[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, Anne-Lise Blanchard et la science du haïku

[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, Anne-Lise Blanchard et la science du haïku

octobre 15, 2021
in Category: chronique, UNE
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[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, Anne-Lise Blanchard et la science du haïku

Anne-Lise Blanchard, Le Ravissement de la marche, L’Atelier du grand tétras, Mont de Laval, été 2021, 96 pages, 16€, ISBN : 978-2-37531-071-7.

 

L’acte créateur dans ce qui se traduit par le Haïku n’a rien d’une commodité de l’écriture. Bien au contraire. C’est  en poésie  le moyen d’atteindre  par concentration le paroxysme de langage sur un « plateau »  à la fois d’ombres et de métamorphoses.

Dans un tel genre et chez Anne-Lise Blanchard, la question de la poésie est à chercher  dans sa  fabrique des sujets, thèmes et narrations. Sans ces éléments, elle ne se serait pas. Néanmoins sans l’écriture ceux-là seraient tout autant de façons d’éluder celle de  fond : la question de son origine.

Au sein du Ravissement de la marche, l’auteure est posée à distance du monde. Il n’existe pour elle pas d’autre rapport au réel – mais cet écart fait le jeu d’une proximité. Certes, Anne-Lise Blanchard sait qu’il n’existe pas de poésie pure :  la poésie  retient du monde seulement ce que le langage en découpe. Echap­pant au simple effet de repré­sen­ta­tion, la langue ouvre une plon­gée aux abysses en des rites acé­phales. Des assises se perdent mais pour d’autres images et sensations : « Saxo dans la nuit / On devient héros / de « polar » ».

Toutefois cette découpe du haïku suppose toujours un reste : il  demeure à jamais irreprésentable. Sans ce reste « non vu », rien ne serait visible : il n’y aurait que la brume de l’indifférencié commun. Il ne s’agit donc pas de représenter « du » réel – cela est facile. Il s’agit à l’inverse de sortir de la duplication propre aux industrieux de la poésie.

Le rôle du poète – ici dans une traversée du quotidien – est de faire accéder ce reste à la configuration imagée sans l’annuler comme reste, comme non « imageable ». Exit Horace et son « ut pictura poesis ». Par le haïku, sa pression – et bien plus qu’en d’autres genres – la question de la poésie s’ouvre où bée ce reste.

De la sorte la poétesse ouvre le halo de certaines ruelles, illu­mine le visage des enfers entre un rat qui rôde ou le grand bruit d’un flocon de neige. Non seule­ment elle nous fait fran­chir des portes et des niveaux  mais ses haïkus plongent dans des illuminations sans rien usur­per de ce que le monde engendre de détresse.

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Jean-Paul Gavard-Perret

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