[Chroniques] Yves Charnet, Le libraire de Gambetta, par Sébastien Ecorce

[Chroniques] Yves Charnet, Le libraire de Gambetta, par Sébastien Ecorce

mai 27, 2023
in Category: chronique, livres reçus, UNE
1 1326 32
[Chroniques] Yves Charnet, Le libraire de Gambetta, par Sébastien Ecorce

Yves CHARNET, Le Libraire de Gambetta, Tarabuste éditeur, avril 2023, 184 pages, 18 €, ISBN : 978-2-84587-603-3.
[Chronique sur précédente autofiction]
© Trois œuvres de C. SHIOTA.

 

Il sait que les idées ne sont pas perdues dans le monde ; mais que ce monde-là est présent dans l’idée. Même la vision des absences ne fait qu’augmenter son ardeur et sa joie.

Chez Charnet, les idées sont des sensations, des perceptions. Il n’y aura donc pas d’idée en cette acception généralement et communément admise, abstraite et conceptuelle. Mais de l’idée que vivante, en cette circularité où se nouent le présent, le possible, et le passé. Il y a le plus souvent  chez lui cette rétroaction dans un présent déjà en acte. Le présent n’est pas que de l’ordre d’un présent. Il est en devenir, par cette rétroaction d’un passé – futur convoqué. Charnet est un peintre, il matiérise ses affects, ses sensations. Il leur donne une épaisseur, ou une trouée. Un abîme. Une perspective. Un devenir dans la phrase. Ou dans la vie. La phrase-vie. Vous choisirez l’itinérance, ou l’itinerrance. Vous ne serez pas surpris de le suivre en son théâtre de grands Veilleurs, Cézanne, Vang Gogh, Lautrec… Les vivants, les plus-que-vivants, le libraire, Toto, l’homme-livre, de science et de mesure même, en sa modération secrète, pivot disséminateurcatalyseur du livre, puis les poètes-philosophes des années ULM, Deguy, Derrida. Et les intimes de la vie amoureuse, de cette première vie, Marie Pierre, sa femme, ses deux enfants, autres porteurs de la vie sous l’angle de la création, incarnée et aventureuse.  Et cette matrice qui traverse l’œuvre, à sa manière, cette Mère, Thérèse. Topologie de la Mère. Cantologie de la Mère. On ne sait plus trop. Pourrait-on presque à dire. Tout se relie chez Charnet. Tout peut faire note. Tout peut avoir sa propre note.  Tout est matière à épaissir « cette écriture du soi ». Claude Nougaro, autre bricoleur de mots chantés, héritage d’une autre vie dans le songe d’une vie en acte. Sans oublier la trame finement distillée des images, entre Deray, Sautet, Chabrol…Ce sont là autant d’appuis, de marqueurs de présences cosmogoniques intimes que de dissipations dans le corps pluriel de ces fragments, autant de « scènes d’inachèvements ».

 Ce sens du geste, de la touche, vibrante, ressort bien d’une langue travaillée au couteau. On dépose, huile, dilue, intensifie. Joue.  On met son corps dans cette phrase. Ce poème-corps. Un poème-corps suffisamment vivant pour faire voir, faire sentir, ce qu’il en advint de ce paysage-corps de notre modernité.

Sans étouffer les saillies, les déviations, les digressions maîtrisées, sculptées. On pourra ainsi partir d’un détail, d’une ébauche d’allure, d’un lieu, d’une pose, d’une situation, d’un état émotionnel fort, pour finir par une ritournelle d’esprit. Un jeu de corps et de l’esprit. Il y a incontestablement une manière forte de peindre l’âme, en ses retranchements, ses insoumissions et impensées. Les jeux du langage sont autant de liens et de lieux à filer dans le poème-vie de Charnet, ressortant d’une logique de nomination, à postuler qu’en ne connaissant qu’un seul élément, il est possible de décrire et de voir l’ensemble se dévoiler.

 

Hantologie

Ce jeu de relation relève du passage de la substance pensante. Et ce qui nous oriente est cette mise en tension entre les absents vivants et les vivants presque déjà morts.  Cet écart, ce rapport, non plus tant rapport à un manque, qu’un rapport à un plein, une saturation qui ne fait plus manque. Ce modèle de la modernité consternante se logeant justement en cette saturation, dé-naturation, dé-lexicalisation d’un monde désorienté, aussi désorienté que Charnet, lui-même. C’est de cette désorientation qui réoriente le désir que Charnet trame son œuvre. Il en fait une parole exquise et intraitable. Contre lui-même. Aussi. Le poète est pris dans cette forme de régression infinie, ne s’y excluant aucunement. Il la spatialise, lui permet ces passages, ses contours, ces filiations. Filiations, comme fils et Fils. Les filiations sont des emboitements du désir. Elles désencapsulent l’impression de fixité, d’immobilité, de durée, rejouant la dynamicité entrelacée des effets du temps. Ainsi, c’est bien souvent l’enfance qui anticipe le réel d’un présent en acte. Curieusement. Paradoxalement. Une enfance qui n’est pas la doublure d’un tracé, mais le cœur vivant de ce qui s’échappe de ce présent, toujours, à se recharger, entre un passé-présent, et un présent-futur.

Le hors-champ de l’impossible mort tendrement enlacée au goût d’un passé qui fictionne son présent.

Les ombres tutélaires, proches et lointaines, les « lapsus du deuil » sont-ils des spectres animés de notre propre hantologie ?

Cette figure de la comparution-invocation, prônant et mêlant cette sécheresse du prosaïque d’un corporel sur l’autel transgressé de l’urgence de sa matérialité, en son enveloppement des formes métamorphiques, parvient à lier la suffocation légère à cet horizon jaugé comme indépassable, énième retour des stases d’un impossible, politique de la défaite que toute vie, et particulièrement celle-ci, voudrait renverser. En cet accablement et sa puissance, il y a toujours ce désir de renversement. Ce désir de révolution, faire le tour, toujours, impossible. Ce désir à jamais contraint d’une recherche de souffle. Brisé. Arrêté. Mort sur sa tranche. Toujours en amorce de revivre.

« voici ton fils ce christ obèse qui n’a plus baisé depuis longtemps je t’écris ces pages depuis le balcon de mon hôtel petite table feuilles volantes il n’y a pas un souffle d’air juste ce soleil de plomb c’est un décor parfait pour te raconter ma vie plombée par l’impossible pour abriter pendant quelques jours ma vie renversée par ce deuil qui ne passe pas. »

On pourrait se dire que « l’impulsion des pulsions » ne civilise pas l’écriture. Mais elle lui donne pour autant un rythme. Un ensemble de coordination dé-coordonnée. Une ascèse en sa charnelité. Une incarnation en ce « reste » de mort. L’image de cet impossible, je le mâche presque en « mes plages de sainteté ». Cela illumine autant que cela nous imbrique en l’obscur. Elle n’est que la Figure visible de ces petits saints. L’enfant petit-saint. Deviendra grand- Sain(t). Ou innommable Saint. Quelque chose nous signe de cet attachement. De ces attachements. Allons savoir. Cela tourne. Cela fait poussée. Cela donne du flou à la clarté, et de la clarté à cet insondable noir. Rouge. Jaune. Cela fait archive en nos corps. L’aplomb d’une crise de mots dans la remontée d’un conte de l’enfance. D’un conte « déconté ».

Et notre destin devrait être l’évasion, ne serait-ce que l’évasion dans une plus grande prison. Et dans une prison encore plus grande après ça. Tout ne serait question que d’analogie et d’échelle. Ce « Ma », ( particule segmentée d’une ode / marque d’un ânonner) à accorder avec son bout, ou cet embout dé-bouté, de « Man », formant cette cellule invisible de l’absence à incarner présence dans l’ordre du langage, « un Ma / Man » qui vascularise tout le champ de ce long poème, long cri, à nous fixer autant en sa béatitude que sa déception, que quelque chose ne sera plus, ou ne sera plus comme avant, que ce comme avant fera motif, en un surgissement nouveau que le poème fera flotter, circuler, non pas hors des carcans du temps, de l’espace et du corps, mais en un autre théâtre de ces manifestations. On ne vise pas la fuite, ici, puisqu’elle est de l’ordre de l’impossible, on s’enfonce avec toute la pesanteur du corps, avec les images et souvenirs qui sont autant de mites / mythes de la mémoire, de celle du poète Charnet. L’absence qui travaille et verrouille la force même de cette présence agissante dans le corps du poème, entre le regard qui sait et celui qui sait en découvrant, et découvre en ne sachant pas encore le tout et le pas-Tout de ce savoir, comme un long collage de formes familières que la mémoire redessine à sa manière, entre les prises de chansons qui inséminent, dispersent et immaculent.

Cette absence tout du long, qui n’est pas à proprement parler une blessure, mais cette part vivante, toujours, qui ne veut pas être remplacée. Elle infuse toutes les pages, à sa manière, nous prend à revers, discrète, à contretemps, et ne devrait en quelque sorte n’avoir qu’un seul nom propre possible. Mais il semble évident qu’avec Charnet, elle en est cette variété modifiante, à faire retour là où on ne l’escomptait plus. Elle nous enserre en son espace, nous tenaille. Avec lui. Nous familiarise. Ce qui précisément ne peut véritablement l’être.

De ces puissances, celle qui chez lui aura été indéniablement la plus présente, c’est l’espace laissé aux absents, aux morts impossibles, aux fantômes, aux confidents secrets, aux grandes amitiés menant à une forme de feuilletage et de grain particulier d’un présent fictionnalisé dans le limon de la phrase même.

 

Trouvaille et retrouvaille

Cette mélancolie native et rageuse, consiste presque à nous faire sentir une image exacte du présent, fuyante et oblique à la flèche du temps. Figure ainsi toujours le motif ou dessein d’un chant, tel un instrument du funambule, duquel il est possible de se raccrocher, de retrouver un équilibre, à faire passage, une manière d’accueillir cet abîme en soi, ce chaos intérieur, provoqué. Là où la musique se faufile dans le poème-vie, déplaçant les effets d’une terreur secrète mise à mal. Mise à nu.

A trop figurer, une perte de contact avec l’essentiel. Où serait cet essentiel pour Charnet, en cet opus, si ce n’est par une association des puissances de filiations, au-delà de toute psychologisation, mais dans le chant de l’énonciation de la césure et de la perte, et de la retrouvaille. Je dirai, avec cet esprit, trouvaille et retrouvaille. Charnet habite la césure, l’interruption, en nous y faisant toucher la contiguïté. Si bien que l’inachèvement se dresse, se cambre, et rejoint presque la forme d’un commencement, qui n’est jamais pur recommencement. Il y a toujours un retour vers ce qui n’était pas tout à fait la même chose, la même situation, la même sensation. Une ouverture et le contraire d’une ouverture. On explore, on découvre à mesure. Une lenteur et une vitesse. Conjointe.

Une page suspensive. Une notation. Une respiration. Un appui. Une assertion digne d’un moraliste de ces temps désaxés.

Il pourrait se contenter de généralisations abusives sur tel ou tel fait, dérive, entrelacement, au risque d’un affadissement de toute profondeur par la superposition plate et sociologisante. Mais non. Charnet développe presque une théorie des « amitiés singulières », des filiations singulières, au gré des évidentes réelles rencontres, laissant « cette marge » à la liberté, cette science des singularités, « science des êtres uniques ».

Si la lenteur dicte au désir, il reste cependant un clavier infini de vitesse. Cette lenteur permettant une approche fine. Une adhérence entre la vitesse et la façon d’où un mot peut ouvrir l’espace. Charnet au plus juste, parvient à trouver ce justeTempo. Intérieur à la conscience de la phrase. En tant qu’elle produit. Un état de présence. De conscience aigüe et(é)perdue. Elle se découvre en tant que vérité d’un percept, le Sujet venant après. Avant l’égo. Ailleurs. Toujours en recherche de « l’irremplaçable particularité. »

Cet entre-deux, le flottement entre des polarités (le chant, la parole), cet ailleurs, au lieu de gommer le chant et la parole, les exalte. Une vocalité qui s’accomplit dans l’espace d’un présent (un espace fermé et transparent qui ouvre) qui fictionnalise ses durées propres.

 

« Poursuivre la poésie entre les lignes »

Tout ce qui peut s’inventer, hors d’une métrique du seul-avec-soi-même, entre le murmure, le chuchotement, le cri, l’air, une profération, le regain, la résistance, l’effondrement, le silence, etc., cette manière de « poursuivre la poésie entre les lignes ».

Une façon d’advenir, de marcher dans la phrase comme on découvre un lieu, un rapprochement à l’étendue inouïe, d’éclater dans l’espace, comme une source qui permet ce déplacement, cette transition dans l’espace dans lequel elle retentit.

© Portrait photographique signé Olivier Roller

Etre à côté de soi-même pour en créer l’identité prismatique et diffuse même de cette prose-poème, son intrépide « rendez-vous avec l’impossible », avec ce lyrisme travaillé au cœur d’une noce profane d’un poème noir. Et cette image lascive « des draps mon âme horriblement froissées », traces aussi mélancoliques que néo-romantiques.

On passera car tout passe pour mieux durer sur les scènes rocambolesques autour de Tillinac, et son cortège d’excès baroques, « la mauvaise réputation » en plus. Une maison-phare ou pivot. Une chambre des premières libertés. A distiller là aussi des connivences. Des amitiés. Des observations sur un « mundillo » à courte vue.

Ne l’oublions pas, avec Charnet, on aime la vie, mais on ne l’aime jamais autant dès lors qu’on ne l’aime pas assez. Elle en redemande, en ce « combat de mots ». Il faudrait se libérer de « l’emprise mortifère ». Pourrait-on ainsi se libérer de ce symptôme. Autant en faire, sa phrase, son poème. De « cette emprise », de la vie dans la vie.

On vit la métamorphose du texte, d’un texte fut-il de commande à ce qui deviendra « à l’insu » un livre, un livre-pivot.  Un livre de transmission. Un texte soumis à la tension même de « l’irremplaçable », ou « l’expérience de l’impossible mort ». Ce qui dans la langue Charnet, a quelque correspondance.

« L’impossible à dire, c’est ça », les mots, la musique. Cet ailleurs. Et ce cœur. Le film des mots impossibles.

Les figures mouvementées d’un solipsisme à tenter la « forme en mouvement », entre le « détail » savant, reste d’un fond d’encyclopédisme des Lumières, et la teinte d’un prosaïque, à conserver en toute ralentie et vitesse, cette énergie.

Chaque « lucarne » est la marque vivante, de ce « carnettiste » hors pair.

« Profession : carnettiste » aime-t-il ainsi se définir, en savant provocateur. Le signifiant n’est jamais loin.

Comme Michaux, il commence par ce qu’il nomme graphiquement par des lignes, comme s’il écrivait en peignant (rappelez-vous, Charnet est peut-être un peintre qui s’ignore) des « gribouillis », des gribrouillons. Le gribrouillon faisant anamnèse, de ce qui fut transitoire dans l’éternelle transition.

Les Vies de plusieurs passages

« La bâtardise », thème cher à Charnet, comme un syntagme à venir caviarder « ces cancers de l’identité ». Charnet se départ de cette question de l’identité. Il vous parle avec gravité et incroyable légèreté, de ce sentiment quasi ontologique chez lui de n’être jamais à sa place. Ou de n’être à nulle place autre que de cette transition perpétuelle. Les vies de plusieurs passages. Avec les grands Ainés, les quelques-uns, singuliers par l’évidence, présents dans ce poème-vie. Et son cortège de « mal incurable ».

Le libraire de Gambetta en son ton se fait aussi « Rousseauiste » que « Baudelairien ». « Les yeux dans la voix ». Une forme de densité peu commune, de mise à nu, non pas pour imiter, mais pour faire trembler autrement ces Saints, et maudire en créant d’autres espaces « notre immonde ».

Charnet nous place devant les « ratages » de la modernité pris dans les plis de son désir entre le rêve et la vie. Avec cette transgression, d’une saison définitive. Ce goût de la solitude. Et ce goût de la résistance.

Voilà, chers lecteurs, lectrices, mués, avec ce désir de savoir, envoûtés par cette écriture de la « songerie » et de la « bifurcation ». Ce goût de soupir au bout de la langue. Ce gout de la « fidélité », et du « fabuleux supplément ».

On tournera toujours autour, sans savoir réellement, ce qu’il en est de cette vie-poème comme de cette écriture, suspendue comme une rêverie, la possibilité d’un accord qui nous désaccorde encore. Du fond des âges, loin et proche. Une façon de s’énoncer par l’impossible de cette présence, dans la mémoire, le souvenir, le désir, l’enfance. Pour ne pas « disparaître ».

Une sorte de big bang intérieur, à ne pas confondre avec sa voix. Cet « ailleurs », cet « avant » des débuts, des commencements, à faire retour par les bords de la conscience. Celle à se reconnaître. A se défaire entre « les linceuls » de ces flottements.

Une qualité de la présence vocale, de ce film des voix qui insémine tout le « corps-vitrail » du texte. Entre « bifurcation »et « inachevé. »

Charnet se recompose en cette vocalité, ce flottement, ce rapport intimement lié à notre modernité.

Une livre choral de « petites chansons » dont la vocalité inséminée n’est jamais excluante.

Un travail de deuil impossible, et tout ce qui peut se dire, s’inventer par ces fragments.

« Au bout du déconte. Ce ne sont pas seulement des registres de durée. Mais des façons d’endurer. Ce n’est pas toujours facile de continuer à marcher. Sous le ciel sans pourquoi. Il y a tant de jours sans. Sans moi, sans les autres. Je n’ai pas trouvé d’autre parade pour traverser ces temps morts. Un livre après l’autre. Je me recompose un peu. Composant, au fur et à mesure, mes petites chansons de prose. Je ne sais pas répondre autrement. Que par ces fragments » (p. 160).

La flânerie, « cette marge de liberté », la position de léger décrochement, à chercher la forme idéale qui ne viendrait jamais. Cette « déraison ». Indice d’une déconvenance, à l’opposé du faire-valoir, indice des « affinités électives », natives, s’inventent par elles-mêmes, pour elles-mêmes.

L’amitié comme les livres, seraient-ils de l’ordre d’une fulgurance à durée longue ? Il semble que Charnet nous en livre des indices poignants.

« C’est une politique. L’amitié » (p. 169).

Un mouvement non pas de retour, mais une expression du mouvement qui favorise ce qui émerge de la réminiscence, et de l’espace sonore.

Cette matière des mots qui attendent à anticiper des sons avant qu’ils ne deviennent des sons.

L’immobilité, cette tendance virtuelle à faire marque dans le réel de l’espace, de la page. Ce qui lance cette langue, ce fragment, à donner à l‘existence sonore une responsabilité, une radicalité. La langue est habitée, puis, elle retentit. Sèche. Et ample. En cette solitude où ne peut apparaître de l’espace que de cette condition où elle peut justement disparaître.

Charnet, si ponctuel qu’il soit, nous assure un petit coma, une suspension, une virgule disparaissante. En cette intensité de son « écoute, attention flottante. »

Ainsi, la vie dans l’écriture Charnet ne serait-elle pas ce mouvement du lirécrire un fragment au-dessus de l’épaule de l’oubli. Et de le prendre avec soi tel un baiser fauve assez noir et lumineux à étirer l’impossible. Car on n’oublie rien. Cette vie même qui se promène en cette absence, et qui peut laisser place à tout.

 

Sébastien Ecorce, Professeur de Neurobiologie (Pitié salpêtrière, ICM),
co-responsable de la plateforme Neurocytolab, bricoleur de mots, créateur graphique.

 

, , , , , , , ,
Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

Autres articles

1 comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *