[Texte] Mathieu Brosseau, Les gens-du-corps

[Texte] Mathieu Brosseau, Les gens-du-corps

juin 25, 2022
in Category: Création, UNE
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[Texte] Mathieu Brosseau, Les gens-du-corps

Nous sommes heureux de vous proposer un nouveau texte inédit de Mathieu Brosseau, qui reprend la parole – trouée de silence – après un temps de vacance… Mathieu Brosseau, que, dès ses débuts, LIBR-CRITIQUE avait contribué à vous faire découvrir : à (re)lire, du poète, « Poésie et système poétique » ; sur UNS de Mathieu Brosseau, un long article en deux parties signé Sébastien Ecorce ; un long entretien avec Fabrice Thumerel, en deux parties, « Portrait d’un travailleur perdu de la langue »… [Visuel en arrière-plan : © Louise Bourgeois]

 

Ce que disent les gens-du-corps,
Dans l’espace aussi réduit qu’infini dessiné par
une infortune, une indécision,                                             vivre,

                  Nous apprend cette humilité, ne

        • De quoi sommes-nous détenteurs ? insiste ce corps interne, cette forme détenue,

Vivre en son corps, nous le précédons, et le parlons

        • Là s’explique l’inéluctable retard, le nôtre, l’impossible course
          contre,

Un corps disparait, lequel ?

        • Un des nôtres, certainement, répète celui-là qui gratte le sol dans l’espoir de faire trou

Un corps disparaît, et continue inlassablement à le faire,

        • Je l’ai écouté en m’approchant, et l’ai même vécu. Et quand je l’ai quitté, il s’est échappé, il a gagné les bordures.

Alors écoute, pour incarner, l’approche est silencieuse,
Interprétative, elle
traduit les mots des gens-du-corps,
En est l’opéra, la reconstruction dans les ruines,

Dans une confusion temporelle, certains pensent
ces vestiges comme fin du monde, croient en son après.

        • Aïe !

Fin n’est que lieu, lieu d’avant,
le corps, et la façon d’y habiter, le temps en blanc, confort du désert stérile.

A courir aussi vite que sa propre peau, ce monde,
oui, écoute, ici, écoute,
on entend les gens-du-corps, ceux qui disent le monde se faire, se faisant,

Ces gens-là parlent
Parlent une langue sans adresse, et pourtant,
semblent dire, redire encore et
encore, ils sont les témoins ultimes,
chantent les refrains comme mythes, cacophones,
comme pieux frappés dans le dur de l’air.

Opéra en frontière de l’extension,
entre eux s’étagent des millénaires,
ce corps-bolide à écouter se définit et s’indéfinit dans
une même perception,
une peau vivante contre la limite mortelle,
vibrante, ces gens n’ont de temps que
dans la grimace du vent,
leur visage à comprendre comme des mots déformés,
stigmates des vertiges, à la proue talonnant ce qui n’est pas en corps,

Les gens-du-corps, espacés par les temps sans mémoire,
bégayent à l’envi ce qui les limite entre-peaux,
autant que ce qui les aspire sans fin
à l’intérieur de l’obscurité sans fin.

Leurs langues, quelles qu’elles soient,
marc de café à interpréter, ou
mouvements à qualifier,
une ou plusieurs, qu’importent,
ne sont pas davantage que des vagues
venues d’ailleurs et tapant
contre l’épiderme musical du retard,
parfois rattrapé corps contre corps,
corps en corps,
à en devenir les gens-du-corps, eux-mêmes,
à temps sur ce qui s’espace et se disperse,
quitte à être témoin muet du silence le plus absolu.

 

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