{"id":854,"date":"2020-03-21T03:32:52","date_gmt":"2020-03-21T02:32:52","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=854"},"modified":"2021-05-12T03:34:06","modified_gmt":"2021-05-12T01:34:06","slug":"chronique-lamour-pas-la-guerre-a-propos-de-gilbert-bourson-phases-par-jean-paul-gavard-perret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2020\/03\/21\/chronique-lamour-pas-la-guerre-a-propos-de-gilbert-bourson-phases-par-jean-paul-gavard-perret\/","title":{"rendered":"[Chronique] L\u2019amour pas la guerre (\u00e0 propos de Gilbert Bourson, Phases), par Jean-Paul Gavard-Perret"},"content":{"rendered":"<p>Gilbert Bourson, <em><strong>Phases<\/strong><\/em>, postface de Philippe Thireau, <a href=\"http:\/\/www.editionstinbad.com\">Tinbad \u00e9ditions<\/a>, coll. \u00ab\u00a0Tinbad \u2013 Chant\u00a0\u00bb, 2020, 80 pages, 13 \u20ac, ISBN : 979-10-96415-28-1. [<a href=\"https:\/\/livre.fnac.com\/a13924619\/Gilbert-Bourson-Phases#omnsearchpos=1\"><strong>Commander<\/strong><\/a>] [\u00a9 Jacques Cauda, Portrait de Gilbert Bourson]<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce texte fulgurant, viol de tous les instants connus,<br \/>\nvus, pass\u00e9s, \u00e0 venir est construit dans le lit du Scamandre,<br \/>\ndieu-fleuve, m\u00e9taphore, ce peut-il, de la couche d\u2019H\u00e9l\u00e8ne de Troie<br \/>\nqu\u2019Achille aurait saillie ?\u00a0\u00bb (Philippe Thireau, p. 76).<\/p>\n<p>Le temps dresse entre nous et des oeuvres pass\u00e9es une barri\u00e8re et une mani\u00e8re de les couler dans un bronze qui n\u2019est pas forc\u00e9ment le bon. Et, en pensant au travail sur la langue de Guyotat, Bourson a relu l\u2019\u00e9pop\u00e9e de Hom\u00e8re qui, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0implique le sexe dans le bordel conflictuel de l\u2019histoire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-15997\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/BoursonPhases.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/BoursonPhases.jpg 220w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/BoursonPhases-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/BoursonPhases-100x150.jpg 100w\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" \/>Tout se joue en effet \u00ab\u00a0autour du cul d\u2019H\u00e9l\u00e8ne\u00a0\u00bb. Mais la charge \u00e9rotique du r\u00e9cit a \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9e par l\u2019id\u00e9ologie implicite des temps pour laquelle le sexe est toujours un danger \u00e0 l\u2019ordre social. Et ce \u2013 paradoxalement \u2013 \u00a0au profit de conflits politiques de l\u2019Histoire. Il s\u2019agit de cacher non seulement les seins qu\u2019on ne saurait voir mais d\u2019ass\u00e9cher les r\u00e9servoirs de pulsions auxquelles la politique et la guerre tiennent lieu de cache-sexe.<\/p>\n<p>En redonnant sa relecture \u00e0 <em>L\u2019Iliade<\/em>, Gilbert Bourson permet de voir enfin le \u00ab\u00a0visage\u00a0\u00bb qui se cache dans l\u2019oeuvre. La prose po\u00e9tique sup\u00e9rieure de l\u2019auteur iconoclaste\u00a0cr\u00e9e le passage de la guerre \u00e0 l\u2019amour, l\u00e0 o\u00f9 les transports guerriers font place aux amoureux.<\/p>\n<p>Il existera sans doute des pisse-froids pour trouver l\u00e0 une interpr\u00e9ation excessive d\u2019un texte fondateur. Mais avec Bourson le d\u00e9sir souffle ses naseaux et m\u00e2che le cuir des corps et des \u00e2mes dans une travers\u00e9e des temps. Car certes, il y a Hom\u00e8re, existent ici tout autant Lucr\u00e8ce, Monteverdi pour ouvrir le bouclier de bouches qui ne sont en rien am\u00e8res et ce en une seule et immense phrase.<\/p>\n<p>Elle commence avant le d\u00e9but du livre et ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 son terme. Elle charrie, venue de l\u2019Empyr\u00e9e ou d\u2019ailleurs, des goul\u00e9es de souffles et de sueurs au del\u00e0 des ultimes retenues. L\u2019air alors s\u2019avale enti\u00e8rement dans la propension d\u2019\u00e9ros. Et en ce sens c\u2019est parfait.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-16000\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/BoursonCauda.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/BoursonCauda.jpg 540w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/BoursonCauda-231x300.jpg 231w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/BoursonCauda-116x150.jpg 116w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/BoursonCauda-366x474.jpg 366w\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"700\" \/><\/p>\n<p>\u00a9 Merci \u00e0 Jacques CAUDA de nous avoir autoris\u00e9 \u00e0 reproduire ce magnifique Portrait de Gilbert Bourson.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gilbert Bourson, Phases, postface de Philippe Thireau, Tinbad \u00e9ditions, coll. \u00ab\u00a0Tinbad \u2013 Chant\u00a0\u00bb, 2020, 80 pages, 13 \u20ac, ISBN : 979-10-96415-28-1. [Commander] [\u00a9 Jacques Cauda, Portrait de Gilbert Bourson] \u00ab\u00a0Ce texte fulgurant, viol de tous les instants connus, vus, pass\u00e9s, \u00e0 venir est construit dans le lit du Scamandre, dieu-fleuve, m\u00e9taphore, ce peut-il, de la couche d\u2019H\u00e9l\u00e8ne de Troie qu\u2019Achille aurait saillie ?\u00a0\u00bb (Philippe Thireau, p. 76). Le temps dresse entre nous et des oeuvres pass\u00e9es une barri\u00e8re et une mani\u00e8re de les couler dans un bronze qui n\u2019est pas forc\u00e9ment le bon. Et, en pensant au travail sur la langue de Guyotat, Bourson a relu l\u2019\u00e9pop\u00e9e de Hom\u00e8re qui, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0implique le sexe dans le bordel conflictuel de l\u2019histoire\u00a0\u00bb. Tout se joue en effet \u00ab\u00a0autour du cul d\u2019H\u00e9l\u00e8ne\u00a0\u00bb. 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Mais avec Bourson le d\u00e9sir souffle ses naseaux et m\u00e2che le cuir des corps et des \u00e2mes dans une travers\u00e9e des temps. Car certes, il y a Hom\u00e8re, existent ici tout autant Lucr\u00e8ce, Monteverdi pour ouvrir le bouclier de bouches qui ne sont en rien am\u00e8res et ce en une seule et immense phrase. Elle commence avant le d\u00e9but du livre et ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 son terme. Elle charrie, venue de l\u2019Empyr\u00e9e ou d\u2019ailleurs, des goul\u00e9es de souffles et de sueurs au del\u00e0 des ultimes retenues. L\u2019air alors s\u2019avale enti\u00e8rement dans la propension d\u2019\u00e9ros. 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