Libr-critique

31 juillet 2017

[News/Livres] Libr-vacance (1)

Voici de quoi réussir votre mois d’août : deux festivals à ne pas manquer ; notre Libr-sélection (5 livres présentés) ; LC a reçu, lu et recommande 25 livres.

Libr-événements

â–º Du 1er au 5 août 2017, festival TOURNEZ LA PLAGE à La Ciotat. L’Art Hic&Hoc lance cet été son tout premier festival d’écritures contemporaines : l’événement se déroulera donc simultanément avec le festival de Jazz.
Les événements se dérouleront entre La Boutique, Le Cercle de La Renaissance, la Place Gauthier, La Librairie "Au Poivre d’Âne" et l’angle de la Rue Foch (Arnoux).

On pourra apprécier/découvrir les œuvres de nombreux artistes locaux :
Stéphane Nowak Papantoniou, Julien Blaine, André Robèr, Maxime Hortense Pascal, Claudie Lenzi, Eric Blanco, Nadine Agostini, Cédric Lerible, François Bladier, Patrick Sirot, Lili le Gouvello, Françoise Donadieu, Frédérique Guétat-Liviani, Laurence Denimal, Dominique Cerf, Olivia Rivet (exposition à la Boutique) ainsi que Cassandra Felgueiras, Caroline Derniaux et Zagros Mehrkian, étudiants à l’École Supèrieur d’Art de Toulon, et l’association "Lignes de Partage".

â–º Le Bruit de la Musique #5, Festival d’aventures sonores et artistiques, du 17 au 19 août 2017 à Saint-Silvain-sous-Toulx, Toulx-Sainte-Croix, Domeyrot et La Spouze (Creuse) : avec notamment Laurent Bigot, Lionel Marchetti, Arnaud Paquotte, Sébastien Lespinasse… Pour plus d’informations : ici.

Libr-sélection /FT/

â–º Bohumil Hrabal, La Grande vie, poèmes 1949-1952, traduit du tchèque par Jean-Gaspard Pálenicek, éditions Fissile, Les Cabannes (09), printemps 2017, 136 pages, 24 €, ISBN : 978-2-37171-019-1.

Retour aux origines de l’œuvre, c’est-à-dire à la poésie : "Parce que la société moderne s’est accoutumée aux sensations et aux singularités, le poète mourant se fichera ses lunettes dans le cou et filtrera sa vie à travers le verre embué" (p. 43)… Des formes variées retenons "SUPERSEXDADAISME ?" : "Recherchons vacanciers bénévoles / Séjour payant à Founetainebleau / Entrée génitale amaigrissante" (63)… La belle vie, en somme !

â–º Yoann Thommerel, Mon corps n’obéit plus, éditions Nous, Caen, hiver 2016-2017, 80 pages, 12 €.

Le lecteur est averti : "Il serait bien plus prudent de voir dans ce fatras graphique la manifestation de troubles réactionnels sévères, une forme de défense face aux exigences d’application et de lisibilité imposées par la norme, un poème-refus, allant à l’encontre du modèle attendu" (p. 33). De façon symptomatique, dans ce poème-refus, le corps refuse d’obéir… Un corps qui est lieu de vie, d’envie, d’ennui… lieu de tentation consumériste… et de poésie ! Une poésie litanique et visuelle.

â–º Alain Jugnon, Artaud in Amerika. La Place de la femme dans le plan américain, Dernier Télégramme, Limoges, mai 2017, 80 pages, 12 €.

Ce cinémArtaud met en scène quatre "personnages conceptuels" : "La dame de Shanghai ou Rita Hayworth, André Bazin, Orson Welles et Antonin Artaud". Ces voix se mêlent à celle de l’essayiste pour évoquer/analyser avec brio, entre autres éléments passionnants, telle image-cristal, la langue jaune du fascisme, le rôle de "la femme blanche chez Welles et Artaud" : "c’était la révolution permanente à l’écran et en direct" (p. 69)…

â–º Michel Deguy, Noir, impair et manque, dialogue avec Bénédicte Gorrillot, Argol, coll. "Les Singuliers", hiver 2016-2017, 292 pages, 29 €, ISBN : 978-2-37069-012-8.

Quel animal est donc Michel Deguy ? Détour par l’œuvre de ce poète et revuiste qui figure parmi les écrivains contemporains les plus importants, dans un dialogue dense et intense avec une spécialiste du genre. Une nouvelle pièce de choix dans cette superbe collection qui associe entretiens, inédits et documents divers. Clôturée de fort belle manière par un abécédaire signé par l’auteur lui-même.

â–º Carole Aurouet, Prévert et le cinéma, Les Nouvelles éditions, avril 2017, 128 pages, 10 €.

En quatre chapitres, la spécialiste de Prévert évoque la poésie cinématographique de l’illustre écrivain qui était fasciné par les burlesques américains et par Fantômas : les ciné-textes des années 20-30, son cinéma visible (les grands films des frères Prévert et de Carné/Prévert) et invisible ("scénarios détournés", c’est-à-dire qui n’ont pas abouti à des films tournés). Humour et détournement surréaliste au programme ! Sans oublier que Carole Aurouet a su faire revivre pour nous tout un monde fascinant.

LC a reçu, a lu et recommande

♦ Christian PRIGENT : Chino aime le sport (P.O.L, juin 2017, 176 pages, 18 €) et Ça tourne, notes de régie (L’Ollave, coll. "Préoccupations", été 2017, 70 pages, 14 €) ; La Contre-Attaque, éditions Pontcerq (Rennes), printemps 2017 : dossier Prigent, p. 65-73 et 127-194. [On pourra découvrir leur présentation fin août sur le blog Autour de Christian Prigent]

 

♦ Pierre Bergounioux, Esthétique du machinisme agricole, suivi de Petit danseur par Pierre Michon, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), été 2016, 48 pages, 13 €.

♦ Eric Brognier, Tutti cadaveri, traduit de l’italien par Rio di Maria et Cristiana Panella, L’Arbre à paroles, Amay (45), juin 2017, 48 pages, 10 €.

♦ Hervé Brunaux, Homo presque sapiens, éditions PLAINE Page, Barjols (83), coll. "Connexions", 2015, 44 pages, 5 €.

♦ Rémi Checchetto, Le Gué, Dernier Télégramme, Limoges, printemps 2017, 64 pages, 10 €.

♦ David Christoffel, Argus du cannibalisme, Publie.net, printemps 2017, 104 pages, 12,50 €.

♦ Claro, Crash-test, Actes Sud, août 2015, 236 pages,19,50 €.

♦ Olivier Domerg, Rhônéo-Rodéo, poème-fleuve avec quinze photographies de Brigitte Palaggi, Un comptoir d’édition, Sainte-Eulalie en Royans (26), juin 2017, 144 pages, 15 €.

♦ Jacques Dupin, Discorde, P.O.L, édition établie par Jean Frémon, Nicolas Pesquès et Dominique Viart, juin 2017, 240 pages, 23 €.

♦ Frédéric Forte, Dire ouf, P.O.L, mai 2017, 96 pages, 11 €.

♦ Mihàlis Ganas, Marâtre patrie, traduit du grec par Michel Volkovitch, Publie.net, 2017, 80 pages, 13 €.

♦ Jean-Marie Gleize, La Grille, Contre-Pied (Martigues), coll. "Autres & Pareils", hiver 2016-2017, 32 pages, 4 €.

♦ Mary Heuze-Bern, Rendez-vous à Biarritz, éditions Louise Bottu (Mugron), coll. "Contraintes", juin 2016, 36 pages, 4,50 €.

♦ David Lespiau, Équilibre libellule niveau, P.O.L, mai 2017, 112 pages, 11 €.

♦ Patrick Louguet, Jean, Antoine, Mouchette et les autres… Sur quelques films d’enfance, Artois Presses Université, hiver 2015-2016, 268 pages, 20 €.

♦ Dominique Meens, Mes langues ocelles, P.O.L, novembre 2016, 384 pages, 21 €.

♦ Emmanuelle Pagano, Sauf riverains, Trilogie des rives II, P.O.L, janvier 2017, 400 pages, 19,50 €.

♦ Dominique Quélen, Avers, éditions Louise Bottu, Mugron (40), mai 2017, 116 pages, 14 €.

♦ Sébastien Rongier, Cinématière. Arts et Cinéma, Klincksieck, 2015, 252 pages, 23 €.

♦ Claude Royet-Journoud, La Finitude des corps simples, P.O.L, mai 2016, 96 pages, 13 €.

♦ Robine-Langlois, […], éditions Nous, Caen, octobre 2016, 96 pages, 14 €.

♦ Ana Tot, Méca, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), juin 2016, 72 pages, 13 €.

♦ Antoine Wauters, Nos mères, Verdier, hiver 2013-2014, 154 pages, 14,60 €.

 Bientôt sur LC…

De fin août à fin septembre, vous découvrirez, entre autres :

♦ Créations : Daniel Cabanis, CUHEL, Olivier Matuszewski, Mathias Richard…

Entretiens : Véronique Pittolo, Bernard Desportes, Claude Favre…

Recensions/chroniques : des spéciales sur Véronique BERGEN et sur Philippe JAFFEUX (à propos de leurs trois derniers livres)…
Vous attendent encore : Dictionnaire de l’autobiographie (Champion) ; La Poésie motléculaire de Jacques Sivan (Al dante) ; Patrick Bouvet, Petite histoire du spectacle industriel (L’Olivier) ; Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie (tentative d’autobiographie), La Lettre volée ; Sébastien Lespinasse, Esthétique de la noyade (PLAINE Page) ; Valère Novarina, Voix négative (P.O.L) ; Nadège Prugnard, MAMAE (Al dante) ; Sébastien Rongier, Les Désordres du monde. Walter Benjamin à Port-Bou (Pauvert) ; Martin Winckler, Les Histoires de Franz (P.O.L)…

8 janvier 2016

[Chronique] Mathieu Larnaudie, Notre désir est sans remède

Après Strangulation (Gallimard, 2008), Les Effondrés (Actes Sud, 2010) et Acharnement (Actes Sud, 2012), avec Notre désir est sans remède Mathieu Larnaudie confirme qu’il est passé maître dans l’exploration des situations limites – c’est-à-dire des moments de crise mis en situation, n’appréciant "rien tant que les détails d’époque, qui enracinent la mécanique du récit dans un contexte donné, dans un réel circonscrit, identifiable" (Acharnement, p. 88).

 

Mathieu Larnaudie, Notre désir est sans remède, Actes Sud, été 2015, 238 pages, 19,30 €, ISBN : 978-2-330-05310-9.

"Peut-on raconter le monde au moyen d’un langage ainsi démantibulé
sens dessus dessous, impropre, insignifiant ?" (p. 36).

"Le seul moyen d’échapper aux images, c’est d’être dans l’image ?" (109).

"Le monde est plein de mâchoires" (202)…

Cette biofiction sur une figure hollywoodienne hors normes, Frances Farmer (1913-1970), comporte sept temps forts organisés selon un double mouvement centripète (de 1936 à 1914) et centrifuge (de 1914 à 1958) autour d’un point nodal : la "naissance d’une nation", c’est-à-dire ce moment charnière où la puissance économique américaine a besoin d’une aura symbolique, où "à l’individu indifférencié, noyé dans la masse et les cadences répétitives de la standardisation" – "tour à tour chair à canon et à chaîne tayloriste" – doit répondre "la distinction suprême, l’élection mystérieuse, l’apparition de la star hollywoodienne". C’est dire à quel point, dans son dernier roman, Mathieu Larnaudie a pour objet la généalogie de notre société spectaculaire.

Ce n’est donc pas un hasard si ce récit commence et se termine face à la lumière aveuglante des projecteurs – cette lumière qui "n’exauce pas les corps" mais "les massacre" (9). A la fin des années 50, à une époque où "chacun possède aussi chez soi sa machine à recevoir les icônes en direct" (205), après avoir connu la déchéance (enfer de l’addiction, enfermement pénitentiaire et psychiatrique), celle qui n’avait sans doute pas vraiment voulu être une star retrouve le devant de la scène, mais "l’image n’a pas besoin de son regard, pas besoin de nous" : "C’est désormais un flux continu, une chaîne ininterrompue qui se renouvelle avec une sorte d’évidence impérieuse, qui œuvre pour elle-même, autonomisée, inéluctable, accessible dans le pays entier, à toutes les heures, et qui s’adresse à tout le monde indifféremment, c’est-à-dire à personne en particulier" (203). S’est-elle fait un nom, elle, Frances Farmer, avec ses "quatre syllabes anodines, ternes, dénuées de sens" (217) ? Oui et non, puisqu’elle est désormais oubliée. Pour s’être brûlé les ailes aux feux hollywoodiens, elle ne peut habiter cette "coquille vide" qu’est un nom qu’elle n’a jamais voulu abandonner au profit d’un pseudonyme artistique. Comment cerner ce vide qu’est sa vie : au travers d’un talk show télévisé ? du témoignage de l’intéressée, qui se cantonne souvent dans la dénégation ?

Pas dans un biopic, en tout cas… Mathieu Larnaudie évite le piège de l’illusion rétrospective et mythobiographique, se refusant à ficeler un destin en une histoire sensationnelle pour se concentrer sur quelques tableaux, et en particulier sur les aspects les plus sombres de cette trajectoire : alcool et amphétamines, violence et addiction ; vie carcérale à l’hôpital psychiatrique Steilacoom (électrochocs, insuline, hydrothérapie ; viols subis…). Nulle complaisance, donc, mais une volonté de mettre à nu plutôt qu’aux nues les pratiques des "grossistes en rêves de Hollywood" (138) ; de s’attaquer à la dérive spectaculaire : "Le théâtre n’est pas ce divertissement inoffensif à quoi le show-business capitaliste veut le ravaler […] : c’est une guerre, une expérience en acte de la communauté du peuple, un instrument d’émancipation des citizens. L’art ne vaut que s’il a la puissance de changer la vie" (94).

23 décembre 2015

[Livres] Libr-kaléidoscope de fin d’année

En cette fin d’année, voici une première série de livres que nous avons retenus mais que nous n’avons pu encore recenser : signés Marc Perrin, Maxime H. Pascal, P.N.A. Handschin, Mathieu Larnaudie, Yves Michaud, Ryoko Sekiguchi…

 

â–º Marc Perrin, Spinoza in China : novembre 2011/2015, éditions Dernier Télégramme, Limoges, décembre 2015, 528 pages, 24 €, ISBN : 978-2-917136-82-9.

C’est avec un immense plaisir que nous tenons enfin entre nos mains le pavé à la superbe couverture renfermant les portraits d’Ernesto – un texte orchestré par ses jeux temporels et typographiques. Après en avoir donné à lire quelques extraits, Libr-critique vous invite à découvrir ce "récit d’un combat – en cinq rounds – (p. 11)", ce "récit des multiples événements dont les conséquences produiraient tout simplement ce qui a lieu" (161), cette "ode à l’amour" (19), ce "programme éditorial poétique, pour les trente-quatre prochaines années" (sic !)…

 

â–º Maxime H. Pascal, Le Tambour de Pénélope, éditions PLAINE Page, Barjols, 3e trimestre 2015, 226 pages, 12 €, ISBN : 978-2-910775-87-2.

"le mythe est le contraire d’une fonction simple
c’est un témoin de la peine d’éloignement" (p. 220).

D’un amour contrarié naît, en onze sections introduites par des lettres grecques, un récit qui relie nos histoires actuelles et les grands mythes grecs, tout en interrogeant nos propres mythologies – ressortissant désormais au "storytelling" : "dans les discours officiels, les stories prennent la place des faits" (p. 24). C’est ainsi que nous croisons Tirésias, "cette idée qui prend un bain de pied dans l’angle de la cuisine" ; Pénélope, ce "rhizome femelle"… L’écriture expérimentale de Maxime H. Pascal est vertigineuse !

 

â–º P.N.A. Handschin, L’Energie noire, éditions Argol, automne 2015, 160 pages, 18 €, ISBN : 978-2-37069-008-1.

L’Energie noire de P.N.A. Handschin fait partie de ces romans qui, depuis Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq, entretiennent des liens métaphoriques avec la physique moderne : l’énergie noire est ici cette mystérieuse force gravitationnelle qui aiguille les destins de quatre personnages dont les prénoms se font écho… Plus que cette cosmologie nous fascine une écriture simultanéiste qui fait songer à Claude Simon.

 

â–º Mathieu Larnaudie, Notre désir est sans remède, Actes Sud, été 2015, 238 pages, 19,30 €, ISBN : 978-2-330-05310-9.

Cette biofiction sur une figure hollywoodienne hors normes, Frances Farmer (1913-1970), comporte sept temps forts organisés selon un double mouvement centripète (de 1936 à 1914) et centrifuge (de 1914 à 1958) autour d’un point nodal : la "naissance d’une nation", c’est-à-dire ce moment charnière où la puissance économique américaine a besoin d’une aura symbolique, où "à l’individu indifférencié, noyé dans la masse et les cadences répétitives de la standardisation" – "tour à tour chair à canon et à chaîne tayloriste" – doit répondre "la distinction suprême, l’élection mystérieuse, l’apparition de la star hollywoodienne". C’est dire à quel point, dans son dernier roman, Mathieu Larnaudie a pour objet la généalogie de notre société spectaculaire.

 

â–º Yves Michaud, Narcisse et ses avatars, Grasset, 2014, 208 pages, 17 €, ISBN : 978-2-246-81050-6.

Depuis l’Abécédaire de Deleuze, l’exercice philosophique semble aller de soi. D’où, parfois, certaines déconvenues. Avec pour modèles Nietzsche et Wittgenstein, Yves Michaud entreprend de décrire notre monde en mutation : monde déréalisé où triomphent l’oligarchie, la com, le design, l’hédonisme, la xénophobie et You Tube en lieu et place de la culture… Cette vision conservatrice-critique atteint son paroxysme lorsque l’auteur rend Heidegger responsable de la désubjectivation ultramoderne.

 

â–º Ryoko Sekiguchi, La Voix sombre, P.O.L, novembre 2015, 110 pages, 9 €, ISBN : 978-2-8180-3795-9.

Méditation – inégale, hélas – sur la façon de pallier l’absence/la disparition grâce à l’archivage vocal : les voix enregistrées de nos morts constituent leur aura – et par là même le caractère essentiel face auquel nous sommes grotesques. Fantomatiques, elles viennent nous hanter, c’est-à-dire perturber notre temporalité.

 

18 octobre 2015

[News] News du dimanche

Après une UNE consacrée au volume IV des Œuvres de Bernard Noël, quelques Libr-brèves

UNE

Bernard Noël, La Comédie intime, œuvres IV, préface de Stéphane Bikialo, P.O.L, octobre 2015, 432 pages, 22,50 €, ISBN : 978-2-8180-3771-3.

Après Les Plumes d’Eros (2010), L’Outrage aux mots (2011) et La Place de l’Autre (2013), pour notre plus grand plaisir les éditions P.O.L viennent de publier le quatrième volume des œuvres (presque) complètes de Bernard Noël (né en 1929).

"Chacun de nous est une société", peut-on lire dès le début des Premiers Mots (1973), roman fondamental dans le prolongement duquel s’inscrivent tous les monologues qui lui succèdent dans cette somme d’une densité rare. Et S. Bikialo de préciser : "Chacun de nous porte sa comédie, que Dante a voulue divine, Balzac humaine, Jacques Villeglé urbaine, et Bernard Noël intime ou mentale. La Comédie intime est la Comédie humaine de Bernard Noël, sa comédie humaine, où il se fait, non pas le secrétaire de la société mais le porte-plume de ces voix qui travaillent en lui, qui le constituent comme sujet de l’écriture, comme TU" (p. 12). Chaque monologue, "forme obsessionnelle" bâtie "à partir du monologue intérieur" (B. Noël, "Le Chemin de ronde", 1958-63), est centré sur un pronom : "je" dans La Langue d’Anna (en ces temps identitaristes, on appréciera la troisième phrase : "Je ne manque pourtant pas d’identité : elle me déborde, elle me jette hors de moi" – p. 209) ; "tu" dans Le Mal de l’intime ; "il" dans La Maladie du Sens ; "elle" dans Le Mal de l’Espèce ; "on" dans Le Syndrome de Gramsci ; "vous" dans La Maladie de la Chair ; "je", "tu", "il" et "vous" dans Les Têtes d’IlJeTu

Arrêtons-nous au dernier monologue, paru au printemps dernier : Le Monologue du nous. Dans un monde où le pouvoir "a pour arme efficace le remplacement de la culture par la consommation, ce qui réduit la politique à des traités de libre-échange puisqu’elle est entièrement soumise à l’économie" ; "un monde où la dissolution de tous les repères sociaux se double du perfectionnement continuel des systèmes de surveillance et de répression" ; où "la technologie va permettre de neutraliser toute opposition par une castration mentale généralisée" ;
comment le "NOUS" pourrait-il encore subsister ?
comment le "NOUS" pourrait-il encore subsister en dehors de l’action directe ?

Mais "peut-on traiter le mal par le mal ?"… Ce monologue du nous nous plonge dans les interrogations et les contradictions d’un groupe de militants qui se sentent trahis par les actuels socialistes au pouvoir et ont renoncé à la mythologie de la Révolution. Et nous, lecteurs, égarés dans un palais de glaces, ne pouvons nous empêcher de nous demander avec angoisse s’il y a la moindre issue…

Libr-brèves

â–º Dans sa nouvelle livraison (#121), la revue INTER nous propose une nouvelle perspective : "Pauvreté, dépouillement, dénuement" – avec en prime, de Joël Hubaut, un texte et flash-performance de 2002 (UBO_HOBO).

â–º Sur Diacritik, on lira avec intérêt le Grand entretien de Mathieu Larnaudie avec Jean-Philippe Cazier, "Mathieu Larnaudie, le pouvoir des images" (à propos de son dernier roman, paru cher Actes Sud, Notre désir est sans remède.

11 octobre 2012

[Chronique] Mathieu Larnaudie, Acharnement

Mathieu Larnaudie, Acharnement, Actes Sud, été 2012, 208 pages, 19 €, ISBN : 978-2-330-01262-5.

Tandis que ce soir (de 19 H à 22 H exactement) Mathieu Larnaudie sera l’invité de la Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) – avec Claro et Mathias Enard –, revenons sur son fascinant dernier roman.

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2 septembre 2012

[News] News du dimanche

Après la pause estivale, et avant que de découvrir le programme annoncé dans le dernier post, voici les premiers rendez-vous à ne pas manquer (revue Gruppen, Novarina au Théâtre du Rond-Point, L’Argent de Tarkos à la Gaité Lyrique, Manifesten) ainsi que le livre de la quinzaine (Acharnement de Mathieu Larnaudie). /FT/

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29 avril 2010

[Chronique-interview] Mathieu LARNAUDIE, Les Effondrés (2/2)

Mathieu LARNAUDIE, Les Effondrés, Actes Sud, avril 2010, 188 pages, 18 €, ISBN : 978-2-7427-9010-4.

Notre seconde livraison (lire la première) commence par la dernière partie de la chronique ("Le Crépuscule des Idoles ou comment on (d)écrit/e à coups de marteau"), qui débouche sur la discussion avec l’auteur.

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22 avril 2010

[Chronique-interview] Mathieu LARNAUDIE, Les Effondrés (1/2)

Mathieu LARNAUDIE, Les Effondrés, Actes Sud, 2010, 182 pages, 18 €, ISBN : 978-2-7427-9010-4.

Qui a dit que la littérature française est nombriliste ? Il fallait être aussi ambitieux qu’audacieux pour s’attaquer à un tel sujet : la crise financière qui a frappé autrement que les attentats du 11 septembre 2001 un espace mondialisé dans lequel le capitalisme était devenu l’ordre naturel des choses, provoquant le déclin de l’ère post-historique. Après Une livre de chair de Pia Petersen en février dernier, Actes Sud publie un texte d’une tout autre facture avec ces Effondrés d’un jeune romancier de 33 ans déjà connu pour Strangulation (Gallimard, 2008), sa revue Inculte et la collection qu’il dirige aux éditions Burozoïque, "Le Répertoire des îles". (On peut, du reste, retrouver ces deux auteurs dans un reportage d’Arte sur les écrivains et la crise économique).

Voici les deux premières parties d’un article qui sera suivi d’une courte discussion avec l’auteur : "Très riches heures de dépit…" ; "Post-Histoire et histoires…"

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4 avril 2010

[News] News du dimanche

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , — rédaction @ 19:39

Cette semaine sortent en librairie les étonnants Effondrés de Mathieu Larnaudie (Actes Sud) et l’étrange Après vous de Pierre Alferi. Par ailleurs, on découvrira quelques libr-événements. De quoi passer libr-critiquement vos longues soirées printanières ! /FT/

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25 septembre 2009

[Chronique] Patrick Le Boeuf dir., CRAIG et la marionnette

Patrick Le Bœuf dir., Craig et la marionnette, Actes sud/Bibliothèque Nationale de France, 2009, 120 pages, 124 illustrations couleur/noir et blanc, 29 €, ISBN : 978-2-7427-8389-2.

Ceux qui n’ont pu découvrir l’exposition organisée par la BNF du 4 mai au 29 juillet 2009 à la Maison Jean Vilar (Avignon) ne manqueront pas, jusqu’au 4 octobre prochain, de se rendre au Musée de l’Ardenne et à la vitrine du Conseil général à Charleville-Mézières, dans le cadre du Festival mondial des théâtres de marionnettes (fin ce dimanche 27 septembre).

Au reste, depuis mai dernier, nous disposons d’un catalogue riche de quelque 120 illustrations – accompagnées d’un "catalogue des pièces exposées" et de trois articles synthétiques qui offrent des angles d’approche complémentaires : thématique (Patrick Le Bœuf, "Edward Gordon Craig et la marionnette"), érudit (Marion Chénetier, Marc Duvillier et Didier Plassard, "Le Théâtre pour les fous : aperçus d’un chantier") et historique (Evelyne Lecucq, "Les marionnettistes contemporains et Craig").

Illustrations : après celle de la couverture, on appréciera les créatures de Peter Schumann (Bread & puppet Theatre).

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