[Texte] Mathieu Brosseau, Des mains

octobre 19, 2022
in Category: Création, UNE
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[Texte] Mathieu Brosseau, Des mains

–  Qu’est-ce qu’une question ?

Un livre la pose. Il est ivre, chancelant, refuse,

Ne pas, ne pas avancer, plus
Ne plus marcher, épuisé, une boucle,

L’insensée offre sens, lait en neige, à force de le battre, de le battre encore, et frotter le silex

Sur la route, la science dépassée par une pensée ahurie, puis d’autres, mille autres

Chaque seconde dépassée en conscience forme une page, à force,
Se forme l’épaisseur d’un tome,

Avance droitement de travers, livres dans tous les sens, dansent sur les anciennes boiseries

L’un tient la pose, tente, bascule, le bois s’effrite, se ronge, le sol vrillette

Ici, en témoigne cette montagne, un pas difficilement passe la crête, et au-delà,
Ce qui est vu retouche l’œil, ligature express,
Répare ce mort,

– Il n’en est pas question, affirme la position d’après, une autre.

Quelques notes enchaînées, entraîne une perte, une nuit radicalise la posture,

Le livre partitionne, n’offre plus ni sens ni doublement, il tremble dans un air trouble dont il ne pense rien,
Plus rien

Rien qu’une attente, celle d’être joué, livre disparu, vanité craquelée, l’alun soluble

Poussières de ponctuations raclées, étêtées à taille humaine, morcelées d’un silence abscons,

Un silence qu’une pensée déborde,

– Parce qu’une pensée dépasse toujours la pensée,

À son insu, à cause de son insuffisance, et surtout,

Et surtout à cause des pensées,
D’un autre qui dirait,
D’un soi-même ultérieur qui reviendrait,

– Alors qu’il ne faudrait pas revenir, jamais,

Puisque ce n’est pas possible,
Possible, c’est croire,
Espérer qu’un livre posé pose cette question,

– Quand il n’y en a pas,

Telle partition qu’attend le vent, débordée d’une vie,

– La vie seule dépasse pensée.

Arbre de papier, maîtrise d’un retour, répétition des chocs minéraux, ces pierres allument,
Un retour absurde s’est joué,

Un peuple coupeur de mains,
Civilisation du destin, celle-là endigue, et par-là répète,

– Conservé avec le sel, ce cimetière identitaire.

Il donne Nom bâtard, il donne,
Et redonne, non pour fuir, non,

Mais pour empiler corps sur corps, pour

Habiter sa durée, y croire c’est possible pour

Réécrire ce livre, pour qu’au réveil, pensées reviennent et doublent, et se reposent la question

– Qu’est-ce qu’une…

Jusqu’au jour, ce jour où tel clown, ou pitre, ou zouave maniaque, chauffé au fer, sur son ressort tenu par l’abime, il sourit, regarde ses mains faire

Hors de sa tête,

S’arrête, regarde ce point,
Retire son enjeu, la question,
S’éloigne et moque l’interrogation, se triple et se fout double, et revient et s’arrête à point,

Jusqu’à rire et rire, macchabée ou fantôme, là gît tous les ingrédients pour ne

Ne pas se réveiller, ou plutôt pour ouvrir tel ou tel œil sans plus,

Sans tierce pensée, sans,
Livre sans retour,

Afin d’ouvrir sans ouvrir telle ou telle main libre peuplant les bibliothèques,

Mains de matières, juste les serrer, les

Les ouvrir et sentir,
Émotion,
Ou mourir, semblable à un tremblement, à une simple, si simple stupéfaction,

Mains adventices qui seules permettent un retour,
Sans se voir, s’émouvoir de les étreindre,

Sans se poser, ni poser,
Ni épaisseur conservatrice, ni
question.

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