Libr-critique

30 mai 2007

[soirée poésie] Déméninge poétik par temps de guerre

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , — rédaction @ 7:11

cliquer sur l'imageLa toute dernière soirée de l’association Trame-Ouest dans le Nord de la France est organisée le 1er juin à Arras, à L’atelier, lieu associatif géré par l’association akozal [19h30]. Se succèderont ThTH [aka Thierry Théolier], Philippe Di Folco et Philippe Boisnard. Trame-Ouest a commencé à organiser des lectures depuis 2001, même si le premier événement à avoir été créé date de 1999 avec une manifestation-exposition autour de Raymond Queneau avec une exposition de Jacques Limousin. Plus de 120 poètes auront été invités, deux festivals créés [Généalogi-Z et Terminal X-perienz].
Cette dernière soirée, outre le fait que nous invitons des écrivains que nous apprécions, sera aussi l’occasion de montrer les dernières avancées de Philippe Boisnard en poésie numérique. En effet, avant la lecture sera projetée [NOSC~], une poésie numérique aléatoire modulée par des séquences sonores. Cette poésie électronique a été créée avec [pure data] logiciel libre de programmation modulaire [développé par le même créateur que MAX/MSP]. cliquer sur l'imageLe principe de ce poème, c’est que l’ensemble des textualités est retraité aléatoirement en 3D dynamique à partir d’une interaction avec le son [constitué aussi bien d’oscillateurs que de voix pré-enregistrées choisies selon un mode aléatoire]. De plus le visiteur peut intervenir sur le processus à partir d’une interaction midi. Ainsi sera montrée une des modalité d’e-poetry, une semaine après la fin du festival E-poetry auquel Philippe Boisnard a été invité avec Hortense Gauthier [hp-process] pour faire leur performance [bod project].

[News de la blogosphère#5] Le projet à laqueuleuleu de Stéphane Rouzé en ligne

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:39

lelem.gifIl avait été annoncé, il vient d’être achevé. Le projet à Laqueuleuleu de Stéphane Rouzé a été mis en ligne sur le blog Lelem pour l’anniversaire de Raymond Federman. Une quinzaine de petites vidéos, mises en chaîne, constitue ce poème de Federman, et donne cette queuleuleu poétique en hommage. Nous y retrouvons de nombreux contributeurs, Marie Delvigne, Charles Pennequin, Christian Malaurie, Christian Prigent, François Bon et encore bien d’autres. Nous saluons cette réalisation de Stéphane Rouzé. Ayant été sur-chargé ces derniers temps et nayant pu réaliser le petit clip de cette réalisation, d’ici quelques jours, je mettrai en ligne ma petite séquence.
partie 1.
partie 2.
partie 3.

29 mai 2007

[Chronique] Le roman…le réel ?

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 5:25

monderoman.jpgNon-événement
Cette semaine, du 30 mai au 3 juin exactement, se tiennent à Lyon les premières Assises internationales du roman, organisées conjointement par Le Monde des livres et la Villa Gillet (renseignements : www.villagillet.net) : sur le thème « Roman et réalité » se réunissent soixante-dix écrivains et critiques originaires de quelque vingt-cinq pays.

À considérer le programme, les amateurs d’exotisme et de nostalgisme peuvent avoir l’agréable impression de se voir conviés à un petit retour dans le paysage littéraire des années 20-50 : « Littérature et engagement : le pouvoir des mots », « Le roman : un miroir social », « Le romancier face à la réalité de ses personnages », « Le roman familial »…

Et si l’on ouvre le numéro spécial qu’à cette occasion propose Le Monde des livres, c’est avec plaisir que, dès l’éditorial, on découvre ce genre de vérités sur le roman et le réel : « La fiction romanesque ne se contente pas de représenter le monde – en devenant moderne, le roman s’est éloigné de l’idéal et rapproché du réel -, elle l’éclaire et tente de le comprendre, même accidentellement » ; « le roman est un instrument de liberté » ; « Chaque roman dit quelque chose du monde qui l’entoure et qui l’a porté » ; « d’où qu’elle vienne, la fiction peut être plus ou moins soucieuse de contraintes formelles, plus ou moins portée à l’introspection…elle parle forcément de son temps, d’une réalité donnée et des gens qui l’habitent ou la subissent » ; « L’arme principale du roman, (…) c’est sa capacité à projeter le lecteur dans un monde fictif à la fois différent du sien et semblable en un point fondamental : son humanité »…

Mais quand on aime les méthodes Assimil et l’univers de Ionesco, on ne s’arrête pas en si bon chemin. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises…Au fil des quatorze pages que compte le supplément hebdomadaire, les « clés » généreusement offertes pour nous éclairer sur les thématiques des tables rondes, qui ne sont à vrai dire que des notices potachiques, délivrent d’autres vérités premières : « Dans le roman peut surgir ainsi une douleur physique ou psychique, personnelle ou collective, insoupçonnée jusqu’alors par la société qui le lit » ; « le romancier peut aussi s’emparer des territoires inédits ouverts par les sciences pour les investir de sa vision »…

Le roman, le réel

Le titre de cette divertissante livraison est emprunté à Philippe Forest. Le titre seulement, parce que de l’essentiel il ne sera jamais question. À la suite de Lacan et de Bataille, Philippe Forest assimile le « réel » à l' »impossible », concevant un réalisme négatif proche de celui que défend Christian Prigent depuis plus de trente ans : se mouvant « dans cet espace entre sens et non-sens qui n’appartient ni à la philosophie ni à la poésie », le roman vise « la représentation de l’irreprésentable », c’est-à-dire le « réel » comme envers des discours légitimes. Cependant, plutôt que de se réclamer de l’illisibilité et du carnavalesque, il préfère ne pas renoncer à la fonction heuristique de la littérature humaniste (pour en savoir plus).

Mais, dans ce débat international, de quel réel et de quel réalisme s’agit-il ?

On pourrait encore penser à ceux que Jacques Dubois nomme « les romanciers du réel » (Seuil, « Points », 2000), qui s’efforcent, non pas de refléter, mais de réfracter le « monde réel » : les romans du réel étant des laboratoires où s’opèrent de véritables expérimentations sociales, puisque des trajectoires individuelles se trouvent confrontées aux structures objectives contemporaines, c’est bel et bien au moyen de procédures romanesques spécifiques que ces romanciers sociologues, en dévoilant les mécanismes sociaux de la domination, la dénoncent.
Mais de cela il n’est pas ici question non plus.

Un discours de légitimation

En fait, comme toujours dans les productions du pôle semi-commercial, il s’agit non seulement de faire dans le démocratique en donnant la parole aux acteurs les plus divers, mais encore de brouiller les pistes en recyclant des concepts et/ou des thématiques, et aussi en invitant à la fois des écrivains exigeants et d’autres plus commerciaux ou « mondains ». « Les torchons sont mélangés avec les serviettes », pour reprendre une expression de François Weyergans.

En fait, nous avons affaire à une stratégie ne visant qu’à apporter une garantie symbolique à des pratiques qui soutiennent le Marché et ses valeurs. Autrement dit, la ligne du Monde des livres ces quarante dernières années a-t-elle été dictée par la conviction que « le roman joue un rôle capital dans la conscience que nous avons du monde » ou par d’autres considérations, beaucoup moins nobles ? La réponse est à chercher hors des colonnes du journal. Dans une émission d’Antoine Spire sur France-Culture, Josyane Savigneau affirmait en substance qu’un grand journal comme Le Monde ne peut s’intéresser qu’aux livres destinés à un public assez large – ce que confirmait Michel Contat lors d’un entretien recueilli dans Manières de critiquer (Artois Presses Université, 2001). Et dans le dossier « Zigzag Poésie » de la revue Autrement (n° 203, avril 2001), le critique Patrick Kéchichian confirme sans ambages que l’espace critique des grands titres de la presse nationale est proportionnel au taux d’audience, c’est-à-dire qu’il se conforme à la hiérarchie commerciale des genres.

La critique en terrain miné

C’est dans cette perspective qu’il faut lire la page intitulée « Qu’attendez-vous de la critique ? » Assurément, l’objectif est de se réclamer du droit canon, d’obtenir une caution symbolique de quatre protagonistes du jeu (une lectrice, un écrivain, une libraire et un éditeur), représentants chargés de rappeler le nomos, le credo originel : « le critique est un éclaireur qui défriche et déchiffre les textes d’aujourd’hui » (Françoise Decitre, libraire).

Mais il faut composer avec l’indépendance d’esprit de François Weyergans et de Christian Bourgois. Le premier ramène la critique journalistique à ce qu’elle est devenue, une simple musique d’ambiance : « La critique (je fus, je suis critique) est à la littérature ce que les turbulences sont au voyage en avion : ça met de l’ambiance ». Le second, qui réclame deux qualités perdues, la distance et la patience, pointe en outre la dérive spectaculaire qui affecte la presse actuelle : « il y a critique et critique. On assiste de plus en plus à une focalisation accélérée sur quelques événements médiatisés à l’extrême. Or, la plupart des livres ne sont pas des événements, du moins dans l’idée que je me fais de la littérature. Le plus souvent, on s’aperçoit de leur importance longtemps après leur publication ».

Si cette entreprise de légitimation avorte, c’est justement, entre autres raisons, à cause du regard rétrospectif que suscitent ces déclarations. Le Monde des livres n’a-t-il pas pour fonction première de participer aux grands événements médiatiques comme la Rentrée littéraire, les Foires et Salons internationaux, les anniversaires jugés mémorables, ou encore les promotions éditoriales exceptionnelles ? N’a-t-il pas contribué au tapage autour d’auteurs vedettes comme Angot, Houellebecq ou, dernièrement, Littell ? Ne brille-t-il pas dans l’art de mélanger les torchons avec les serviettes ? Le lecteur averti qui ouvre la livraison du 13 avril 2007 peut en effet constater que les récits de Christian Prigent et de Chloé Delaume avoisinent deux textes lyriques, de Bertrand Leclair et de Philippe Bonilo, regroupés sous le titre accrocheur « La Voix de la chair ». Et s’il tombe sur celle du 4 mai, il note que le romancier à succès Marc Lévy bénéficie du même espace que le philosophe Claude Lefort…

En guise de recul par rapport à l’actualité, qui n’a remarqué la disparition de la chronique de Pierre Lepape, alors que sont apparus des dossiers « grand public » sur le corps, le cinéma, James Bond, l’homosexualité etc. ? En outre, tandis que Le Monde des livres fait la part belle à la littérature étrangère et au patrimoine littéraire français réédité en collections de poche – souscrivant ainsi, de fait, à la rengaine « il-n’y-a-plus-de-grands-auteurs-français » -, ce même lecteur averti continue de s’interroger : quelle oeuvre véritable a-t-il défriché ? Les grands textes en prose de Prigent, Desportes, Volodine, Chevillard ou Fiat ont-ils été découverts par Le Monde des livres ? Hormis les romans lisibles et les valeurs du Marché, qu’y trouve-t-on ? Et en matière de déchiffrement, à quoi avons-nous affaire, si ce n’est à l’aléatoire dosage d’entretiens, de résumés, de paraphrases et de phrases creuses ?

À l’époque où les comptes rendus se font courts, se réduisant souvent à des notes informatives, où certains critiques se laissent aller à publier des synthèses préparées par leurs « amis » attachés de presse, où les éditeurs se lancent dans « la promotion par le Net » (Le Monde des livres, 11/05/07), où la critique se confond de plus en plus avec l’actualité et la publicité et où bruit le « déblogage » des blogs dits littéraires, à l’évidence la critique est en terrain miné.

25 mai 2007

[Texte] Claude Favre, métiers de bouche

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:03

i. tant que possible harceler :
abecedai.pngi. à chair de poule malaise sans métaphysique
i. je trouve un mot : dure lave et sève
i. que je crache ça remâche l’os
i. me cogne à vous me suis dit
i. arriérée qui harasse les qui sont des tics
i. bavarde des langues anciennes et pas pour du beurre
i. c’est fini mon petit rat on parlera pas plus
i. souris
i. j’sais pas j’pas l’accent spray douceur
i. que je crache ça ne se marchande pas
i. vous savez histoire classique fatigue à la longue longe
i. dans la catégorie non brûlés vifs
i. comme beaucoup d’aucuns qui ne se le disent
i. criblée langue coupée mille d’autant de fois i.
i. à la mort que sers en ambigu

j. et comment idiote !

j. murmiauler plaisanteries
j. en faire trop pour elle garce
j. qui sera mort et d’alarme larmes
j. me ravive bander
j. qui le fait chante d’effets contraires
j. entrechoquer tant pis mieux risquer
j. le pas plus grand
j. au.de.là…
j. flocons de mots vous avez vu l’ombre portée
j. forcément d’autres de nous ? questions :
j. c’est écrire insurgé avec beaucoup de langues
j. s’il vous plaît pour la faim
j. sous l’oeil de l’ours Rhadamante
j. un mot walk deux mots phrases the walk trois vols
j. à la vie papillon

k. sans vergogne, jongler

k. feindre la fuite : vents
k. inquiet qui danse grand plaisir
k. à tomber en langue, vlan
k. de l’avant et ses blessures
k. n’en a assez c’est aussi un pari
k. la langue la vie qui tourne pas rond
k. des rafales virant épidémies
k. vlan, crevasses, etc
k. comme histoires de feu, foyer, papiers, etc
k. pour personne n’y suis sauf mes langues
k. et les vôtres à jongler d’idiotie lente loquace
k. à bousculer pays fossiles sansplanprincipe non
k. sans précaution par distraction non sans faim
k. vergogne c’est pas du commentaire
k. à la mort à boire <à vif>

l. papiers aux vents

l. c’est un vrai choix
l. pour saisir sans vérifier
l. qui zappe tout fragmente le temps, la route
l. à l’effroi à la rage -parfois grandi :
l. chiures de mouches dans le bocal
l. mal armés pour le dire net et fiancés
l. arrimés à en débattre
l. donc…ça va
l. de plus en plus, en découdre idylles et gaspillages
l. glisser de la mémoire de l’autre s’effacer
l. plus ou moins on se raconte des histoires
l. et ce que dieux offrent : dépouilles, viscères, chagrin
l. et colère : dépouilles de mots têtus
l. on n’avait pas pensé à ça ?
l. la vie delicatezza

23 mai 2007

[Chronique] Au Carnaval Durif

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 13:16

tuetete.gifUne partie de l’oeuvre d’Eugène Durif se place sous le signe du Carnaval. Cette semaine, on ne manquera pas de découvrir, lors du Festival 20scènes, le spectacle que propose Anne Courel (Compagnie Ariadne) à partir de Pochade millénariste et Comme un qui parle tout seul : À tue-tête, la java des déjetés. Voici la présentation qu’en donne le site www.theatre-traduction.net :
« Il y a fête dans la ville. Dans quelques heures aura lieu l’inauguration de la Maison de la Poésie, avec invités officiels, lectures non-stop et sonnet de Rimbaud mis en orbite par la fusée Mariane. Alors vite, il faut ranger les rues et les ruelles. Tout doit être propre. Des brigades humanitaires sont chargées de nettoyer le paysage urbain : les sans toits, les sans rien-du-tout n’ont plus qu’à se cacher s’ils ne veulent pas être embarqués dans des centres à l’écart de la ville. Mais à la faveur d’une panne d’électricité, ils sortent tous et une grande fête des gueux, carnaval bouffon, s’improvise. Dans les rues sonnent et résonnent leurs cris et leurs chants, paroles de colère, paroles nécessaires, comme dans une sorte d’ivresse, jusqu’à ce que…
Parler de l’exclusion n’est pas facile. Faire du théâtre qui parle de ce monde qui va de travers n’est pas évident. Aussi ce spectacle utilisera non seulement les mots, le chant et la musique, mais surtout il fera jaillir la poésie car elle seule peut montrer la réalité, tout en créant le décalage et la distance nécessaires.
Entre théâtre et musique, c’est un poème symphonique qui s’élèvera sur la scène ».

Dans la Préface de Têtes farçues (L’Écoles des loisirs, 2000), Eugène Durif revendique d’ailleurs ouvertement cet héritage carnavalesque : « cette farce s’inscrit dans une tentative de s’approprier des formes archaïques, foraines, littéraires ou orales, et de parler du monde de façon « carnavalesque » (pour reprendre une expression de Bakhtine à propos du monde de Rabelais). Pour citer des références, cela pourrait aller des fatrasies médiévales à Alfred Jarry en passant par les soties, les jeux de mots des « Grands Rhétoriqueurs », Rabelais, Tabarin ou Thomas Gueullette, les « entrées de clowns » recueillies par Tristan Rémy… »

Que cette pièce pour grands enfants soit la réécriture d’Ubu roi ne fait aucun doute : cette « baudruche ouatée », cet « ububu de popoche » qu’est Cap’tain Bagoinffre n’a qu’une seule obsession, celle de tuder… L’inventivité verbale est également au rendez-vous, dans les détournements de clichés : « il y a aiguille sous roche », « Tu ne seras pas le dondon de la farce », ou « HARO SUR LE BIDET », comme dans l’art de l’invective : « Agité de la capelle ! », « chibre glabre », « pet bréneux ! Infirme de la copule ! », « Ã‰tron patibulaire ! Stipendié de la prébende », « résidu de giglette »…

rachto.gifMais surtout l’originalité de ces Têtes farçues réside dans le « grand combat » pour la conquête de la capelle, emblème d’un capitalisme dont la domination est à la fois économique et symbolique. Ce combat des chefs entre un avatar de la commedia dell’arte (Cap’tain Bagoinffre) et un traître ancestral (Ganelon) oppose ainsi la langue idiolectale à la « langue nouvelle », « langue sans équivoque, un mot enfin pour une chose », « langue propre, sans arrière-paroles » parlée par les « gens normaux »… D’où le réquisitoire de Ganelon : « Assez d’archaïsme ! (…) Il faut introduire l’esprit du management. Finissons-en avec ces vieilles formes. (…) Soyons résolument modernes ! » On reconnaît ici l’antienne qui caractérise un discours dominant que l’on peut condenser dans cet imparable raisonnement : est moderne ce qui est nouveau ; ce qui est nouveau est à la mode ; ce qui est à la mode se vend… Aussi la langue doit-elle subir une véritable épuration pour concourir à l’avènement du Tout-économique.

lechauffement.gifLa langue carnavalesque est précisément celle qui excède cette novlangue, cette langue uniformément lisse qu’est le FMP (Français Médiatique Primaire). (1) Et parce que Eugène Durif nous fait saisir la vitalité et la truculence de l’idiolecte carnavalesque, parce qu’il nous fait entendre cette résistance proprement moderne à la révolution-restauration idéologique, il convient de parler de langagement.

Preuve, s’il en était besoin, de l’intérêt que peut avoir aujourd’hui le théâtre carnavalesque d’Eugène Durif : la représentation que viennent de donner à l’Université d’Artois des étudiants de 2e Année en Arts du spectacle – dont sont extraites les photos ci-jointes.

(1) Voir, outre Orwel et Prigent, Jaime Semprun, Défense et illustration de la novlangue française, Éditions de l’Encyclopédie des nuisances, 2005.

22 mai 2007

[E-Poetry] Interview de Philippe Bootz

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:12

bootz.jpgPhilippe Bootz est l’un des coorganisateurs de E-Poetry en France (avec Loss Pequeño Glazier, Jean Clément, Patrick-Henri Burgaud, Alexandre Gherban), biennale créé aux Etats-Unis en 2001 par Loss Pequeño Glazier. Il est l’un des théoriciens essentiels de l’e-poetry et des formes de littératures liées à l’usage de l’ordinateur. On peut lire certains des ses textes en ligne sur le site du collectif Transitoire Observable [ici].
Cet entretien s’est déroulé le dimanche 20 mai, juste avant l’ouverture du festival au Divan du Monde (soirée de performances où intervenaient Jörg Piringer, HP-Process ou encore Philippe Castellin). En trois temps, tout d’abord il met en évidence la généalogie de ses recherches, puis il pose les enjeux du festival e-poetry, et enfin il explique à partir de son propre travail les tensions et liaisons entre recherche théorique et création.

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21 mai 2007

[Chronique] Nouvelles de Novarinie

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 10:53

Bienvenue en Novarinie
timbres_vn.pngValère Novarina est à lui seul un microcosme littéraire : non seulement l’auteur d’un univers étrange, mais encore le centre à partir et autour duquel prend forme un monde original. Et c’est parce que l’écrivain-dramaturge est devenu un label qu’est né avec le siècle le site www.novarina.com, qui recense les dates de tournée, les diverses manifestations avec lui et/ou autour de lui, les représentations passées et présentes, ses publications et expositions, les publications critiques sur son oeuvre…

La dernière météorite survenue dans la sphère novarinienne a pour nom Le Vrai Sang (Hors-limite, 2006, 24 €) : au CD qui, grâce à Pascal Ribier, offre une compilation de divers documents sonores enregistrés entre 1972 et 2006, s’adjoint un livret de 64 pages qui réunit trois entretiens, un extrait de Lumière du corps (« L’Acteur sacrifiant », P.O.L, 2005) et huit photos (« Scarifications ») de Valère Novarina, accompagnés d’un texte de Pascal Omhovère (« Une lutte de couleurs »), qui a en charge la dramaturgie de L’Acte inconnu, prochain spectacle qui sera joué à Avignon en juillet (nous en rendrons compte, ainsi que du livre qui paraîtra chez P.O.L).

20scenes.jpgLe vrai sang, c’est l’origine rouge de la langue, celle que le poète oppose à la noirceur de la condition humaine. Car l’inquiétude naît avec et par la parole, et c’est par la parole qui se fait Verbe qu’elle peut être conjurée. L’inquiétude est consubstantielle à l’incarnation : le théâtre novarinien met en scène les interrogations de cette créature hybride qu’est l’homme, déchirée entre son être-de-sang et son être-de-bois. Jeté dès sa naissance dans l’espace furieux du langage, l’homoncule novarinien, comme l’homoncule beckettien, ressent à chaque instant le tragique de sa condition. Regrettant d’être né, c’est-à-dire tombé, non pas dans la vie, mais dans « la mécanique humaine » (La Scène), il fait l’expérience comique de l’inadéquation entre le corps et l’esprit, l’homme et le monde : « Nous sommes au monde mais nous ne sommes pas du monde« , lit-on dans L’Origine rouge. Un Homme Pantalon de La Scène, tout droit issu de la commedia dell’arte, résume ainsi ce qui apparaît à la fois comme le destin de l’acteur et celui de tout homme : « Ma vie est l’histoire d’une marionnette agitée par les choses déjà toutes dites ». Au sentiment d’étrangeté que ce fantoche lorrain éprouve devant l’existence (« Ah que je m’étonne d’être ! ») répond l’angoisse existentielle du fantoche de Gugusse : « Je m’ennuie de ma grosse marionnette ». Les pièces de Novarina sont des farces métaphysiques, en ce sens qu’elles n’ont de cesse que de mettre à nu la pantinitude humaine.

VN à 20scènes

znyk.jpgC’est cet univers d’opérette philosophique que nous propose de (re)découvrir le Festival de théâtre contemporain 20scènes, dont la deuxième édition se tient à Vincennes du 22 au 27 mai 2007. Ce n’est pas moins de huit spectacles qu’on pourra ouïvoir ; on s’immergera en outre dans le mode imaginaire du peintre-écrivain grâce aux expositions de dessins, maquettes et photos. Au reste, la bonne idée de ce festival – dont la première édition en 2005 a rassemblé quatre mille spectateurs – est de regrouper sous la bannière « Théâtre et poésie » trois auteurs dont le point commun se résume en un seul mot, langagement : Eugène Durif, Joël Jouanneau et Valère Novarina. [voir le programme].

« Quand on rit, on respire différemment, on aère sa tête » (Daniel Znyk)

Au moment où Novarina entame les répétitions de L’Acte inconnu [en savoir plus], il est impossible de ne pas avoir une pensée pour Daniel Znyk, qui, après avoir collaboré avec cet « infini poète » (1986-2006), est mort accidentellement le 12 septembre 2006, à 47 ans.

Daniel Znyk était au sommet de son art : un acteur-marionnette, donc. On se souvient de sa transe du verbe, de son extraordinaire travail de Déséquilibriste dans L’Origine rouge ; « Pour arriver au sentiment qui est celui d’avoir les mains ouvertes, toute la durée d’une représentation, être dans une maîtrise absolue, à la façon d’une horloge, il faut accepter de baisser les bras sur un certain nombre de contingences, de soucis personnels, de représentation, de continuité de sens », disait-il en 2001. Dans Lumière du corps, Valère Novarina lui rend ainsi hommage : dans L’Origine rouge, Znyk « est facial et muet (…) comme Grégoire de Nicomédie ».

Dès son entrée en Cène, ce vocassier de génie savait sortir de lui pour incarner le Verbe, se défaire pour être parlé, s’abîmer dans les « extrémités de la matière humaine » (2001) et offrir son « sacrifice comique » (Lumière du corps).

20 mai 2007

[LIVRE] Pascale Petit, Manière d’entrer dans un cercle & d’en sortir

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 8:40

pascale_petit.jpgManière d’entrer dans un cercle & d’en sortir, Pascale Petit, ed. Seuil, coll. Déplacements, 207 p. ISBN : 978-2-02-093053-6, 16 €
[site du seuil]
[site de François Bon présentant la collection Déplacements]
4ème de couverture :
Un éclatement de formes où interviennent des lettres, des phrases d’enfant, des descriptions d’objets scientifiques et des listes d’inventions à faire. Le monde : d’étranges jardins, parfois familiers, parfois fantastiques. Il ne s’agit plus d’un homme, d’une femme, et du témoin de leur relation, mais les personnages deviennent roi, reine, coiffeur. Un univers qui fait de notre quotidien le palais de notre relation à l’autre. En quoi le monde aujourd’hui modifie le plus élémentaire de cette relation d’un être à un autre. Pascale Petit n’invente pas de roman, ne décrit pas le monde, ne se réfugie jamais dans l’allégorie : elle met à l’épreuve ce qui nous lie à nos proches, dans le contexte le plus actuel de ce qu’est vivre aujourd’hui. F.B.

Pascale Petit a notamment publié Tu es un bombardier en piqué surdoué, aux éditions Bleu du Ciel en 2006, Salto Solo aux éditions L’Inventaire et des pièces de théâtre à L’École des Loisirs.

Premières impressions :
Pascale Petit, à travers cette relation triangulaire, du roi, de la reine et du coiffeur, explore non pas la relation directe, mais les relations possibles que chacun d’entre eux tisse aussi bien à eux-mêmes qu’aux autres. En effet, à travers leurs lettres, leur journal ou leurs messages, ce qui se constitue n’est pas le plan solide d’une mise en jeu relationnelle définissable, ni non plus un monde appréhendable, mais c’est l’indéfinissable des univers de chacun des protagonistes, qui sont pris, surtout pour le roi et la reine, dans l’impossible fixation de leur propre pensée et delà l’impossible de leur relation.
Ainsi on suit la multiplicité des inventions scientifiques et techniques du roi. Inventions relayées aussi bien par lui que par la reine ou leur témoin. Chacune d’entre elles, apparaît comme une mécanique plus ou moins absurde, aux fonctions parfois peu discernables. Et c’est bien tout l’univers de ce texte qui se révèle comme ces mécaniques : une forme d’assemblage mouvant, aux parties précises mais aux combinaisons précaires, que chaque protagoniste endure dans la solitude de sa propre parole.
Ce texte ne cherche pas tant à créer un univers qu’à montrer la fragilité des assemblages mentaux de l’humanité ici en jeu avec ces trois présences. La reine, femme, prise dans sa position de femme, qui tend vers le roi, toujours déjà absent, retiré dans l’amphithéâtre de sa pensée, obnubilé par lui-même, au point qu’il ne l’entende pas, de sorte que, comme elle l’écrit dans ses brouillons de lettre au roi : « Plus je vous appelle, moins je vous parle. Ce sont des cris d’appel qui signifient autre chose ». La reine prise dans les affres de ses désirs, notamment celui des enfants, qu’elle ne peut toutefois parvenir à imaginer, car tel que le dit le coiffeur : « Elle a essayé de compter tous les enfants qu’elle n’a pas eus. Mais elle n’y arrive jamais : »Ils bougent tout le temps, ils sont tellement vivants ».
Le roi, enfermé dans ses inventions, notamment son tricycle, élaborant un univers complexifié de poulies, de cordes et de ficelles, lui-même ne peut se saisir. Pris sans doute dans sa propre tentative d’agrandissement de l’espace, il ne peut maintenir son propre temps, le stabiliser dans ses souvenirs : « Il y a des cas où il est strictement impossible de pouvoir prendre des notes sur ce qui se passe dans sa propre vie & ce qu’on peut cependant recueillir s’avère parfaitement inutilisable. »
Ces univers donnés à lire par Pascale Petit sont ainsi non pas tant lapidaires, que fragmentaires, tout à la fois très concrets, et dans une certaine forme de dérive, où peu à peu ce qui insiste tient bien de la question de la relation, de sa possibilité : tout à la fois dans la parole et les secrets.
En lisant une première fois ce texte, m’est revenue une phrase de Godard, glissée dans Nouvelle Vague : « Les femmes sont amoureuses, les hommes solitaires ». Ce qui se noue et dénoue dans ces lettres destinées à l’autre, ces écrits donnés seulement pour soi, me semble entrer en écho avec cet énoncé. D’un côté une femme en tension vers l’homme et qui est submergée par son désir et l’univers en décomposition de ce désir toujours différé dans sa réalisation, et de l’autre la posture masculine du roi, tout à la fois ouvert à la reine, mais ouvert dans une forme de dénégation, au sens où toute relation du roi à la reine est inscrite dans une autre relation : celle qu’il a avec lui-même./PB/

19 mai 2007

[Chronique] Claude Le Bigot dir., À quoi bon la poésie, aujourd’hui ?

[Lire ici la présentation du livre]
État de crise
Depuis la fin du siècle dernier, la question hölderlinienne de l' »Ã€ quoi bon la poésie ? » tiraille le champ littéraire tout entier. Depuis les « Ã‰tats généraux de la poésie » (CipM, 1992), le diagnostic est en effet des plus critiques : poids économique nul, reconnaissance institutionnelle insuffisante, danger d’asphyxie par inadaptation au circuit commercial actuel, maintien « sous perfusion / subvention étatique », pour reprendre une formule du poète Olivier Quintyn (Magazine littéraire, n° 396, mars 2001)… De sorte que, dans le numéro 110 de la revue Littérature, intitulé « De la poésie aujourd’hui » (juin 1998), Yves Charnet n’hésite pas à parler de « malaise dans la poésie » et Michel Deguy de « devenir- mineur » : « Oui, vouée maintenant aux petits médias, aux petites plaquettes, au perd-petit éditorial, aux petites annonces, aux petites audiences multipliées, aux petites manifestations culturelles ». De ce mal poétique fin de siècle, le poète et essayiste Jean-Claude Pinson rend ainsi compte dans un essai qui donne son titre à l’ouvrage collectif dirigé par Claude Le Bigot : « Si malaise de la poésie il y a, il n’est pas sans rapport avec la fin d’une représentation avantageuse, emphatique, de la poésie et de la figure du poète » (À quoi bon la poésie aujourd’hui ?, Éditions Pleins Feux, 1999). Trois ans plus tôt, dans un texte qui le premier posait la cruciale question (À quoi bon encore des poètes ?, P.O.L, 1996), Christian Prigent décrivait avec un sens du paradoxe et un humour caustique le sort réservé aux poètes et à la poésie aujourd’hui : si les professeurs du secondaire vouent aux poètes contemporains, morts de préférence, « une déférence de principe », ils leur préfèrent néanmoins « des clones clownesques » ; quant à la poésie, elle est malmenée et subvertie (« on y taille des épigraphes, des exergues, des récitations, (…) on la détourne en pubs et en fétiches chromos »).

Au début du présent volume, c’est le problème de l’action poétique que pose cette fois Jean-Claude Pinson : »Avec la mise à mal des utopies politiques qui formaient l’horizon des poétiques de la révolution par le signifiant, avec des lendemains qui déchantent, parler d’action poétique a-t-il encore un sens ? » (p. 23). D’autant que ce sens échappe à la plupart de nos contemporains : « Peut-on encore se dire poète aujourd’hui ? », « Ã€ quoi ça sert, la poésie ? », sont de fréquentes questions, qui font notamment partie du quotidien de tout professeur de lettres. Pire, « Ã€ quoi bon la poésie, aujourd’hui ? » n’est autre que l’injonction qu’adresse aux poètes un sous-champ de grande production en adéquation avec une société utilitariste (àquoibonisme inquisiteur-restaurateur).

De la poésie en terrain hostile

Plus encore que les défenseurs du roman actuel, confrontés à une prétendue crise, les acteurs du microcosme poétique se doivent de réagir, puisque la remise en question est radicale. Aussi Claude Le Bigot commence-t-il par légitimer un genre qui, pour être désacralisé, n’en est pas moins fécond : « Descendue du piédestal sur lequel le Romantisme avait installé la poésie, celle-ci est encore aujourd’hui pleinement légitime au regard d’un pouvoir, certes limité mais réel, qui concilie deux positions en apparence éloignées : d’une part le dynamisme de l’écriture poétique dérivée des avant-gardes avec un discours qui opte souvent pour l’étrangeté et de l’autre, la réactivation d’un réalisme qui s’édifie sur le dévoilement des contradictions de la société marchande et qui du point de vue formel, n’hésite pas à tourner le dos à la grandiloquence pour épouser un prosaïsme calculé qui se plie aux exigences de l’intelligible ». Ce décalage entre valeur esthétique et valeur économique explique le nombre important de poètes en France et le succès de l’activité poétique dans la société espagnole.

La majeure partie de cet ouvrage est en effet consacrée à la poésie espagnole contemporaine, cinq des huit participants au colloque étant spécialisés en la matière (dont deux poètes et deux universitaires de langue espagnole). Et tous de souligner l’émergence d’un nouveau réalisme qui réintroduit en poésie les dimensions éthique et sociopolitique, mais débarrassées des grandes idéologies passées. Les divergences d’écriture sont toutefois mises en lumière : le style des Novisimos qui poursuivent leur oeuvre (J. Siles, L.A. de Villena, G. Carnero) contraste avec celui de Luis Garcia Montero (1958), Felipe Benitez Reyes (1960) ou de Carlos Marzal (1961), et la poésie savante de Montero avec la veine antipoétique de Jorge Riechmann et de Roger Wolfe. Cela étant, Marie-Claire Zimmermann note entre les anciennes et les nouvelles avant-gardes une série de points communs qu’elle regroupe afin de définir la postmodernité poétique : une écriture distanciée et humoristique qui va de pair avec un refus des certitudes concernant le monde et le moi, « l’impossibilité de penser le temps, l’angoisse ontologique, l’usage du paradoxe, la confiance malgré tout dans les mots, l’exploration d’un moi sensible, que l’on traduit par un nouveau lyrisme très retenu, le travail sur la langue sans déclamation » (51)…

Le critique Alfredo Saldana, quant à lui, conçoit le postmoderne comme crise du sens et des modèles traditionnels. Sa posture peut être qualifiée d’àquoibonisme novateur, dans la mesure où elle remet en question la tradition poétique pour défendre le paradigme avant-gardiste : à quoi bon la poésie, aujourd’hui, s’il ne s’agit que de se conformer aux normes et aux institutions en place ? Celui qui considère la notion d’avant-garde comme principe actif de renouvellement propose une « poétique des limites » : à la vision continue du monde et de la poésie qui caractérisait le clacissisme il oppose la théorie négative d’une écriture comme mise en crise de la langue, des discours et de la poésie même.

Mais à la question « Ã€ quoi bon la poésie, aujourd’hui ? » se dégagent d’autres réponses : la poésie est aujourd’hui subversion de l’idéologie dominante, résistance à l’ordre rationnel, puissance d’étonnement, construction du sens… Au reste, on pourrait rappeler ici le constat de Charles Pennequin dans son dernier livre : « Je fais de la poésie parce que demain je suis mort ». Côté français justement, prenant acte de l’échec des avant-gardes historiques, qui combinaient révolution formelle et révolution politique, Jean-Claude Pinson s’engage en faveur d’une poéthique : un « lyrisme sans transcendance », une poésie dont l’action est restreinte, mais grande l’ambition ; une poésie qui, plutôt que de déconstruire vise à construire, plutôt que de prétendre changer la vie appelle chacun à changer sa vie par la pratique poétique. Cela dit, dans sa critique des avant-gardes, il semble confondre effets critiques et efficacité pratique de la poésie ; quant à sa séduisante position, à laquelle on voudrait croire, est-elle réellement moins utopique ? En cette époque d’individualisme effréné, peut-on échapper à l’enfermement solipsiste et parler de grande ambition en ramenant la poésie à la dimension d’une pratique restreinte ?

Bien qu’il tienne désormais pour inopérant le terme « avant-garde » et qu’il repousse dans un avenir incertain le retour du paradigme révolutionnaire, Christian Prigent réaffirme au contraire l’enjeu politique : « lancer des missiles de langue idiolectalement réinventées contre l’emprise du lieu stricto sensu commun« , ainsi que les caractéristiques formelles de toute écriture qui se situe dans le prolongement des récentes avant-gardes : « fabriquer des espaces de langue vivante, hétérogène, mêlant tragique et comique, « cure d’idiotie » (Novarina) et scientificité rhétorique du travail formel, bouffonnerie et spéculation intellectuelle, récit, dialogue et chant, archaïsme et hyper-modernité, parodie et lyrisme » (133). Et de voir cette pratique critique dans les textes de Sylvain Courtoux, Christophe Fiat, Christophe Hanna…Cette posture suppose évidemment la croyance dans l' »effort de symbolisation dégagée de la norme déréalisante », et donc dans la résistance du discours poétique aux discours médiatiques.

Ainsi les problématiques des deux poètes-essayistes traduisent-elles l’opposition entre lyrisme et littéralisme, conception positive et conception négative de la poésie.

16 mai 2007

[News] Festival E-Poetry du 20 au 23 mai – Paris

Du 20 au 23 mai 2OO7, se tiendra le festival E-Poetry, un des plus important festival international de poésie numérique. Créé en 2001 par l’Electronic Poetry Center de Buffalo qui en assure depuis la présidence, il permet aux chercheurs et aux auteurs de poésie numérique du monde entier de se rencontrer pendant trois jours et de présenter leurs conceptions et productions.Il joue un rôle essentiel dans l’émergence de ce nouveau champ littéraire et dans la circulation des conceptions et débats qui l’animent.
Biennale nomade, il a jusqu’ici été organisé exclusivement dans des pays anglo-saxons : Buffalo en 2001 – Morgantown en 2003 – Londres en 2005. Il se déroule pour la première fois à Paris, accueilli par le Laboratoire Paragraphe de l’Université Paris8 et l’association MOTS-VOIR, avec un volet universitaire et un volet artistique de spectacles et manifestations.
Le colloque réunissant plus d’une soixantaine d’auteurs et de chercheurs se tiendra à l’Université Paris 8 du 21 au 23 mai, et quatre soirées auront lieu pour découvrir des oeuvres multimédias et interactives, de la web poésie, des performances vidéos et numériques, de la vidéo-poésie … Elles se tiendront au Divan du Monde, au Point Ephémère et au Cube à Issy-les-Moulineaux, elles sont toutes en entrée libre.
Ce festival est organisé par Philippe Bootz, et Alexandre Gherban, pionniers de la poésie numérique en France. Le président de ce festival est Loss Glazier de l’université Suny Buffalo.

>>> Dimanche 20 mai – 19h
au DIVAN DU MONDE, 75 rue des Martyrs, 75018 Paris, station Pigalle :
Soirée d’ouverture du festival

Clemente Padin (Uruguay)
Lucio Agra (BR) & Paulo Hartmann (BR)
Lawrence Upton (UK)& John Drever (UK)
Gérard Giacchi (F) [collective Transitoire Observable]
Wilton Azevedo (BR) [collective Transitoire Observable]
Jeorg Piringer (Autriche)
HP Process – Philippe Boisnard (F) & Hortense Gauthier (F)
Chris Funkhouser (USA) & Daniela Franco (Mexique) & Alireza Khatami (Iran)
Philippe Castellin (F) [collective Transitoire Observable]
Loss Glazier (USA) [collective Transitoire Observable]
Alan Sondheim (USA) & Charles Baldwin (USA)
Jay Bolter (USA) & Karen Head (USA) & Maria Engberg (N)

>>>> Lundi 21 mai :

Symposium – Université de Paris 8( amphi X)

9h – ouverture du symposium
dépouillement de l’enquête Infolipo
10h30 – table ronde « Performances et rapports aux avant-gardes »
avec les auteurs intervenus la veille au Divan du monde.
Chairman : Alexandre Gherban

12 h -pause déjeuner et installation «  »Å“uvre pour un apéritif » »
de Cécile Buchet (Suisse) & Delphine Riss (Suisse) – salle Z1

# Approches esthétiques et philosophiques

13h30 – session « Historique and et approche philosophique de la poésie numérique ».
Chairman : Serge Bouchardon »
– Chris Funkhouser (New Jersey Institute of Technology)
– Pedro Reis (Université Fernando Pessoa)
– Komninos Zervos (Griffith University)
15h – 17h session « Sémiotique and esthetique »
Chairman : Jean Clément
– Alexandra Saemmer (Université Lyon 2)
– Serge Bouchardon (UTC)
– Pablo Gervás, Raquel Hervás, Jason Robinson (Universidad Complutense de Madrid)
– Eduardo Kac (School of the art Institute of Chicago)

Soirée Webpoetry

Le Point éphémère, 200 quai de Valmy, 75010 Paris, station Jaures :
Jim Rosenberg (USA)
A.Strid (F)
Benjamin Gomez (F)
Patricia Rydzok (F)
Aya Karpinska (USA)
Jason Nelson (Australie)
Agence Topo (Canada)
Xavier Malbreil (F)
Eugenio Tisselli (SP)< >>> Mardi 22 mai :
Symposium – Université de Paris 8( amphi X)

># Traduction et sémiotique
9h – session « Traduction ».
Chairman : Michel Bernard »
– Friedrich Block (Brueckner-Kuehner Foundation) & Rui Torres (Fernando Pessoa University)
– Giuliano Tosin (Universidade Estadual de Campinas – UNICAMP)
– Jim andrews (Vispo)

10h30 – table ronde « Hypertexte »
avec les auteurs intervenus la veille au Point Ephémère
Chairman : Loss Glazier

12h – pause déjeuner et installation dans l’amphi X « imposition » de John Cayley (UK)

13h30 – session « Experiences de traduction/transcription dans la poésie numérique »
avec Hélène Perrin (Université Paris8), Arnaud Regnauld (Université Paris8)
and Marcus Bastos (Pontificial Catholic University of São Paulo)

15h – session « Semiotique et dispositif »
Chairman : Sandy Baldwin »
– A. Strid
– Roberto Simanowski (Brown University)
– Janez Strehovec(University of Ljubljana)
– Loss Glazier (University SUNY Buffalo)

Soirée poésie animée interactive
Le Point éphémère, quai de Valmy, Paris 10e

Jim Andrews (Canada) [collective Transitoire Observable]
Jérôme Fletcher (UK)
Alexandre Gherban (F) [collective Transitoire Observable]
Maria Mencia (SP)
Tibor Papp (F) [collective Transitoire Observable] & Claude Maillard (F)
Zervos Komninos (Australie)
Alan Bigelow (USA)
Simon Biggs (UK)
Stéphanie Strickland (USA) & Cynthia Lawson Jaramillo (USA)

>>> Mercredi 23 mai :

Symposium – Université Paris 8 – amphi X

# Langage et dispositif

9h – session « Code et langage »
Chairman : Jean-Hugues Réty
– Jeorg Piringer
– Nam Shub
– Camille Paloque-Bergès (Paris8) & Justin Katko (Brown University)
– Jim Carpenter (University of Pennsylvania)

10h30 – table ronde « Langage et poésie »
avec les auteurs qui interviendront le soir au Cube
Chairman : Patrick Burgaud

12h – pause déjeuner

13h30 – Session « Le dispositif dans la poésie numérique »
Chairman : Loss Glazier
– Fanny Georges (Université Paris1)
– Laura Borràs & Joan Elies Adell (UOC )
– Giovanna di Rosario (Université de Genève) & Matteo Gilebbi (University of Madison)

15h – table ronde « Génération et animation »
avec les auteurs intervenus la veille au Point Ephémère
Chairman : Philippe Bootz

16h30 – présentation du site www.epoetry2007.net
avec Patrick Burgaud, Marc Veyrat and Alexandre Gherban

Soirée de clôture
Le Cube, 20 cours Saint Vincent, 92130 Issy-les-moulineaux

Annie Abrahams (NL) and the All Star GirlsBand (F)
Nick Monfort (USA) & Jim Carpenter (USA) & Anick Bergeron (USA)
Talan Memmott (USA)
Eduardo Kac (USA)
Serge Bouchardon (F) & Aymeric Brisse (F)
Ambroise Barras (Suisse)
Philippe Bootz (F) [collective Transitoire Observable]
Bjørn Magnhildøen (Norvège)
Luc Dall’armellina (F)

[Livre] Charles Pennequin, La ville est un trou, suivi de Un jour

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — rédaction @ 17:45

trou_pennequin.jpgCharles Pennequin, La Ville est un trou, suivi de Un jour (avec CD de la lecture d' »Un jour »), P.O.L, 2007, 192 pages, 18 € ISBN : 978-2-84682-191-9
Quatrième de couverture
Quelle est cette affaire de trou qui nous anime ? Quelle est cette ville ? et l’affaire d’y vivre. Pour y creuser soi ? Soi-même est absent de toute ville. Ou alors il est entravé par sa posture, muselé dans ses tics et ses trucs. Il ne revient à lui que par la bande, par tout ce qui a été prononcé et qui aurait pu rester dans l’air. Je vis dans la nature insupportable de l’homme, la ville est son trou, son milieu naturel. Et c’est là-dedans, dans le milieu de la parole non parlée et des gestes larvés et des violences télévisuelles et du patronat et de la bêtise comme culture nationale, que je vis. Dans ce trou-là, cette fosse sceptique de tout ce que les humains peuvent faire pour se débarrasser de la pensée. Et notre seul concept sera de tenter malgré tout d’y prendre l’air. Prendre tout. Dire tout et même son contraire. S’égarer dans le voisinage, emporter deux trois idées, traverser quelques histoires, en aimer quelques-unes, et quitter toutes les autres, jusqu’à occuper seul le terrain de l’angoisse. Le terrain de sa propre langue où tout est à faire.

Je fais de la poésie parce que demain je suis mort.

Premières impressions

La première bonne nouvelle est que « Charles Pennequin campe toujours un rôle de vivant jusqu’au prochain numéro (à suivre.) » (p. 81).
La seconde, c’est la parution aujourd’hui en librairie de son dernier livre, qui constitue bel et bien un événement. Non pas ce qu’on appelle un « livre-événement » dans le jargon du marketing : il ne s’agit pas ici d’une opération commerciale, mais d’une révélation capitale. C’est dire la puissance de cette méditation sur l’angoisse d’exister et d’écrire.
Exister : être-dans-les-discours-du-monde. Tout le problème est de passer du trou passif (être enfermé dans la ville comme dans « le blabla humain ») au trou actif (trouer le mur des représentations toutes faites). Au reste, Charles Pennequin reprend à son compte la problématique rimbaldo-prigentienne : « Nous ne sommes pas au monde, ça veut dire quoi ? le « nous », c’est quoi ? c’est quoi le monde ? » (p. 69).
Écrire, c’est justement vider la fosse commune du langage, évacuer les langues et « tous les mots de merde entassés » (p. 55). Tout le problème est de ne pas jouer à faire l’écrivain : « C’est l’emmerdement d’avoir à trier des mots, à rassembler des phrases, et à faire croire que tout ça a un sens » (p. 73).
Le pire, c’est que cet Agencement répétitif neutralisant (ARN) qu’est La Ville est un trou rend entêtant l’être-chiant de l’existence comme de l’écriture.
À cette histoire de trous fait écho Un jour, texte troué par excellence, litanie prosaïque constituée de mini-biographèmes et d’anti-biographèmes. Un seul regret : la monodie idiote du CD dure moins de quatre minutes. /FT/

15 mai 2007

[video] Hommage à Frank Valdor chez l’Âne qui butine

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 12:05

Le samedi 28 avril, à Mouscron, en Belgique, petite ville à la frontière, s’est tenue une drôle de soirée joyeusement dadaïste au 28, rue du Chemin de fer, havre de folie et de création des éditions l’Âne qui butine, dirigées par Anne Letoré et Christoph Bruneel. L’une française, travaillant dans le papier, et l’autre flamand, relieur de profession, mais aussi poète, dessinateur, peintre, performer, ils éditent de trés beaux livres d’art et de littérature, inventent des livres-objets, à tirages limités mais à l’imagination sans limites, et ils organisent régulièrement des expositions et des lectures chez eux lors de soirées à la fantaisie débridée et chaleureuse comme seuls les Belges savent le faire (et aussi les gens du Nord contaminés par la belgitude).

Le samedi 28 avril à Mouscron, chez l’Âne qui butine, la Duvel et l’Orval ont coulé à flot, dans une chaleur torride pour la Wallonie (28 degré fin avril!), le soleil faisait rougeoyer la brique rouge, les fleurs étaient de toutes les couleurs, et le buffet était « orange et plastique » car la soirée était sous le signe de Frank Valdor, crooneur disco des années 1960, qui a sorti 200 vinyles en 8 ans. Une grande partie de ces vinyles a été retrouvée par Anne et Christoph, chineurs redoutables, chez un disquaire d’occasion flamand. Sauvant ces pépites des années 60 d’une destruction certaine et de l’oubli, ils décidèrent de rendre hommage à un tel chanteur en plaçant le vernissage de l’exposition de dessins faits à quatre mains par Christoph Bruneel et Bruno Groensteen sous ses auspices.

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Le samedi 28 avril à Mouscron, chez l’Âne qui butine, chaque invité à la soirée est donc entré dans la maison, annoncé par Peter Arthur Caesens, le crieur de Courtrai, et sa cloche, avec un objet que Franck Valdor aurait aimé. Après avoir bu une bière fraîche et mangé un hot-dog, chaque invité a pu découvrir les dessins de Christoph Bruneel et Bruno Groensteen, exposés sous les yeux attentifs du crocodile, du tapir, du lapin et des grenouilles empaillés. Christoph Bruneel et Peter Arthur Caesens lurent ensuite un poème écrit par Christoph en l’honneur de Frank Valdor, poème sonore en quatre langues dans ligne directe de Dada et Schwitters.
Le samedi 28 avril à Mouscron, chez l’Âne qui butine, il y avait des Français, des Flamands et des Wallons, il y avait des poètes qui écrivent en français, en flamand, en anglais et en allemand, il y avait un crieur qui annonçait la création de l’Eurodistrict, zone transfrontalière entre la France et la Belgique où l’on pourrait parler la ou les langue(s) que l’on veut,… il est très rare en Belgique (hormis à Bruxelles, mais les Belges vont diront que Bruxelles n’est pas la Belgique) de trouver des lieux où se mélangent les langues, où se mêlent flamands et wallons, où s’écrit une autre langue que celle des nations, des régions, des « peuples »… Ce soir là, en France, on était entre les deux tours, et en Belgique, on était bien, il faisait chaud, il y avait de la bière dorée et beaucoup de rires, de la simplicité et plein de délires, et de la poésie vivante.
Français, à l’heure qu’il est, vive les Belges, vive l’Eurodisctrict et fuck la République !

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[Chronique spéciale élections] Emmanuel Adely, Suite pour violence sexuelle 2

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , — Fabrice Thumerel @ 8:21

emmanuel-adely.jpgAprès « Ã‰dition limitée » et « ce n’est que le début… », Emmanuel Adely (1) vient de publier sur inventaire-invention.com « Suite pour violence sexuelle 2 », qui déconstruit le sermon sur la montagne que le nouvel impétrant médiacratique a prononcé le soir du premier tour (dimanche 22 avril). Voici ce que devient l’antienne « Heureux ceux qui…, car… », à savoir une variation autour du slogan implicite « Heureux tous les malheureux, car je suis là, moi, votre protecteur » : « je veux tous malades je veux tous handicapés je veux tous travailleurs je protège tous contre violence délinquance concurrence délocalisations dégradation exclusion tous malades tous handicapés tous travailleurs ».

De ce tohu-bohu syntagmatique, de cette énumération qui procède au télescopage entre dit et non-dit, officiel et pulsionnel, ressort en effet l’inavouable : la dépendance populaire transforme l’élection présidentielle en élection d’un homme providentiel. C’est dire que nous assistons à l’avènement d’un populisme, lequel réside justement dans la manipulation de la masse à des fins particulières : « en me plaçant en tête moi ce soir pour décider massivement à leur place »…Aussi le chef doit-il se garder de sa propre volonté : « je veux protéger aussi contre je veux »…Le final révèle la stratégie du leader : « oui vous dis du coeur vive la et par-dessus tout vive la s’unir à moi ensemble s’unir à moi s’unir dans société brisés accidentés usés épuisés à moi s’unir à moi ». L’Union Moi Protecteur est bel et bien consubstantielle à l’Union Moi Président.

Ainsi ce dispositif critique combine-t-il deux versants de l’écriture postmoderne : d’une part, le montage cut et la boucle (Bouvet, Espitallier…) ; d’autre part, la transcription à la Katalin Molnar. Le résultat est un étrange sabir qui dévoile l’envers du discours populiste : non pas tant une violence symbolique que le viol de la masse par une puissance désirante.

(1)Emmanuel Adely, 45 ans, est l’auteur des Cintres (Minuit, 1993), Dix-sept fragments de désirs (Fata Morgana, 1999), Agar-Agar, Jeanne, Jeanne, Jeanne et Fanfare (Stock, 1999, 2000 et 2002), Mad about the boy et Mon amour (Joëlle Losfeld, 2003 et 2005). Il a également participé au volume collectif Devenirs du roman (Inculte / naïve, 2007), dont nous avons rendu compte récemment.

12 mai 2007

[Livre] Cargo culte de Emmanuel Rabu

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 8:31

rabu_cargo216.jpgEmmanuel Rabu, Cargo Culte, ed. Le dernier télégramme, 29 p. ISBN : 978-2-9524151-9-4, 9 €
[site du dernier télégramme]
Extrait :
En 1989 dans une interview sur RFI Serge Gainsbourg explique que le modèle dont il s’est inspiré pour écrire l’histoire de Melody Nelson est La Vénus au miroir de VELASQUEZ.

« Le scénar de Melody Nelson ? Je pourrai dire que c’est La Vénus au miroir du Titien. Il a mis en scène La Vénus au miroir, on lui voit son cul mais on ne voit pas sa gueule. Et, on lui voit sa gueule parce qu’elle tiet un miroir. Ça c’est un grand chef opérateur et un grand metteur en scène qui a fait cela. Donc c’était Lolita. Je cherchais la Lolta de mes instincts, je ne dirais pas physiques mais fantasmagoriques, instinctuels. La petite Lolita qui sait finaliser dans l’amour, dans sa beauté, dans sa jeunesse. Je fais s’éteinre Melody dans un crash d’avion. Melody, où es-tu Melody ? »

Impressions :
roussel.jpg Ce petit texte d’Emmanuel Rabu s’inscrit dans la lignée de son Tryphon Tournesol et Isidor Isou [présentation générale, chronique], il pourrait même en être une des clés explicatives. En effet, Cargo culte, s’il met en perspective selon un cheminement chronologique l’élaboration de Melody Nelson, entre autres, il est surtout une mise en évidence d’une élaboration poétique liée à Raymond Roussel. En ce sens, il correspondrait à ce qu’énonce d’emblée Roussel dans Comment j’ai écrit certains de mes lives : « Ce procédé, il me semble qu’il est de mon devoir de le révéler, car j’ai l’impression que des écrivains de l’avenir pourraient peut-être l’exploiter avec fruit. » Le travail de Rabu prenant appui sur la logique de l’holorime de Roussel, la déplace pour comprendre en quel sens la conjonction entre d’un côté La Vénus au miroir de Velasquez et de l’autre Eleanor Velasco Thornton, donne Melody Nelson de Serge Gainsbourg. Il s’agit ainsi dans Cargo culte de montrer deux cheminements parallèles avec leurs ramifications historiques et de saisir de quelle manière ces deux cheminements sont reliés selon la logique rousselienne : comme deux ph(r)ases quasi similaires qui inaugurent et achèvent un conte, mais qui pourtant sont différentes dans leur signification. S’éclaire ici la couverture énigmatique du livre : un cable RCA Left/Right.
Si ce texte d’Emmanuel Rabu, comme pour son précédent livre, obéit à une économie minimale de l’écriture — ce qui définit sa propre spécificité et qualité — reste cependant, qu’en tant que livre il est dommage qu’il soit si onéreux. En effet, le prix de 9 € semble cher pour ce livre, qui est très court [à peine 16 pages, où souvent il n’y a qu’une phrase ou deux.] /PB/

8 mai 2007

[revue] La mer gelée n°4

cover4.jpgRevue La mer gelée, création et critique (revue bilingue franco-allemande)
n°4. PERDRE ! 153 pages. 10 euros. ISSN : 1772-0613
www.lamergelee.com – redaction@lamergelee.com

Sommaire :

– Johannes Jansen : Dans le passage (extrait), Traduction : Alban Lefranc
– Jean-Pierre Faye : Bataille : le très sombre noyau
– Monika Rinck : Summer of loss, Traduction : Alban Lefranc / Aurélie Maurin
– Alain Denault : Faire l’économie de…
– François Athané : Ni justice ni juge
– Odile Kennel : Maison mien chantier / Penser sauge et toi / Questions sur le coq de bruyère, Traduction : Olivier Le Lay
– Serge Pey : La langue arrachée
– Ron Winkler : configuration pluie / éponges / nuages, Traduction : Olivier Le Lay
– Alban Lefranc : Jimmy
– Arno Calleja : La ligne
– Anne Monfort : Rien ne fait mal
– Daniela Dröscher : Lune/ mienne/ près de moi, Traduction : Alban Lefranc

# Michael Kutsche : dessins
# Catherina Deinhardt : mise en page

Editorial :

« PERDRE !

où le lecteur attentif découvrira :

Que la sauge ne sait pas comment elle s’appelle

Qu’un chien à qui l’on injecte du sang de chien fatigué devient lui-même fatigué

Que la mort est de la vie portée à ébullition

Qu’il est une viande à boucherie

Qu’il faut s’imaginer une corrida à soi tout seul

Que lorsqu’il lit un texte, il lit sur une langue arrachée

Qu’une communauté secrète et furtive maintient le monde à température supportable

Qu’on ne sait pas ce que peut un corps

Qu’une progression facheuse des prévisibles augmente le monde inhumainement

Que des poissons peuvent être une réunion de poings serrés

Que le deuil du malheur est une bon garant de la norme

Que la structure sociale est le résultat de la convulsion sociale »

Premières impressions :

C’est avec un trés grand plaisir que nous découvrons cette trés belle revue de littérature contemporaine bilingue, chose rare, qui se présente comme « une entreprise de démolition » dirigée par Alban Lefranc (Berlin / Paris), Anthony Morosoli (Paris), Daniela Dröscher (Berlin), Aurélie Maurin (Berlin) qui paraît deux fois par an des deux côtés du Rhin depuis 2004. Une ligne trés exigeante sur le plan littéraire autant que politique, pour une exploration pointue de cette injonction « perdre! », cri à rebours de l’idéologie dominante de la réussite et de l’acquisition. On y trouve aussi bien des textes de fictions que articles théoriques, ainsi que de la poésie, les auteurs français et allemands sont en majorité de jeunes écrivains, mais on retrouve aussi des auteurs reconnus comme Jean-Pierre Faye, ou Serge Pey. Nous ferons une chronique plus approfondie de cette revue qui mérite le détour et surtout une lecture attentive.

[Texte] OPIUM-DE-PEUPLE de Cuhel

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — Fabrice Thumerel @ 14:07

Vous ne savez pas quoi faire de votre liberté…mieux : la LIBERTÉ vous ennuie
Vous pensez que l’égalité vous nuit… mieux : que trop d’égalité tue l’ÉGALITÉ
Vous êtes indifférent à la fraternité…mieux : vous pensez que la FRATERNITÉ vous nuit
Avec OPIUM-DE-PEUPLE, changez-vous la vie !

Vous avez peur des erreurs des rumeurs des penseurs des chômeurs des blackbeurs des profiteurs des agitateurs
Avec OPIUM-DE-PEUPLE, changez-vous la vie !

Mare des gauchistes salafistes élitistes féministes repentistes défaitistes immoralistes homonculistes antiracistes antinationalistes anticapitalistes altermondialistes ?
Avec OPIUM-DE-PEUPLE, changez-vous la vie !

Venez et croyez !
Avec OPIUM-DE-PEUPLE, changez-vous la vie !

Avec OPIUM-DE-PEUPLE, venez et entrez dans l’UNimonde
Là, tout n’est qu’ordre et secturité
Luxe, calme et secturité
Là, l’homo informatus peut être informé par l’UNculture démomerdiatique
Là, l’homo economicus peut participer à la Course-à-la-crotte, voire à la Crotte-en-bourse
Là, l’homo caddicus peut enfin jouir du karmapitralisme
(karmapitralisme = religion innoculée par la secte çaprofite
= virus caméléonesque qui, depuis deux siècles, s’est développé, adapté, transformé et renforcé pour devenir invincible
– il faut être réaliste, le karmapitralisme est l’avenir de l’Hommoderne)
Là, l’homo caddicus peut enfin rejoindre la foule des élus, çaprofiteurs et secturitaires
la Terre promise partagée entre preneurs (de profits, de devis, de vie…) et entrepreneurs, ces bienfouteurs de l’Humanité

Avec OPIUM-DE-PEUPLE, venez et entrez dans l’UNimonde
Là, tout n’est qu’ordre et secturité,
Luxe, calme et secturité
Là, l’homoncUNiste devient Goldenclowner
supercadré
superbranché
superdynamique
superélectrique

supergéreur
supersourieur
superpositiveur
superenjoliveur
superbateleur
supermarcheur
supermarketeur
superdémarcheur
supervendeur
superventeur
supergagneur
superperformeur
supermerdeur

superadaptable
superjetable
supermarchandisable
superspectacularisable

Là, l’homonculibre devient roi de la transgression
(transgression = faire un pied de nez à la culture officielle grâce aux chaînes divertichiantes, débiletorrentielles et délireconculrancielles
= looker un psyshow, un varietyshow, un footshow, un banalmovy, ou encore un hotparade, plutôt qu’un film primé ou un docuprisedetête
= pénétrer dans un supermarché un jour férié
= faire le rebelle pour mille merdrons grâce à Rimboloock et Chequivaloock
= dire OUI à la commuNIQaction, au COMindividualisme, à la démocrachie, au démogâchis, à la digniniquité, à la paxidéfécation…)

Avec OPIUM-DE-PEUPLE, venez et entrez dans l’UNimonde
(UNimonde = monde uni et lisse comme une belle image, grâce aux technichiens de la comNIKreptation, aux informastichiens, ectonomiculs et étronomistes, aux politichiens et polytiques, aux iconolâtres et homo viandeurs – et autres merdateurs)

Avec OPIUM-DE-PEUPLE, quel Progrès, quelle difféRANCE !

Avec OPIUM-DE-PEUPLE, osez !
Recevez le cadeau du nouvel aderrant…notre DKANALOGUE
1. Enfin le monde se fit UN
2. Enfin le monde se fit UN
3. Enfin le monde se fit UN
4. Enfin le monde se fit UN
5. Enfin le monde se fit UN
6. Enfin le monde se fit UN
7. Enfin le monde se fit UN
8. Enfin le monde se fit UN
9. Enfin le monde se fit UN
10. Enfin le monde se fit UN

CUHEL

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