[Texte] Christophe Esnault, Méthode de survie pour poète en recherche d’un éditeur

[Texte] Christophe Esnault, Méthode de survie pour poète en recherche d’un éditeur

août 25, 2023
in Category: chronique, UNE
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[Texte] Christophe Esnault, Méthode de survie pour poète en recherche d’un éditeur

MERCI DE NE PLUS ENVOYER DE TAPUSCRITSLa Boucherie Littéraire

Merci de ne plus nous envoyer de manuscrits… On est débordés ! – Le Sabot

Attention : notre programme éditorial étant complet pour plusieurs années, nous ne sommes plus en mesure de regarder de nouveaux manuscrits. – Le Réalgar

Notre calendrier éditorial est complet jusqu’en 2024. Ainsi, nous ne recevons plus de manuscrits jusqu’à nouvel ordre. – La Crypte

Hélas, pour l’instant nous vous demandons de ne plus envoyer de manuscrit à la Tête à l’envers dont le programme est complet.

Notre programme d’édition est complet. Nous ne recevrons plus de manuscrits. – Donner à voir

Et cetera & ya basta.

Il existe un nombre impressionnant d’éditeurs de poésie. Le Marché de la poésie en accueille environ cinq cents et on trouvera aussi cent cinquante éditeurs sur le site du salon L’autre livre (voilà de quoi te lancer sur quelques pistes : ai créé une cagnotte Leetchi « Poète, Esnault te sauve la vie). »

Un ou deux milliers de revues littéraires. Trois cent quatre-vingt-treize revues de poésie sur le site Ent’revues (autre piste presque gratuite). Il se dit que le poète commence sa vie éditoriale grâce aux revues et c’est souvent vrai. Il peut aussi être très présent sur les réseaux sociaux ; s’il y cartonne du feu de Dieu, si ces textes sont assez mauvais pour cartonner, le Castor Astral lui commandera un livre.

Je suis vieux et débile – ♥ bonjour les filles et à très bientôt ♥ –, un vieux briscard du microcosme poétique et éditorial. Ne vais pas te la jouer en mode professoral, mais je te dispense néanmoins une petite formation en dix-sept mots : « Tu ne vas pas pouvoir t’acheter une petite maison face à la mer avec ta poésie ».

Les revuistes te le diront : beaucoup de troubles psychiques chez les poètes. Ta souffrance et tes pathologies profuses qui se cognent à la violence du monde, et du monde éditorial en particulier, ça peut être dangereux et (sans plaisanter), ça peut même être létal. Si tu n’as pas d’autre vie que l’écriture et que tu veux publier à tout prix un livre, tu as des chances non négligeables d’être sévèrement violenté(e).

Les refus, les silences quand tu proposes ton tapuscrit, ton deuxième tapuscrit, ton seizième tapuscrit, tu ne vas pas forcément les vivre très bien.

Sans volonté de provocation, je te le dis tout net : deviens ami avec un éditeur (ou une éditrice) avant de lui refiler ton tapuscrit, tu gagneras du temps et ce sera bénéfique aussi pour ce qu’il te reste de santé mentale. Ou deviens chroniqueur très actif. Ou revuiste. Tu peux vérifier tous les chroniqueurs, revuistes – ou programmateurs d’un festival poétique (ou bien les boursouflés de la commission poésie du CNL ou encore les gigolos des Maisons de la Poésie) – trouvent des éditeurs les doigts dans le nez (mais si tu es chanteuse à succès ou miss météo chez France Télévision, ça sera parfait aussi).

Réussir à publier un livre chez un éditeur prestigieux (ou pas trop moisi), c’est un test de Q.I., mais attention, la qualité du texte a souvent assez peu (rien !) à voir avec le yes attendu. Et être lu est pas gagné du tout ; donner le désir que l’on lise ton manuscrit, c’est tout un art.

On trouvera des « poètes » qui ont publié dans quarante revues merdiques et des livres aussi, mais ont-ils le début d’une voix, d’une écriture et un peu de pensée distillée ? Rien n’est moins sûr. Les bouses sont publiées par milliers (je ne te donne pas la liste des éditeurs et des revues indigents, y en a trop).

[Publicité gratuite et sans partenariat, puis embrassade mouillée pour Décharge, la revue qui publie tout le monde. 😊]

Savoir que ton texte est accepté par La Femelle du Requin ou La Barque dans l’arbre pèse plus que dix livres ou vingt de tes livres parus chez Tartempion éditeur.

Évidemment et en aucun cas tu ne files un texte à un éditeur bouseux, même si entrer aux éditions La Barque ou chez Héros-Limite, tu vas voir, que c’est plus difficile que de payer 400 balles pour valider ton test psychométrique (la douance ça te gagne, depuis que des personnes habilitées à te tamponner t’ont tamponné).

Ai un domaine de solidarité, je lis beaucoup de tapuscrits inédits, et parfois très vite (dès la première page), je sais où ça va. Quel revuiste cela va-t-il intéresser ?  Quel éditeur cela aurait pu intéresser s’il n’était pas embouteillé pour quatre ans ? Se ruiner pour lire les contemporains par centaines, ça ne sert qu’à ça. Je vais te trouver un lieu d’accueil pour ton recueil si tu veux bien m’accorder ta confiance. Cagnottes Leetchi 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 : j’ai redirigé toutes mes vieilles cagnottes Leetchi vers la plus efficace : « Poète, Esnault te sauve la vie ». Me pense plus intègre, plus éthique, plus performant, plus cohérent.

Tu veux publier ? Séduis une éditrice, un éditeur. Donne ton corps ou celui de ta sœur – ta petite fille si tu es une vieille dame. Sois là pour son déménagement, il ou elle saura s’en souvenir. Sois très inventif et tu sauras doubler tous les autres poètes dans le virage. Et le cas échéant, pense à m’envoyer ton livre auto-édité (ou publié chez des bouseux), pour moins de 2 000 euros, je te rédigerai alors une note de lecture dithyrambique sur Libr-critique. Parce que je suis ouvert, pas seulement formellement et spatialement, et que je peux très bien défendre, si je le souhaite, ta poésie potagère.

© La Boucherie littéraire pour le bandeau et la photo en arrière-plan.

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librCritique

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8 comments

  1. Tristan Felix
    Reply

    Je grave kiffe ton article, Toffee. Morte de laugh avec Anne en bord de Loire. Faut monter une cagnotte pour racheter tous les éditeurs de poésie comme Laidloré. .. 😀

  2. Jean Azarel
    Reply

    Bonjour M Hainaut,
    Mon nom ne vous dira rien, mais en tant que poète taré et raté, j’ai lu avec intérêt (sans vouloir vous cagnotter, haha) votre friandise textuelle. Voila ma question car vous semblez être compétent (pas de méprise auditive hein) pour répondre : auriez-vous une recette facile à réaliser pour rendre la poésie comestible (auteurs et éditeurs ensemble) ? J’ai déjà les épices, des rutabagouts et du beurre demi sel mais le temps, le salmigondis et le mode de cuissage me manquent. Doit on mettre que du lard ou le cochon tout entier ?Si vous êtes parent avec le fameux coureur cycliste, saluez le Blaireau de ma part. Bien avoue, Jean Laraze.

  3. Danglade
    Reply

    Très bon article, pas méchant, et surtout juste, d’un connaisseur averti du milieu de la poésie.

  4. Fabrice Thumerel
    Reply

    Pour faire écho ici aux débats sur les réseaux sociaux, les excès de ce texte, c’est la loi du genre : un texte satirique vise à faire sourire ou faire grincer des dents, pas à fournir des analyses objectivables (pour cela, il faut lire, par exemple, le récent livre de Sébastien Dubois, LA VIE SOCIALE DES POÈTES ; ou encore se référer à mon travail sur la valeur poétique fin XXe-début XXIe siècle). La posture polémique/satirique n’est par définition aucunement objectivante.

  5. Amans
    Reply

    Moi j’aime bien ton ton (sans jeu de mot cher grand cousin) même si le côté grinçant à un ou deux endroits sent quand même un peu le « gentil » règlement de compte (aigreur ?) et je sens de la gratitude pour ton ouvrage ! qui me soutient effectivement.
    Sans blague je veux bien abonder modestement un petit litchee mais tu n’as pudiquement pas mis le lien vers la caisse ou bien ?

    ah ya moy’ de commenter je vais faire ça ^^

  6. Pingback: Les âmes d'Atala » Archive » CHRISTOPHE ESNAULT, MÉTHODE DE SURVIE POUR POÈTE EN RECHERCHE D’UN ÉDITEUR

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