[Chronique] Jacques Donguy, ChatGPT, le cauchemar de Flaubert

[Chronique] Jacques Donguy, ChatGPT, le cauchemar de Flaubert

août 31, 2023
in Category: chronique, UNE
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[Chronique] Jacques Donguy, ChatGPT, le cauchemar de Flaubert

Il y a un déferlement médiatique sur ChatGPT, c’est-à-dire la fiction de l’ordinateur qui peut générer du texte correct et qui pourrait, à terme, remplacer l’homme. Toujours le mythe du Golem, du robot androïde. Alors qu’il s’agit là d’une pure opération commerciale de Meta / Facebook de Mark Zuckerberg, publicité relayée ad nauseam. La génération de texte à l’ordinateur existe depuis plus de 50 ans, la seule différence vient des capacités de mémoire énormes des dernières machines, donc la multiplication des data disponibles à traiter en amont. Il en sera de ChatGPT à produire du langage correct comme du mythe de la voiture autonome. Il est impossible de concevoir une voiture absolument, à 100%, autonome, parce qu’il faudrait prévoir tous les cas qui se présenteront, et ça, c’est impossible. L’expérience montre qu’il y aura toujours une vieille dame renversée sur un passage clouté pour un cas non prévu. Et ce sera (c’est) la même chose pour ChatGPT et autres logiciels du même type. Un bon exemple en est donné par la revue en kiosque Epsilon, revue d’actualité scientifique grand public. ChatGPT, c’est sur la couverture de la revue, avec le sous-titre accrocheur : « Ce n’est que le début… », comme si cela allait être parfait, comme la voiture autonome. Et ils donnent un exemple dans l’éditorial, où ils demandent à GPT-4 de rédiger un éditorial sur le thème : « En quoi les rédactions constituées de journalistes humains peuvent être utiles ? » Réponse : « L’IA peut aider à automatiser certaines tâches, mais le cœur du journalisme – raconter des histoires qui éclairent, engagent et défendent – nécessite une touche humaine inégalée. » Et là, il y a un hic : l’utilisation du verbe « défendent » en mode intransitif, ce que n’aurait pas fait un humain. Sans parler de l’enchaînement de lieux communs. On dirait du Bouvard et Pécuchet, la hantise, le cauchemar de langue de Flaubert, le styliste absolu du XIXe siècle, qui avait déjà par avance imaginé ChatGPT.

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