[NEWS-CHRONIQUE] 2024

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janvier 7, 2024
in Category: chronique, livres reçus, News, UNE
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[NEWS-CHRONIQUE] 2024

Quarante ans après la fatidique date choisie par Orwell, que reste-t-il de notre monde humain ? Ce qui vient…, avec et après le dernier numéro de Lignes… Mais auparavant, nos Libr-livres reçus et nos Libr-événements.

 

Libr-événements

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Dernière minute : C’est avec tristesse que nous venons d’apprendre le décès de Paul-Armand GETTE (1927-2024), à l’âge de 96 ans, qui manquera donc à toutes celles et tous ceux qui seront au RV le 13 à la Galerie SATELLITE.

► Du samedi 20 janvier au samedi 27 avril 2024 : ADVENTURES IN POETRY, exposition, diagonale du catalogue La bibliothèque américaine du Cipm. Commissaire : Abigail Lang.

Vernissage samedi 20 janvier à 16h : Lecture « Solo » d’Alice Notley précédée par quelques mots d’ouverture de Michaël Batalla, Giulia Camin et Abigail Lang.

Adventures in Poetry, c’est le nom d’une des innombrables petites maisons d’édition qui ont contribué à l’« explosion de poésie » qui a lieu aux États-Unis entre les années 1950 et les années 1980 : Beat Generation, San Francisco Renaissance, Black Mountain College, Éthnopoétique, Intermedia, New York School, L=A=N=G=U=A=G=E. Les poètes apparentés à ces mouvements cultivent l’inventivité formelle, une nouvelle liberté de ton et un esprit de communauté entretenu par le sentiment de prendre part à une aventure qui est en train de changer ce qu’on entend par « poésie ».

Après l’exposition Anne-Marie Albiach, Vers ce cercle, textes et éditions(20 novembre 2021 – 5 février 2022) et après La Diagonale des revues, 1922-2022, une chronologie (18 juin – 19 novembre 2022), l’exposition Adventures in poetry explore « la bibliothèque américaine », troisième fonds spécifique de la bibliothèque du Cipm.

À lire : Abigail Lang, La conversation transatlantique, Les échanges franco-américains en poésie depuis 1968, Les presses du réel, coll. « L’écart absolu », 2020.

 

Libr-livres reçus

Lignes, n° 72, à paraître le 2 février 2024, 320 pages, 20 €.

« Ce qui vient » est le titre de cet ultime numéro de la revue Lignes, qui regarde vers l’avenir avec inquiétude, voyant ce qui vient comme à peu près inévitable, ce péril politique imminent maintenant, ici et partout, parmi d’autres qui suivront, écologiques notamment, périls certes pensables mais qu’il ne lui appartient pas de parer (il y faut de tout autres moyens).

► Alain JUGNON, Faisons un rêve, Nahel, Propos2 éditions, hiver 2023-24, 58 pages, 14 €.

► Isabelle EBELHARDT, Où l’amour alterne avec la mort, éditions Ardemment, coll. « Les Ardentes », en librairie le 11 janvier 2024, 208 pages, 17 €.

 

Ce qui vient… /Fabrice Thumerel/

Ce qui vient après Lignes (1987-2023)… Ce sont d’abord ces questions cruciales : dans nos sociétés postcritiques et postpolitiques régies par le bullshit généralisé, « où passent les possibles » (Didi-Huberman, p. 115 et ss.) ? Comment réinventer des possibles ? Avec quelles armes ?

Car, pour Michel Surya, le constat est sans appel : ce dernier quart de siècle a vu s’effondrer les chiffres de ventes (et de lecture, probablement) des revues, et les revues en ligne leur survivront-elles ? Outre qu’ « un clic ne fait pas une lecture » (p. 5), ajoutons qu’un texte ne fait pas un combat intellectuel et que tous les auteurs comme tous ceux qui exercent aujourd’hui une profession intellectuelle ne peuvent toujours échapper à l’individualisme, au consumérisme et aux conformismes ambiants : à quoi bon désormais la lecture et la réflexion désintéressées, à quoi bon le positionnement intellectuel, il faut avant tout savoir se faire plaisir, se placer et se faire mousser ! En ligne comme ailleurs, le vent pousse à « cracker l’époque », viser l’éclectisme et le Tout-cuculturel.

À cet égard, ce passage de Bernard Stiegler que cite Alain Jugnon dans son passionné dernier opus est des plus éclairants :

« Tandis que la formation de l’individu, comme citoyen, comme producteur, comme concepteur, comme inventeur (artiste, responsable politique ou administratif, technicien, etc.), était posée comme priorité absolue, impérative pour toute société moderne, c’est-à-dire industrielle, et fondée sur l’idéal démocratique, la réalité du développement consumériste de cette société conduisait à une dé-formation généralisée des savoirs, c’est-à-dire : à la désindividuation et à la réification de ces savoirs qui ne pouvaient dès lors que se renverser massivement en bêtise et conduire à la déraison universelle, c’est-à-dire à la ruine de la démocratie » (États de choc. Bêtise et savoir au 21e siècle, Mille et Une nuits, 2012).

Et dans son article, Alain Jugnon met en perspective l’aventure de Lignes : « C’était la bataille du texte : la littérature et la poésie combattaient le nihilisme avec les armes de la pensée et de l’art. / C’est maintenant la guerre des idées dans le sens où le nihilisme spectaculaire ne pense ni ne crée, il tue : il couvre le réel de faux texte » (p. 211). Autrement dit, quels horizons aujourd’hui pour ces « armes de la pensée et de l’art » ? Afin d’ouvrir une brèche dans ce « faux texte », la poésie – dans son acception large –, qui recourt désormais à de multiples supports, n’a-t-elle pas un rôle fondamental à jouer ?

*****

Il suffit de passer brièvement en revue l’état du monde en ce début 2024 pour être fixé : une cinquantaine de conflits armés, dont une dizaine de grande ampleur… les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres… le sort des femmes est toujours insupportable : selon la Banque Mondiale, 2,4 milliards d’entre elles, en âge d’entrer dans le monde du travail, subissent des inégalités économiques, et trois sur quatre seulement bénéficient des mêmes droits juridiques que les hommes… Quant aux bilans sur les multiples inégalités (accès à l’eau comme à internet, aux soins comme à une alimentation décente, etc.), ils sont édifiants.

Face à cette misère comme face à la crise climatique, comment le monde occidental réagit-il ? Par la fuite en avant et la chasse aux Migrants.

Au reste, en quoi consisterait encore le Rêve de l’Occident ? Défonce et Défense… Consommation de soi (Quessada)… En quoi des tirs de Flash Ball sur la foule ou l’accès au pouvoir de politiciens corrompus, renégats ou hors la loi ferait-il rêver ?

*****

Ce qui vient pour Michel Surya : « La situation ne sera pas, elle n’est pas et plus insurrectionnelle, elle est, elle sera surréactionnelle : nationaliste, raciste, religieuse, antisémite, etc. Ce qui s’ensuivra : une guerre de tous contre tous, en attaque, s’accusant chacun de quoi, en défense de qui, se défendant comment, confuse en tous les cas, à tous les points de vue » (7).

En plus de la « catastrophe environnementale » et de « l’état de guerre généralisé », Étienne Balibar, quant à lui, craint la servitude volontaire à un agencement du monde humain par des nouvelles technologies que détiennent des puissances obéissant à tout autre chose que le bien commun.

Pour Jean-Philippe Milet, en France, nous assistons à une alliance extraordinaire des forces conservatrices radicales afin de contrer les « forces actives porteuses d’un autre possible » (49). Le pire est que le pouvoir actuel y contribue : en témoignent la suppression des corps intermédiaires (récemment, la déstabilisation des associations Anticor et CIVIISE), la dernière Loi sur l’immigration, ou encore le recours à la violence d’état – des Gilets jaunes à la « gestion »  des migrants et des violences urbaines (tout pouvoir autoritaire mise sur les forces de l’ordre pour se conforter – lesquelles votent à 75% pour l’extrême-droite). Dans Faisons un rêve, Nahel, le réquisitoire d’Alain Jugnon se veut radical :

le journalisme français qui tue a pour maître le racisme
pour arme la bêtise et pour fonds de commerce
l’extrême droite

la police française qui tue a pour maître Zemmour
pour armurier Darmanin et pour banquier Macron
la meute c’est eux la démocratie c’est nous (p. 24).

C’est ce NOUS qu’il nous faut opposer à EUX, les véritables dé-civilisateurs.

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Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

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