Ces Libr-éclats anisotropiques pour que chacun les fasse fuser et infuser à sa guise…
Ces formes brèves sont extraites d’un Libr-Carnet critique. Critique, malgré qu’en aient d’habiles
postcritiques hostiles au soi-disant suprématisme rationaliste et aux présupposées dérives rhétoriques de  ceux qui exercent une volonté de puissance source de tous les maux. LIBR-CRITIQUE (1) s’inscrit à l’encontre de ceux qui décrètent la mort de la littérature comme de la critique pour ériger une postlittérature et une postcritique qui poussent sur un terrain anomique laissant libre cours à une littérature de sociétalisation : exit la valeur esthétique, vive les valeurs sociocinétiques… En ce premier quart du XXIe siècle, le « post- » croît sur un piètre compost. (Nous y reviendrons bientôt).
(1) Sur le positionnement de Libr-critique : ici.
♦ Délivrés de l’angoisse, du Souci (die Sorge), les Intranquilles peuvent s’occuper du sociétal…
♦ Parce qu’ils ont l’habitude d’être aréseaunés, les humoins d’aujourd’hui vivent comme des asticots, mais des asticots de choix : des entre-soi.
♦ Nos démocrazies ressemblent à nos fêtes : quelques drapeaux et ballons, boniments et ricanements, morceaux de musique et de bravoure, des éclats de voix et de lumières, des applaudissements et jacassements du public… et le tour est joué !
♦ Quel bel apologue sur la croyance que le conte d’Andersen intitulé « Les Habits neufs de l’empereur » : il suffit à quelques malins de mettre en scène un empereur paré de ses plus beaux atours pour qu’il en soit ainsi alors même qu’il est aussi nu que le petit-jésus… Aujourd’hui, il suffit de lancer des mots magiques comme « Croissance », « Dette », « Développement durable »… et le tour est joué, tant les « élites » sont atteintes du syndrome des habits de l’empereur !
♦ Aujourd’hui, l’intellectuel n’est plus « engagé » mais « impliqué »… Impliqué, en effet, dans un processus qui le dépasse.
♦ Ne rien lâcher (on, il/elle ne lâche rien) : Mythologie de la Résistance. La bonne conscience des BelleZâmes.
Résultat assuré dans un seul cas : lorsqu’on s’agrippe à son mode de vie consumériste / individualiste.
♦ Ah cette manie de ne voir dans les adultes, y compris les plus mûrs pour utiliser un euphémisme, que des éternels adolescents : « Eh les filles ! Eh les garçons »… Sympathiquement cool… Craquant !
♦ Quel est le comble pour un manifestant ? Assister à son propre meurtre au JT de 20H.
♦ La France-en-Marche… mais vers quoi ? Le Mondial des Winners !
Vite, toujours plus-vite… mais vers quoi ? Plus, toujours-plus… mais pour quoi/qui ? RV à Nulle-Part-sur-Néant…
♦ – Je suis à vous, dit-elle.
– Je ne vous en demandais pas tant… Mais, bon, l’essentiel est d’être dans les temps sans être submergé…
– Je reviens vers vous, dit-elle ?
– Vous étiez partie… où ça ? Vous avez raison, faut bouger… Sinon c’est l’immobilisme ! (Ah non, au secours… tout mais pas ça !).
♦ Comment appelle-t-on une masse que l’on peut prendre à la nasse, pêcher et faire pécher ? Le Grand-Public… Les-Consommateurs… Et comment appelle-t-on une masse en mouvement, insaisissable et incompréhensible ? Le Peuple.
♦ Signe des temps, même une collection se nomme « Back to the roots » (« Retour aux racines », chez Bizzbee) – ah oui, en anglais c’est plus « classe » (nouvelle forme de snobisme, donc)… Générations identitaires : mais où voulez-vous qu’on s’enracine ? Les deux faces d’un monde immondialisé : d’un côté, le bougisme individualiste / consumériste ; de l’autre, l’enracinement solipsiste / nationaliste.
♦ Les récents scandales hexagogonaux (Benalla, Tapie, de Rugy…) me font penser à ce que réaffirme Alain Badiou dans À la recherche du réel perdu (Fayard, 2015), qui
définit le capitalisme comme « ce monde qui est constamment en train de jouer une pièce dont le titre est « La démocratie imaginaire » » (p. 25). Il n’est pas jusqu’au vécu scandaculaire – si l’on ose ce néologisme – qui ne soit biaisé : la mise en scène d’un éclat de réel comme exception ne permet nullement d’atteindre le réel réel, dans la mesure où le scandale tend précisément à cautionner insidieusement l’ersatz de réel (la pseudo-révélation d’une « affaire » n’a de cesse de nous conforter dans notre appréhension rassurante du microcosme politique : l’exception ne saurait être la règle ; la purgation d’une infime partie garantit l’harmonie du corps entier, c’est-à -dire le conduit à la rédemption).
Pour le philosophe néoplatonicien, on ne peut échapper à l’aliénation qu’en réussissant à s’abstraire du monde des simulacres, ce qui est loin d’aller de soi : notre rapport au monde social étant structuré par le discours dominant, nous renonçons de fait à la conception du réel comme expérience sensible ou vision existentielle. Le problème est en effet que nous vivons en un temps où triomphe un « semblant démocratique » qui se présente comme une fin particulière de l’Histoire : l’homme ultramoderne renonce au réel pour se contenter de satisfaire ses envies dans un monde matérialiste caractérisé par la saturation sémiotique et la clôture symbolique.

Jusqu’au moment où le voile du tabernacle se déchirera – et pour cela il faudra au moins qu’un tiers de la population des Pays-Riches connaisse la même misère que celle du tiers- ou du quart-monde, à cause d’une crise systémique renforcée par la crise climatique, sans parler des risques de conflits –, la chose publique, bonne fille, abritera en ses alcôves les suppôts d’un totalitarisme ultra-libéral qui maintient son cap du Toujours-Plus au moyen des « démocratiques » violences étatiques et des multiples manÅ“uvres de ses complexes scientifico-technologico-économico-médiatico-technocratico-militaro-politico-idéologiques / bourreaucratiques.
Ce sont bel et bien les réfractaires à la société du spectacle politique, les néo-
iconoclastes – savoir, ceux qui s’attaquent aux icônes de l’Ordre néo-libéral – qui sont « pris en otages » par les zélateurs et conformistes de tous poils : leur « crime » est de jeter l’opprobre sur le système même de la démocratie représentative, et donc de faire-le-jeu-des-extrêmes…  Comment répondre à ces adeptes de la « pensée molle » (Accursi) qui ne font qu’ânonner les ineptes slogans mainstream, sinon par une question :  que penser d’un système qui « laisse le choix » entre la peste et le choléra ? S’il n’y a pas de leçons à retirer de l’Histoire, on peut du moins retenir cet invariant : nul dialogue possible avec un pouvoir totalitaire ! Mettons-nous donc en devenir : contre l’aliénation ultra-libérale, inventons/développons des singularités, agents catalyseurs de véritables collectivités.
déréliction contemporaines. Les écrits des Gide, Berl, Nizan, Guilloux, Aragon et leurs épigones fustigeaient l’idéalisme des sorbonnards, le règne du conformisme intellectuel et moral, bref, "la décrépitude du monde bourgeois" (Les Chiens de garde, 1932). N’épargnant ni Benda ni Brunschvicg ni Bergson – qui pourtant a réagi contre les excès de l’intellectualisme et du scientisme, faisant prévaloir l’intuition sur la raison -, Emmanuel Berl et Paul Nizan stigmatisent ces "chiens de garde" dont la vacuité des discours ainsi que l’idéalisme ne sont que trop connotés idéologiquement : en accréditant la notion d’un Homme abstrait, ils alimentent en effet le mensonge de l’humanisme bourgeois. Dans Les Chiens de garde, Nizan commence par déplorer la démission des philosophes, qui se retirent dans leur tour d’ivoire, à l’écart du monde sensible, pour travailler sur des entités abstraites (l’Amour, la Justice, la Guerre…). Aussi, "contre la philosophie dissolvante de l’idéalisme", Sartre cherche-t-il à retrouver les choses : "J’étais réaliste à l’époque, par goût de sentir la résistance des choses" (Carnets de la drôle de guerre).
Dans notre société spectaculaire, où l’on assiste à la dématérialisation de l’objet, notre dernier penseur réellement marxiste constate que le "réel" a disparu au profit des "réalités" : au nom du pragmatisme marchand, d’un réalisme ultralibéral imposé par ces nouveaux chiens de garde que sont les économistes et leurs suppôts journalistes, il faut se soumettre aux "réalités" du Marché, c’est-à-dire à ses Diktats. Aussi, contre "le réel comme imposition" que ne saurait combattre "le défaut idéaliste" (p. 9), souhaite-t-il retrouver la voie de l’invention, celle d’une philosophie du concret qui parte à la recherche du réel perdu. On ne lui tiendra pas rigueur de la facilité de son titre, qui a au moins le mérite de souligner la dimension heuristique de la quête. Pour le néoplatonicien, on ne peut échapper à l’aliénation qu’en réussissant à s’abstraire du monde des simulacres : notre rapport au monde social étant structuré par le discours dominant, il nous faut renoncer à la conception du réel comme expérience sensible ou vision existentielle. Il n’est pas jusqu’au vécu scandaculaire – si l’on ose ce néologisme – qui ne soit biaisé : la mise en scène d’un éclat de réel comme exception ne permet nullement d’atteindre le réel réel, dans la mesure où le scandale tend précisément à cautionner insidieusement l’ersatz de réel (la pseudo-révélation d’une affaire de dopage n’a de cesse de nous conforter dans notre appréhension rassurante du microcosme sportif : l’exception ne saurait être la règle ; la purgation d’une infime partie garantit l’harmonie du corps entier, c’est-à-dire le conduit à la rédemption).
qu’il nomme "événement". Le capitalisme se définissant comme « ce monde qui est constamment en train de jouer une pièce dont le titre est "La démocratie imaginaire" » (25), faire surgir le réel, c’est faire tomber le masque démocratique dont se pare cette puissance totalitaire. Atteint-on pour autant le Réel ? Pas vraiment, puisque le réel est inatteignable : sans renoncer au raisonnement dialectique – comme on le verra ci-après -, le philosophe reprend à son compte la célèbre formule de Lacan : "le réel c’est le point d’impossible de la formalisation" (30). De même que le réel de l’arithmétique est le nombre infini, celui de l’image cinématographique est le hors champ et celui de la société capitaliste l’égalité. (Mais l’hypothèse communiste est-elle la seule viable : le réel de la société communiste n’est-il pas la liberté ?). C’est ici que nous retrouvons le raisonnement dialectique : l’Histoire comme succession d’avènements de l’impossible, d’ek-stases (d’ouvertures vers l’impossible réel), n’est rien d’autre que le dépassement d’une formalisation politique antérieure.
grands programmes politiques, décapées du dedans de toute assurance idéologique. Et les têtes vidées, on le sait, veulent du plein, du plomb. Reste à espérer que ce plomb ne soit pas celui de toutes les crispations meurtrières, de toutes les violences désespérées de rester sans langue dans l’effondrement des croyances, de toutes les rancœurs des laissés-pour-compte de l’euphorie consumériste" (Berlin sera peut-être un jour, La Ville brûle, 2015)… Ce plomb, hélas, renforce encore la dépendance des pseudo-citoyens en attisant leurs peurs irrationnelles : le danger viendrait des "immigrés clandestins" venant "envahir" le territoire… lequel est menacé, certes, mais par les puissances du Marché globalisé.
de la barbarie de Jacques-Henri Michot
Rencontre avec Bruno Fern, Typhaine Garnier & Christian Prigent pour leurs irrésistibles craductions (néologisme de Pierre Le Pillouër) : n’en déplaise au Cercle des Universitaires Latinistes (C.U.L.), il s’agit rien moins que de subvertir les trop sages citations des pages roses du Larousse en faisant déraper la langue ; s’ouvrent alors de jouissifs abîmes – dans le même temps que les arcanes de la fiction… Quelques exemples : "Si vales valeo / Si tu avales, moi aussi" ; "Persona non grata / Plus personne à gratter" ; "Coram populo / Coran pour les nuls" ; "Cepi maxima imperia / L’empereur porte très bien le képi"…



À la UNE de ce début novembre, Bernard Desportes, pour la parution chez Al dante de son livre choc L’Éternité. Autres Libr-événements : CitéPhilo dans la métropole lilloise et Les écrits du numérique (Marseille).
Gottfried Gröll, Vie & Opinions, ed.
[Nous présentons ici un texte de Jacques-Henri Michot, car nous pensons, que loin de devoir clore le débat, les questions qui se sont posées à propos des articles de sitaudis, ouvrent véritablement des questions sur la poésie, sa constitution et son rapport au monde, qu’il soit social ou politique. Or, l’un des lieux vivant de la réflexion nous paraît être le web, qui loin de n’être qu’un lieu précaire et de passage, est pour nous de plus en plus le lieu où une vitalité intellectuelle peut s’exprimer, où un débat d’idée peut avoir lieu. Nous remercions Jacques-Henri Michot de nous avoir autorisé à publier son texte.]