[Chronique] Christophe Esnault, Benoît Toqué n’est pas encore un produit de consommation courante

décembre 8, 2020
in Category: chronique, livres reçus, UNE
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[Chronique] Christophe Esnault, Benoît Toqué n’est pas encore un produit de consommation courante

Benoît Toqué, Habiter outre, éditions Supernova, collection « Dans le vif », novembre 2020, 68 pages, 15 €, ISBN : 978-2-490353-47-7. [Frais de port offerts si vous le commandez chez l’éditeur – car disponible en librairie seconde quinzaine de janvier 2021]

 

Des vidéos nous permettent de voir et d’entendre Benoît Toqué lire ses textes à la librairie Le Monte-en-l’air, à La Maison de la poésie ou à Nuit remue. J’écris « lire » et je pourrais évoquer une lecture théâtralisée ou une lecture jouée pour ainsi éviter d’utiliser l’attendu « il performe » (trop bien ta performance (je n’achète jamais de livres, signe sur mon bras en plâtre, je le revendrais sur eBay si tu deviens un produit de l’industrie du livre)).

Dans Habiter outre, on peut se reconnaître. « Je préfère angoisser sur la fin du mois dès le début du mois. Je suis à découvert dès le début du mois, comme ça c’est fait ». Comme tout le monde je lis les livres que je n’ai pas eu le temps d’écrire.  Là on tient LE LIVRE que l’on va pouvoir offrir à ceux qui nous sauvent la vie quand on déménage et qui sont les seuls à nous aider. L’auteur (ou / et son double) déménage seul et en métro (avec une brouette et en fauteuil roulant (enfin presque)). C’est pour ça que l’on lit des livres. Rencontrer une solitude plus grande que la nôtre. L’auteur ne nous la joue pas façon violon et pathos, il n’est pas seul, son autodérision et son humour sont pour lui de supers amis.

Paris Habitat c’est sûr ils vont commander le livre par palettes et dégainer le partenariat. Parce que l’auteur nous offre aussi une grosse série de fragments sur ses voisins et surtout sa voisine (tout le monde veut le 06 de la voisine (partenariat 2 avec les opérateurs de téléphonies)). Nouvelles commandes par palettes (et conteneur maritime).

L’auteur ne s’en cache pas, il cherche une collocation et affûte ainsi sa langue de poète dans une oralité sexy qui lui ouvrira toutes les portes : « Ca serait parfait si tu étais similaire » / « Je voudrais vraiment trouver quelqu’un qui s’applique à moi ». On ne me trouvera pas sympa de citer ces deux phrases extraites d’une de ses (très drôles !!) petites annonces. C’est parodique, oui, tout le monde a compris, mais, conseil d’ami, c’est en écrivant ce genre de phrases que l’on chope le prix du Livre Inter.

Je n’ai pas évoqué l’architecture du texte ni l’excellente/hilarante page où l’auteur (son double ?) est contraint de travailler le soir d’une programmation immanquable aux Instants Chavirés qui ouvre vite sur une question philosophique urgente. La poilade est peut-être la philosophie de l’auteur.

Benoît, à propos de ton découvert. Baisse le curseur tout en bas. Et fonce !!

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