[chronique] L'intranquille n°20, ed. L'atelier de l'Agneau éditeur

[chronique] L’intranquille n°20, ed. L’atelier de l’Agneau éditeur

mai 3, 2021
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[chronique] L’intranquille n°20, ed. L’atelier de l’Agneau éditeur

L’intranquille, n°20, revue semestrielle, avril 2021. ed. L’Atelier de l’Agneau. https://atelierdelagneau.com

Nouveau numéro de la revue L’Intranquille, qui consacre son thème à La révolution végétale, après un très beau numéro 18 sur Les villes fantômes. Vous pouvez lire aussi l’entretien de Fabrice Thumerel avec Françoise Favretto de avril 2017.

Le numéro s’ouvre sur un texte de Julien Blaine, sautillant joyeusement du numéro 10, au numéro « 22 voilà les flics » pour dire que c’est « un produit essentiel » (p.3). Mais en quel sens ? En quel sens comme le dit le poète de l’aurignacien, à chaque coup, « Françoise jette les dés, comme l’ami Steph » ?

Sans doute car L’intranquille n’arrête de pas de bouger (non pas de gesticuler, ce qui en cette période est une manie médiatique), de bouger ds frontières, des lignes et des limites, ce qui ouvre de nouveaux horizons. Loin d’être seulement une revue de création, elle se structure sur des strates à la fois distinctes et qui peuvent se recouper. Tout d’abord : un entretien avec Duane Michals, qui à 87 ans, revient en compagnie de Carole Naggar sur son travail photographique et sa proximité avec un travail narratif, car comme il l’exprime : « Je voulais dépasser la documentation et le mythe de l’instant décisif. Construire des histoires me permet de monrer le déroulement du temps, de représenter non seulement ce qui se passait à un moment précis mais ce qui s’était passé juste avant et ce qui se passerait après (…) Cette combinaison textes-images me permet d’explorer des concepts métaphysiques comme le désir, l’inquiétude, l’attente, le rêve, la mort… »(pp. 4-5).

Ensuite, comme dans l’ensemble des numéros : une partie traduction. Ici c’est le dossier Scandinave avec la Norvège (Charlotte Vaillot Knudsen) et la Suède (Erik Bergqvist et Maja Thrane).

Suit à cela le dossier : la révolution végétale sur 20 pages avec une dizaine d’auteurs, où Céline de Saër, « en langue végétale, à la remontée d’un des courants – vers le nord » part, pour égrainer « les parcelles de notre nom de famille ». Car ce dossier montre pour une part la sympathie profonde entre la langue poétique et le végétal dans « ses arabesques combinatoires » pour reprendre les mots de Laurent Grison, à quel point » la patience sauvage n’est pas une fiction, c’est un contre-pouvoir » (Maxime H. Pascal) comme peut l’être la poésie. La force de ces dossiers, notamment sur des questions d’actualité, provient de l’éclairage que la langue fait sur les associations de pensée. Alors que le régime historique de la langue tient au cadastre des relations productives dans un système marchand et performant, la langue poétique, par sa temporalité et ses libertés d’association (donc de métaphore), permet de mettre autrement en lumière certaines conjonctions. C’est ainsi que la révolution végétale touche ce corps dont parle Tristan Félix : « Il végétait. Il prenait même racine dans l’idée vague mais profondément enfouie qu’il mucilaginait, lichénifiat, résinait, saponifiat, glucosait, phytormonisait ».

La dernière grande partie porte sur des textes ou extraits de manuscrits avec 11 auteurs. Lieu toujours essentiel pour soutenir l’écriture, le projet.

L’intranquille bouge ainsi des lignes, ouvre et ce sommaire (que je n’ai pas épuisé, puisque je n’ai ni parlé de Orwell, ni de la partie Art et des caricatures de Damien Glez, ni du domaine critique) peut varier et ne pas être le même d’un numéro à l’autre.

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Philippe Boisnard
Philippe Boisnard

Co-Fondateur de Libr-critique.com. Professeur de Cinéma en supérieur. Artiste numérique.

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