{"id":932,"date":"2021-05-13T11:31:49","date_gmt":"2021-05-13T09:31:49","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=932"},"modified":"2021-05-13T11:32:42","modified_gmt":"2021-05-13T09:32:42","slug":"chronique-laurent-fourcaut-dedans-dehors-par-jean-renaud-mini-dossier-2-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/05\/13\/chronique-laurent-fourcaut-dedans-dehors-par-jean-renaud-mini-dossier-2-2\/","title":{"rendered":"[Chronique] Laurent Fourcaut, Dedans dehors, par Jean Renaud (mini-dossier 2\/2)"},"content":{"rendered":"<p>Laurent Fourcaut,<em> <strong>Dedans Dehors<\/strong>,<\/em><em> sonnets contemporains<\/em>, Tarabuste \u00e9diteur, 176 pages, 2021, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-84587-523-4. [Lire la <a href=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/03\/23\/chronique-laurent-fourcaut-dedans-dehors-par-bruno-fern\/\"><strong>chronique de Bruno Fern<\/strong><\/a>]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Laurent Fourcaut nous a donn\u00e9 en d\u00e9but de printemps <em>Dedans Dehors<\/em>, recueil de 162 \u201dsonnets contemporains\u201d. D\u00e9pourvue de divisions, de progression entre un d\u00e9but et une fin, il s\u2019agit d\u2019une suite simple de po\u00e8mes, d\u2019une unique et insistante parole. Laquelle est double. Et, pour cette raison, tire notre lecture d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et d\u2019un autre, nous enjoignant sans fin, et d\u00e9licieusement, de les tenir, ces deux c\u00f4t\u00e9s, r\u00e9unis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier (ou le second, c\u2019est pareil) se trouve r\u00e9sum\u00e9 par les deux mots du titre. Le \u201cdedans\u201d, <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-936\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/FourcautDEDANS.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/FourcautDEDANS.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/FourcautDEDANS-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/FourcautDEDANS-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>c\u2019est le lieu o\u00f9 nous sommes enferm\u00e9s, ou constamment menac\u00e9s de l\u2019\u00eatre. C\u2019est le carcan de notre identit\u00e9, le poids sur nous de la soci\u00e9t\u00e9 et de ses usages, de ses injonctions, des r\u00e9cits sommaires qu\u2019elle fabrique et impose. Ce que r\u00e9sument, ici et l\u00e0, quelques formules\u00a0: \u201cl\u2019inepte m\u00e9lodrame\u201d, \u201cl\u2019atroce man\u00e8ge\u201d, \u201cle tout mer \/ cantile\u201d. Ou bien l\u2019allusion fr\u00e9quente au football \u2013\u00a0le \u201cfoute \/ imb\u00e9cile\u201d. Le \u201cdehors\u201d, en revanche, \u00e0 condition d\u2019y acc\u00e9der, de ne pas le m\u00e9conna\u00eetre, c\u2019est l\u2019espace o\u00f9 il est encore possible de vivre, de respirer. C\u2019est le \u201cmonde muet\u201d, c\u2019est \u201cce qui reste \/de l\u2019inhumain \u00e9den\u201d. C\u2019est le ciel, la mar\u00e9e, la suite des saisons, en quoi on \u00e9prouve le temps \u00ad\u2013 celui qu\u2019il fait et qui est aussi celui dans lequel nous passons, ne cessons de passer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette exp\u00e9rience pr\u00e9cieuse, fragile, se donne notamment, dans de nombreux sonnets, par ce qu\u2019on voudrait appeler les attaques m\u00e9t\u00e9o, ces premiers vers (phrases, aussi bien) tr\u00e8s simples, comme \u00e9l\u00e9mentaires (disant l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire pr\u00e9sence, le monde ouvert, la sensation intense, pure), vers d\u2019une seule venue (par opposition \u00e0 la syntaxe souvent retorse de la suite)\u00a0: \u201cLe soir d\u2019avril se fond fr\u00eale dans la lumi\u00e8re\u201d, \u201cDouceur de cette pluie petite l\u2019herbe crue\u201d, \u201cLes arbres dans l\u2019air gris sont r\u00e9duits \u00e0 leur trame\u201c, \u201dL\u2019estran horizontal largement d\u00e9couvert\u201d, \u201cDes champs tr\u00e8s verts entre les haies un ruisseau mince\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l\u00e0 aussi, po\u00e8me apr\u00e8s po\u00e8me, l&rsquo;\u00e9vocation, en peu de mots, de tous ces lieux, accablants ou d\u00e9licieux, \u201cdehors\u201d ou \u201cdedans\u201d, o\u00f9 nous nous arr\u00eatons, o\u00f9, pour un moment, nous sommes : villes, villages, ports, caf\u00e9s, campagnes, bords de mer\u2026 Citons encore ces premiers vers\u00a0: \u201cChaleur \u00e9paisse et lourde \u00e0 Bayeux dans les rues\u201d, \u201cTout au fond du Lachaise au-dessus des tombeaux\u201d, \u201cLes alentours de la gare de Rouen sont moches\u201d, \u201cCotentin soir de mai dans la paix du jardin\u201d, \u201cLa mer \u00e0 Panormo ouverte sur le large\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ce premier c\u00f4t\u00e9 du livre joint (juxtapose) le clair et le sombre, l\u2019autre est uniment gai. C\u2019est le sonnet lui-m\u00eame, la strophe, le vers (donc les syllabes, les c\u00e9sures, les rimes), et le r\u00e9gime alerte, vif, \u00e0 la fois brutal et respectueux, auquel Laurent Fourcaut les assujettit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne s\u2019attardera pas sur les trente-six fa\u00e7ons qu\u2019il a de malmener l\u2019alexandrin tout en le maintenant. Bricolage constant, astucieux, audacieux, expos\u00e9-exhib\u00e9, et qui touche lexique,<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-937\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/LaurentFourcaut.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/LaurentFourcaut.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/LaurentFourcaut-113x150.jpg 113w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/> graphie, syntaxe, m\u00e9trique. Mais on notera tout de m\u00eame certains jeux particuli\u00e8rement savoureux. Telles liaisons (\u201cleurs cambuses[-z-]ont\u201d), telles \u00e9lisions (\u201cl\u2019harassement\u201d, \u201cd\u2019humer\u201d), en lesquelles s\u2019accomplit le compte exact des syllabes\u00a0. Tel hiatus\u00a0: \u201cs\u2019est desserr\u00e9 et\u201d. Et puis ces formules, assemblages de \u201cvocables\u201d qui font, comme dirait Mallarm\u00e9, des mots \u201cneufs, \u00e9trangers \u00e0 la langue\u201d (quoique non \u201cincantatoires\u201d)\u00a0: \u201cet fait votre vit mol\u201d, \u201cde ces flous rets\u201d, \u201cle liquide or\u201c, \u201cd\u00e9sirs tard n\u00e9s\u201d, sont-ce \u00eeles\u00a0?\u201d On citera encore, pour le plaisir, certains quatorzi\u00e8mes vers, de facture ironiquement classique : \u00ab\u00a0le secret frelat\u00e9 de la vulve des anges\u00a0\u00bb (Heredia pornographe) ou \u00ab\u00a0il se faut d\u00e9p\u00eacher tant que l\u2019on est anthume\u00a0\u00bb (Ronsard moderne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ajoutera, quoiqu\u2019ils soient plus communs sans doute, tels jeux de (avec les) mots\u00a0: \u201cvers solitaire\u201d,\u00a0\u201cd\u2019esprit bel\u201d, \u201cl\u2019autel de sa foison\u201d, \u201cdu pa\u00eetre et du n\u00e9ant\u201d, etc. Ainsi que telles citations (joyeusement maltrait\u00e9es, le plus souvent)\u00a0: \u201cla vie sans les plis\u201d, \u201cl\u2019informe d\u2019une ville\u201d, \u201c\u00e9perdu le d\u00e9sir d\u00e8s qu\u2019approche l\u2019effet\u201d, \u201cle ciel tout l\u2019univers\u201d, \u201dla ville mortif\u00e8re \/ aux vieillots parapets\u201d, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On dira enfin un mot des m\u00e9taphores, de celles, en particulier, qui ont le sexe pour objet. Parce que, \u201cdedans\u201d ou \u201cdehors\u201d, d\u2019un po\u00e8me \u00e0 l\u2019autre, s\u2019obstine le d\u00e9sir. Le sexe f\u00e9minin, quelquefois\u00a0: \u201cce sublime om\u00e9ga\u201d. Plus souvent le masculin, lequel peut \u00eatre ailleurs nomm\u00e9 sans d\u00e9tour (\u201cbiroute\u201d, \u201cvit\u201d) : \u201cc\u00e9dille\u201d, \u201csauvage trio\u201d, \u201cl\u00e9za \/ rd\u201d, \u201caveugle clyst\u00e8re\u201d. Et cette autre (m\u00e9taphore), simplement juste\u00a0: \u201cla caisse \/ claire de l\u2019air l\u00e9ger\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre, intens\u00e9ment, nous place \u00e0 la fois dans ce monde, ce monde double, o\u00f9 nous sommes sans le vouloir et quelquefois sans le savoir, et dans celui de nos lectures, des po\u00e8mes que nous avons lus, r\u00e9cit\u00e9s peut-\u00eatre, et dont nous gardons souvenir tendre et gai.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laurent Fourcaut, Dedans Dehors, sonnets contemporains, Tarabuste \u00e9diteur, 176 pages, 2021, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-84587-523-4. [Lire la chronique de Bruno Fern] &nbsp; Laurent Fourcaut nous a donn\u00e9 en d\u00e9but de printemps Dedans Dehors, recueil de 162 \u201dsonnets contemporains\u201d. D\u00e9pourvue de divisions, de progression entre un d\u00e9but et une fin, il s\u2019agit d\u2019une suite simple de po\u00e8mes, d\u2019une unique et insistante parole. Laquelle est double. Et, pour cette raison, tire notre lecture d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et d\u2019un autre, nous enjoignant sans fin, et d\u00e9licieusement, de les tenir, ces deux c\u00f4t\u00e9s, r\u00e9unis. Le premier (ou le second, c\u2019est pareil) se trouve r\u00e9sum\u00e9 par les deux mots du titre. Le \u201cdedans\u201d, c\u2019est le lieu o\u00f9 nous sommes enferm\u00e9s, ou constamment menac\u00e9s de l\u2019\u00eatre. C\u2019est le carcan de notre identit\u00e9, le poids sur nous de la soci\u00e9t\u00e9 et de ses usages, de ses injonctions, des r\u00e9cits sommaires qu\u2019elle fabrique et impose. Ce que r\u00e9sument, ici et l\u00e0, quelques formules\u00a0: \u201cl\u2019inepte m\u00e9lodrame\u201d, \u201cl\u2019atroce man\u00e8ge\u201d, \u201cle tout mer \/ cantile\u201d. 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Cette exp\u00e9rience pr\u00e9cieuse, fragile, se donne notamment, dans de nombreux sonnets, par ce qu\u2019on voudrait appeler les attaques m\u00e9t\u00e9o, ces premiers vers (phrases, aussi bien) tr\u00e8s simples, comme \u00e9l\u00e9mentaires (disant l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire pr\u00e9sence, le monde ouvert, la sensation intense, pure), vers d\u2019une seule venue (par opposition \u00e0 la syntaxe souvent retorse de la suite)\u00a0: \u201cLe soir d\u2019avril se fond fr\u00eale dans la lumi\u00e8re\u201d, \u201cDouceur de cette pluie petite l\u2019herbe crue\u201d, \u201cLes arbres dans l\u2019air gris sont r\u00e9duits \u00e0 leur trame\u201c, \u201dL\u2019estran horizontal largement d\u00e9couvert\u201d, \u201cDes champs tr\u00e8s verts entre les haies un ruisseau mince\u201d. 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On ne s\u2019attardera pas sur les trente-six fa\u00e7ons qu\u2019il a de malmener l\u2019alexandrin tout en le maintenant. Bricolage constant, astucieux, audacieux, expos\u00e9-exhib\u00e9, et qui touche lexique, graphie, syntaxe, m\u00e9trique. Mais on notera tout de m\u00eame certains jeux particuli\u00e8rement savoureux. Telles liaisons (\u201cleurs cambuses[-z-]ont\u201d), telles \u00e9lisions (\u201cl\u2019harassement\u201d, \u201cd\u2019humer\u201d), en lesquelles s\u2019accomplit le compte exact des syllabes\u00a0. Tel hiatus\u00a0: \u201cs\u2019est desserr\u00e9 et\u201d. 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On ajoutera, quoiqu\u2019ils soient plus communs sans doute, tels jeux de (avec les) mots\u00a0: \u201cvers solitaire\u201d,\u00a0\u201cd\u2019esprit bel\u201d, \u201cl\u2019autel de sa foison\u201d, \u201cdu pa\u00eetre et du n\u00e9ant\u201d, etc. Ainsi que telles citations (joyeusement maltrait\u00e9es, le plus souvent)\u00a0: \u201cla vie sans les plis\u201d, \u201cl\u2019informe d\u2019une ville\u201d, \u201c\u00e9perdu le d\u00e9sir d\u00e8s qu\u2019approche l\u2019effet\u201d, \u201cle ciel tout l\u2019univers\u201d, \u201dla ville mortif\u00e8re \/ aux vieillots parapets\u201d, etc. On dira enfin un mot des m\u00e9taphores, de celles, en particulier, qui ont le sexe pour objet. Parce que, \u201cdedans\u201d ou \u201cdehors\u201d, d\u2019un po\u00e8me \u00e0 l\u2019autre, s\u2019obstine le d\u00e9sir. Le sexe f\u00e9minin, quelquefois\u00a0: \u201cce sublime om\u00e9ga\u201d. 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