[Chronique] Tous les chiens sont bleus de Rodrigo de Souza Leão, par Christophe Esnault

[Chronique] Tous les chiens sont bleus de Rodrigo de Souza Leão, par Christophe Esnault

mars 12, 2024
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[Chronique] Tous les chiens sont bleus de Rodrigo de Souza Leão, par Christophe Esnault

Rodrigo de Souza Leão, Tous les chiens sont bleus, Le Lampadaire, coll. « Nouveautés », novembre 2023, 93 pages, 13 euros, ISBN : 978-2-9559097-5-1.

Nous, les hyperdélirants, on s’envoie du neuroleptique pour notre bien, et puis après on est tellement terrifié à l’idée d’affronter la journée sans la molécule, qu’on la réclame nous-même. Nous les hyperdélirants, on nous colle des étiquettes d’hurluberlus, d’égotiques, de grands masturbateurs et de complets pédés qui s’ignorent, trucs habituels. Pas difficile de voir en Rodrigo un camarade, un comparse, un frère d’âme et un fou littéraire, et d’y aller de l’accolade, du soutien. Rodrigo est dit schizophrène. Paranoïa, CIA et tout le barda. Il va inventer une langue, pour en sortir, depuis son deuxième séjour à l’hôpital psychiatrique, au Brésil. Rodrigo est presqu’ami, presque copain ou parfaitement ami intime de Rimbaud, Verlaine (et Pessoa). Ce n’est pas lui qui a tué Redoutable Fou. Il ne ferait pas de mal à une mouche, il a juste avalé un grillon et un peu tout cassé.

On ne sait pas depuis son continent comment Rodrigo a lu Emmanuel Bove. Tu es son ami si tu le lis. Je ne vais pas te raconter, ai lu le texte trois fois et ai souligné « J’ai besoin de perdre 50 kilos », et « Par délicatesse, j’ai perdu ma vie ». Je m’étais dit, vais y aller pour une quatrième lecture, pour choisir un extrait de deux pages, et la chose est difficile, me voilà dans une embardée d’écriture, j’ouvre un nouveau fichier pour un prochain livre toutes les demi-heures, alors la note de lecture fleuve, je l’improviserai au pied levé, au format tweet quand on va m’inviter sur France Fous Cultureux.

Foncez sur L’Alamblog d’Eric Dussert, vers Sitaudis, vers Paludes, vers la note de Didier Ayres sur La Cause Littéraire, une note a été proposée à Europe, la pluie de retours critiques est déjà là il ne manque que vous pour lecteur et lectrice neurologiquement secoués. Etienne Ruhaud m’écrit : « Une véritable révélation. Merci, cher Christophe, d’avoir un peu insisté. J’en ai commandé plusieurs que je vais donner à des proches. » Gagnez du temps en passant une commande NOW ou en entrant chez Le Myriapode (Angers), à l’Esperluète (Chartres et Lyon), à La Machine à lire (Bordeaux), chez Terra Nova à Toulouse, Au Monte en l’air et chez EXC (Paris), à La Halle Saint-Pierre (au pied de Montmartre).

Lire Rodrigo de Souza Leão, c’est approcher une expérience similaire à la lecture du Jérôme de Martinet ou de la Conjuration des imbéciles sous psilocybes. Dans toutes les listes valables on n’oublie jamais Les Chants de Maldoror, on y ajoutera désormais Tous les chiens sont bleus, voyez un peu pourquoi je peine autant à rédiger une note de lecture ou à injecter des extraits, il y a trop à dire, des études à écrire et des extensions textuelles à foison en perspective. Une autre école après Vincennes, pour nous les fous et les Qui-écrivent-pour-en-sortir. TOUT est à CITER.

Oui, on a envie de citer le livre dans son entièreté. Rien de moins. Ce qui est un putain de problème. C’est chez le Lampadaire qui ne va pas racheter le groupe Gallimard grâce votre soutien, mais qui défend la littérature et une langue rare, celle de Rodrigo, qui est une langue reliée à vos oreilles et à votre être (en combustion attendue et en rendez-vous !), ET au tympan crevé du monde.

Cessez de zoner sans rencontrer Rodrigo et son urgence ; un rétablissement, quand on avait oublié le miroitement du littéraire, son jaillissement, sur chaque ligne du texte.

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