Je n’aime pas trop utiliser les termes inventés par les publicitaires et les propagandistes qui rêvent de modifier les opinions du public, il y a un concept pourtant que je
trouve assez efficace : celui de fenêtre d’Overton. L’idée est toute simple : faire progressivement glisser ce qui est acceptable ou non par l’opinion publique. Joseph Overton était lobbyiste, juriste, politologue et vice-président d’un think tank conservateur ; il a théorisé cette fenêtre qui porte son nom afin de voir comment les discours pouvaient déplacer le degré d’acception du public. Depuis quelques années, le travail acharné de l’extrême-droite aidée par les médias dont elle acquiert peu à peu l’indépendance n’a cessé de faire glisser cette fenêtre : on met Macron au centre alors qu’il est de droite, ce qui revient à mettre à droite les Républicains (qui sont bien plus à droite que ne l’étaient leurs prédécesseurs UMP ou RPR) et on fait croire que l’extrême-droite n’est pas extrême. Comme le diamètre de la fenêtre reste inchangé, LFI, qui propose un programme tel que le proposait le parti socialiste il y a trente-cinq ans, apparait comme un parti d’extrême-gauche et le PS très centriste-mou est présenté comme un parti de gauche. Ça glisse, ça glisse doucement. Aussi, l’Assemblée nationale observe une minute de silence en hommage à un drame : un jeune homme tué en marge d’une manifestation. Ce jeune homme était d’extrême-droite, il a participé à des rassemblements néo-nazis et sa mort terrible est instrumentalisée jusqu’à la nausée pour permettre de continuer à faire glisser doucement la fenêtre d’Overton. À ma connaissance (merci de me signaler si je me trompe), l’Assemblée nationale n’a pas rendu hommage, en décembre 2024, aux cinq personnes tuées par un militant d’extrême-droite âgé de 22 ans, à Dunkerque puis dans un campement d’exilés (des Iraniens majoritairement), elle n’a pas rendu hommage au militant de la CGT poignardé en février dernier à Paris (il a survécu bien que son pronostic vital ait été engagé) lorsqu’une trentaine de néo-nazis ont attaqué les locaux de l’Association culturelle des travailleurs immigrés de Turquie, tabassant toute personne présente ce soir-là. L’Assemblée n’a pas observé de minute de silence à la suite du meurtre à Grand-Combe (50 coups de couteau) d’Aboubakar Cissé par un homme qui s’est ensuite pris en photo avec sa victime pour poster des propos racistes sur les réseaux sociaux. Pas plus qu’à la mémoire de Hichem Miraoui, Tunisien âgé de 46 ans, coiffeur, assassiné chez lui par un voisin raciste en mai 2025, à Puget-sur-Argens. L’Assemblée nationale n’a pas observé de minute de silence pour condamner la « chasse au noir » ayant eu lieu à Royère-de-Vassivière, en août dernier, par un groupe d’habitants. J’arrête là mes exemples, j’en ai la nausée. La fenêtre d’Overton est grande ouverte sur le pire.

![[Chronique] Eric Pessan, La fenêtre d’Overton grande ouverte sur le pire…](https://t-pas-net.com/librCritN/wp-content/uploads/2026/02/band-overton.jpg)