Pour votre Noël 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le dix-neuvième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]
………………………………… et le mur de la télévision épidémique est sans rock sans art moderne sans imagination avec les grosses vaches patriotiques papa maman des bibliothèques conservatrices anti-rock-and-roll dans Vatican-Guy Lux avec peste purulente de langue-Dieu-verrou musée messe normale du dimanche du tiercé normal dans la langue-verrou sous-hommes torturés avec les motards Pape-Pape de la censure normale arrachant la langue technologique / sauvage / sauvage croisée des poètes émancipés dans les pneus compulsifs de la morale police-musée-verrou chien-loup hyper gonflée par les gros flics sénateurs préfets normaux loterie nationale du mariage normal verrou et les professeurs-verrous tiercé-musée conseil général de merde inspecteurs du travail- verrou normal mairie commissariat pustules colonels sergent-chefs magma fatma branle-bas cardinaux pasteurs brigade de curés conservateurs vierges marie-salopes contre l’avortement chefs adjudants abbés pédophiles rabbins bonnes sÅ“urs sado-gouines anti-homo moines-verrous sado-pédés anti-homo sado-travelos anti-travelos beefsteacks avariés sacerdotaux taxes inspecteurs juges critiques d’art branchés au goutte à goutte d’impôts sur la cathédrale de la mafia mosquées des temps sectaires ultra intolérants de la soumission/ fascination / superstition / du fanatisme maladif borné aux Dieux-fétiches-verrous caleçons de tous les orthodoxes normaux marrons communistes-chrétiens-islamiques – sionnistes doctrinaires moralisateurs totalitaires social-régionalistes corses basques bretons MLF-syndicalistes-corporatistes supra-verrouillés avec l’épidémie normale des billets de banques normaux classiques des putes du contrôle-culture anti-prostituées crachant les censures paraboliques dans les virages des langues technologiques mondiales des guerres nationalistes normales des mairies normales-censures kommandantur invariablement intoxiquées mélangées aux globules idéologiques politico-virus infectés de la parole contaminée du fond du magma peinture normale verrouillée censure molle chimique marché de l’art normal censure blanchiment d’argent normal avec l’épidémie académique censure extra-humaine mafia normale pro-patriotique fasciste accidentée par la cohésion normale censure des noyaux instables en activité intra utérine morale dans la cervelle épidémique occupée par les cocos butés de l’oeillère normale des recteurs-censeurs avec les orvées du dogme moral travail-patrie -verrou de corvée insupportable coinçant violant cognant enfilant les jeunes filles libérées dans les chiottes universitaires pour nettoyer le service contrôle-morale lavage de cerveau lavement d’anus en branlant les minettes avec les Staline-godes scouts-maoïstes d’extrême-droite poujadistes cathos puritains Gaullistes d’Europe pour les amadouer et les plier et les téléguider avec la sodomie des ambulances de l’école normale corporatiste fonctionnaire-verrou de l’ordre-censure pour jouir dans le fric-fric de la censure en jouissant avec les lingots-flic dans l’cul friqué de la censure morale avec l’addition successive des angoisses de la guerre-télévision normale marron…..Joël Hubaut, 1976










pleurnichard et aquoiboniste, François Leperlier a raison de juger problématique l’actuelle grande visibilité de la poésie, n’hésitant pas à emprunter la voie polémique, excessive mais drôle : « La moindre commune n’a-t-elle pas droit à un service public de la poésie ? N’a-t-elle pas vocation à bénéficier du label « Villes et villages en poésie », à l’instar des « Villes et villages fleuris » […] » (p. 106)… Et de souligner ce premier paradoxe : « Voilà une activité que l’on a vue animée d’une ambition sans pareille, qui sut porter la contradiction un peu partout, qui s’est distinguée par un fort indice d’asocialité, de résistance et de défi, qui inventa des mondes et fit parler les dieux, qui voulut à elle seule décider du sens de la vie… Et voilà qu’elle doit solliciter les encouragements de l’État, qu’elle doit veiller à sa bonne santé institutionnelle, justifier de son action, rendre des comptes, après qu’elle s’est recyclée dans le déballage littéraire, l’animation culturelle et le vivre ensemble ! » (136). Et cet autre, tout aussi essentiel : jamais la poésie n’a suscité autant d’intérêt et d’investissement financier, et pourtant elle est décrétée en déclin. Et l’essayiste de s’attaquer à un nouveau type de poète, animé par la « fièvre de légitimation » : « La vie d’un poète qui en veut vraiment a fini par s’apparenter à celle d’un petit entrepreneur, chargé d’affaires ou, si l’on y tient, de missions. CV et agenda remplis à bloc. Il sait diversifier ses talents et consent volontiers à certaines tâches complémentaires, telle l’animation des « ateliers d’écriture », eux-mêmes en constante extension » (111-112). Désormais, tous les coups sont permis : s’autoproclamer « subversif » et re-clamer à l’envi que « la poésie est inadmissible » (sic !) fait partie des « bons plans » – comprendre : est une façon efficace de créer puis gérer sa surface de visibilité. Pourquoi « une telle boulimie de représentation » (135), alors même que très souvent il y a incompatibilité entre les types de production et les circuits de médiatisation choisis ?
les distinctions de genre » ? (83)… Mais surtout une tactique des plus malicieuses, que l’on pourrait synthétiser en appliquant à son auteur cette mise en garde : « sous la phraséologie progressiste, qu’elle soit morale, sociale ou esthétique, il faut plutôt s’attendre à trouver une passion conformiste et régressive bien caractérisée » (135). C’est ainsi que François Leperlier adopte une posture moderniste, prônant une conception élargie de la poésie (favorable à une « hybridation généralisée des pratiques »), pour mieux s’attaquer au fétichisme textualiste – qu’il fait passer pour une restauration -, au littéralisme, à la poésie scénique comme numérique. Sa cible principale est la poésie contemporaine, « ce label chargé de couvrir non pas, tout bonnement, l’art actuel, l’art d’aujourd’hui, mais un vaste et interminable chantier de retraitement institutionnel des avant-gardes » (38) : « Notons qu’on est déjà passé, après la « postmodernité des années 70, à « l’extrême contemporain », ça fait bien une quinzaine d’années, et qu’on ne recule pas devant « l’ultra », le « néo » ou même le « post-contemporain » » ! Exit Prigent, Espitallier, Hanna… Rien que cela. Et pour quoi ? Aboutir à la restauration d’une poésie métaphysique fondée sur la métaphore… Remétaphysiquer la poésie, car, vous comprenez, sa « désublimation est sa liquidation pure et simple » (53). CQFD !
Penchons-nous un peu sur PISE. C’est grâce à David Lespiau que nous pouvons disposer rassemblés en un volume des notes de cours (dont les fameuses leçons de grammaire, structurées par les trois notions : Ethique, Logique et Poétique – ELP), textes de création et lettres aux Pisans qui composent cette imposante somme placée à l’enseigne de Wittgenstein et de Deleuze. On y trouve bien entendu des exercices caractéristiques de ce type d’atelier : « procédure de fabrication du poème collectif » (323), « procédure expérimentale d’écriture : l’éponge » (371)… Sans oublier cette invitation adéquate : « Je me souviens de Pise. Trouver une forme » (221). En piste, les étudiants pratiquent le cut-up et le cut-out, mènent à bien leur tour de Pise jusqu’à produire un « voyage à Pise« … Et l’auteur n’est pas avare de jeux de mots : « Pise & Love », « Let it Pise »…
être surpris que, dans un cours sur la tautologie – ce « modèle logique de vérité » (Wittgenstein) -, il préfère à la métaphore « la plénitude de la littéralité » (287). On est avant tout admiratif devant l’indépendance d’esprit du héraut de la modernité négative, qui a toujours su résister aux mots d’ordre, à commencer par ceux constitutifs de l’avant-garde : « La notion d’avant-garde ne peut se comprendre et s’expliquer que dans une perspective historique liée à l’idée de progrès, qui a marqué l’ensemble de notre culture depuis plusieurs siècles et fondé, au siècle dernier, ce qu’on a appelé la modernité » (408). L’histoire littéraire n’est pas en reste : « L’Histoire de la littérature est un agencement de mots d’ordre. Ça n’a rien à voir avec les faits : j’écris, je peins, je sculpte, je photographie, je filme, etc. L’Histoire littéraire, c’est la troisième personne du discours indirect, avec les verbes au passé : il a écrit, elle a peint, ils ont sculpté, elles ont photographié, etc. » (262). La Poésie même « est une réserve d’élection pour les mots d’ordre et les gros mots. Ils y pullulent et y prolifèrent ouvertement. Denis Roche avait raison de dire que la poésie est inadmissible, mais il avait tort d’ajouter d’ailleurs elle n’existe pas. Il est pratiquement impossible d’échapper aux mots d’ordre et aux gros mots quand on écrit de la poésie, parce que poésie est déjà un mot d’ordre. Quand vous voyez, imprimé sur une couverture de livre, le mot Poésie, Poème, ou, pire, Poèmes ou Poésies, vous êtes d’emblée confronté à un mot d’ordre » (246).
Plusieurs raisons l’expliquent, au premier plan desquelles la désynchronisation des progressions disciplinaires parallèles en Lettres et en Histoire et une approche universalisante des objets littéraires qui leur retire toute singularité historique. Voltaire s’engage contre le fanatisme de même qu’Hugo s’engage contre la misère. D’autres raisons s’ajoutent à celles-ci : le traitement de l’Histoire dans les nouveaux genres littéraires, comme les sagas de l’heroic fantasy qui reposent sur le brouillage et l’hybridation des formes, le régime de muséification dans lequel on installe les œuvres littéraires et artistiques du passé ou encore l’éloignement inéluctable des jeunes générations des cadres de référence d’œuvres comme celle de Camus ou de Sartre, perçues jusqu’à une date récente comme centrales et modernes. » Conséquemment, les œuvres sont perçues comme « séparées du réel et des pratiques sociales ».
Cet effacement, « envisagé pour des raisons théoriquement valables, prive les adolescents de figures littéraires médiatrices et les expose à les chercher ailleurs. Dans leurs pratiques de lecteurs, ils ne développent quasiment aucune démarche d’appropriation personnelle et collective. On suivra donc volontiers Florent Coste dans Explore, investigations littéraires [3] pour qui l’entrée par les codes littéraires – catégorisation par genre, choix de textes (trop) typiques, réduction de l’œuvre à des procédés esthétiques – réduit les compétences du lecteur dans son appropriation et son questionnement des œuvres. »
Litaniques versets que récurrente éclaire une ampoule « (75 W/970 lumen) » jusqu’aux rituels, simples ou redondants deux points annonçant la chute en capitales de fin d’(apo)strophe. « Vénus anadyomène callipyge voire stéatopyge » côtoyant l’encadrement d’une aile d’ange « au format a3 (29,7 x 42) », se compose le « madrigal uchronique : : : » à deux temps, trois points d’orgue d’une compression de Satan. D’« une main gantée de rose » effleurée Gertrude Stein en ses tendres boutons.
Comme les 256 auteurs POL, pour le premier cercle, et bien au delà comme des dizaines de milliers de lecteurs, Dominique Fourcade – lui dont la grande affaire est la mort même – est frappé de sidération par la disparition accidentelle de Paul Otchakovsky-Laurens, éprouvant une double douleur, "l’une causée par la réalité de sa disparition, l’autre due au sentiment que tout cela est irréel" (44). Le "désordre lyrique" qui s’empare de lui provoque inévitablement des "appels d’écriture", et en particulier le projet de "faire quelque chose comme L’Écorchement de Marsyas de Titien" (cf. la reproduction en arrière-plan).
Cela n’empêche pas – bien au contraire – 







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personnes détenues à la lecture. Au cours de cette rencontre, il sera question des problématiques liées à la lecture en prison, mais aussi des choix éditoriaux qui ont présidé à la conception du livre ‒ archives, documents bruts, inventaires, listes – et de leur effet sur la réception de l’ouvrage.
LES ECRITURES DU WEB
Deuxième extrait des lectures de la première soirée : Sébastien Lespinasse. Sébastien Lespinasse est une des voix les plus importantes à notre sens de la poésie sonore actuellement, mais dans la lignée, non de l’usage de la médiation technologique, mais dans le sens d’un travail bruitiste, d’une exploration étendue du son possible par la bouche, la gorge … Ce qu’il exprime avant sa lecture, à partir de John Cage, expose parfaitement la lignée dans laquelle il se situe, et qui, ce soir-là, hormis avec André Gache, était en absolue hétérogénéité avec les autres poètes, notamment Valérie Rouzeau.