Libr-critique

7 février 2021

[News] News du dimanche

Après nos surprenantes Libr-brèves, vous retrouverez les attendues « nouvelles aventures d’Ovaine » et vous découvrirez deux livres qui viennent de paraître (En lisant, en zigzagant)…

Libr-brèves

► Suite à nos éditos sur les « mots du pouvoir » et « parole et pollution », on méditera avec intérêt cette démonstration  de Joachim Séné dans son passionnant « Journal éclaté » :

« Dans cette crise du Covid — mais n’est-ce pas dans toutes les crises ? Et ici plus révélé ?— le Pouvoir joue avec la langue comme avec le feu. Veran déclare que la courbe n’est « pas exponentielle » puisqu’on a « que » 10% de cas en plus chaque semaine. Or c’est la rigoureuse définition mathématique de la courbe exponentielle : F(n) = F(n-1)×1.1

Et c’est également de ça, détruire la langue, qu’il est question en ce moment — mais n’est-ce pas aussi un effet du Pouvoir ? Un moyen de domination supplémentaire ? Les mots du pouvoir, le confinement « serré », le « plateau montant » que ne serait pas l’exponentiel, les fausses-fuites d’informations et les « ce qu’on sait », les rumeurs des réseaux, une marmite de potion politique bout, l’angoisse monte des jours à l’avance avec la crainte de ce qui sera dit, est-ce décidé ? Sur quelles bases ? Tout le monde est épuisé, fissures. »

► Oublions un peu la morosité ambiante et regardons/écoutons cette vision poétique d’un objet qui empoisonne nos vies laborieuses : Marie-Hélène Dhénin, « Les Trois Masques et quelques dizaines de plus » (texte et photos / Lecture d’Alain Frontier)…

► Suivez en direct les événements sur la page Facebook ou la chaîne Youtube de la Maison de la Poésie Paris.
➡️ Pour ne pas rater le direct, inscrivez-vous à l’événement Facebook.
Vous pouvez ensuite retrouver la vidéo à tout moment sur la chaîne Youtube.

Mardi 9 février à 19H : RV avec Maxime Actis.

Présentation officielle. À lire l’un de ses textes publié dans une revue littéraire, sa mère dit à l’auteur que « ça doit être compliqué de vivre à force de regarder les choses précisément comme ça. » Mais c’est assurément un ravissement pour nous. Long poème composé de dix-neuf « chants », Les paysages avalent presque tout oscille entre un présent intranquille et des périples fondateurs à travers les Balkans. Des êtres qu’on perd jusqu’aux maisons désertées, en passant par cette femme qui ne reconnaît plus les siens : la poésie s’arme pour fixer tout ce qui file et que le temps engloutit. L’apparition d’un jeune poète saisissant.

À lire – Maxime Actis, Les paysages avalent presque tout, Flammarion Poésie, 2020.

Vendredi 12 février à 19H : RV avec Frédéric Forte.

« La phrase Nous allons perdre deux minutes de lumière, je l’ai entendue prononcée un jour à la télé par une présentatrice de la météo. Je l’ai aussitôt perçue comme un titre de livre potentiel. Et plus qu’un titre, un modèle de phrase et de vers. Durant les sept mois de l’écriture du poème, j’ai essayé de saisir à chaque instant, dans un flux, ce qui, dans ma vie de tous les jours, pouvait être « la phrase suivante ». D’une phrase à une autre plusieurs heures ou toute une nuit pouvaient parfois s’écouler. Le poème est donc une sorte de journal en coupe. Avant même d’avoir terminé l’écriture du texte, j’avais déjà envie de le lire en public, in extenso. Et pour pouvoir immerger plus avant le public dans le poème, j’ai proposé à deux artistes – le guitariste Patrice Soletti et la plasticienne Leïla Brett, tous deux maîtres dans l’art de la répétition, de la variation, du jeu avec le temps… – de créer avec moi une pièce qui dépasserait la simple lecture, mêlant le poème à la guitare jouée en direct et à un diptyque vidéo pour nous faire vivre plusieurs mois en moins d’une heure » (Frédéric Forte).

À lire – Frédéric Forte, Nous allons perdre deux minutes de lumière, P.O.L, 2021. S’inscrire à l’événement Facebook.

 

Les nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Felix/

♦ Un jour d’hiver, la mort, épuisée, toque :

– Je suis au bord du beurre naout. On me fait avaler des vivants qui sont même pas encore nés.

– Ovaine la serre dans ses bras dodus et doucement lui conte l’histoire du scarabée qui ne voulait plus entrer dans le jeu du scrabble.

La mort, d’un coup requinquée, se met à refuser tout ce qui bouge.

Comme il y a foule au portillon, certains font semblant d’être déjà morts.

Fine mouche,  elle les frictionne et, d’un coup de pied aux fesses, les envoie paître parmi les vaches lentes et majestueuses.

 

â—Š Un jour, Ovaine contemple le ventre de son aspirateur.

Une jungle d’acariens s’en donnent à cÅ“ur joie dans une fête à neu-neu tenue par des araignées de petit calibre.

Ovaine veut en être. Elle prend un ticket pour le fameux train d’enfer.

Des cheveux géants l’attrapent par les pieds, des squelettes de puces lui sautent au cou. Un crâne de fourmi lui colle des grains de sucre sur la bouche.

Après dix minutes d’ivresse, Ovaine sort de l’aspirateur. Si elle avait su !

Ouvrant aussitôt un stand à 1 centime le tour, elle a du mal à ne pas être aspirée par la soudaine ruée des poussières.

 

 

En lisant, en zigzaguant…

♠ « Tu as rencontré une fois un écrivain et artiste qui, pendant près d’une demi-heure, accoudé au zinc d’un petit bar, t’as parlé de sa penderie. Ses paroles elles-mêmes semblaient être regroupées, comme parcimonieusement étudiées et classées, puis envoyées dans l’espace avec la précision des ingénieurs du projet spatial Philae. »

« Ã€ y regarder de plus près, changer de vie n’est pas chose facile. Cela fait quinze ans que tu te dis : demain, je plaque tout ; c’est sûr demain tu leur dis que tu n’es plus capable, pas un clown, pas un mouton – pas de corrélation entre les deux en apparence, ni avec toi, encore que c’est à voir – tu leur dis cela, puis tu y retournes, comme un seul homme. »

Sophie Coiffier,  Tiroir central, éditions de l’Attente, 2021, p. 23-24 et p. 71.

 

♣ « L’idée que la poésie doit exclure le narratif est aussi absurde que d’exclure l’exposition discursive du roman. Mallarmé rejette le narratif sous prétexte qu’il présente quelque chose comme un simulacre du réel. Mais la virtualité domine autant le narratif que  les autres types de discours. La narration est un tissu de lacunes mouvantes ; c’est par ce jeu du vide et du plein qu’elle rejoint à la fois la poésie et le réel et il s’ensuit que la poésie est simulacre au même titre que la narration. »

Alexander Dickow, Déblais, éditions Louise Bottu, 2021, p. 24.

31 janvier 2021

[News] News du dimanche

Après notre édito libr&critique (« Les aplatis »), vous retrouverez avec plaisir une nouvelle aventure d’Ovaine et découvrirez notre sélection de Livres reçus

Édito : Les aplatis

Dans son article publié vendredi dernier dans AOC, « Parole et pollution », Marielle Macé dresse ce constat : « l’actualité récente a souvent révélé, s’il en était besoin, quelque chose comme des états pourris de la parole, pourris à force de déliaisons, de rétrécissements, d’inattention, de bâclage, de négligence, de morgue, de dédain. Des états pourris de la parole politique, de la parole médiatique, et de nos propres échanges, c’est-à-dire des phrases que nous mettons dans le monde et entre nous, dans la rue, dans le travail, sur les réseaux, dans les tweets, ces « gazouillis » ». Comme si l’accumulation des déchets qui polluent notre planète allait de pair avec rien de moins que la déchéance de l’humanité…

Et ce n’est pas tout : ce pourrissement accompagne l’aplatissement de notre Terre, « par la masse énorme, qui grandissait sans cesse, et qu’on n’arrivait absolument pas à éliminer, dont on n’arrivait absolument pas à se défaire, de bêtises, stupidités, imbécillités, idées reçues, clichés, tautologies, discours vides, mots creux, bref de platitudes, le terme s’imposait, oui, de platitudes  qui s’échangeaient à chaque instant et finissaient par avoir un effet »… D’où la situation qui est encore la nôtre selon Leslie Kaplan (cf. ci-dessous) : confinement, évaluations, ennui, « régression générale »… Question : quel avenir pour les aplatis ?

 

Les nouvelles aventures d’Ovaine, par Tristan Felix

Au village, las! plus un seul son de cloche. « Fondues pour faire du chocolat ! »,  soupçonne-t-on avec un soupçon de bave.

Pour résister à la tentation, Ovaine décide d’élever trois cents coqs, avec alarme et tic tac intégré. 

Sous le kiosque enguirlandé, elle les entraîne à sonner du gosier toutes les trois heures.

A vêpres, armé d’un silencieux, un homme osseux soudain s’approche.

D’un coup de glotte pétante, Ovaine déclenche l’alarme. Et tous le coquailler de retentir à toute volée pour couvrir le bruit du silencieux.

Les poules en cacao, gloussantes de ferveur, défilent alors avec leur truc en plumes.

 

Livres reçus (présentations éditoriales)

► Alexander DICKOW, Déblais, Louise Bottu, Mugron (40), janvier 2021, 104 pages, 14 €.  

L’aphorisme (peu importe comme on le nomme) peut être l’image en tout petit du grand système, le « hérisson » de Schlegel ; pourtant il bée aussi vers d’autres fragments, chacun ouvert puisque sériel, un-parmi-les-autres, indéfinitif. Voici un recueil qui essaie de dire des choses vraies, simplement, depuis cette perspective mienne. J’échoue nécessairement, j’espère non sans quelques splendides faux-fuyants. /AD/

 

► Frédéric FORTE, Nous allons perdre deux minutes de lumière, P.O.L, en librairie le 11 février 2021, 80 pages, 13 €.

Nous allons perdre deux minutes de lumière est une phrase entendue par l’auteur à la télévision, prononcée par une présentatrice météo. Frédéric Forte l’a aussitôt perçue comme un titre de livre potentiel. Et plus qu’un titre, comme modèle, matrice d’autres phrases et de vers. Ce livre est ainsi un travail sur la phrase comme objet poétique familier, pour faire du poème une expérience à la fois intime et partageable, une parole à laquelle chacun peut s’identifier. L’idée était bien de confronter cette phrase matricielle à ce qui fait un quotidien, à « l’infraordinaire » cher à Georges Perec, au processus d’écriture même.

La forme du poème est déterminée par la structure même de la phrase (sept mots, douze syllabes), avec sept chants, et chaque chant composé de sept strophes, chaque strophe de douze vers, chaque vers de douze syllabes (dodécasyllabes).

Chaque chant est déterminé par le mot qui lui correspond dans la phrase-titre, de « Nous » à « lumière ». Nous : la communauté humaine ; allons : le déplacement, le mouvement ; perdre : l’échec, la désorientation, la mort ; deux : le couple, la dualité ; minutes : le temps ; de : la provenance, l’association ; lumière : la vue.

Pour les titres de chaque chant, ces mots ont été cryptés en « braille », référence à la perte de lumière mais aussi à une anecdote familiale évoquée dans le chant final.

 

► Leslie KAPLAN, L’Aplatissement de la Terre, suivi de Le Monde et son contraire, P.O.L, en librairie le 18 février, 238 pages, 15 €.

« Tout le monde s’en souvient : ce matin-là au réveil la nouvelle tournait en boucle, quelqu’un était tombé en dehors de la Terre. Pas dans un trou, pas dans une crevasse, pas dans un abîme. »

Ainsi commence le nouveau conte politique, drôle et cruel de Leslie Kaplan, L’aplatissement de la terre, dans la même veine que Désordre. Un ensemble de cinq textes sur le même thème : le monde dans lequel nous sommes est un monde devenu « plat », aplati par le système dominant. Leslie Kaplan imagine, de façons différentes, plusieurs réponses à ce monde, à la recherche d’une « issue » pour reprendre un terme de Kafka. On peut se servir de rêves, de films, ou de livres, de musiques, on peut faire des rencontres, comme cette femme qui « sort du cinéma », ou au contraire se laisser envahir par un « ennemi invisible ». Mais le possible et le commencement sont là, et c’est toujours « encore une fois le monde ».

Le Monde et son contraire est le monologue d’un acteur qui joue le personnage de Kafka, et qui, comme lui, « se bat ». Ce monologue est adapté au théâtre par Elise Vigier, mis en scène notamment à la Comédie de Caen au printemps 2021.

► Ana TOT, Nique, Louise Bottu, Mugron (40), disponible début février, 198 pages, 15 €.

25 décembre 2019

[Texte] Alexander Dickow, Premier souper, fragments de mondes (extrait)

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Extrait du Premier Souper de Ronce Albène (1927 du calendrier aurède)

Où Dèze arrive au pays des Âmes et des Corps

 

Continuant notre route au jour subséquent, nous passâmes l’Île de l’Œil, où l’on ne croit qu’à ce qu’on peut voir de jour et clairement, et le pays de l’Ouïe, gros de rumeurs et de bruits. Nous n’en prîmes point connaissance, mais poursuivîmes. Cependant, des brouillards se haussèrent doucement qui nous confondaient bientôt le regard et déconcertèrent les navigations. Et nous choisîmes de nous échouer finalement sur un sol insoupçonné de personne. Alors, nous quittions le navire, et la brume fut si drue où nous tâtonnâmes, que le Sieur Lavant tourna en rond dans son voisin Pandon et tombaient dans un bataclan tout plein à bras et de jambes, et se remirent debout dans des jurons assez grands en couleur. Mais Dèze les écartait l’un à l’autre avec des rires, et rapporta le paisible des cœurs.

Nous arrivions face-à-face avec deux villes orientées l’une envers l’autre. Et les deux villes sont fortifiées extrêmement à force de pointes enfonçant beaucoup les remparts, fourmillant à meurtrières, avec des murailles comme des hanches de montagne. Nous prenions abri d’abord, car les villes échangèrent l’une dans l’autre des flèches ici et là. Une ville était toute neuve et brillante comme un miroir, et l’autre ville fut entachée d’une longue et douloureuse patine d’histoire. Finalement, des messagers des deux cités s’expédient devant notre bivouac l’un avant l’autre, et Dèze apprit quelle façon d’habitants demeurèrent dans ces cités neuve et ancienne.

Dans l’une, Dèze nous explique-t-il, vivait un peuple qui s’est certifié natif de ces terres, un aguerri et batailleur peuple aux corps robustes. Ceux avec qui ils haïssaient continuellement sont des âmes et des esprits venus d’au-delà des brumes imposantes de cette contrée, des habitants du monde nouménal qui envahissent les pauvres indigènes et se sont établis en la ville toute nouvelle et étincelante comme un miroir. Les esprits, disent ceux de la ville antique, ont naguère moissonné la chair animale et humaine avec des moyens plus sauvages imaginables, afin de s’être façonné des corps, et d’ainsi coloniser dans les terres du peuple d’ici avec abus et brutalités fougueusement.

Mais un messager des âmes vint ensuite nous démentir d’avec ce triste récit. La forme du messager nous épouvanta : il grouillait en griffues pattes et de pseudopodes gluants, et ses yeux regardèrent aussi grandement que des assiettes ; sur sa peau perlent et suent le sang et la sève, et il parla d’une voix cliquetante parcourue avec des grognements et dégoûtantes grinçures. Devant les cris, le messager nous a priés de ne pas faire confiance avec les apparences, et l’exquisité de la politesse du messager effroyable nous mit finalement dans l’aise tout malgré, et bientôt nous bavardons ensemble presque comme parmi de vieilles connaissances.

Pendant de longs équicycles, a conté notre visiteur, les corps – comme il nomme ceux de la ville vétuste, les aborigènes du pays – avaient obstinément rejeté et exclu et honni les choses de l’esprit, de sorte que pas la moindre idée ne puisse trouver aucun pied dehors le royaume nouménal, ni s’habiller en existence concrète ; emprisonnés et bannis par-delà la Brume, les âmes ont fini, comme il se devait d’arriver, par brusquer un passage au monde. Ne pouvant consister dépourvus en chair de par ce monde, et faisant à nécessité bonne figure, les âmes ont dû chaparder par-ci et là – oh ! sauf triste exception, toujours dans les animaux sans entendement – la chair qu’il leur fallut.

C’est alors que notre Pandon demandait un petit questionnement.

« Mais ces Corps, n’a-t-on point doté chacun d’eux d’une âme ? Avait-on à ce point chassé l’esprit hors de ce monde que les âmes ne pussent plus habiter le corps d’un enfant à sa conception ?

– Les miens croient fermement, commençait notre interlocuteur, qui se nomme Urqtàl, que les êtres de ce monde n’ont plus qu’une âme flétrie et rabougrie, réduite à presque rien. Les Corps eux-mêmes protestent désormais qu’ils n’ont aucune âme, car ils imputent aujourd’hui à la spiritualité tous les crimes et toutes les brutalités. Pourtant, nous nous efforçons de protéger ces pauvres créatures, car créatures elles restent, quand bien même la plus infime des lueurs idéelles les habite ; rien ne peut vivre entièrement sans idéalité. Au fond, nous ne souhaitons plus que les aider à s’élever enfin aux hauteurs de l’idée. S’ils n’étaient réfractaires à tout progrès, il n’y aurait plus aucun conflit entre nous.

Pourtant, les flèches continuèrent leur triste pluie parmi les deux cités. Le roi des Corps nous a reçu en sa ville qui se nomma Guèvres. Nous lui rapportions les dires du messager Urqtàl, mais avec chaque argument il contrait un autre où se montra, dit-il, la mauvaise foi des Âmes perfides.

« L’esprit n’illumine rien du monde concret, ni n’insuffle la vie aux êtres vivants ; cela est le premier et principal mensonge des âmes. Si nous avons cru jadis à la part spirituelle de l’homme, la malignité des âmes incarnées nous a démontré au contraire que l’âme n’habite que les êtres malfaisants. Ce discours de notre part négligeable de spiritualité, en outre, autorise à leurs yeux les atrocités qu’ils commettent, et les dispensent de nous traiter en égaux. L’idée qu’ils n’ont subtilisé que la chair des animaux est une absurdité, une exagération effrontée. Leurs charniers jonchent les pages de nos chroniques. C’est nous qui sommes victimes, d’une tentative de conquête incontestable et d’une lâcheté indicible.

Le roi fit une pause à son discours pour prononcer à ses généraux une nouvelle volée de flèches, à laquelle il ajouta une deuxième volée de flèches enflammées. Puis nous dit-il :

« Au demeurant, ce sont eux qui rendent la paix impossible : ces pustules ambulantes ont refusé chacune de nos propositions ! »

Puis, le roi de l’autre ville, qui n’eut pas encore de nom, nous accueille chaleureusement dans le sein de son palais en cours de construction. Vu la somptuosité de son bienvenu, nous nous sommes efforcés pour étouffer notre nausée en face avec cette créature de suppurantes boursouflures, qui déploya de poilues ailes noires, et dont la parole a ressemblé des sombres éructations et déglutitions molles. Quelle éloquence, pourtant !

« Il ne faut point succomber à la séduction de leurs boniments. Nous leur avons construit des routes, modifié le cours des eaux en leur faveur, fourni de nouvelles technologies. Nous avons dépensé de vastes ressources afin d’améliorer leur sort, mais ce peuple rétif s’obstine, et s’attache à une représentation injuste de la noble spiritualité. Ils ne souhaitent que nous noircir afin d’autoriser les atrocités qu’ils commettent, et pour les dispenser de nous traiter en égaux. Au demeurant, conclut le roi des Âmes, c’est impossible de négocier avec ces rustres brutaux, qui ont rejeté systématiquement les accords les plus raisonnables. »

Nous nous mîmes d’accord, en retour dans notre bivouac, qu’auparavant qu’ils ne puissent envoyer d’autres messagers ni nous entraîner à d’autres guet-apens de discours trompeurs et fautifs, que nous allons nous carapater et braver la brume pour notre navire, et quitter pour jamais cette contrée comblée de malédiction.

31 décembre 2017

[Livres] Libr-kaléidoscope (1), par Fabrice Thumerel

Le mieux, pour bien franchir le cap de 2018, est de lire/commander ces ouvrages incontournables parus depuis un an : La Poésie motléculaire de Jacques Sivan ; le numéro de NU(e) consacré à Jean-Claude Pinson ; le Dictionnaire de l’autobiographie.

 

â–º La Poésie motléculaire de Jacques Sivan, Al dante, 456 pages, 25 €. [Un inédit de Jacques Sivan vient d’être mis en ligne sur Remue.net]

Éditer un tel volume pour saluer une œuvre importante de ces trois dernières décennies (Jacques Sivan : 1955-2016) est tout à l’honneur des éditions Al dante, à nouveau pilotées par son fondateur Laurent Cauwet : de la belle ouvrage, pour les yeux comme pour les oreilles ! Mais nulle folie : ce ne sont point des œuvres complètes, mais un choix de textes parus en revues et/ou en volumes entre 1983 et 2016 (textes intégraux ou extraits : Album photos, Le Bazar de l’Hôtel de ville, Sadexpress, Similijake, Des vies sur deuil polaire, Alias Jacques Bonhomme, Pendant Smara…).

Les textes liminaires, signés Vannina Maestri, Emmanuèle Jawad, Jennifer K. Dick, Gaëlle Théval, Luigi Magno et Jean-Michel Espitallier, constituent une excellente ouverture sur la poétique de Jacques Sivan : l’écriture motléculaire ressortit à un art du montage, à une poésie du dispositif, au ready-made duchampien (G. Théval). Ni complètement phonétique, ni complètement glossolalique, c’est un idiolecte qui remet en question la lisibilité ambiante, se veut critique jusqu’à revêtir une dimension politique évidente, comme dans Le Bazar de l’Hôtel de ville. Des "blocs d’écritures" pour exprimer "des fragments de réalités" (V. Maestri) : c’est dire que cette écriture pose la question de la "difficile appréhension" du monde (cf. E. Jawad).

 

â–º NU(e), n° 61 : "Jean-Claude Pinson" (numéro coordonné par Laure Michel), automne 2016, 218 pages, 20 €.

Ce somptueux numéro de l’élégante revue NU(e), tout en papier glacé, est consacré à un poète-philosophe dont on gagnerait à (re)découvrir l’œuvre : Jean-Claude Pinson, celui-là même grâce auquel "nos vies sont poétiques" (Jean-Pierre Martin). Aux inédits de l’auteur et à l’entretien d’abord publié sur Libr-critique ("Jean-Claude Pinson : poéthiquement impur"), s’ajoutent les témoignages et réflexions de Jean-Pierre Martin, Pierre Bergounioux ("Mon camarade chinois"), Yoann Barbereau ("Le Petit Maquisard des pins") et d’Arnaud Buchs ("Une écriture pour la vie"). Tandis que Renée Ventresque retrace le long cheminement que constitue son "devenir-écrivain", James Sacré reparcourt l’œuvre, de J’habite ici (1990) à Alphabet cyrillique (2015), à la lumière d’un motif élémentaire pour qui entend habiter le monde en poète, la cabane. Michel Deguy met en regard la poéthique de Pinson et la poétique de Leopardi. Pour Philippe Forest, cette poéthique a le mérite, contre les postmodernes, de redonner toute son importance à la notion d’"expérience" ; Alexander Dickow étudie ce concept avec beaucoup de pertinence dans une étude fouillée ("Les Poéthiques de Jean-Claude Pinson"). Stéphane Bouquet explore les "géographies" de l’écrivain ; Michel Collot interroge son lyrisme ("Sentimental et naïf ?") – lequel fait l’objet de deux articles fort intéressants pour clore le volume : Michael Bischop, "Jean-Claude Pinson et les mots de la tribu" ; Laure Michel, "Un lyrisme free jazz".

 

â–º Dictionnaire de l’autobiographie. Écritures de soi de langue française, sous la direction de Françoise Simonet-Tenant, Honoré Champion, 848 pages, 65 €.

Cette somme élaborée par près de deux cents spécialistes n’est pas seulement un dictionnaire des auteurs et des œuvres de Christine de Pizan (1365-1429) à Chloé Delaume (née en 1973) : c’est aussi et surtout "un instrument de réflexion sur les écritures de soi, sur leurs formes, leurs fonctions, leur histoire, leur poétique, mais aussi sur le rapport des auteurs aux écritures de soi quand bien même ce rapport est redouté, dénié, refusé" (p. 9). On y trouve ainsi des synthèses par pays : Afrique centrale (et la problématique du "sujet postcolonial"), Europe centrale, histoire du genre en France par périodes, Maghreb, Moyen-Orient, Québec, Russie… Par thèmes plus ou moins attendus : aveu, avortement, camps, clandestinité, corps, deuil, éducation, érotisme, exil, famille, folie, guerre, handicap, homosexualité, identité, narcissisme, nom propre, rêves, secret, sincérité, suicide, vieillesse… Par formes et concepts : antiautobiographie, antimémoires, aphorisme, autofiction, autosociobiographie, BD, biographème, blog, confessions, CV, journaux intimes et extimes, fragment, liste, mémoires, roman autobiographique, témoignage (même sur Facebook)… Au jeu des oublis : exobiographie (René de Obaldia)…

25 décembre 2017

[Chronique] Le cinéma des poètes (collection), par Fabrice Thumerel

Responsable du pôle cinéma aux Nouvelles Éditions Jean-Michel Place, Carole Aurouet a lancé la superbe collection "Le Cinéma des poètes" en 2015 : chaque volume compte environ 128 pages pour 10 € ; un mercredi par trimestre, une soirée est organisée autour de la collection au cinéma Les Trois Luxembourg (Paris 6e). En ces fêtes de fin d’année, une idée de cadeau qui vaut mieux que bien des "beaux-livres"…

"Puisque le mouvement est le signe de la vie même
et que le cinéma c’est de l’image en mouvement,
la conclusion du syllogisme sous-jacent est que la vie
c’est du cinéma" (A.-E. Halpern, Michaux…, p. 9).

Les douze premiers volumes sont centrés sur la première moitié du XXe siècle qui a vu naître et se développer cet art nouveau qui, comme la peinture au XIXe siècle, n’a pu que produire un impact sur l’imaginaire collectif et sur les autres arts :

      "Le cinématographe, aux yeux d’une génération, restera la meilleure hypothèse poétique pour l’explication du monde" (Aragon, Littérature, n° 16, 1920).

      "L’idée que toute une génération se fit du monde se forma au cinéma, et c’est un film qui la résume, un feuilleton. Une jeunesse tomba tout entière amoureuse de Musidora, dans Les Vampires" (Aragon, "Projet d’histoire littéraire contemporaine", Littérature, 1922).

      "On sait aujourd’hui, grâce au cinéma, le moyen de faire arriver une locomotive sur un tableau" (Breton, "Max Ernst", 1921).

      « Toute une lignée d’hommes modernes est dominée par "l’image mimique", de surcroît en mouvement ; et toute une génération d’avant-garde a paradoxalement trouvé dans le cinéma l’allié de sa contestation de la représentation traditionnelle ainsi qu’un outil de mise en doute de la formulation du réel par les arts » (A.-E. Halpern, p. 93).

En son premier tiers de siècle, le septième art – appellation de Canudo qui s’impose en 1921 – attire tous publics, avec sa Muse Musidora et son icône Charlie Chaplin. Si le cinéma est d’abord censé viser un "réalisme intégral", il est très vite perçu comme un moyen privilégié d’expression de l’intériorité ; les avant-gardes s’en emparent pour transgresser les frontières esthétiques et accéder à l’art total. Il devient rapidement populaire, parce que "c’est au cinéma que le désir d’amour est le plus chargé de pathétique et de poésie" (Desnos, "Amour et cinéma, 1927). Il fascine surtout parce qu’il offre "la palpitation de toutes choses" (Jarry), le "monde stupéfiant des rayons et des ombres" (Desnos), "la vision d’un œil, d’un œil mécanique, d’un œil extra-humain", celui-là même qui révèle "ce qu’il y a d’étranger en vous. Le singe" (Cendrars)… Blaise Cendrars, précisément, qui a écrit sur Charlot pendant quarante ans, y voit son "hydrothérapie". Également admiratif devant Charlot, cet "homme accéléré" qui lui inspire le personnage de Plume, Henri Michaux est ce "glouton optique" (Mourier) qui conçoit son travail de poète et de peintre en termes de cinématique ; aussi, outre l’usage métaphorique qu’il fait du cinéma pour exprimer le maelström d’images qui le submerge sous les effets de la drogue, il cherche dans cet art du mouvement "un style instable, tobboganant et babouin", et par là même à échapper aux contraintes des autres arts, à leur statisme. Son rêve : condenser toutes ses visions en cinquante secondes. Son ambition : « La caméra, pour être au plus près de ces productions de l’imagination, n’a plus qu’à se substituer à la conscience hallucinée et devenir "le regard intérieur du haschisé". » D’où sa déception après la réalisation du film documentaire avec Éric Duvivier, Images du monde visionnaire (1963), qui ne pouvait qu’être trop lent, manquer de fulgurance par rapport à l’œuvre rêvée.

Les surréalistes ne sont pas en reste, voyant le parti qu’ils peuvent en tirer ; et comme toujours ils placent la barre très haut : "Un film n’est surréaliste que s’il détient la force émotionnelle et commotionnelle d’un mythe" (G. Sebbag, p. 77). Envoûté par la puissance hypnotique de cet art qui stimule l’imagination et dont il souhaite à tout prix que soit préservée l’autonomie, Desnos produit de nombreux ciné-textes, qu’il convient d’intégrer dans l’œuvre pour leur rapport au merveilleux et leur créativité : il tente en particulier de transposer les figures de rhétorique dans l’écriture cinématographique. D’abord enthousiaste, Max Jacob est l’un des rares à se montrer rapidement très critique : "Ce n’est pas faire de l’art cinématographique que de mettre de la poésie, fût-elle moderne, en images. La poésie est justement le contraire des évocations par trop concrétisées".
Cette collection, qui se focalise sur les textes théoriques des grandes figures de la poésie contemporaines, nous fait par ailleurs (re)découvrir André Delons (1909-1940), à la fois critique de cinéma et poète du Grand Jeu ; Nicole Vedrès, la réalisatrice de Paris 1900 (1946), cette "transposition poétique" devenue mémorable… Laquelle dresse un parallèle entre montage cinématographique et travail de l’écrivain.

L’un des opus les plus réussis, élaboré par la directrice de collection elle-même, est consacré à Jacques Pervers. En quatre chapitres, la spécialiste évoque la poésie cinématographique de l’illustre écrivain qui était fasciné par les burlesques américains et par Fantômas : les ciné-textes des années 20-30, son cinéma visible (les grands films des frères Prévert et de Carné/Prévert) et invisible ("scénarios détournés", c’est-à-dire qui n’ont pas abouti à des films tournés). Humour et détournement surréaliste au programme ! Sans oublier que Carole Aurouet a su faire revivre pour nous tout un monde fascinant.

 

â–º La collection "Le cinéma des poètes" compte douze titres, depuis son lancement il y a deux ans. Par ordre de parution :
Aragon et le cinéma par Luc Vigier
Brunius et le cinéma par Alain Keit
Michaux et le cinéma par Anne-Elisabeth Halpern
Desnos et le cinéma par Carole Aurouet
Breton et le cinéma par Georges Sebbag
Fondane et le cinéma par Nadja Cogen
Queneau et le cinéma par Marie-Claude Cherqui
Prévert et le cinéma par Carole Aurouet
Cendrars et le cinéma par Jean-Carlo Flückiger
Delons et le cinéma par Karine Abadie
Jacob et le cinéma par Alexander Dickow
Vedrès et le cinéma par Laurent Véray

♦ Les deux prochains volumes paraîtront début 2018 :
Canudo et le cinéma par Fabio Andreazza
Duras et le cinéma par Maïté Snauwaert

♦ Sont en cours d’écriture : Duchamp, Artaud, Ponge, Genet, Lorca, Péret, Apollinaire, Saint-Pol-Roux, Pozner, Epstein, etc. Mais aussi des études transversales : les poètes du Grand Jeu et le cinéma, les poètes spatialistes et le cinéma, etc.

10 mars 2017

[Chronique] Alexander Dickow, Rhapsodie curieuse, par Fabrice Thumerel

Alexander Dickow, Rhapsodie curieuse (diospyros kaki), éditions Louise Bottu, Mugron, janvier 2017, 62 pages, 8 €, ISBN : 979-10-92723-15-1. [Note de lecture sur le dernier livre de l’auteur, Le Poète innombrable]
On pourra du reste retrouver Alexander DICKOW à la soirée Bilingue IVY WRITERS : DELAVILLE Café (34 bvd bonne nouvelle 75010), le 21 mars à 19h (avec également COLE SWENSEN, SUZANNE DOPPELT, ROSANNA WARREN, AUDE PIVIN et HENRI DROGUET).
[En photo finale, un autre événement].

Comme tout poète moderne, Alexander Dickow constate le ratage de toute parole : "Les mots passent sans cesse entre ce qu’ils visent, ils passent au plein milieu de la parole, c’est à justement dire là où n’est jamais l’objet qu’on croyait vouloir dire. Les mots ratent la cible qu’ils atteignent" (p. 52-53). Mais il ne fait partie ni des nostalgiques d’un cratylisme mythique, ni de ceux qui déplorent le drame de la langue, vivant de façon tragique la schize entre les mots et les choses. D’où ce corollaire : "C’est pourquoi on ferait mieux d’écouter d’un peu plus près ce qui a lieu dans cet entre les mots, autant que les mots mêmes. Ce qu’on veut dire, on a failli le dire" (53). Il prend même ses distances vis-à-vis des dernières avant-gardes : "Que les mots et le monde soient séparés va de soi et le constat ne vaut rien" (on pense ici surtout à Prigent ou à Novarina). Si "on ne parle pas les choses, mais autour" (19), il faut faire prévaloir la connaissance / co-naissance, qui réalise l’approfondissement des sensations. S’il défend un parti pris des choses, ce n’est pas pour aboutir à un quelconque réelisme – saisir l’épaisseur des choses au travers de l’épaisseur des mots. Pour Dickow, le poète est celui qui entretient un rapport décalé à la langue comme au monde ; il affectionne donc toutes les choses singulières comme tous les "déchets du langage" – les solécismes, entre autres (qu’on se souvienne des Caramboles). C’est en terrain inhospitalier qu’il opère. Afin de rendre compte de "la diversité du monde" (52), à "une parole à même les choses" (44) il préfère "une langue du monde, une langue de choses perpétuellement en ébullalation, en tant que la somme de toutes langues" (51).

Il y a bien quelque chose de baudelairien dans son goût du bizarre, dans son sensationnalisme spirituel… Toujours est-il que c’est un monde dense et varié dans toute sa richesse qui surgit, non pas d’une tasse de thé, mais d’un kaki : "Le kaki, voici un bien beau rêve à se mettre sous la dent", "un fruit si simple / et si nu" (16) ; "un fruit pour des curieux" (57)… Le kaki sous tous ses atours, contours et détours (deux contes, en l’occurrence). Le kaki en toutes ses variétés et sa sarabande de fruits originaux : persimmon, fuyu, hachiya pitaya, physalis, tamarillo, corossol, pyridion, drupe, durian… D’où un blason décalé pour chanter la mesle (cf. p. 25).

Pour son traité de volupté qui est en même temps un éloge du divers, Alexander Dickow a préféré à la symphonie la rhapsodie, dans la mesure où cette forme libre qui privilégie le bigarré correspond parfaitement à cette esthétique du poikilos chère à Jean-Claude Pinson : "Ce que je ne connais pas, je le goûte. Je me gargarise et me régale tout le catalogue ne fût-ce que dans les mots le monde ; une découverte mène à l’autre ; avec chacune d’elles je me marie" (35). On terminera en savourant l’hymne final : "Viens donc, mon amour, viens nous découper ensemble ce plaisir, que je te conte la couleur du kaki, que je te parle la passion des plaquemines et la saveur de la sapote, le miracle du mabolo, la morale de la mesle" (59)…

24 juillet 2016

[News] Libr-vacance (3)

On profitera de la pause pour remonter la UNE (LC, c’est environ un post tous les deux jours – plus de 2 000 depuis 2006 !)… En attendant la reprise 2e quinzaine d’août, au sommaire de ce troisième LIBR-VACANCE : Jean-Charles Massera et Emmanuèle Jawad dans Libr-brèves ; F. RANNOU, A. DICKOW et M. RICHARD dans Libr-parcours d’auteurs.

 

Libr-brèves

â–º On découvrira le site de l’inventif Jean-Charles Massera, avec lequel nous préparons un Grand entretien afin de mieux faire connaître une œuvre multiforme : ici.

â–º Lecture passionnante sur Diacritik : le cycle d’entretiens lancé par Emmanuèle Jawad sur "création et politique", qui fait pendant à celui déjà publié sur Libr-critique.

 Libr-parcours d’auteurs

â–º Alexander DICKOW (écrivain et chercheur)

https://vimeo.com/157737960

plusieurs autres clips de la même soirée l’année dernière à la Maison de la Poésie de Rennes en compagnie d’Henri Droguet et de François Rannou, soirée d’ailleurs annoncée pour les dernières “Libr-vacance”: https://www.youtube.com/results?search_query=%22alexander+dickow%22$`

Rhapsodie curieuse (diospyros kaki), une oeuvre hybride, est à paraître chez Louise Bottu.

Un nouveau recueil, Appétits, est achevé et à la recherche d’un éditeur.

La traduction de la Horde du contrevent est en cours, avec bien d’autres projets.

♦ Passage d’un roman en cours: "Au passage de la Brume l’érosion délayait les rebords, étalait son fard suspect en brouillant la netteté, ôtait aux pas l’illusion d’un sol loyal ; elle flouait les sens, amuïssait les couleurs. Ses progrès imprévisibles exténuaient tantôt par la disparition subite, tantôt par touches à peine sensibles, par une imprécision d’abord introuvable de regard. Ici un monument avéré, un repère se voit en un jour biffé, ailleurs s’éternise l’effacement d’une fragilité déjà presque rendue au néant. Les corps exposés à la Brume souffraient de même, des corps de plus en plus ombrés, visibles à travers une cataracte de plus en plus opaque, un éloignement de moins en moins guérissable. Mais qu’untel soit fugitivement entouré de Brume, et il arrivait que cela suffise à le soustraire."

 

â–º Mathias RICHARD (écrivain, très présent sur Libr-critique)

En vrac :

La "reprise" de Muerto coco d’un de mes textes : https://soundcloud.com/muerto-coco/rien-ne-nous-empechera-detre-malheureux-page-volante

Cette "prenssée" récente : http://mutantisme.blogspot.com/2016/07/prenssee-k-ici-cest-loin.html

Une errance sur la corniche : https://www.youtube.com/watch?v=8V76T8nqXw0

Un bout de "concert" de "Sexport" : https://youtu.be/rEH2hLBMgPI

Ma lecture d’1h à France Culture : http://www.franceculture.fr/emissions/creation-air/mathias-richard-la-vie-n-attend-pas

 

â–º François RANNOU (poète ; directeur de revue et de collection)

Prépare une longue prose critique ("Le Nom est un geste"), le prochain numéro de la revue L’Étrangère (42), un entretien pour Le Français d’aujourd’hui

12 juin 2016

[News] News du dimanche

Fidèle en cela à ses fondements mêmes, LIBR-CRITIQUE vous propose en UNE de ces NEWS la belle et saine Libr-humeur d’Alain Jugnon. Suivent divers Libr-événements à ne pas manquer ; enfin, ne manquez pas la sortie du prochain numéro de la revue NU(e)

Libr-humeur : LA TERREUR DANS LES LETTRES, par Alain Jugnon

Les forces de l’ordre philosophique et catholique ont frappé hier matin sur France Culture dans l’émission de radio du journaliste et penseur de droite Alain Finkielkraut, Répliques ("Christianisme et modernité"). Rémi Brague, philosophe catholique français, démontra que l’être humain en tant que créature de Dieu ne mérite plus d’exister sur Terre et qu’il n’a plus aucune légitimité à représenter, en tant qu’espèce vivante supérieure, la Création divine. D’où l’appel à la fin de l’humanité athée de la part du philosophe chrétien : inutile désormais de procréer, impossible d’exister encore pour les hommes à la volonté libre, leur impiété est la cause de la solution finale à laquelle Dieu les condamne. Le professeur de la Sorbonne n’a pas encore expliqué dans ses nombreux livres de philosophie catholique et romaine comment les créatures devront entrer en guerre contre les incréés et les mécréants, mais on imagine bien comment au Vatican les théologiens politiques réfléchissent en ce moment à cette solution réellement finale (Voir : Daech, Croisades, Inquisition, KKK, Théocratie, Monothéisme).

Libr-événements

â–º Le 18 juin, Juliette Mézenc, Benoît Vincent, Nicole Caligaris, Benoît Virot, SP 38 et Elisa Briccorépondrai répondront à l’appel de Gênes du Général Instin : pour en savoir plus, c’est ici.

â–º R E N C O N T R E avec G R U P P E N organisée par le Marché de la Poésie et La Guillotine dimanche 19 juin 2016, à 16h, en compagnie de : Amandine André, Yann Beauvais, Pierre Déléage, Laurence Gatti, Laurent Jarfer et Ilan Kaddouch.
La Guillotine, 24 Rue Robespierre, 93100 Montreuil
M° Robespierre (9) — Entrée libre

â–º Le 23 juin, parution de 3 épisodes de "Laissez-passer" (textes de Juliette Mézenc choisis par Jean-Philippe Cazier) dans le numéro 88 de Chimères « Subjectivités en état d’urgence ». La totalité de la série "Laissez-passer" est à paraître à l’automne 2016 aux Editions de l’Attente.
 
â–º Le 28 juin, Cécile Portier, Mathilde Roux, Charles Robinson, ou encore Juliette Mézenc/Stéphane Gantelet interviendront à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville dans le cadre des Périphéries du marché de la poésie : "Cartographie & Poésie, espaces de transformation"
 

Souscription au numéro spécial de NU(e) sur Jean-Claude PINSON

La revue Nu(e), dirigée par Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio, espace éditorial où s’expérimente la poésie, consacre son prochain numéro à JEAN-CLAUDE PINSON.
Coordonné par Laure Michel, ce volume rassemble un entretien, des poèmes inédits, des dessins de Marie Drouet, des hommages, des études critiques :
• Jean-Claude PINSON, "Tresse chinoise" (inédit) ; • Marie DROUET, Dessins ; • Jean-Claude PINSON, "Pastorale surréaliste à Nantes" (inédit) ; • Fabrice THUMEREL, Jean-Claude PINSON, "Jean-Claude Pinson : poéthiquement impur. Entretien" ; • Jean-Claude PINSON, "Pages écartées. (Alphabet cyrillique)" (inédit) ; • Jean-Pierre MARTIN, "Nos vies sont poétiques" ; • Pierre BERGOUNIOUX, "Mon camarade chinois" ; • Yoann BARBEREAU, "Le petit maquisard des pins" ; • Arnaud BUCHS, "Une écriture pour la vie" ; • Stéphane BOUQUET, "Géographies de Jean-Claude Pinson" ; • James SACRÉ, "La Cabane Pinson" ; • Michel DEGUY, "De Leopardi au poétariat. Don de Zibaldone à Jean-Claude Pinson pour son numéro spécial" ; • Philippe FOREST, "Du recommencement" ; • Renée VENTRESQUE, Un « lent, très lent devenir-écrivain ». Jean-Claude Pinson « (i)n libris ex libris » ; • Michel COLLOT, "Sentimental et naïf ?" ; • Alexander DICKOW, "Les poéthiques de Jean-Claude Pinson (propos sur une notion multiple)"" ; • Michel BISHOP, "Jean-Claude Pinson et les mots de la tribu" ; • Laure MICHEL, "Un lyrisme free jazz".

Pour ce numéro de caractère exceptionnel, la revue organise une souscription.
Le volume peut être obtenu au prix promotionnel de 17 euros avant le 30 juin 2016, en renvoyant le talon ci-dessous. Après cette date, la revue sera en vente au prix normal de 20 €.
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Mme/M.

Adresse :

Souhaite … exemplaire(s) du numéro spécial de la revue Nu(e) sur Jean-Claude Pinson au prix de 17 € le numéro (+ 3 € de frais de poste) et paie ce jour le montant :
soit au total € à l’ordre de l’Association Nu(e), avec la mention : « Souscription Jean-Claude Pinson » :
• par chèque, c/o Béatrice Bonhomme, 29 avenue Primerose, 06000 NICE
La réception du paiement donne lieu de réservation.

23 janvier 2016

[Chronique] Poétiques contemporaines, d’Apollinaire à Chaton

Alexander Dickow, Laurent Fourcaut et Gaëlle Théval nous offrent d’intéressantes réflexions sur la révolution poétique à l’œuvre depuis un siècle : dépersonnalisation, polyphonie et art du ready-made.

 

â–º Je est un autre : Alexander Dickow, Le Poète innombrable : Cendrars, Apollinaire, Jacob, Hermann, été 2015, 394 pages, 35 €, ISBN : 978-2-7056-8995-7. / Laurent Fourcaut, Alcools de Guillaume Apollinaire : je est plein d’autres, remembrement et polyphonie, éditions Calliopées, novembre 2015, 144 pages, 15,60 €, ISBN : 978-2-916608-62-4.

La thèse que publie le jeune poète américain Alexander Dickow – dont nous avions signalé dès sa sortie le premier texte publié en 2008, Caramboles – part d’un constat, la multiplication d’autoportraits poétiques parus entre 1900 et 1920 ; avec les trois auteurs étudiés, ce fait devient paradoxal dans la mesure où cette surpersonnalisation tranche avec ce qui caractérise désormais la figure du poète : la dépersonnalisation. Aussi le chercheur va-t-il d’abord étudier les mises en scène de soi chez ces trois figures majeures que sont Cendrars, Apollinaire et Jacob, avant de se pencher plus précisément sur leur art de la composition et leurs "parcours initiatiques" (les "récits du devenir-poète") ; les deux derniers chapitres, qui croisent la perspective sociologique mais sans s’y arrêter, portent sur les mises en scène de soi et du nous dans les revues (Les Soirées de Paris, Montjoie !, Nord-Sud, Mercure de France, Sic, L’Elan, Lettres modernes, Les Hommes Nouveaux, La Phalange, etc.) et sur l’originalité des positionnements dans l’espace des possibles contemporain. L’analyse des postures s’avère particulièrement passionnante : en cette période de crise des valeurs qui n’épargne pas l’art, les rapports au personnage de Fantômas permettent d’opposer celle d’Apollinaire (fédérateur) à celle des deux autres poètes (francs-tireurs) ; en revanche, tous trois adoptent une attitude paradoxale vis-à-vis des normes esthétiques dominantes, de sorte que Cendrars est qualifié de "sacré iconoclaste", Apollinaire de "romantique moderne" et Jacob de "néoclassique". Ainsi, vu qu’il n’y a pas plus d’"idéal littéraire" (Apollinaire) que de "nonconformisme absolu" (Breton), et que "la décomposition n’est pas une position" (Jacob), à la subversion ambiante préfèrent-ils la confusion ou l’indétermination normative.

De même, à sa façon, Laurent Fourcaut établit un parallèle entre identité problématique et polyphonie poétique : l’intérêt de cette monographie consacrée à Alcools (1913) réside dans sa dimension synthétique comme dans ses analyses fouillées des textes.

 

â–º Gaëlle Théval, Poésies ready-made, L’Harmattan, automne 2015, 288 pages, 28,50 €, ISBN : 978-2-343-06944-9.

Si les deux premiers volumes évoquent en passant l’art du ready-made en poésie, en voici un dont c’est précisément le sujet, puisqu’il fallait combler un manque : "Cette absence apparente de résonance du ready-made à l’intérieur du champ poétique semble d’autant plus surprenante que le XXe siècle est précisément celui de l’ouverture des frontières entre les arts" (p. 11). Comment expliquer un tel vide ? C’est que le ready-made poétique n’entre pas dans le cadre de l’analyse poétique traditionnelle, qui se concentre sur les caractéristiques thématiques et formelles, le lyrisme en vers ou la poéticité. Il faut attendre 2009 pour une étude critique (Nicolas Tardy, Ready-made textuels, HEAD) ; au tournant du XXe et du XXIe siècle, il était entré dans le champ poétique grâce à un numéro de la revue Action poétique intitulé "Poésie (&) ready-made" (n° 158, 2000).

Mais qu’est-ce qu’un ready-made poétique ? Ni tout à fait un collage, ni tout à fait un plagiat : c’est un emprunt matériel (poèmes objets), visuel ou sonore, un document poétique – au sens où l’entend Franck Leibovici de technologie intellectuelle qui retraite et reconfigure des représentations médiatiques usées. Se fondant sur une démarche intermédiale – puisqu’elle passe du champ des arts plastiques à celui de la poésie -, Gaëlle Théval analyse finement les pratiques les plus variées, du dadaïsme et du surréalisme aux poètes contemporains (Bory, Cadiot, Espitallier, Michot, Molnar, D. Roche, Sivan, Suel…)  : détournements surréalistes et situationnistes, cut ups divers, poèmes trouvés de Kolàr, biopsies de Heidsieck, poèmes métaphysiques de Blaine, événements de Chaton…

Dialogue avec Alexander Dickow

AD. La tournure à propos de la "dépersonnalisation" me paraît légèrement différente de ce que j’entendais dans l’introduction : à mon sens, la dépersonnalisation n’a jamais été dominante du tout dans le champ littéraire ; les dimensions de Flaubert et Mallarmé font largement illusion, et à vrai dire, ceux qui travaillent sur la période dite moderniste ne croient plus vraiment à Friedrich (s’ils y ont jamais vraiment cru). Je pense que le champ a été de tout temps beaucoup plus pluraliste que ne le suggère Friedrich, et la dépersonnalisation elle-même ne date pas de Flaubert ou Mallarmé. Ce sont là deux "options" parmi d’autres, si tu veux. Je soupçonne que tu partages d’ailleurs mon point de vue, mais la tournure de ta réflexion me paraît suggérer, peut-être même malgré toi, que la dépersonnalisation a été un moment dominante. Peut-être ai-je laissé quelque bévue dans le texte qui suggère ce point de vue erroné ; d’ailleurs, cette intro a un peu évolué depuis la thèse.

FT. Tu as raison de souligner ce point : j’ai d’ailleurs corrigé la formulation afin de mettre en évidence ce qui devient paradoxal uniquement pour ces trois figures poétiques.

AD. Le deuxième point, c’est l’expression "sans s’y arrêter" à propos de la sociologie littéraire, qui me paraît un peu discutable ; si je ne consacre que quelques pages à l’abord technique des concepts de "réseau" et de "champ", un des lecteurs de la thèse affirmait que le chapitre dans son ensemble finissait par démolir Bourdieu. Sans prétendre à cela, je pense que c’est vrai que le travail est imprégné de la sociologie littéraire, même s’il la tient en quelque sorte à distance. Tu sembles le reconnaître dans ta remarque sur l’importance des "postures", d’ailleurs, qui est un concept directement venu de J. Meizoz, qui fait de la sociologie littéraire assez proche de ma démarche, c’est-à-dire nourrie des textes littéraires eux-mêmes davantage que des interactions entre individus.

FT. Si tu le permets, je dirai plutôt que tu t’inscris dans le prolongement de Bourdieu et de Meizoz, mais que ta démarche se caractérise par une certaine indétermination : le lecteur ne perçoit pas distinctement l’articulation entre les trois pages théoriques et les études érudites qui suivent, fort intéressantes au demeurant. L’expression "sans s’y arrêter" désigne cette indécision théorique ou ce manque de continuité méthodologique : ton cadre est la sociopoétique, mais tu l’oublies assez rapidement – ce qui, diront les sceptiques, a au moins le mérite d’éviter tout systématisme.

Quoi qu’il en soit, je tiens à te remercier pour ce dialogue libr&critique.

AD. Je pense que je dois assumer – jusqu’à un certain point – cette indétermination théorique à l’égard de la sociologie littéraire, dans la mesure précisément où je me méfie de la logique totalisante tout à fait assumée par Bourdieu, que j’admire pourtant. C’est sans doute l’une des implications du "polar herméneutique" consacré à Fantômas, car un réseau concerne des interactions locales, non totalisables, et l’articulation de ce concept est pour moi un genre de geste sceptique. Mais comme tu l’as bien vu, les théories du réseau se situent bel et bien dans le prolongement de Bourdieu, quand bien même elles seraient construites "contre" lui. Meizoz, en revanche, assume tout à fait sa dette par rapport à Bourdieu et Alain Viala, qui lui ont permis de pousser plus loin son enquête passionnante.

4 octobre 2015

[News] News du dimanche

Ne manquez pas des RV exceptionnels dans les 15 jours : MidiMinuit Poésie#15 ; Poésie à tous les étages ; Littérature, génération Y, etc. ; RV à Rennes (Droguet, Rannou, Dickow).

 

â–º Du 7 au 11 octobre, Festival MidiMinuit Poésie #15, Maison de la poésie Nantes : programme.

 

â–º Poésie à tous les étages, se tiendra, cette fois encore, à cheval sur deux ans, d’octobre 2015 à février 2016. Les poètes invités se nomment : Michaël Batalla, Patrick Beurard-Valdoye, Julien d’Abrigeon, Guillaume Fayard, Raymond Galle, Sarah Kéryna, Patrice Luchet, Cécile Mainardi, Lucien Suel, Nicolas Tardy, Jules Vipaldo et Véronique Vassiliou. Les lieux qui nous accueillent : le centre international de poésie Marseille, la galerie-librairie ARTS 06 (Nice), La Boutique (La Ciotat), la Maison des jeunes et de la Culture (Martigues), la médiathèque Boris Vian (Port-de-Bouc), la médiathèque Louis Aragon (Martigues), Le moulin à paroles (Méounes), montevideo (Marseille) et la Villa Saint-Hilaire (Grasse). [Programme]

â–º Du 12 au 17 octobre 2015, Lille-Roubaix : Littérature, génération Y, etc. Lectures, rencontres, courts-métrages, bande-dessinée, concert. Le tout farouchement vivant, ce qui est la moindre des choses. Toute la programmation sur : www.litterature-etc.com. Pour la soirée d’ouverture (à ne pas manquer : Antoine Mouton, Les Chevals morts), réservez rapidement vos places au Théâtre du Nord : 03 20 14 24 24. Libr-critique couvrira en particulier la soirée du vendredi 16.

SOIREE Fric, etc., à L’hybride.

19h Ouverture

20h PERFORMANCE inédite
Etude de marché, de Laura Vazquez et Benoît Toqué

billets

Extrait « Elles disent, ON vous attend. Les voix disent NOUS. Elles disent, NOUS circulons, NOUS vivons dans les villes, les banques sont dans les villes. NOUS ouvrons dans une heure, les banques ouvrent dans une heure. Notre chemise est fermée, boutonnée jusqu’au bout. NOUS allons à la banque. » Étude de marché est un texte écrit lors d’une résidence à Dunkerque. Un texte autour de l’argent, du NOUS de l’argent, de NOUS dans l’argent, du pouvoir, de l’écrasement.

 

â–º Dimanche 18 octobre à 17H, Maison de la poésie de Rennes (47, rue Armand Rébillon) : Lectures de poésie, avec Henri Droguet, François Rannou et Alexander Dickow.

 

31 août 2015

[News] Libr-vacance (3)

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 20:35

 Voici, pour ce dernier Libr-vacance, les RV avec deux poètes de la nouvelle génération : Alexander Dickow (poète et critique américain) et Benoît Toqué, dont nous allons publier bientôt un deuxième texte.

â–º Alexander DICKOW

Parutions récentes ou à paraître très bientôt :

Le Poète innombrable : Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Paris, Hermann, à paraître le 14 septembre 2015. Ouvrage critique qui intéressera ceux qui voudraient bien repenser un peu l’époque des années dix. Il y aura une table ronde à la Maison de la Recherche le lundi 19 octobre (à partir de 18H) suivi d’un pot dans la librairie d’en face, le tout en compagnie d’Anne Reverseau, auteure du Sens de la vue : le regard photographique dans la poésie moderne (Paris, PUPS, à paraître le 1er septembre 2015).

— Henri Droguet, Clatters, poèmes traduits en anglais par Alexander Dickow avec l’auteur, Minneapolis, Minnesota, Rain Taxi Review of Books/Ohm Press, 2015. C’est la traduction de Boucans, plaquette d’Henri Droguet paru chez Wigwam à Rennes, avec quelques poèmes supplémentaires, et suivi d’un essai critique (en anglais, bien entendu) par A. Dickow.

Articles critiques dernièrement parus :

Alexander Dickow, "Yves Bonnefoy and the ‘Genius’ of Language," SubStance 44.2 (2015), 158-171.

— Alexander Dickow, "Malcolm de Chazal’s Sens-plastique as Aesthetic Remainder," French Forum 40.1 (Winter 2015), 109-122.

— Pierre Jourde, "Fiction, incarnation et singularité [Fiction, incarnation and singularity]," interview with Alexander Dickow, French Review 88.4 (May 2015), 181-192.

Poèmes et proses récemment parus en revue :

— "La Rapine des nuages," fragment d’un roman en cours, paru dans la Revue * [Astérisque] no. 3 (2015). La revue est dirigée par Bruno Fern et Mathieu Nuss.

"Fragment d’un roman en cours", paru dans L’Incertain (revue martiniquaise dirigée par Jean-Marc Rosier, Gérald Désert et Jean Durosier-Desrivières), no. 4, été 2015.

— une suite de textes précédée d’un tout petit "avis aux lecteurs" est à paraître bientôt dans la revue de Sanda Voïca, Paysages écrits.

Projets en cours et en préparation :

un nouveau recueil de poèmes est en préparation sous le titre provisoire Appétits : une version anglaise et une version française paraîtront séparément.

une courte prose poétique hybride en français, Rhapsodie curieuse (diospyros kaki) est actuellement à la recherche d’un éditeur.

roman en cours : projet de longue haleine qui ne paraîtra pas de sitôt, mais dont on peut goûter les prémices dans quelques parutions en revue (l’anthologie avec François Rannou ; la traduction en anglais de Air de la solitude et Requiem de Gustave Roud, en collaboration avec le traducteur Sean Reynolds ; la traduction du roman de science-fiction d’Alain Damasio, La Horde du contrevent – La Volte, 2004).

 

â–º  Benoît TOQUÉ

– Samedi 5 septembre, lecture, avec Annabelle Verhaeghe, au Festival Été Indien, à Pragniot (42440 Saintt-Jean-la-Vêtre, dans la Loire). C’est principalement un festival de musique, mais il y aura aussi des expos photos, et quelques lectures. Deux liens : https://www.weezevent.com/festival-ete-indien  https://www.facebook.com/events/873881639363557/

– Samedi 12 septembre, au Fort de Tourneville, au Havre, il y aura une projection du film du festival PARADE! 2014 et la sortie d’un coffret double dvd dudit film (100 exemplaires numérotés) : https://vimeo.com/118645307

 

31 mai 2014

[Chronique] Jean-Michel Espitallier, Caisse à outils [Libr-Java 9]

Dans un champ poétique caractérisé par une lutte des classements d’autant plus âpre que l’espace est symboliquement et économiquement restreint, le succès et donc la réédition de Caisse à outils – juste après l’anthologie Pièces détachées – signifient à quel point Jean-Michel Espitallier a réussi sa gageure d’offrir à chaque curieux "des plans et des modèles pour construire son propre engin d’exploration". C’est dire à quel point il nous faut (re)lire ce trois-en-un (essai-manuel-panorama). Cette réédition n’apportant qu’une réactualisation des références – très utile au demeurant -, on commencera par la version relue de la chronique publiée en 2006 par Philippe Boisnard ; et on terminera par le dialogue critique que propose Fabrice Thumerel à son auteur. [Lire Libr-Java 8]

Jean-Michel Espitallier, Caisse à outils. Un panorama de la poésie française aujourd’hui, Pocket, 2006 ; édition revue par l’auteur, Pocket, coll. "Agora", printemps 2014, 256 pages, 12 €, ISBN : 978-2-266-25041-2.

 

Un manifeste postmoderne (Philippe Boisnard)

Jean-Michel Espitallier publiant Caisse à outils aux éditions Pocket, prenait un risque certain : témoigner de la création de la poésie française contemporaine, dans une édition grand public, à savoir accessible à tous, alors que les enjeux de cette poésie semblent demander une certaine connaissance de l’histoire de la poésie du XXème siècle et des questions qui s’y sont tissées. Risque dont lui-même n’était pas dupe, tel qu’il en témoigne dans sa première partie Ouvre-boîte : « Le pari n’était pas facile étant donné la grande diversité des gestes artistiques, la complexité des questions, la multiplicité des formes et des pratiques (…) Si j’emprunte parfois la casquette de l’historien, c’est qu’il me paraît difficile de prendre la mesure des formes contemporaines sans les replacer dans la continuité et les ruptures qui les ont produites, les légitiment, en expliquent les mécanismes et les apports. »
Lire cet essai, car il s’agit davantage d’un essai que d’un panorama, nécessite alors de tenir compte de ce grand écart, de ne pas voiler cette tension sous les prétextes, soit de spécialistes, soit de chapelles, qui discréditeraient par avance son effort de clarté, voire de clarification de certaines questions.
Alors, quel est l’enjeu précis de cette caisse ? Tient-il seulement à rendre visible les compartiments de la poésie contemporaine, les différents outils mis à disposition par les pratiques et les créations ? Cela pourrait être le cas, si nous nous référions seulement à la table des matières, si nous prenions cet essai seulement comme une taxinomie des différentes expériences contemporaines.
Mais ce serait aussi se détourner certainement de ce qui le creuse, venant indiquer non plus la simple description neutre de poésies, mais témoigner de lignes qui se construisent, s’affrontent, viennent se contredire, selon un rapport au temps, à l’histoire, à la société. C’est de cela que je voudrai parler ici.
Alors que le champ poétique au niveau des essais est dominé sans nul doute possible, depuis plus de quinze ans, par les thèses de Christian Prigent, ce qu’accomplit ici Jean-Michel Espitallier, sans le dire explicitement, c’est une réévaluation critique de la modernité prigentienne, et l’ouverture à de nouveaux horizons, dont témoigne fort peu Christian Prigent.
Que cela soit dans Ce qui fait tenir, ou encore dans ses articles, comme celui publié dans Fusées n°8 sous le nom Encore un effort, Prigent n’a de cesse : 1/ de défendre la pensée d’une modernité poétique qui se structure sur la négativité des grandes irrégularités du langage, sur l’illisibilité (cf. ce qu’il écrit encore à propos de Scarron : « Écrire, c’est alors faire injure aux écrits droits (…) inoculer là-dedans épouventable peste gangrenne » (p.52), 2/ de mettre en critique les pensées post-modernes, qui ne s’affrontent plus à cette logique, 3/ ceci en tentant de rabattre certains des auteurs de ce tournant post-moderne dans le champ de la modernité (cf. Fusées °8 : « Tout cela est bien intéressant [il parle de Fiat et Hanna]. Un peu tartarin, sans doute, dans le genre ultra-avant-gardiste. Derrière insistent lourdement, l’ombre de Burroughs, le spectre de Gertrude Stein (…) Côté théorie cela fait beaucoup de scolarité »).
Jean-Michel Espitallier pose la possibilité de sortir de cette logique, il la met en critique en se positionnant en rapport à un tournant post-moderne, que l’on retrouve aussi bien chez Christophe Hanna que dans ce que je tente de même de mettre en place au plan de la réflexion [cf. "Hackt° theory(Z)" dans Doc(K)S]. Mais en quel sens établit-il cette réévaluation post-moderne ?
Il accomplit son analyse dans la partie centrale de son essai : « Chronomètre, horloge, agenda », à partir de la mise en évidence de ce que c’est qu’être contemporain : « C’est parce que je suis contemporain que je vis mon temps et non le contraire » (p.137). Les questions de la poésie se polarisent sur l’époque où elle apparaît à partir dès lors, ni de la recherche d’une langue propre (idiolectale), ni de la volonté de faire surgir une propriété extra-époquale (le corps, le singulier, la pulsion, le ça, la négativité) qui serait voilée par l’époque. Bien au contraire, être contemporain selon Jean-Michel Espitallier, c’est saisir un certain nombre de questions « qui se posent mais ne me sont pas posées » (rupture de l’obnubilation du sujet), c’est intensifier des rapports logiques, politiques, sociaux, non pas en vue de trouver une part maudite, une sorte d’ipséité que la modernité rationnelle aurait voilée, mais selon le projet de les décrypter, de les mettre à jour du point de vue de leurs stratégies de domination, de diffusion, d’imprégnation. C’est pourquoi cette contemporanéité se définit en tant que tournant post-moderne. La post-modernité, comme j’y reviendrai par ailleurs, ne définit pas d’abord et avant tout une réalité époquale (même si cela peut être le cas), mais surtout la réévaluation critique des héritages qui ont défini l’histoire, selon une logique de mise à distance des méta-vérités qui l’ont structurée. Alors que la modernité poétique a opposé à la téléologie de la raison issue du XIXème siècle (Hegel, puis Husserl) une téléologie du sujet compris comme singularité et tout à la fois vérité d’une possible communauté politique (d’où la récurrence du thème de la révolution), la post-modernité ne revendique plus aucune forme de vérité/communauté, mais situe son travail comme déchiffrement des mécanismes politiques, économiques ou communicationnels qui définissent chacune des micro-segmentarités de vérité relative qui constitue la réalité parcellisée du monde occidental. Contre la performation moderne, le post-moderne tendrait à un travail critique. Contre l’idiolectal lié à l’assomption du singulier, la post-modernité poserait des langages conventionnels, issus des pôles hégémoniques de la représentation, mais cela à partir de la remédiation de leurs logiques ou de leurs contenus, selon des déplacements circonstanciels ou événementiels, selon des stratégies de déterritorialisation, sans réelle reterritorialisation dans une dimension de vérité. C’est ainsi que Jean-Michel Espitallier peut écrire : « Faisant le deuil du clivage historique entre passé et présent, le post-moderne s’inscrit en faux contre tout messianisme. L’écrivain post-moderne retourne contre eux les phantasmes d’une inspiration créatrice, raille l’esprit de sérieux et les supposés vertus politico-thérapeutiques de son travail. » (p.126)
Il était nécessaire qu’une telle entreprise puisse enfin voir le jour. Non pas qu’il faille en finir avec la modernité, mais au sens où elle permet enfin d’avoir accès à des pratiques qui, hétérogènes à l’intention moderne, ne pouvaient apparaître au vu de la focalisation moderne qui caractérise encore les pratiques expérimentales. Ainsi, même si Espitallier a tendance à tomber dans le name-dropping, et par moment à citer des noms qui sont peu pertinents par rapport à ce qu’il développe, il réussit à rendre visible, si ce n’est lisible, les nouvelles intentionalités poétiques qui s’élaborent. Il ne reste plus qu’à attendre maintenant des essais qui réfléchissent et approfondissent ces nouveaux horizons, qui ne seront plus de l’ordre de la caisse à outils, mais plus certainement tiendront du mécano.

 

Bricolage et vagabondage (Fabrice Thumerel)

Nul point de vue de Sirius ici, nul voyage olympien ni parnassien : c’est en bricoleur que Jean-Michel Espitallier propose ses découvertes et expériences, tout comme ses réflexions sur le renouvellement de l’objet poétique, les mutations de l’espace poétique, ou encore les pratiques transartistiques et transgénériques. Et parce que le bricolage ressortit à la "pensée sauvage" (Lévi-Strauss), cette caisse à outils s’avère aussi pratique qu’originale. Indispensable par sa riche diversité et la clarté de ses synthèses. Indispensable pour ses prises de position vives ou mesurées, ses mises en garde salutaires : assurément, on pourrait très bien se passer de ce "téléthon annuel" que constitue le Printemps des poètes, tout comme de l’incontournable "transversalité", "nouveau sésame de la cuistrerie branchée"… Le poétisme ne frappe pas que la poésie "traditionnelle", pouvant "se manifester dans la pompe lyrique ou le stylisme boursouflé comme dans la littéralité ou l’avant-garde" ; il importe donc de "se méfier des hâtives sacralisations du nouveau" – tant "il ne suffit pas de piloter de gros logiciels et d’articuler images, sons, textes, hologrammes, etc., pour faire la révolution poétique" (p. 50-51)… Quant au fameux cut-up, pour être "devenu l’une des marques de fabrique de l’époque", il n’en est pas moins discutable : il a "tendance parfois à se faire un peu rouleur de mécaniques postmoderne, besogneux à force de se vouloir démonstratif, démonétisé comme valeur d’échange en ateliers d’écriture, conformiste à se croire naïvement visa de toutes les modernités" (198)…

Reste que l’on se serait attendu à une plus grande révision : si le paysage ne s’est pas métamorphosé en huit ans, il s’est tout de même enrichi de nouvelles formes et teintes. Par exemple, concernant les poésies du dispositif, comment ne pas rendre compte précisément des apports théoriques de Franck Leibovici, Olivier Quintyn, ou encore Christophe Hanna ? Comment traiter les "écritures à contraintes" sans évoquer les expériences actuelles de Philippe Jaffeux ou de Bruno Fern ? Comment réduire les poésies numérique et multimedia à deux seules pages ? Comment ignorer cette nouvelle ligne de force que représentent les objets poétiques en français fautif (OPFF), de Claude Favre à Corinne Lovera Vitali en passant par Alexander Dickow ? le renouveau multiforme du lyrisme : le lyrisme objectif, dramatique ou spirituel, de Suzanne Doppelt, Sandra Moussempès ou Jean-Luc Caizergues ; le lyrisme spiritualiste de Mathieu Brosseau ; le lyrisme poéthique de Jean-Claude Pinson ; le lyrisme utopique  de Christophe Manon ou héroï-comique de Vincent Tholomé ; les litanies de Laura Vazquez ? Mais sans doute ne doit-on pas confondre le libre vagabondage de Jean-Michel Espitallier avec une exploration scientifique exhaustive.
To be continued ?

Reste que l’on est dubitatif quand, à la page 151 exactement, l’auteur reprend à son compte sans nullement l’interroger le label "extrême contemporain", qui le conduit loin de sa base poétique… Juste pour titiller un peu le poète essayiste, on rappellera brièvement la généalogie de cette appellation. En 1986, au cours d’un colloque auquel participent également Dominique Fourcade, Michel Deguy et Jacques Roubaud, Michel Chaillou forge le concept d’"extrême contemporain", c’est-à-dire d’un contemporain englobant les extrêmes. L’opération symbolique vise à rien moins que labelliser une plateforme d’écritures exigeantes conçue comme une alternative au modèle avant-gardiste agonisant. Peu après la publication des Actes de ce colloque (1987) dans la revue Po&sie dirigée par Michel Deguy depuis 1977, naît chez le même éditeur Belin la collection du même nom, riche aujourd’hui de quelque soixante-quinze titres. Depuis, l’appellation est entrée dans l’usage courant en matière de littérature, employée dans des colloques de spécialistes comme dans divers panoramas et articles de presse. Arrêtons-nous sur le premier colloque international consacré à cette notion aussi vague que vaste, qui a eu lieu en mai 2007 à Toronto : trois jours durant, des chercheurs du monde entier ont débattu sur les "enjeux du roman de l’extrême contemporain : écritures, engagements, énonciations". La première remarque qui s’impose est l’extrême extension du "concept", puisqu’il recouvre aussi bien l’écriture de soi que "l’écriture du jeu, l’écriture des idées et l’écriture du réel". Quant à la liste des auteurs dont il est principalement question, elle laisse pour le moins perplexe : Angot, Chawaf, Darrieussecq, Duras, Germain, Grainville, Houellebecq, Laurens, Toussaint… Quels rapports établir objectivement entre ces écrivains dont les pratiques comme les capitaux symboliques sont aussi différents ? Le succès de ce label s’explique par son "utilité pratique". Mais la difficulté de penser ou d’objectiver le contemporain justifie-t-elle la réduction de l’"extrême contemporain" au seul genre narratif ou à la seule "esthétique du fragment" ? le recours à l’amalgame, courant dans les milieux médiatiques, au sein d’une liste alphabétique d’auteurs des plus hétéroclites (de Abécassis à Wajsbrot, en passant par Adely, Angot, Apperry, Assouline, Beigbeder, Bon, Despentes, Echenoz, Ernaux, Germain, Houellebecq, Laurens, Michon, Pennac, Quignard ou Volodine) ? Pourquoi publier dans une encyclopédie un objet qui ne saurait relever d’aucun savoir car non construit, si ce n’est pour tenter, grâce à un fallacieux bricolage pseudo-théorique, de légitimer des "valeurs littéraires" défendues par telle ou telle chapelle, voire par le Marché même ? Car, à l’évidence, le label "extrême contemporain" possède deux atouts majeurs : c’est un terme neuf pour désigner des valeurs proches de celles contenues dans "avant-garde" : appartenir à "l’extrême contemporain", c’est être en effet à la pointe du nouveau. Est-ce à dire que, vigilant quand il s’agit du concept d’"avant-garde", Jean-Michel Espitallier a baissé la garde devant ce label en vogue ?
To be continued

15 janvier 2014

[Chronique] Vincent Broqua, même = same, par Bruno Fern

Bruno Fern nous livre ses savoureuses réflexions sur un nouveau pan de la création poétique.

Vincent Broqua, même = same  (sui generis), éditions contrat maint, décembre 2013.

En matière de traductions délibérément faussées, je connaissais déjà au moins celles d’Alexander Dickow (par lui et en lui, si je puis dire), d’Isabelle Sbrissa, appliquées à toutes sortes de textes, et les fameuses craductions de Raymond Federman par Pierre Le Pillouër. En voici donc quelques-unes proposées par Vincent Broqua, par ailleurs incontestable spécialiste de la vraie chose. À son tour, il fait ici feu de tout sème entre le français et l’anglais en jouant sur de multiples tableaux (homophonie, paronymie, polysémie, voire décomposition calembouresque, etc.). Bien entendu, ce faisant il touche à l’un des ressorts majeurs de l’écriture en général (et non pas : de l’écriture générale, soi-disant transparente pour mieux « communiquer », mon enfant), à savoir qu’un mot peut toujours en cacher un autre – ce qui, formulé plus savamment par Michel Leiris, donne ceci : « En disséquant les mots que nous aimons, sans nous soucier de suivre ni l’étymologie, ni la signification admise, nous découvrons leurs vertus les plus cachées et les ramifications secrètes qui se propagent à travers tout le langage, canalisées par les associations de sons, de formes et d’idées. » (Mots sans mémoire, 1969). Finalement, de fil en aiguille quelque peu tordue, cette méthode de déformation fait apparaître d’autres images dans le miroir, non sans humour :

un sceau = a seal = un phoque = folk =

gens = people = peuple = poplar = peuplier

= pas céder = possession = possédant = notice teeth =

remarque l’accroc = remakes a crook =

Trop vite arrivé au bout (laissé grand ouvert, ainsi que l’on peut le constater ci-dessus) de cet opuscule (qui ne compte que 8 pages, comme tous ceux édités par les éditions contrat maint :  « Contrat maint est une économie. La forme des ouvrages – A4 plié en quatre agrafé dans une couverture de couleur – est née en 1998, lors d’un séjour au Brésil. »), on aimerait que ce descellement du sens entre deux langues se poursuive, bref en lire plus long – ce qui est forcément bon signe.

13 juin 2011

[Création – dossier sur la subversion, 13] Alexander Dickow, Statut Liberté…

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 18:49

Après ses "Répons", l’auteur de Caramboles, un jeune Américain qui termine sa thése à Paris, nous offre ce ready-made critique réalisé à partir d’un texte trouvé – qui constituera la 13e livraison du Dossier sur la subversion (lire la 12e). [Alexander DICKOW vous invite à sa soutenance de thèse, qui aura lieu à l’université de Paris VIII le vendredi 1er juillet 2011 à 9H30 (bât. D, salle 143) : "Le poète en personnes : mises en scène de soi et transformations de l’écriture chez Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire et Max Jacob"]

â–º Pour lire ce ready-made dans les meilleures conditions, n’hésitez pas à zoomer au maximum !

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8 avril 2011

[Livre-chronique] Pierre Jourde, C’est la culture qu’on assassine

Pierre Jourde, C’est la culture qu’on assassine, Balland, 2011, 288 pages, 18,90 €, ISBN : 978-2-35315-098-4.

"Nous pouvons nous élever au-dessus de la spécialisation et du philistinisme dans la mesure où nous apprenons à exercer notre goût librement" (Hannah ARENDT, La Crise de la culture, cité en exergue par l’auteur).

Ce livre regroupe en sept parties ("Les Médias", "L’éducation", "L’Université et la Recherche", "La Politique culturelle", "Vie culturelle", "Livres et écrivains" et "éthique et littérature") 44 chroniques parues pour la plupart en 2009-2010 sur un blog ("Confitures de culture") hébergé par le site du Nouvel Observateur, Bibliobs, dirigé par Grégoire Leménager.

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