[Texte] Sébastien Ecorce, Coda raptus (II)

[Texte] Sébastien Ecorce, Coda raptus (II)

février 7, 2024
in Category: Création, UNE
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[Texte] Sébastien Ecorce, Coda raptus (II)

La stochastique règle le monde par l’aléa, le probabilitaire par l’expansion infinie du possible.

 

Nous nagions dans le reflet d’une dernière cymbale entre les pétioles.

 

Le genou est un abri éphémère.

 

L’abandon entre les notes.

 

Tu pratiques ton instrument comme s’il s’agissait d’une œuvre unique, un château de sable fait de signes délicatement assemblés.

 

Se trouver un son, une formation à l’amiable.

 

Le changement fait peur, à l’instar du désir, il y a quelque chose qui glace, cela nous balance dans une sorte de vide dont on ne sait rien.

 

N’avoir la maîtrise de rien.

 

Les aigus sont graves.

 

Nous sommes traversés. Transpercés. Les lendemains qui chantent sont des lendemains qui gueulent. Nous évoluons aux limites du tolérable, avec l’amertume d’avoir tout fait pour ça.

 

« Il faut un début à tout / Et rien à la fin. »

 

C’est la régularité du rythme qui trompe.

 

Retrouver une mémoire en soupesant les couilles du taureau.

 

Près des retenues murales, des taches que seuls les bouchers auraient connues. Trous rouillés. Des trous là où il ne devrait pas y avoir de trous.

 

Il n’y avait pas pour nous de visages dispersés dans la Montagne.

 

Voir le son derrière la loupe de la courbure de verre.

 

Le peintre est toujours près du pot de peinture dans la scène du suicide.

 

Le droit au répit allégué contre nous.

 

Comment la base est-elle composée instable, par liaisons faibles puis imbibée de questions de préférence.

 

S’épuiser en raisonnements hypothético-déductifs sur les facultés divinatrices du paysan. C’est le début de la géographie.

 

« Toutes les obsessions sont des métaphores extrêmes qui attendent de naître ».

 

La « vie de l’âme » est déductible, pour accoutumer l’avantage en frais de sortie réduits.

 

Le son peut durcir exactement.

 

Le geste comme « désentrentenir » une habitude.

 

Le silence ton abri de crise.

 

La grammaire cède au placement de voix.

 

Rien au crédit de la « dismomorphobie » tactique.

 

Le commentaire fait force de Loi.

 

L’image comme une peine commune.

 

Les reports sont des emplois réflexes qui basculent en pertes.

 

Un droit de regard, une incitation profane, quelle marque sur la surface ?

 

La terreur planquée dans « l’expéditionnaire », la démonétisation.

 

Doublure des fils d’or à être dans un flash info bac à graisse.

 

Comment ça marche : implorer la vie sauve.

 

Pression scannée contre code des lèvres correspondantes.

 

L’écoute c’est l’embranchement interne sans germination.

 

L’excédent stable comme un « intrant »  brûlant d’extase l’étendue.

 

Que faire devant la beauté abusive de l’unisson ?

 

Ajuster la luminosité.

 

La mémoire est un témoin embarqué.

 

L’absence par détection thermique.

 

Une structure de cage : un démenti « cancellé ».

 

Couche-toi l’œil le long des failles de destruction.

 

L’imminente divulgation du « tir » moyen.

 

La qualité de brèche.

 

Trou dans le visage c’est crasse finie, faire tache si mal reniée.

 

Ce serait ancestral génitif de couvée en savoir disposé sous ton regard de n’être que semblable.

 

La concision du groupe sanguin indiciel.

 

Un pinceau pour escrimer l’écume.

 

Tu retiens l’image, sa vérité pour l’acier.

 

Voici l’émission du taux : c’est une offrande fixe.

 

Des sexes empiétés hybrides, petites couronnes.

 

Depuis un siège avant, il suce l’image du monde.

 

Pour fixer durée de vie à couvert au rabais.

 

Sois donc plus ségrégué, pour connaître le pire qui soit, mise en demeure self-service à prix rigides uniquement bas morceaux.

 

Vous serez placés par alignement éthique sur « stop » de piste.

 

L’imaginaire pour d’abord effondrer un marché.

 

Les poètes sont des « aumôniers » de terrains.

 

La rente sanguine, élevée.

 

L’histoire est implantée. La poussière comme nous.

 

Le relèvement des taux est nourri par le drain des plaies.

 

Amorce ta chanson de sortie de crise.

 

Pérennité est une peine à long terme, une peine commune.

 

Arrêter le sang des fleurs est un devoir de mémoire.

 

La « pensée-urinoir », des abondances relatives.

 

Concilier les périphéries.

 

C’est l’inertie qui prévoit la couleur de l’indice.

 

Une cartographie des fibroses à la surface près des pôles.

 

Les disparités spatiales internes peuvent être fixes.

 

Trouver un son qui déforme et gonfle les surfaces.

 

Il aurait voulu échanger des jours de « trading », contre des journées de ménage nu.

 

Dater les jours des poètes fauchés. Tous.

 

Discussion près des urinoirs : une versification possible. Dépêchez-vous, précipitez-vous. Montrez, ne montrez pas.

 

Il voyait au milieu du parc l’évangile de la planche à billet.

 

Sous des étalons étoilés, commettent prodigieuses turpitudes fanfaronnes.

 

Tu entends ce que tu dis encore.

 

A ce comptoir d’illiquidité, tu es viande parée.

 

La honte dans le compartiment buccal.

 

Vous faites toujours des « essais de voix », battues, toute taxe maintenue ?

 

Tu étalonnes le goût du métal en tes couteaux de ruine.

 

Le sensible qui ouvre le glissé tangible.

 

Un chœur fœtal en promo en vertu de la Loi.

 

Remontée de notes. Sans serrer la pression.

 

Tu couperais aisément cela. Le trou dans la poitrine.

 

Il ne saurait y avoir de typologie sans croisement.

 

Le signifiant fasciste oblige à penser. Le signifiant libertaire libère la pensée.

 

Le signifiant serait-il une « farce » du signe ?

 

A chacun sa lacune.

 

A chacun son « génie d’idiotie ».

 

Le poète ne compare pas. Il songe. Saute. Court. Bouge. Disparaît. Il ne compare pas l’incomparable. Une humble « souveraineté tranchante ».

 

Dégoiser. C’est déjà une première forme d’improvisation.

 

Traversés par nos « fabulettes », nos « historiettes », nos « ondelettes » soyeuses, nos doctes anecdotes. Ou la nuit inextricable.

 

« Je veux faire de la mort un jeu vivant » (Tinguely). Il n’y a que des recadrages de l’inconscient.

 

 

                                               ****

 

Le corps est errant. Ce n’est pas le « bon corps ».

 

Un éclairage excessif émane du « centre » dominant. Tout le monde peut le voir. Le traducteur égaré ne s’en soucie pas.

 

Mais le centre dominant et les bords marginaux se distinguent par la portée de l’éclairement excessif. Aux bords flous et sombres de la portée de l’éclairage excessif, c’est ici que l’on peut trouver le traducteur errant, c’est ici que la traduction errante est mise en scène, c’est le théâtre où l’on peut trouver les corps errants des traducteurs errants dansant dans le sombre.

 

Comme la lune, les mathématiques, les ombres, le chien, la traduction.

 

Dans l’ombre du centre dominant, il n’y a ni source ni cible. Une cible est trop étroite ; ce n’est qu’un point. Même une ligne ne suffit pas. Au contraire, depuis l’ombre et dans les marges, il y a un départ et il y a une arrivée. Plusieurs oiseaux prennent leur envol en même temps. L’arrivée est continue, situe un nouveau lieu, un nouveau contexte et de nouvelles filiations, elle est dans le présent continu et devient une partie de la différence qui s’étend.

 

Au lieu d’un éclairage excessif, la traduction erratique absorbe l’excès d’obscurité. Il y en a trop et  partout, partout sauf au centre. Il s’agrandit et s’agrandit. Le centre se rétrécit en une cible. Une cible semble touchée et disparaît.

 

Ouvrir l’espace aux modes d’infiltrations.

 

Il n’est parfois pire que la « fausse fidélité ». Les traductions conventionnelles ont tendance à  se concentrer sur l’obtention d’une voix qui apparaît chez elle dans la culture cible, une voix qui semble émaner de la culture cible sans aucune trace d’étrangeté. Curieusement, la traduction fidèle est autant une question de dissimulation que de fidélité.

 

Tout geste excessif ou exorbitant était autorisé.

 

Construire une structure avec le même poids et la même relation de poids. Une « totalité » catalysée par les particularités de sa propre expérience de lecteur.

 

Le traducteur égaré a un corps, un fait facile à oublier.

 

Le traducteur égaré ne revendique ni n’attribue le statut de génie artistique divin à qui que ce soit, pas même à Dieu.

 

Avoir un corps permet aux traducteurs de reconnaître le corps des autres, ce qui constitue un point de contrôle sur le chemin de la traduction. Corps et langages s’attachent, se détachent, se rattachent ou se recombinent de diverses manières au cours d’une vie, pour certains plus fréquemment que pour d’autres. « Une partie de moi a été arrêtée à la frontière », raconte tel auteur et traducteur. Son corps a immigré à un certain âge, mais la migration des langues suit une chronologie différente.

 

Insidieusement, un acte de traduction a la possibilité d’agir comme un repoussoir, de créer une apparence d’abandon ou d’octroi de pouvoir, sans pour autant perturber les formes sous-jacentes de pouvoir qui soutiennent et soutiennent l’ensemble de la structure en premier lieu. Pire encore, en proposant un « masque pratique », il peut s’y associer tacitement. Il pourrait s’agir de la dissimulation, de maintien des apparences. Des apparences qui fonctionnent pour créer des illusions de « faux confort » et de « bonté ».

 

Mais toutes nos formulations – domestication, visibilité, décolonisation, etc. servent à masquer le fait que les textes traduits naissent de corps traduits, que le langage est une expérience viscérale.

 

Le traducteur errant marmonne –

 

Un traducteur errant abandonne à mi-chemin et commence à faire des bruits incohérents dans un coin sombre.

 

(…)

Lire « Coda, raptus (I) »

© Kara Walter, pour le bandeau (2023) ; Barbara Kruger, pour l’image en arrière-plan 1987).

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