[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, Du  roman quantique et comique : Protage de Pierre Barrault

[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, Du roman quantique et comique : Protage de Pierre Barrault

août 18, 2022
in Category: chronique, livres reçus, UNE
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[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, Du  roman quantique et comique : Protage de Pierre Barrault

Pierre Barrault, Protag, éditions Louise Bottu, juillet 2022, 138 pages, 14 €, ISBN : 979-10-92723-57-1.

 

Pour Pierre Barrault, les règles de la narration sont bien présentes mais pour dysfonctionner. Protag (du nom de son héros, piètre enquêteur soumis à son hiérarchique Sous-Sol, guère plus malin que lui) obéit à une forme de distorsion, de détournement, de retournement de la réalité.

Pour autant il ne s’agit pas d’une simple absurdité. Le mot est très souvent prononcé quand on parle de ses livres, mais ce n’est pas ce qui l’intéresse. Il feint de s’attacher à une réalité bien plus concrète où se retrouvent ça et là des éléments de ses précédents romans.

C’est que pour l’auteur ’il s’agit finalement toujours d’un seul et même livre. Mais l’intrigue ici se déroule dans un contexte plus accessible, moins ouvertement fou et aberrant. L’auteur est poussé à se confronter à des éléments plus ordinaires, plus communs, plus ancrés dans le réel. Mais c’est pour mieux le faire basculer.

L’enquête policière ouvre des mondes impossibles. Cela crée une littérature insolite, rocambolesque ou surréaliste, avec un humour constant hérité  de Michaux, de Bettencourt et de Chevillard.

La recherche de la singularité passe par une fausse clarté de facture. La manière de percevoir le monde et ses objets du monde font dériver l’espace et le temps. D’où l’écart qui se crée entre la compréhension et l’incompréhension de phénomènes quantiques où se situe le terrain de jeu de l’auteur.

Existe une sorte  révolution dans la manière de voir les choses, de percevoir le réel et  de l’habiter. Un principe d’indétermination préside à une telle fiction. C’est comme si Barrrault transposait à l’échelle humaine des phénomènes uniquement observables à l’échelle des particules.

 Construire un récit selon ce principe donne lieu à quelque chose de tout à fait vertigineux et qui amuse. Existe une forme de folie dans cette histoire. Mais l’auteur ne rit pas tout seul dans son coin. Il fait partager un tel plaisir. Car pour lui le rire est une chose très sérieuse. Il y a sans doute des lecteurs que cela angoisse et qui peuvent trouver une telle fiction inquiétante, voire cauchemardesque. Mais cela satisfait autant l’auteur.

Cette façon de dynamiter l’art du récit fait de son roman une œuvre bien plus jubilatoire que fumiste. La fiction  ne s’embête pas à faire fiction :  elle s’affranchit de tout, y compris du « minimum syndical » là où les personnages sont des anti-héros, où l’intrigue ne se soucie guère de cohérence et où la fin reste abrupte et tient plus de l’interruption que du dénouement puisque tout peut recommencer là où la structure est bancale et où les possibilités d’identification et de représentation sont brisées.

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Jean-Paul Gavard-Perret

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1 comment

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    Villeneuve
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    Einstein serait comblé par cette physique quantique humoristique et aussi par le texte critique de JPGP toujours à la pointe du progrès !

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