[Texte] Sébastien Ecorce, Nulle part des partitions

[Texte] Sébastien Ecorce, Nulle part des partitions

juin 22, 2024
in Category: Création, UNE
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[Texte] Sébastien Ecorce, Nulle part des partitions

La viande elle la prélève dans votre refus de la métaphore, en fait un fumet lumineux, une extension dans vos zones de front vous fait suivre un autre itinéraire voie bis délestage déport projection pour que vous retrouviez la trace de votre cerveau une découverte de suites poreuses dans vos couloirs aux piliers noirs casser peut-être chaque ligne chaque motif ou bien peut être la fonction savoir des comptes frelatés le monde est plein solidifié liquéfié vous ne savez plus sur quels bords danser tout a lieu s’en retourne au résidu de faits le sommeil agile une vigie procédurale une rencontre un premier tableau statistique  pendant que le monde brûle reprendre son vol basse altitude comment faire le « goéland » sur la marge du livre où elle écrit la fleur une larme un fil d’eau la poursuite de petites choses antiques une photographie comme le correcteur du possible marcher dans le premier mot le dernier jardin d’été entouré d’agents de sécurité ils ne voient pas les images de la brume le souffle noir de la police couleur rouge sang l’affichette de « l’habitus » collé aux fronts humides regarder ce qui n’est pas là déjà là plus là ne sera plus regarde le coût des mines oubliées des visages défaits des viandes blindées du soir la tactique de la balle son tictac d’air irrégulier assis regarde les amendements réels de nos hivers restants regarde à savoir comment la chasse prend fin l’abréviation des matricules déplace cette main du bocal ce corps entier du petit périmètre passe au-dessus des formes des toits la route crasseuse des colopathies dernières colonies d’où naissent les résistances retrouve la ligne de la métaphore écarte-toi de cette langue de bons petits soldats des paramètres semés dans les nuages regarde ces grilles de vies coincées se déplacer de quelques minutes regarde les revenir par la route enfiler les bornes depuis leurs plateformes le précipité des places assises dans quel train siège la pluie cessera un jour nous allons bien en direction des frontières tu sais la métaphore est une drôle de douane elle ajoute des mots à nos vies qui défilent à l’écran serre-toi un peu plus contre elle cette « douane de mer » chaque ligne est un relevé insulaire fouille-là cette aventure des viandes ses datations relatives au passage consommatoire si tu savais qu’elle mange l’oiseau muet chaque instant passons chaque instant à combien de distance encore combien de temps encore passons chaque instant nous les appellerons survivances quand survivre ne sera plus ce reflet des corbeaux endormis colonnes de chiffres portrait fantôme de la violence tourne vers une page je la connais cette histoire cette mère veut chier dans vos cerveaux ou peut-être faire un crumble dans vos métaphores ou faire briller vos pantoufles pieds-de-biche chacun son chemin qui mène à la viande son cinéma de formes dans le ciel des visages combien de temps encore avant que combien de temps mais il manque combien de temps pour une pluie de petites métaphores métalliques

             où naissent les hasards cette route dévêtue d’une langue dispersée les flocons métabolisés la pelouse pleine de gisants de cadavres fluorescents chacun son animal de mémoire quand il pleut dans l’œil de la nuit chacun sa grande respiration ses petits mots pliés dans l’encoignure de l’hémisphère il a plu dans l’histoire et ça forme un corridor de corbeaux il faudra bien entendre la lame du moteur à défaut du détail dans les données décisives les fresques d’ondes bien relayées le lointain des oreilles froides le bascul des premiers essais les regards bâchés tu disais je vois la métaphore à travers l’averse je vois le réel qui transporte le h. de l’histoire à combien de distance depuis l’alerte combien de temps depuis le détail le tressage sans l’épaisseur ne renverse pas le rapport de l’image c’est la métaphore qui élargit le tissu du continu la surface du motif qui porte le « passons chaque instant » dans le nœud c’est le détail le sens du croisement qui porte l’histoire la prélève autrement et ça forme aussi ça et ça la métaphore le procédé dans la phrase d’un tiers moyen à réveiller l’oiseau muet qui s’élance d’un monde qui ne disparaît plus on entend encore le bruit de quel verbe la demi-mesure de quel rythme quels pas d’expression rigide et souple les mots la voix la partition que nous connaissions du fond du geste tout ça et ça n’est pas bon à jeter aux ordures il faudra continuer ces scènes retrouver les chemins qui nous empêchent la réplique sèche la page qui ne colle plus nos vies essaie de nous comprendre c’est de nous voir dans ce mélange de dureté et de mélancolie dans la voix remplir des larmes égales des armes que je me continue à vivre l’attention inquiète comme on suit du regard le détail d’un signe un danger s’il est le moindre indice de pluie si elle doit finir une bonne fois pour toutes cette pluie de rebuts de déchets de taches et de nappes plutôt sales si tu te fiches des alcools urbains des sous-sols des bus autistes comment pouvons-nous croire une chose pareille si ce n’est la métaphore celle qui fixe autant le lugubre que l’évasif l’animal blessé cruellement des plumes blanches dont il n’aura plus l’usage son chant de ruches désormais asservis ces couleurs de gorges brèves minutes petites des branches des biais trop rapides

             une formule plus brève le siège numéro pour l’aventure serrons-nous un peu plus près des absents des endormis ou bien passons la charge de minerai près la gare les canonnades des gueules cassées l’opération qui mène à la séparation du fleuve il va pleuvoir des poèmes de morts pour ces mères il va pleuvoir des passages de frontières toutes les villes sont des villes frontières ou des villes portuaires des villes décharnées les fantômes de chaque ville voudrait demander pardon dans l’avant-garde des « opérations  du calme » le tâtonnement des encerclements où naissent des petits diables capots dispersés sur les toits panoramiques ces vieux couples à l‘étage élevé près du dîner à servir un épisode pour chaque jour entrecoupé de vieilles ficelles de vieilles aiguilles à retourner le goût des « viandes-chimères » les ailes finement rabattues dans les creux pulmonaires quelle viande sera servie au passage de la frontière réinvente le fond du fleuve sous la peau brûlée plus exactement grillée par le soufre le charbon « l’ogive-tubercule » plantée dans l’arc fine émaille des assiettes creuses teintées d’une couleur sombre de poudre argentée comment plonger cette main dans ces assiettes pleines de militaires miliciens nous ne savons plus qui quoi qui ne savons plus le coût la couture du relief le goût restons assis un moment toucher le mot monde l’inventer un peu son espace espèce d’espace

Bacon, 1987

            il y a des armoires dans ces mondes des coffres de plomb des petites cabines à distances régulières un premier tableau qui annonce l’extension un sommeil qui s’oublie dans le rêve le poème n’est pas un carrosse au milieu des ruines une pirogue sur un parterre de fleurs une larme dans un désert décharné c’est une danse peuplée de formes dans les zones poreuses des petites cabines qui forment royaume attendent l’appel d’oiseaux invisibles depuis les bords de la nuit des « ailleurs » autres tourments d’autres points de vie la respiration des bouts des bribes tessons pelures la trame de la conversation sauvage se fait attraper un air de choléra les mains désaxées des funambules les rivières des précipices le mouvement qui le supporte encore depuis les bords de l’immense machine sans ombre sans voix chacun se suit se perd dans la manœuvre les mots défilent personne ne vient nous déranger la mort est immobile mieux voudrait tomber en dansant disent certains inconsistants parfois s’endorment bien avant toute l’anesthésie le surgissement des couloirs de replis des petites cours grillagées rendues fugaces par quelques battements sourds on essaie d’éliminer la peine dans les mots ils sont tous l’âge du départ vers où vers qui vers ça vers ça ne le savent que trop l’âge du sourire l’âge de l’aurore ils ont gardé dans l’anus leurs dossiers rouges respire respire respire leurs lancent-ils sans trembler entre les injonctions faites tomber l’écho de vos existences faites une croix faîtes une croix vous n’y verrez pas plus loin une image de vos vertiges sur les quais attendre cette envie de plonger de s’échanger les derniers gestes les rêves dans la phrase bleue tectonique des rêves dans le réel si puissant l’impossible Dieu de « mortier » tandis que les arbres marchent la pensée ploie sous les feuilles acides qui portent les ondes énigmatiques d’une pluie nos origines envie de plonger de se baigner entre les nuages de cendres des cratères où l’on ne voit pas grand-chose de l’histoire « escornée » bien dite ou bien défaite

            mais la mémoire défile lourde n’a pas tari ce bleu « petite réserve » n’emporte que nos os le vent « je suis là » il continuera de chanter de danser ne prendra pas le reste de la troupe dans la marge le point du feuillet un bréviaire sans lumière témoin de ces jours où les dés furent pipés un écouvillon dans la tunique gonflée d’un orage marqué fort puis martelé ils entendirent plus rapide que nuée de voix sur les quais un roulement autour les « bœufs » masqués noirs sous couvée par tous côtés comme s’ils crurent au démon le vent les rabattre les rendant moins vaillants sur la vigne d’une langue de défense épargnée des tranchées froides vulves bandées autour de drapeaux aux couleurs bastonnées les hommes courir les femmes tomber les hommes les femmes sous l’éclat des faucilles les engins qui piétinent de terre l’effroi des visages un autre bleu mélasse barrant les portes et les bouches les palais et les gorges inutile de répondre sur la lèvre n’endort pas ta fatigue l’affreux liquide d’entre les mains les larmes de fleurs monochromes les quelques rires ou de cris de sédations profondes

© R. Hunt

Bacon, 1978

            « nulle part » n’est pas une peur un effroi mais un lieu à défaire les origines de la contrainte du goût du carnage l’indiscipline du noir le froid le chaud le rythme des mictions ils n’entendent plus les sols fertiles les nouveaux degrés de la position qu’ils foulent les corps épluchés les épisodes du sang nomade l’affleurement des tombes gelées la léthargie des attentes pauvres les mouvements des camps la répétition des intermédiaires « nulle part » concentre l’équilibre de l’incidence la mise en déroute du point d’inclinaison chaque terminaison s’approche d’une forme de chute ils n’entendent plus la dégénérescence de la pendule de l’histoire l’anecdote des miracles brisés les enfants dans leurs cortèges de laines les bourgeons de mots qui ne cristallisent plus se raccrochant à chaque mot comme le dernier à prononcer au bord la rupture peut-être le noir carbone le noir basalte le noir des sables le noir serrant l’écho des sueurs le noir trempe la zone frontière les vils rejets les matières fines décantées de consistances un peu molles le noir vitreux qui s’élève sous la pression puis se colle à l’image d’une vitre le départ la nuit devient fraîche la moindre main d’où sort la base d’un déplacement la mâche des ordres la moindre asphyxie des petites boules s’engouffrent croyant se protéger nés juste tels ou ici « nulle part » se déposent des résidus se moulent aux plis des « déplacés » ils ne se soucient pas des empreintes qui risquent de disparaître des traversées de l’épanchement des cortèges des formes d’alignements qui s’allongent les uns aux autres ils cherchent à se maintenir dans une cadence de résistance de litanie à peine audible et la vague traverse un changement d’orientation peines perdues d’usures accumulées suivent les barres métalliques les arbres déchus sur des étendues le contournement des zones d’érosions des impuretés enfouies avec une voie de coulage un autre noir se relâche sous forme de gaz une fente dans les manteaux visqueux se détache s’arrache répète la soif la faim les mouvements n’existent que par la position des groupes quartiers délimitations périmètres de points reliés ils gèlent la lumière pour toucher la partie d’un système régulé un autre balancier anarchique la mise en déroute

            y aura-t-il un Bleu pour décorer ce noir qui desquame la moisissure le sang est de la gelée les ongles des sciures de bois les cheveux un fil de fer si déjà nous n’étions rien que personne n’a pu vous élever que nous étions rien depuis le début si ce n’est dormir dans ce trou à rat grignotant le foie d’un mourant distrait en n’importe quel espace alors ne dites pas que vous nous connaissez ne dites pas quand nos chemins se croisent comme des étoiles filantes nous ne connaissons pas nous ne connaissons pas toi toi là toi toi là clignote en rouge dans mes deux orbites le feu de la mort est une aberration chronologique votre je est abjectement seul le libre arbitre une plaisanterie comme si être à la hauteur de la tache s’attacher au peu de signes extérieurs aux détails mesquins la croyance de la pleine maîtrise de gestes d’un petit vocabulaire de mots à majuscules collectionnés avec soin discipline, tradition, responsabilité pouvait tenir lieu d’intelligence ce qui nous arrive sur le champ un de ses « mots-totem » s’en asséner un coup se permettre de résister encore la colère un chien hargneux toujours prête à répondre à un mauvais appel se dégager au dehors espérer que le vent tourne vous avez cru que c’était le moment qu’ils vous laisseraient rejoindre votre place parmi les viandes les pierres ou les arbres les lichens l’extraction des mousses un peu de peau d’entrailles qui résistent aux grands feux là où il faudrait marcher autrement ou plonger à quoi bon dans les couches de glace sous le sol des sangles de matières la nuit le fort courant d’un passé les plantations qui déplacent la direction des vents à quoi bon cette « eau libre » de l’incessant changement si le cycle n’est que déjection il reste peut-être encore un peu d’espace dans le crâne d’une autre bête

(…)

Sebastien Ecorce, Professeur de neurobiologie, Pitié-Salpêtrière,
Icm, co-responsable de la plateforme de financements,
gribouilleur, créateur graphique et sonore, pianiste.

 

© Image d’arrière-plan : R. Bernini, 2019.

 

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