 176 pages, 2021, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-84587-523-4.<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore une fois, Laurent Fourcaut a jou\u00e9 du sonnet avec ce nouveau livre de plus de 160 po\u00e8mes adoptant cette forme, cette longue suite constituant comme le journal intime d\u2019un narrateur autant d\u00e9sign\u00e9 par la premi\u00e8re personne du singulier<a href=\"applewebdata:\/\/41754EB1-9816-4686-949B-9B21402AA538#_ftn1\">[1]<\/a> que par les deux premi\u00e8res personnes du pluriel ou un <em>on<\/em>.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<div class=\"wp-block-image\" style=\"text-align: justify;\">\r\n<figure class=\"alignright\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/LaurentFourcaut.jpg\" rel=\"prettyphoto[82]\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-17900\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/LaurentFourcaut.jpg\" alt=\"\" \/><\/a><\/figure>\r\n<\/div>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Parcourant lieux maritimes ou champ\u00eatres (la plupart situ\u00e9s dans l\u2019ancienne Basse-Normandie) et urbains (essentiellement Paris, avec une pr\u00e9dilection pour restaurants et bistrots), ce personnage aussi central que d\u00e9centr\u00e9 entrem\u00eale subtilement perceptions, sentiments, souvenirs et r\u00e9flexions dans des textes qu\u2019on pourrait qualifier de circonstance \u00e0 condition de ne pas les r\u00e9duire \u00e0 des petits tableaux clos sur eux-m\u00eames \u2013 cette dimension picturale \u00e9tant marqu\u00e9e d\u00e8s le premier sonnet affirmant que l\u2019objet vis\u00e9 est \u00ab\u00a0le labyrinthe convoit\u00e9 o\u00f9 tout vous prive \/ vous comble \u00e0 l\u2019aide de la brosse ou du stylo\u00a0\u00bb. Au contraire, entre la \u00ab\u00a0roseraie profuse\u00a0\u00bb qu\u2019est le monde selon <a href=\"https:\/\/www.sitaudis.fr\/Parutions\/l-oeuvre-poetique-de-dominique-fourcade-par-laurent-fourcaut.php\">Dominique Fourcade<\/a>\u00a0et l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 du po\u00e8te observateur, ce qui est \u00e9prouv\u00e9 sensoriellement se trouve sans cesse d\u00e9bord\u00e9 par des jeux de pens\u00e9es, pour reprendre la fameuse formule d\u2019Arno Schmidt. En t\u00e9moignent notamment les nombreux \u00e9chos, diversement explicites, faits \u00e0 la litt\u00e9rature (de La Fontaine \u00e0 Verheggen en passant par Baudelaire et Proust), \u00e0 la musique (de Bach \u00e0 Eric Clapton) et \u00e0 la peinture (Le Caravage, Watteau, Van Gogh, Pissarro, etc.), cette \u00e9rudition \u00e9clectique n\u2019\u00e9tant pas l\u00e0 pour \u00e9pater le lecteur mais parce que c\u2019est ainsi qu\u2019on \u00e9crit \u2013 ou plut\u00f4t qu\u2019on devrait \u00e9crire, \u00e0 rebours des adeptes de la <em>tabula rasa<\/em> trop souvent raplapla \u2013 \u00ab\u00a0Quand on a une vision fixe, non historique de la langue, on \u00e9crit \u2018plat\u2019, langue plate, litt\u00e9rairement dominante\u00a0\u00bb (Pierre Guyotat, in <em>Cahier Critique de Po\u00e9sie<\/em>, n\u00b01, 2000). Face \u00e0 cet univers de signes, \u00ab\u00a0le monde muet\u00a0\u00bb (Ponge) est surtout ici celui de milieux naturels de plus en plus menac\u00e9s par une humanit\u00e9 envahissante, tapageuse (\u00ab\u00a0et le silence un luxe aujourd\u2019hui hors de prix\u00a0\u00bb) et obnubil\u00e9e par le storytelling du profit \u00e0 tout prix : \u00ab\u00a0La violence on la sent jusque dans l\u2019air des rues \/ chaque pouce de l\u2019espace est sous la pression \/ du forcing de la marchandise vile et brute\u00a0\u00bb\u2026 Cela dit, Laurent Fourcaut ne c\u00e8de pas pour autant \u00e0 une quelconque tendance n\u00e9o-bucolique car ce grand dehors qu\u2019est la nature, s\u2019il est pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aux activit\u00e9s humaines qui le d\u00e9gradent, ne saurait \u00eatre enti\u00e8rement bon\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est la cruaut\u00e9 de l\u2019\u00e9t\u00e9 et son larcin\u00a0: \/ il vous d\u00e9pouille du vieux fantasme du sein \/ maternel et plus rien o\u00f9 l\u2019on puisse se prendre\u00a0\u00bb De plus, il sait qu\u2019un \u00e9cart entre les sph\u00e8res naturelles et humaines demeure irr\u00e9ductible, comme l\u2019illustre ce sentiment oc\u00e9anique contrari\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0voil\u00e0 le grand th\u00e9\u00e2tre cosmique il vous venge \/ vous vous sentez pr\u00eat \u00e0 le rejoindre \u00e0 la nage \/ mais la conscience (c\u2019est l\u2019ennui) joue l\u2019objecteur\u00a0\u00bb. Enfin, il ne masque pas certaines de ses d\u00e9pendances envers cette soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9cri\u00e9e, une simple panne d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 suffisant pour en attester\u00a0: \u00ab\u00a0vous voil\u00e0 humili\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e0 ce pont accro \/ \u00e0 une anti-nature que vous pourfend\u00eetes \/ comme groupie du bio intoxiqu\u00e9e aux frites\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<div class=\"wp-block-image\" style=\"text-align: justify;\">\r\n<figure class=\"alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/FourcautDEDANS.jpg\" rel=\"prettyphoto[82]\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-17899\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/FourcautDEDANS.jpg\" alt=\"\" \/><\/a><\/figure>\r\n<\/div>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 de cette disjonction nature \/ humanit\u00e9, Laurent Fourcaut n\u2019ignore pas que si les exp\u00e9riences non-verbales \u00e9chappent peu ou prou au langage l\u2019\u00e9crivain peut jouer de ces vides dans la trame\u00a0: \u00ab\u00a0La jouissance c\u2019est de VOIR les dessous absents \/ de tout ce creux que rien ne sait remplir \u00e7a sent \/ le parfum sulfureux de l\u2019absence \u00e9hont\u00e9e\u00a0\u00bb \u2013 autrement dit par Christian Prigent\u00a0: \u00ab\u00a0On b\u00e2tit une fiction o\u00f9 le r\u00e9el n\u2019est pas <em>touch\u00e9<\/em>, mais arrach\u00e9 en n\u00e9gatif \u00e0 l\u2019organisation des significations et dessin\u00e9 en creux\u00a0: en tant qu\u2019<em>intouchable<\/em>\u00a0\u00bb (in <em>La peinture me regarde<\/em>, \u00e9crits sur l\u2019art, 1974-2019, \u00e9ditions <em>L\u2019Atelier contemporain<\/em>, 2020). Dans cette <em>optique<\/em>, le sonnet devient l\u2019intersection entre un dedans (sa forme fixe en 14 alexandrins rigoureusement compt\u00e9s et rim\u00e9s) et un dehors sensible \u00e0 travers les acrobaties m\u00e9triques\u00a0: enjambements multiples o\u00f9 l\u2019auteur n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 couper les mots non seulement entre deux syllabes mais m\u00eame en deux parties dont l\u2019une est impronon\u00e7able, le po\u00e8me pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9border sur un quinzi\u00e8me vers fragmentaire\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7a ne fait pas toujours l\u2019affaire \u00e0 son l\u00e9za \/ rd\u00a0\u00bb\u00a0; \u00e9lisions et amputations\u00a0: \u00ab\u00a0le d\u00e9sir de durer se r\u00eaver Pol\u00e9on\u00a0\u00bb\u00a0; syntaxe plus que bouscul\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0le monde se les gants donne d\u2019\u00eatre immobile\u00a0\u00bb Ces tensions entre \u00ab\u00a0le clos et l\u2019ouvert\u00a0\u00bb (titre de l\u2019un des sonnets) se traduisent \u00e9galement par une ouverture lexicale grand angle, loin de tous ceux qui croient encore que la po\u00e9sie imposerait de se cantonner \u00e0 un certain registre \u2013 heureusement, ici l\u2019on traverse toutes les strates de la langue, aussi bien sociales qu\u2019historiques, de\u00a0 \u00ab\u00a0pertuiser\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0orde\u00a0\u00bb\u00a0 \u00e0 \u00ab\u00a0bide\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0lousd\u00e9\u00a0\u00bb en passant par \u00ab\u00a0iPhone\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0dilection\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, Laurent Fourcaut m\u00eale \u00e9troitement une m\u00e9lancolie de fond (\u00ab\u00a0ac\u00e9die\u00a0\u00bb est l\u2019un des mots r\u00e9currents) et un humour qui tente de sauver la mise\u00a0malgr\u00e9 tout\u00a0: \u00ab\u00a0r\u00eave d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019abjecte compression \/ pour rejoindre les pr\u00e9s y poursuivre l\u2019\u00e9tude \/ du pa\u00eetre et du n\u00e9ant\u00a0\u00bb ou bien \u00ab\u00a0car c\u2019est \u00e0 \u00e7a que \u00e7a sert d\u2019\u00e9crire \/ on soustrait un chou\u00efa de sens (et son radis) \/ \u00e0 l\u2019absolu recyclage et puis on peut rire\u00a0\u00bb\u2026 Par ailleurs, le d\u00e9sir amoureux permet parfois, m\u00eame si c\u2019est provisoire, d\u2019att\u00e9nuer cette m\u00e9lancolie\u00a0: \u00ab\u00a0pas geindre pas pleurer le leurre f\u00e9minin \/ remplit une vie d\u2019homme toujours sur la br\u00e8che\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec ces diverses tonalit\u00e9s et un tel travail formel, le sonnet fourcautien finit par constituer l\u2019un des lieux privil\u00e9gi\u00e9s o\u00f9 \u00ab\u00a0entre dedans et dehors \u00e7a tire un trait\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/41754EB1-9816-4686-949B-9B21402AA538#_ftnref1\">[1]<\/a> Et, quand il l\u2019est, c\u2019est souvent pour souligner en quoi son identit\u00e9 ne peut \u00eatre que fluctuante \u2013 ainsi dans le po\u00e8me justement intitul\u00e9 <em>Mon h\u00f4te l\u2019autre.<\/em><\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laurent Fourcaut, Dedans Dehors, sonnets contemporains, Tarabuste \u00e9diteur, 176 pages, 2021, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-84587-523-4. &nbsp; Encore une fois, Laurent Fourcaut a jou\u00e9 du sonnet avec ce nouveau livre de plus de 160 po\u00e8mes adoptant cette forme, cette longue suite constituant comme le journal intime d\u2019un narrateur autant d\u00e9sign\u00e9 par la premi\u00e8re personne du singulier[1] que par les deux premi\u00e8res personnes du pluriel ou un on. Parcourant lieux maritimes ou champ\u00eatres (la plupart situ\u00e9s dans l\u2019ancienne Basse-Normandie) et urbains (essentiellement Paris, avec une pr\u00e9dilection pour restaurants et bistrots), ce personnage aussi central que d\u00e9centr\u00e9 entrem\u00eale subtilement perceptions, sentiments, souvenirs et r\u00e9flexions dans des textes qu\u2019on pourrait qualifier de circonstance \u00e0 condition de ne pas les r\u00e9duire \u00e0 des petits tableaux clos sur eux-m\u00eames \u2013 cette dimension picturale \u00e9tant marqu\u00e9e d\u00e8s le premier sonnet affirmant que l\u2019objet vis\u00e9 est \u00ab\u00a0le labyrinthe convoit\u00e9 o\u00f9 tout vous prive \/ vous comble \u00e0 l\u2019aide de la brosse ou du stylo\u00a0\u00bb. Au contraire, entre la \u00ab\u00a0roseraie profuse\u00a0\u00bb qu\u2019est le monde selon Dominique Fourcade\u00a0et l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 du po\u00e8te observateur, ce qui est \u00e9prouv\u00e9 sensoriellement se trouve sans cesse d\u00e9bord\u00e9 par des jeux de pens\u00e9es, pour reprendre la fameuse formule d\u2019Arno Schmidt. En t\u00e9moignent notamment les nombreux \u00e9chos, diversement explicites, faits \u00e0 la litt\u00e9rature (de La Fontaine \u00e0 Verheggen en passant par Baudelaire et Proust), \u00e0 la musique (de Bach \u00e0 Eric Clapton) et \u00e0 la peinture (Le Caravage, Watteau, Van Gogh, Pissarro, etc.), cette \u00e9rudition \u00e9clectique n\u2019\u00e9tant pas l\u00e0 pour \u00e9pater le lecteur mais parce que c\u2019est ainsi qu\u2019on \u00e9crit \u2013 ou plut\u00f4t qu\u2019on devrait \u00e9crire, \u00e0 rebours des adeptes de la tabula rasa trop souvent raplapla \u2013 \u00ab\u00a0Quand on a une vision fixe, non historique de la langue, on \u00e9crit \u2018plat\u2019, langue plate, litt\u00e9rairement dominante\u00a0\u00bb (Pierre Guyotat, in Cahier Critique de Po\u00e9sie, n\u00b01, 2000). Face \u00e0 cet univers de signes, \u00ab\u00a0le monde muet\u00a0\u00bb (Ponge) est surtout ici celui de milieux naturels de plus en plus menac\u00e9s par une humanit\u00e9 envahissante, tapageuse (\u00ab\u00a0et le silence un luxe aujourd\u2019hui hors de prix\u00a0\u00bb) et obnubil\u00e9e par le storytelling du profit \u00e0 tout prix : \u00ab\u00a0La violence on la sent jusque dans l\u2019air des rues \/ chaque pouce de l\u2019espace est sous la pression \/ du forcing de la marchandise vile et brute\u00a0\u00bb\u2026 Cela dit, Laurent Fourcaut ne c\u00e8de pas pour autant \u00e0 une quelconque tendance n\u00e9o-bucolique car ce grand dehors qu\u2019est la nature, s\u2019il est pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aux activit\u00e9s humaines qui le d\u00e9gradent, ne saurait \u00eatre enti\u00e8rement bon\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est la cruaut\u00e9 de l\u2019\u00e9t\u00e9 et son larcin\u00a0: \/ il vous d\u00e9pouille du vieux fantasme du sein \/ maternel et plus rien o\u00f9 l\u2019on puisse se prendre\u00a0\u00bb De plus, il sait qu\u2019un \u00e9cart entre les sph\u00e8res naturelles et humaines demeure irr\u00e9ductible, comme l\u2019illustre ce sentiment oc\u00e9anique contrari\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0voil\u00e0 le grand th\u00e9\u00e2tre cosmique il vous venge \/ vous vous sentez pr\u00eat \u00e0 le rejoindre \u00e0 la nage \/ mais la conscience (c\u2019est l\u2019ennui) joue l\u2019objecteur\u00a0\u00bb. Enfin, il ne masque pas certaines de ses d\u00e9pendances envers cette soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9cri\u00e9e, une simple panne d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 suffisant pour en attester\u00a0: \u00ab\u00a0vous voil\u00e0 humili\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e0 ce pont accro \/ \u00e0 une anti-nature que vous pourfend\u00eetes \/ comme groupie du bio intoxiqu\u00e9e aux frites\u00a0\u00bb. Au-del\u00e0 de cette disjonction nature \/ humanit\u00e9, Laurent Fourcaut n\u2019ignore pas que si les exp\u00e9riences non-verbales \u00e9chappent peu ou prou au langage l\u2019\u00e9crivain peut jouer de ces vides dans la trame\u00a0: \u00ab\u00a0La jouissance c\u2019est de VOIR les dessous absents \/ de tout ce creux que rien ne sait remplir \u00e7a sent \/ le parfum sulfureux de l\u2019absence \u00e9hont\u00e9e\u00a0\u00bb \u2013 autrement dit par Christian Prigent\u00a0: \u00ab\u00a0On b\u00e2tit une fiction o\u00f9 le r\u00e9el n\u2019est pas touch\u00e9, mais arrach\u00e9 en n\u00e9gatif \u00e0 l\u2019organisation des significations et dessin\u00e9 en creux\u00a0: en tant qu\u2019intouchable\u00a0\u00bb (in La peinture me regarde, \u00e9crits sur l\u2019art, 1974-2019, \u00e9ditions L\u2019Atelier contemporain, 2020). Dans cette optique, le sonnet devient l\u2019intersection entre un dedans (sa forme fixe en 14 alexandrins rigoureusement compt\u00e9s et rim\u00e9s) et un dehors sensible \u00e0 travers les acrobaties m\u00e9triques\u00a0: enjambements multiples o\u00f9 l\u2019auteur n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 couper les mots non seulement entre deux syllabes mais m\u00eame en deux parties dont l\u2019une est impronon\u00e7able, le po\u00e8me pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9border sur un quinzi\u00e8me vers fragmentaire\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7a ne fait pas toujours l\u2019affaire \u00e0 son l\u00e9za \/ rd\u00a0\u00bb\u00a0; \u00e9lisions et amputations\u00a0: \u00ab\u00a0le d\u00e9sir de durer se r\u00eaver Pol\u00e9on\u00a0\u00bb\u00a0; syntaxe plus que bouscul\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0le monde se les gants donne d\u2019\u00eatre immobile\u00a0\u00bb Ces tensions entre \u00ab\u00a0le clos et l\u2019ouvert\u00a0\u00bb (titre de l\u2019un des sonnets) se traduisent \u00e9galement par une ouverture lexicale grand angle, loin de tous ceux qui croient encore que la po\u00e9sie imposerait de se cantonner \u00e0 un certain registre \u2013 heureusement, ici l\u2019on traverse toutes les strates de la langue, aussi bien sociales qu\u2019historiques, de\u00a0 \u00ab\u00a0pertuiser\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0orde\u00a0\u00bb\u00a0 \u00e0 \u00ab\u00a0bide\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0lousd\u00e9\u00a0\u00bb en passant par \u00ab\u00a0iPhone\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0dilection\u00a0\u00bb. Enfin, Laurent Fourcaut m\u00eale \u00e9troitement une m\u00e9lancolie de fond (\u00ab\u00a0ac\u00e9die\u00a0\u00bb est l\u2019un des mots r\u00e9currents) et un humour qui tente de sauver la mise\u00a0malgr\u00e9 tout\u00a0: \u00ab\u00a0r\u00eave d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019abjecte compression \/ pour rejoindre les pr\u00e9s y poursuivre l\u2019\u00e9tude \/ du pa\u00eetre et du n\u00e9ant\u00a0\u00bb ou bien \u00ab\u00a0car c\u2019est \u00e0 \u00e7a que \u00e7a sert d\u2019\u00e9crire \/ on soustrait un chou\u00efa de sens (et son radis) \/ \u00e0 l\u2019absolu recyclage et puis on peut rire\u00a0\u00bb\u2026 Par ailleurs, le d\u00e9sir amoureux permet parfois, m\u00eame si c\u2019est provisoire, d\u2019att\u00e9nuer cette m\u00e9lancolie\u00a0: \u00ab\u00a0pas geindre pas pleurer le leurre f\u00e9minin \/ remplit une vie d\u2019homme toujours sur la br\u00e8che\u00a0\u00bb. Avec ces diverses tonalit\u00e9s et un tel travail formel, le sonnet fourcautien finit par constituer l\u2019un des lieux privil\u00e9gi\u00e9s o\u00f9 \u00ab\u00a0entre dedans et dehors \u00e7a tire un trait\u00a0\u00bb. [1] Et, quand il l\u2019est, c\u2019est souvent pour souligner en quoi son identit\u00e9 ne peut \u00eatre que fluctuante \u2013 ainsi dans le po\u00e8me justement intitul\u00e9 Mon h\u00f4te l\u2019autre.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":83,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[75,38,76,78,79,77,80],"class_list":["post-82","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-bruno-fern","tag-christian-prigent","tag-dominique-fourcade","tag-editions-tarabuste","tag-fourcaut-poesie-formelle","tag-laurent-fourcaut","tag-pierre-guyotat"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=82"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":939,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82\/revisions\/939"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/83"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=82"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=82"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=82"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}