Libr-critique

28 mars 2021

[Chronique] Amandine André, Anatomique comme, par Ahmed Slama

Amandine André, Anatomique comme, Les Presses du réel, coll. « Al dante », hiver 2020-2021, 48 pages, 9 €, ISBN : 978-2-37896-214-2.

 

Anatomique comme, Amandine André. Trois A mis en exergue par la couverture et auxquels on pourrait ajouter – comme une sorte de prolongement – celui du nom de la collection : Al Dante, en gras, figuré sous Les presses du réel. Ça peut paraître anodin une couverture ; il n’en est rien. Pas que du paraître, une couv’, ça participe de l’élan de quelque livre que ce soit. Et ces trois A – nom, prénom de la poétesse et le titre du recueil donc – signalent de manière sobre et subtile, dès le premier contact visuel avec le recueil, sa composition singulière, son rythme et son enveloppement : ternaire.

Un jeu à trois, subtil

Passées la dédicace puis l’épigraphe, il y a cette page, trois accolades ouvrantes énumérées de I à III, chacune figurant, en deux ou trois vers, une situation. Des scènes ou des repères, des esquisses de tableau, en quelques mots on a croqué trois des situations. Il s’agira de les explorer, de leur donner, dans et par le trait de l’écriture, matière et épaisseur.

 

 

 

 

 

 

C’est un jeu singulier auquel nous invite Amandine André tout au long des 5 parties du recueil, ces trois esquisses de tableau, il faut les garder dans un coin de sa tête, y revenir – pourquoi pas ? – au fil de la lecture. Elles sont et font clé de voûte du recueil, il s’agira par les poèmes qui se succéderont de les mouvoir. Chaque poème portant un chiffre [I, II, III] correspondant à la situation, du même chiffre, exposée en début de recueil. Le poème même vient alors épaissir et {donner vie} à la situation énoncée. Ces parties et ces chiffres se trouvent être par ailleurs les seuls repères dont nous disposons pour nous déplacer dans le livre, les pages n’étant pas numérotées, le recueil faisant ainsi surgir et inventant son propre paratexte, un code qui lui serait singulier.

« III

Écartement des jambes corps maintenu au sol bruit de pas.
Six s’activant vers et. À la mi-nuit six jambes
s’activant vers prenant le corps neutralisant lui. A la face
écrasée a l’odeur de pisse de béton plein les narines. Du
corps ce corps aux bras extension souffle court entre-
coupé accéléré respiration à peine contraction de nerfs cœur
battant à tout rompre temps battant les chairs à tout rompre
le corps ce corps ne cédant pas. Encore. Cédant presque (…)
[poème III de la partie 1] »

Par cette composition et ce montage, Anatomique comme procède d’une bien singulière manière, deux temps donc, d’abord exposer le référent, le contexte – le dequoi-s’agit-il ? – comme pour s’en « débarrasser » au plus vite ; s’attaquer et s’atteler alors à la matière même du poème. Parce que de la matière cet Anatomique comme n’en manque certainement pas, matériau dense et haché, c’est d’une manière toute particulière qu’Amandine André meut la langue, la fait se mouvoir. Plus qu’un flux, c’est d’un influx qu’il s’agit, tendu et que nous allons ensemble explorer.

La matière de la langue, tordre

Manière, le terme nous vient du latin manus [main], la manière d’un·e écrivain·e, d’un·e poète·sse, c’est cet effort, constant et répété, de manier (tiens, un autre terme dérivant de manus) la langue, la malaxer, la mouler pour non pas simplement la faire sienne – écrire dans une sorte de langue à soi – mais la tendre et la plier vers l’expression désirée. Ici, ça se traduit par cette syntaxe hachée, hachurée, cadencée — distinguer le rythme de la cadence – avec cette ponctuation particulière, juste des points, simples ou d’interrogation, pas de virgule, c’est la lecture qui fera figure de guide. Avancer pas à pas, phrase par phrase d’abord, comme pour la mer, ses remous et son courant, on s’y fait lentement et patiemment, jusqu’à ne faire qu’un avec les vagues et sa mer. C’est qu’il y a, ici, dans le poème d’Amandine André, un code langagier, singulier à portée d’œil. Une fois que l’on s’y fait, le code découvert, ça s’ouvre, tout s’ouvre, on l’entend, on la perçoit alors la cadence qui anime et traverse le poème.

« I
(…)
Empreinte sans le corps. Odeur sans. Elle l’écrivant
métabolise l’information. Transmission inhibée synapses au
repos alarmer et connecter et. Faire vibrer tout ça. Secouer
son crâne à tout fendre elle. Le chasser du lit chaud. Horde-là
hors et. Maltraiter son langage l’offendre. Bad trip baadassss
encore lui il encore wanted male inside mouth wanted inside
lui il. Plein la bouche pleine. Observés scannés coupe
transversale élongation à venir ne sait ni lui il encore ne
savent cela que. Anatomique comme. Cependant elle
s’abaisse arrache les corps leur corps déverse le matériel sur le sol lui il elle s’abaisse étend son corps à eux ouvre la chair écoute big bang la plus petite cellule univers avalé là.
(…) »
[Poème I de la partie 3]

Pourquoi ce code ? Pourquoi cette singularité ? Effet de manche ? Ostentation ? Il n’en est rien, l’agencement n’est là que pour mieux nous affecter, nous, lectrices et lecteurs. C’est la gageure réalisée, faire, dans et par l’écrit, que tout soitcomme anatomique, anatomique comme… l’écrit. Écrit-anatomie – du latin anatomia ; dissection – poème-anatomie ; par l’écrit disséquer non pas simplement le corps ou le mouvement, mais la mouvance des corps.  Le mouvement est achevé, à l’inverse de la mouvance qui est « le caractère de ce qui est changeant, instable » ; la mouvance, c’est l’instant du mouvement, le mouvement en train de se faire et c’est ce que parvient à envelopper, ici, le poème par ses vers et ses phrases en tout influx, toujours dans le surgissement, elles bondissent, hachées-fauchées dans leur élan, ce point qui se place devant le « et », pas de conjonction pas de coordination, on l’avorte, ce mouvement, on le suspend, on en fait, dans et par l’écrit, de la mouvance.

« II

Bondir la distance. Vers la fin du rêve le sommeil engorgé de
lui-même s’effondrant sur lui-même. Lui au cerveau
séquencé par le rêve dans la vision de celle qui écrit. Se
retourne encore une fois dans la foule vers elle l’autre se
retourne encore une fois. En sa gorge bat son corps tremble
son cœur sourit. »
[II, 4]

In situ x2

Pas sans nous rappeler, tout ça, du Michaux, Henri Michaux et ses deux frères géants, Barabo et Poumapi, dont la fantastique geste se déploie tout au long des vers, corporéité des vers chez Michaux, les corps saisis dans leurs mouvements, leur puissance, mais là où chez Michaux se déploie une histoire, saisissable au premier abord, celle d’une sorte de cycles de combats sans fin entre les deux géants Barabo et Poumapi, la recherche d’Amandine André est tout autre, si peu – ou pas du tout – de fiction ou de « narration ».  Et ce n’est pas là de l’extra/ordinaire qui est saisi, mais de l’ordinaire dans sa singularité. D’où le recours, pour le saisir, à cette langue et cette syntaxe particulières.

Nous ne sommes pas simplement plongé·es, in situ, dans ces situations que nous avons, plus haut, qualifiées d’esquisses de tableaux, il ne s’agit pas simplement de tenter d’en restituer la mouvance dans et par l’écrit, mais il y a inclusion, mouvement dans la mouvance, celle qui écrit se mêlant, s’incorporant elle-même à la situation, s’inclut alors dans la circulation et la mouvance du poème. On est à la fois devant la situation, la scène, le tableau (appelez-ça comme vous le voulez) et derrière la toile ou la page, saisissant celle qui peint-écrit.

« … au tracé noté par elle a l’écriture observée et scannée… » [Poème 1, partie 1]
« Elle l’écrivant métabolise l’information. » [Poème 1, partie 3]

Et tout ceci devient d’autant plus sensible, perceptible, palpable, avec le dernier poème, celui qui clôt le tout. Là où, sorte d’apex, l’envers des situations (re)prend le pas, pas simplement, elle qui écrit les situ(ation)s, la voix, pas simplement celle gravée dans les vers, surgit. Cette intrication qui surgit, subreptice, à la toute fin, mémoire, vision, langue (phrases). La mémoire, oui, est vision, image avant d’être durée. Et ce que fait Amandine Andrée, elle imag(in)e, fait mouvoir des images – de la mémoire ? –  par la langue. Anatomie de la mémoire ? Anatomie de la langue ? Anatomie de l’image ? Trois fois oui, et voici comment on retombe sur notre cadence ternaire.

18 février 2021

[Chronique] François Crosnier, Avec une force épouvantable (à propos de Fabienne Létang, Chambre froide)

Fabienne Létang, Chambre froide. Textes d’Amandine André, A. C. Hello et Liliane Giraudon. Les Presses du réel, collection « Al Dante », hiver 2020-2021, 96 pages, 20 €, ISBN : 978-2-37896-205-0.

 

Mars, avril, mai 2020 : en pleine période de confinement, Fabienne Létang conçoit et réalise dans son studio les performances photographiques qui composent la partie visuelle de Chambre froide. La polysémie du titre (la « chambre » est également un appareil photographique de grand format) oriente le lecteur vers une réception des images comme partie d’un dispositif industriel
(le lieu de conservation) que confirme l’omniprésence, parmi la trentaine de photographies présentées, d’une ouvrière en bleu de travail. « La mamelle de l’ouvrière », « Machines à nourrir les machines à manger » : les corps féminins sont d’emblée inscrits dans une relation fonctionnelle, qui ne tarde guère à devenir agonistique (« Le procès », « L’accusation »). Deux corps s’affrontent, dans une série de variations sur le thème de la contrainte – et placées sous l’invocation de « Surveiller et punir », livre figurant dans l’une des photographies –, donnant lieu à la mise sous le regard du lecteur de situations de nourrissage ou de refus d’alimentation, de domesticité, d’imposition (« Les mesures économiques »), pour culminer avec l’image de la « mort ouvrière » représentée par une Pietà effectuant l’ostension du vêtement de travail. Pour autant, ce n’est pas un chemin de croix qui est donné à voir, mais bien plutôt la « description d’un combat » dont, qui sait, l’issue pourrait être à l’avantage de l’exploitée (la photographie « Déconfinement » montre l’ouvrière reprenant le dessus avec ses poings). L’iconographie religieuse classique est ici détournée au profit d’une vision matérialiste (« dialectique » comme l’indique le titre de deux photographies), dont le paratexte donne la clé : « Fabienne Létang … considère l’art comme la production de gestes, de conduites et d’actions participant d’une tentative toujours renouvelée de questionner le monde ».

À la traversée de cette « chambre froide », trois auteures : Amandine André, Liliane Giraudon et A. C. Hello ont été invitées à participer. Les textes réunis ici entretiennent un rapport différent aux images : celui de Liliane Giraudon, Ce qu’il reste d’Eurydice, dont le découpage suit l’ordre des photographies, s’y réfère explicitement. En revanche, les textes d’Amandine André (Agôn) et d’A. C. Hello (La fabrication d’une bombe, Désobéissance à la lumière et Sa mère la pute), dont certains sont antérieurs au travail de Fabienne Létang, laissent à l’imagination du lecteur le plaisir d’y retrouver ses propres échos.

Amandine André, dans sa très dense ouverture, joue sur l’opposition (ou plutôt la lutte, Agôn) entre la souffrance et la douleur pour caractériser les régimes d’existence et d’intensité de l’une et de l’autre : « l’état particulier », formule qui revient en leitmotiv de ce texte fort, est un « état d’absolu au monde et à soi » en ce qui concerne la douleur, tandis que la souffrance est un « état de confusion une sorte d’état qui totalise la somme du négatif » :

On le sait la douleur est une intensité de la vie. Elle vient l’habiter et la rend palpable à celui qui la ressent.

(…) La douleur s’apprivoise jamais la souffrance qui est un état sauvage et qui ensauvage.

De cette lutte, au moins sur le plan esthétique, sort vainqueur la douleur :

La douleur est utile à la beauté c’est un besoin qu’elle a c’est un besoin et un outil que la beauté a utilisé dans l’histoire.

Beaucoup moins abstraits, les trois textes d’A. C. Hello font surgir des figures de femmes dont la première, « aux réactions élémentaires jusqu’à un certain point », est décrite comme « noire de pensées tout à son excès de penser fort » dans un récit lui-même excessif dont les termes (« chatte cuite et brisée », « morceau de mort collé sur le bout de ses doigts dont il étudiait le mécanisme avant d’enserrer son cou ») renvoient à la perpétration d’un viol indéfiniment réitéré (La fabrication d’une bombe). Dans Désobéissance à la lumière, la figure qui prend la parole sous le nom de Babak énonce, dans une forme de ressassement, la condition immémoriale d’accusée, de condamnée[1], de maudite, de « tout en bas », de celle « qui n’a plus de Nom » :

Bête immobile

Je parle sans bruit.

Ils n’ont pas détruit en moi

Ce qui annule leur langue.

Ma parole est encore lente.

Enfin, dans Sa mère la pute (2016), A. C. Hello interroge, avec un humour certain, la fabrication du féminin dans un récit mêlant description du bas-corporel maternel :

Une mère se rompt. Presque la moitié de son corps tombe au pied du lit. Elle la scrute. Elle n’y voit rien qu’un œil ouvert dans un gros dos surmonté de trois dents

et discours de la fille « émergée à la surface du monde crevé », laquelle commente sa position dans le monde et son statut de « fille périssable ». La narration, comme la mère, « déconne sec », faisant appel aussi bien au registre de l’imaginaire surréaliste qu’à celui du polar, mais un polar décalé où les forces de l’ordre se livreraient à des considérations grotesques sur l’éducation :

De manière générale, les gens qui réussissent leur vie, ont eu la télévision depuis la naissance. Et ceux qui lisent des livres, ont tendance à la rater, croyez-moi.

Démentant le constat ici énoncé sur « le fin mot de tout ceci, à savoir que nous sommes foutus et que nous ne sommes pas prêts », les textes d’A. C. Hello manifestent « avec une force épouvantable » la résistance par l’écriture.

Liliane Giraudon, on l’a dit plus haut, inscrit son texte dans l’espace ouvert par les photographies de Fabienne Létang, mais choisit de manière subtile le détour par le mythe. Ainsi, pour prendre un exemple, Ce qu’il reste d’Eurydice commente « Pietà : mort ouvrière », image déjà citée, de la manière suivante :

Quelle scène non jouée et pour quelle dépouille (…). On peut toujours bégayer les gestes d’une inusable Pietà. Sans cesse les corps s’effacent. Eurydice, par exemple, sur le point de quitter les Enfers. Tandis que hors champ, les nichons de Tirésias scintillent comme des calamars.

Ici, l’attention littérale portée au sujet, qui n’omet aucune des caractéristiques de la photographie, se double d’une interprétation qui permet au lecteur de convoquer tout un savoir stratifié : la mythologie (l’histoire d’Orphée et d’Eurydice), l’histoire de l’art (l’iconographie de la mère du Christ dans la peinture et la sculpture), l’histoire littéraire et musicale (« Les mamelles de Tirésias », avec la nuance comique et bien apollinarienne, pour le coup, de « nichons »). L’image qui sert de support est ainsi élargie au « hors champ » propre au poète.

Les vingt photographies sur lesquelles intervient Liliane Giraudon (soit la majeure partie du travail de Fabienne Létang) forment une série à une ou deux (exceptionnellement trois) figures féminines se détachant sur fond noir ou neutre, ce qui accentue l’importance du geste. La grammaire de celui-ci est déterminée par la position du bras, de la main gantée ou non, et de la posture verticale ou inclinée des corps sobrement vêtus, à dessein (mais lequel ?) de bleu, blanc ou rouge. Cette syntaxe très simple n’en est pas moins d’une grande puissance d’évocation : accusation, soumission, imposition, dérision, révolte… émergent des « tableaux vivants » ici mis en scène. Dans sa sobriété, le texte qui s’en empare accroît encore ce sentiment grâce aux fulgurances dont il fait preuve :

Pas besoin de tuer un être parlant pour le faire taire (…)

Gavage par le vide (…)

Poussé à l’extrême, le mépris du corps ne peut manquer de rencontrer une banalisation de la mise à mort (…)

Pour ce qui est du passé, on passera sous silence l’avortement intellectuel de siècles entiers de femmes artistes et l’infanticide des œuvres de femmes écrivains.

C’est donc à Liliane Giraudon qu’on empruntera la conclusion de cette chronique, tant son commentaire de la photographie de la page 61 « Misérablement… » – comme une rime presqu’identique à celui de la photographie de la page 45 « Liberté, égalité… » – pourrait valoir pour l’ensemble de ce livre à la beauté duquel concourent à égalité photographe et auteures : « entre splendeur et lamentation, rapport d’un instant d’histoire sans aucune trace d’explication ».

 

[1] La citation qui clôt le texte, Ad omnia citra mortem, renvoie, selon l’Encyclopédie, à une condamnation au fouet, à être marqué et envoyé aux galères.

27 décembre 2020

[News] Libr-fêtes (2)

En ce dernier dimanche de 2020 – annus horribilis -, nulle trêve des confiseurs sur LIBR-CRITIQUE, toujours en veille – avec ses avant-goûts de lecture, ses projections pour début 2021 et sa Libr-rétrospective 2020 (2)…

 

En lisant, en zigzaguant…

â–º « La dématérialisation de l’être par sa numérisation et, désormais, son  offuscation par un masque virtuel ou de chiffe, confisquent la personne, l’aliénant à une pensée confuse qui rend fou.
Alors faut une faille, pour sauver l’envie d’exister »

(Tristan Felix, Faut une faille, Z4 éditions, automne 2020, p. 48-49).

 

â–º « Un candidat à la mairie de Paris est torpillé parce qu’il a sacrifié à Onan devant son smartphone. Un locataire de l’Élysée fait gloser la planète entière par ses escapades en scooter pour porter des croissants rue du Cirque (Labiche, es-tu là ?). Voilà qui nous change des présidents d’antan tombés d’un train en pyjama, ou expirant pendant une douceur buccale…
Ils nous traitent de pauv’ cons, de sans-dents et de gens qui ne sont rien, et ils voudraient qu’on les respecte ? »

Et donc, les Français sont-il moins cons que leurs élus ?
« Ils nous demandent d’agir, mais bloquent la rue dès qu’on esquisse une réforme. Ils exigent l’ordre, mais hurlent au premier coup de matraque. Ils nous exhortent à dire la vérité, mais mais font tourner la moindre phrase en boucle pour peu qu’on omette la langue de bois »…

(Jean-François Marmion dir., La Psychologie de la connerie en politique,
éditions Sciences Humaines, automne 2020, p.  8 et 11).

Libr-rétrospective 2020 (2)

â–º Chronique de Ahmed Slama sur Joachim Séné, L’Homme heureux

â–º Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret sur Philippe Thireau, Melancholia

â–º Fabrice Thumerel sur Cow-boy de Jean-Michel Espitallier +  « Néo-féminismes et néo-puritanismes : la révolution conservatrice »

â–º Chronique de Christophe Stolowicki sur Virginie Poitrasson, Une position qui est une position qui en est une autre

â–º Guillaume Basquin, « L’Édition grippée »

â–º Sébastien Ecorce,« Virologie-permutation-2020 »

► Philippe Boisnard, « Journal de confinement en quête de réseau (1) »

LIBR-CRITIQUE attend début 2021...

► Revue Lignes, n°64 : « TOMBEAU POUR PIERRE GUYOTAT », textes réunis par Donatien Grau & Michel Surya, à paraître le 5 février 2021, 248 pages, 20 €. [Réserver]

Présentation éditoriale. Pierre Guyotat est l’un des plus grands écrivains de l’histoire de la littérature, nul n’en doute qui sait lire. Il vient de disparaître, il venait d’avoir 80 ans. Tous ceux dont le nom suit rendent ici hommage à l’œuvre, à l’homme, qui fut aussi un ami de Lignes.

Pierre Guyotat est mort le 7 février 2020, il venait d’avoir 80 ans. On lui rendait les honneurs, enfin, depuis quelques années. Après qu’on avait fait de lui, longtemps, un objet de scandale.

Ces honneurs qu’on lui rendait enfin (portraits, entretiens nombreux, une biographie, des prix même, in extremis) l’ont fait connaître d’un public plus large. A-t-il permis cependant qu’on comprenne mieux cette œuvre, son œuvre ? Et l’accepte, qui avait fait si peur, et lui avec, au début ? Qu’on dépasse le scandale, pourtant si considérable, créé par Tombeau pour 500 000 soldats, son premier livre sous son nom (1967), et celui, plus considérable, encore créé par Éden, Éden, Éden (1970) ? Le scandale à la vérité que constitue toute cette œuvre, jusqu’à Progénitures (que constitueront les inédits encore) ?

À moins qu’on ne se soit mis entre-temps à aimer autre chose ? L’homme lui-même, son histoire personnelle, ses récits de celle-ci, ses récits de l’histoire en général, magnifiques, sa politique, sa morale, etc. ? L’exception que son œuvre a constituée a-t-elle été recouverte par l’exception que lui-même était ?, C’est possible, mais ce serait au prix que s’oublie ce qui seul compte : une littérature (quoiqu’il n’ait jamais aimé le mot) sans commune mesure.

Souvenirs, études, de proches et d’amis pour la plupart, de lecteurs aussi : pour un hommage et pour un portrait provisoire.

Sommaire

Donatien Grau & Michel Surya, Présentation 7
Régis Guyotat, Au commencement 9
Guillaume Fau, 20h. – minuit 15
Thierry Grillet, De la voix pour commencer 21
Julien Lefort-Favreau, Guyotat, l’histoire, les faits 27
Noura Wedell, S’émouvoir à l’infini de cette beauté qui nous perd 33
François Rouan, Pierre à Laversine 41
Véronique Bergen, Visions de Pierre Guyotat 49
Jacques Henric, Pierre ou les (salvatrices) ambiguïtés 57
Emily Apter, Get Your Knee Off Our Neck !
Guyotat et le « moi indélégable » 63
Donatien Grau, La sensation de l’immémorial 75
Martin McGeown, Une lettre… 81
Catherine Brun, Pierre Guyotat, entre les lignes 85
Patrick Bouchain, Saint-Denis avec Pierre 91
Bertrand Leclair, Pierre Guyotat, hommage 97
Jean-Marc Levent, Pierre Guyotat, une politique de l’amitié 103
Linda Lê, Passer outre. L’univers d’infamie d’un « écritueur » 109
Stephen Barber, Dans les lieux : marcher avec Pierre Guyotat 115
Christian Prigent, Le dernier croyant 123
Michel Surya, Plus fort que Dieu ? 131
Colette Fellous, Istanbul, basse continue 141
Michaël Ferrier, Le vitrail Guyotat.
Pierre Guyotat et la langue française 149
Daniel Buren, « 21 lignes » : travail in situ le 21.12.20 159
Dominiq Jenvrey, Une pensée du non-état
La langue non-compromise de « Progénitures » ne permet pas la révolte 171
Maximilian Gillessen, Une monstruosité infime 187
Éric Rondepierre, Pierre Guyotat connaissait la chanson 187
Pierre Chopinaud, Éléphant 195
Colette Kerber, Pierre 199
Gérard Nguyen Van Khan, Le rire doux et terrible de Pierre Guyotat 201
Philippe Blanchon, Pierre Guyotat au cœur du Livre 209
Stéphane Massonet, Le rythme tumultueux d’un corps s’écrivant 215
Briec Philippon, Plus nu que la vie 221
Emmanuel Pierrat, Pour ne pas oublier la censure 229
Paul Buck, En amitié 237

► Pierre Escot, Spermogramme, éditions Supernova, collection « Dans le vif », novembre 2020, 152 pages, 15 €, ISBN : 978-2-490353-46-0. [Frais de port offerts si vous le commandez chez l’éditeur – car disponible en librairie seconde quinzaine de janvier 2021]

Présentation éditoriale. Spermogramme est le huitième livre de l’écrivain et photographe Pierre Escot. Entre réalité et digression, phantasmes et souvenirs, Spermogramme est écrit sous l’impulsion d’un esprit libre qui contorsionne l’espace et le temps.

Plusieurs histoires se succèdent et s’entrelacent en fragments poétiques et narratifs. On en sort conquis, essoufflé et différent.

Premier livre, premier roman, premier poème écrit à l’orée des années quatre-vingt, Spermogramme nous entraîne dans un flux puissant et halluciné.

« Avant les textes, photos, vidéos, installations et autres musiques publiés par Pierre Escot, Spermogramme : livre premier en-deçà duquel rien d’autre n’était encore exactement et sans lequel rien d’autre ne serait, sous-jacent depuis toujours, apparaissant alors puis disparaissant et paraissant aujourd’hui tel qu’en lui-même, livre originel devenu viatique, qui résiste au temps et impose sa présence, manuscrit en quête d’éditeur pendant plus de trente ans dont l’errance s’achève enfin…  » (Julien Cendres).

► Véronique Pittolo, À la piscine avec Norbert, Seuil, à paraître le 7 janvier 2021, 176 pages, 17 €.

Présentation éditoriale. À l’approche de la soixantaine, une femme doit faire des efforts pour atténuer les rides et bien choisir ses petites culottes, surtout quand elle n’a pas la silhouette d’Ursula Andress.
Des efforts, l’héroïne de ce roman en fait encore, le soir, pour rompre sa solitude sur les sites de rencontre, livrée aux faux-semblants du virtuel.
Avec Norbert (rencontré sur Meetic), elle baise, elle va à la piscine, elle parle de tout, de sexe, du salaire des patrons du CAC 40, des migrants, de #Me too, de sa future (toute petite) retraite. Elle lui parle de poésie, il répond T’as pas d’autres sujets en réserve ?
Il cite la sélection de l’équipe de France, elle préfère Kafka, il la voudrait en robe, elle préfère les pantalons. À part ça, ils s’entendent bien.
À la piscine avec Norbert est un texte cru, drôle et enjoué, une réponse féminine et féministe aux Houellebecq de tous bords.

► François Crosnier, Dan Ornik, Ahmed Slama et Fabrice Thumerel rendront compte des quatre prochaines pépites qui, dans les semaines à venir, enrichiront la collection « Al dante » dirigée par Laurent Cauwet aux éditions Les Presses du réel : Fabienne Létang, Chambre froide (textes de Amandine André, Liliane Giraudon, A. C. Hello) ; Amandine André, Anatomique comme ; Alain Frontier, Du mauvais père ; Liliane Giraudon, Sade épouse Sade. [On peut les commander dès le lundi 4 janvier 2021 sur le site des Presses du réel]

4 octobre 2018

[News] Libr-News poétiques

La poésie est plus que jamais vivante en ce mois d’octobre : « Poésie et musique aujourd’hui sur Remue.net ; parution du n° 11 de la revue Catastrophes ; deux RV poétiques prochains à ne pas manquer en Sorbonne ; Poéticide de Hans Limon lu par Denis Lavant ; les RV de la ZIP (Zone d’Intérêt Poétique)…

â–º À découvrir sur le Net : le dossier que Laure Gauthier a lancé sur Remue.net, « Poésie et musique aujourd’hui »

â–º Ne manquez surtout pas le dernier numéro de la revue en ligne gratuite Catastrophes : n° 11, « Les Techniciens du sacré », avec notamment la collaboration de Jacques Demarcq, Marie de Quatrebarbes, Jean-Claude Pinson, Laurent Albarracin, Pierre Vinclair, Olivier Domerg, A.C. Hello… Télécharger

â–º Un colloque international »Valeurs de la poésie (XVIe – XXIe siècles) », du 11 au 13 octobre : télécharger le programme.

Avec notamment, sur la poésie aujourd’hui : Benoît Dufau, Pascal Durand, Caroline Fischer, Romuald Foukoua, Olivier Gallet, Laure Michel, Antonio Rodriguez, Gaëlle Théval, Fabrice Thumerel… À noter également le vendredi apm : lecture de Cyrille Martinez et Table ronde sur « poésie et action culturelle ».

La poésie a-t-elle (encore) de la valeur ?

Cette question émerge aujourd’hui dans le contexte d’une dépréciation sociale, de difficultés économiques, de critiques venues du roman, de polémiques chez les poètes eux-mêmes et de sortie hors du genre. Les reproches sont connus : autotélisme, élitisme, illisibilité, disparition du lectorat, sacerdoce illusoire, sacralisation désuète du livre et de l’écrit, etc. La contestation de la valeur de la poésie, dans le champ social comme dans le champ littéraire, est toutefois un phénomène ancien. De la méfiance du philosophe envers le poète chez Platon à la marginalisation du « poète lyrique à l’apogée du capitalisme » (W. Benjamin), puis à la quasi invisibilité contemporaine de la poésie, le destin social de celle-ci semble être celui de sa disparition. Parallèlement, de l’autoportrait satirique chez Stace, Régnier ou Saint-Amant à la « haine de la poésie » (G. Bataille), devenue « inadmissible » (D. Roche), il semble que la détestation de la poésie par les poètes eux-mêmes corrobore son effacement dans le champ.

Cette évolution est parfois imputée à une survalorisation première de la poésie entraînant par contrecoup déceptions et dépréciations. Investie de pouvoirs sacrés à la Renaissance, placée au sommet du système des genres (Hegel), la poésie, assignée aux plus hautes fonctions par les « mages romantiques » (P. Bénichou), se serait révélée incapable de prendre en charge pour la communauté les catastrophes du XXe siècle.

À l’opposé de ce type de récit téléologique et essentialiste, nous proposons de tenir compte des variations de ce qui est appelé poésie, de la Renaissance à nos jours, pour examiner non pas une irrémédiable dévalorisation de la poésie mais une diversité de valeurs, en considérant son histoire, non pas de manière linéaire, mais en fonction de phénomènes d’intermittences et de résurgences.

Les valeurs de la poésie sont fonction non seulement de l’organisation des genres et des sous-genres (épique, dramatique, satirique, pastoral), mais aussi des rapports entre art noble et art de cour, « grand art » (canon poétique) et « art populaire » (poésie éphémère, poésie privée). Ces valeurs dépendent encore de la place accordée aux supports (oral, écrit, visuel, numérique), des pratiques et des usages sociaux (poésie encomiastique, épistolaire, intime, engagée) et de leurs lieux (salons, cour, maisons d’édition, revues, festivals).

Les critères et les formes de la valeur en poésie pourront se décliner en fonction des axes suivants, qui rassembleront chacun des études sur des siècles différents.

► Sorbonne, le jeudi 18 octobre à 19h45, amphithéâtre Guizot, soirée PLS (revue Place de la Sorbonne), « Autour de mai 68 : lectures poétiques »

En cette année du cinquantenaire de mai 68, Place de la Sorbonne organise une soirée au cours de laquelle des poètes contemporains viendront dire des textes d’eux librement inspirés par cette insurrection à la fois politique, sociale et poétique. Il s’agira de textes composés dans le retentissement du fameux printemps mais aussi de poèmes écrits aujourd’hui faisant retour sur lui.

Amandine André, Francis Combes, Jean-Luc Despax, Florence Pazzottu, Christian Prigent en duo avec Vanda Benes, Milène Tournier. Les lectures seront ponctuées de morceaux de jazz joués à la guitare par Arnaud Delpoux.
Gratuit sur réservation obligatoire avant le jeudi 18 octobre.

â–º Jeudi 18 octobre au Théâtre du Nord-Ouest à Paris, à 19H, Denis Lavant lira en avant-première des extraits du livre à paraître de Hans Limon, Poéticide (Quidam éditeur, parution le 8 novembre) : Libr-critique reviendra sur ce livre important dès le 8 novembre…

â–º Les RV de la ZIP (Zone d’Intérêt Poétique) :

24 novembre 2017

[News] Libr-automnales

Jusqu’à demain soir, deux événements recommandés par LIBR-CRITIQUE : Carte blanche aux écritures indociles Al dante ; festival MidiMinuit 2017…

 

â–º CARTE BLANCHE AUX ÉCRITURES INDOCILES
Magma Performing Theatre en partenariat avec les Éditions Al Dante présentent

Lectures – Performances au Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet
Du 23 au 25 novembre 2017 à 19h00

DUREE 30 min
Suivi à 20H30 du spectacle ALCOOL de et par Nadège Prugnard.
http://www.lechangeur.org/event/alcool/


À l’occasion de la publication de M.A.M.A.E et autres textes, Nadège Prugnard et les Éditions Al Dante invitent quelques-uns de leurs complices pour une carte blanche.

COMPLICES INVITÉS :
> mardi 21 novembre : Les étudiants de l’École Supérieure d’Art Dramatique Avec la langue de Nadège Prugnard
(extraits et fragments du livre M.A.M.A.E & autres textes)

> jeudi 23 novembre : LAURENT CAUWET à partir de son livre La domestication de l’art, avec le poète Justin Delareux
Laurent Cauwet est responsable de la cellule éditoriale Al Dante (publication de livres, journaux d’interventions poétiques et/ou politiques, organisations de rencontres, festivals et autres manifestations, ouverture de l’espace culturel autonome Manifesten/ Marseille…) depuis 1994.

Né en 1987, Justin Delareux développe une oeuvre polymorphe, contextuelle dans le domaine des écritures, opérant des liens, des collisions, entre la création littéraire, plastique et sonore. Il cherche la justesse dans le geste et dans l’adresse. Directeur de publication et agent de liaison pour la revue PLI.

> vendredi 24 novembre : A.C HELLO à partir de son livre Naissance de la gueule (auteure performeuse)
A.C. Hello pratique la performance et/ou la lecture sur scène. Crée des situations. Elle dessine, peint et écrit. Elle a publié dans de nombreux fanzines et revues (papier ou internet, dont Overwriting, Chimères, Armée Noire…). Expose également. Un passage (rapide mais efficace) dans le collectif L’Armée noire. Elle crée la revue « Frappa » en 2014, revue multimédia visible sur le net, et qui a vocation à exister également en version papier.

> samedi 25 novembre :> AMANDINE ANDRE Impossessions primitives à partir de son livre Quelque chose
Amandine André a créé en 2005 la web radio « À Bout de Souffle » . Elle est co-fondatrice de la web revue « La vie manifeste » (philosophie, politique, littérature, poésie) – un espace d’activisme intellectuel aujourd’hui incontournable sur la toile – qu’elle anime toujours. Elle a écrit de nombreux textes et entretiens sur la danse et publié « Cercle des chiens » (in Attaques, Al Dante, 2012) »
Entrée 6€

â–º Le temps fort de MidiMinuitPoésie #17 aura lieu samedi 25 novembre au lieu unique. Douze heures de lectures, lectures-concerts et performances invitent le public à naviguer dans les univers variés des auteurs, éditeurs et artistes invités.
Entrée libre toute la journée, sauf pour la création inédite réunissant Saul Williams et Mike Ladd à 20h30 samedi 25 novembre.

Avec : Saul Williams & Mike Ladd, Tracie Morris, Les éditions Warm, Stéphane Bouquet, Ply, la revue Nioques et Jean-Marie Gleize, Benoît Toqué, Eva Niollet, Les Fernandez, Nicolas Vargas, Perrine Le Querrec & Ronan Courty, Sophie Loizeau, Thomas Chapelon.

La programmation en détail sur www.midiminuitpoesie.com

15 juin 2017

[News] Libr-news

Vos derniers RV de juin, en direct ou en images, de lectures publiques en lectures privées : autour des poétiques de l’excès (Amandine André et AC. Hello), de Christian Prigent… d’Yves Charnet, d’auteures publiées chez Lanskine… d’auteurs surprises lors de la clôture des États généraux de la poésie à Paris…

â–º Pour revenir en images sur la soirée du 10 mai dernier, proposée par Remue.net à la Maison de la poésie Paris : "Poétiques de l’excès", avec Amandine André et A.C. Hello : voir.

â–º En librairie, la somme issue du Colloque international de Cerisy sur l’œuvre d’un contemporain majeur : Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel dir., Christian Prigent : trou(v)er sa langue (Hermann, 550 pages et une bonne vingtaine de reproductions).

Premier bilan sur les recherches déjà engagées, surtout à partir des années 1985-1990, et portant sur quarante-cinq ans d’écriture, que la réflexion ait concerné Christian Prigent en tant qu’auteur d’une œuvre personnelle protéiforme expérimentant tous les domaines (poésie, essai, roman, théâtre, entretien, traduction, chronique journalistique, lecture de ses textes) et dont il a su déplacer les frontières, mais aussi en tant que revuiste passionnée, lié à un grand nombre de livraisons poétiques, théoriques, artistiques, et ayant lui-même co-fondé la revue d’avant-garde TXT (1969-1993), avec la volonté de démarquer un espace éditorial différentiel par rapport à Tel Quel. Le fil conducteur de la langue, tant ouvertement réfléchie par l’écrivain dans ses essais ou ses fictions, récits et poèmes, s’imposait.

La présentation complète sur le blog Prigent : ici.

â–º Les 17 et 18 juin à Montreuil : Prigent, Pennequin, Espitallier… La Cie Ça Va Sans Dire vous invite à découvrir LANGUES et autres poésies contemporaines…

Mise en scène : Trelohan Thomas – Direction d’acteur : Laura Flahaut
Avec : Thomas Trelohan (Comédien), Louis Fatus (Violoncelliste)

Partir d’une envie, une envie de partager des textes, de partager la découverte de la poésie contemporaine pour parler de l’homme éclaté, dans un monde en éclatement, rempli de petites histoires, de petits trous. Voilà, avec la poésie, faire un portait de lacunes dans des langues subjectives, dans un voyage avec les poètes d’aujourd’hui. Oui, des poètes qui habitent leurs langues, ne la subissent plus, sortent de la communication pour nous parler, nous partager leurs révolutions intérieures.

Corpus de textes :
Jean Pierre Siméon « À l’impossible on est tenu »
Christian Prigent « Commencement » (extrait)
Charles Pennequin « L’armée Noir Vol n° 1 » et « La ville est un trou »
Ritta Baddoura « Parler étrangement » (extrait)
Jean Michel Espitalier « En Guerre » (extrait)
Rémi Checchetto « Là où l’âme qui se déchire un peu mais pas toute » (extrait)
Élodie Petit « Va t faire baiser ailleurs »

Le Samedi 17 Juin à 20h30
Le Dimanche 18 Juin à 19h
Studio Albatros
52 Rue du Sergent Bobillot, 93100 Montreuil
Metro: Ligne 9 Croix de chavaux
PLAN ET SITUATION
Renseignements et Contacts :
Tél. 06.58.41.15.31
trelohan.thomas@gmail.com

Lien du site de la compagnie:
https://cavasansdiresite.wordpress.com/

â–º Jeudi 22 juin de 18h30 à 20h00 Yves Charnet entre prose & poésie : l’autofiction comme geste lyrique ? En dialogue avec Dominique Rabaté.
De "Proses du fils" à "Dans son regard aux lèvres rouges", Yves Charnet n’a cessé de mettre en mots une autobiographie lacunaire, hantée par l’absence du père, dont chaque livre assemble les bribes. Cette autofiction de soi s’écrit en prose, faute de mieux, dans le parrainage de la poésie dont elle porte la nostalgie, dans le sillage d’un blues jazzé où le Je cherche son échappée lyrique. C’est sur ce désir de poésie et ce qu’il transforme de l’écriture autofictionnelle d’impudeur et d’aveu que portera l’entretien.
Dominique Rabaté
Ancien élève de l’ENS (1983), Yves Charnet est agrégé de Lettres Modernes, il a soutenu, en 1995, une thèse dirigée par Jean Delabroy et intitulée "Figurer l’énergie, Baudelaire écrivain du visuel". Il vit & travaille à Toulouse depuis 1996 où il a fondé le module d’Arts & cultures à l’ISAE/SUPAERO.
Après avoir beaucoup écrit & colloqué sur la littérature extrême-contemporaine à partir de ses principaux prosateurs & poètes, il se consacre, depuis 2010, au chantier lyrique de son "autofiction sans fin" inauguré en 1993 par la parution remarquée de "Proses du fils". Amateur de jazz & de tauromachie, sa passion pour la chanson française dans tous ses états s’est particulièrement illustrée par des amitiés considérables avec Claude Nougaro & Serge Lama.
François Rannou va consacrer, dans le second numéro de la revue "Babel heureuse" (à paraitre à l’automne 2017) un important dossier à son travail d’écrivain de l’intime entre prose & poésie.
Derniers livres parus : "La tristesse durera toujours" (La Table Ronde, 2013) ; "Le divorce", Belin, coll. "L’Extrême Contemporain", 2013 ; "Quatre boules de jazz, Nougasongs", Alter Ego, coll. "Jazz Impressions", 2014 ; "Dans son regard aux lèvres rouges", Le Bateau Ivre, 2017.
à la Mel – 67, bd. de Montmorency – Paris 16
Entrée libre et gratuite – réservation obligatoire au 01 55 74 60 91
// la Mel – t. 01 55 74 60 90 –

â–º Jeudi 22 juin à 19H30 : rencontre avec trois auteurs de Lanskine à la Librairie Texture (94, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris).

Organisé par les éditions Lanskine :
Trois autrices, Sereine Berlottier, Séverine Daucourt-Fridriksson et Lucie Taïeb, lisent à la librairie Texture leurs textes ou traductions fraîchement parus chez Lanskine, en présence du poète Pierre Drogi qui conduira l’ensemble grâce à ses sensibles-simples-et-précieuses-impressions.
Il s’agira de ruptures, de montagnes, de perte, de désir, d’Islande, de voix… d’un équipage entier qui vous attend, l’impatience à son comble.

â–º Jeudi 29 juin à 19H : clôture des États généraux de la poésie à la Sorbonne avec les Invisibles, amphi Descartes (75005).

Lecture de Claude Ber, Geneviève Huttin, Vannina Maestri, Roxana Paez, Véronique Pittolo et Anne Talvaz ainsi que de textes de leurs invitées invisibles…

26 mai 2017

[News] Libr-news

En ce dernier mois de printemps, deux RV importants à la Maison de la poésie Paris : États généraux de la poésie et l’Hommage à Serge Doubrovsky. À Paris toujours, lectures de Suzanne Doppelt et Jim Dine, d’Amandine André – juste avant la performance de Mylène Benoît et de Frank Smith… Et en prime, on découvrira le dernier livre de Suzanne DOPPELT, Vak spectra : un régal, comme toujours !

â–º Lundi 29 mai 2017 à 19H30, Maison de la poésie Paris (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris) :

États Généraux de la Poésie #01 : 2017, Ouvertures

« De nouvelles écritures »
Avec Michaël Batalla, Sereine Berlottier, Sophie Loizeau, François Matton, Sandra Moussempès & Cécile Portier
Rencontre animée par Éric Dussert

Soirée thématique des États Généraux de la Poésie sur les nouvelles écritures, invités d’honneur de la 35e édition du Marché de la Poésie.

« La poésie se manifeste… La poésie hausse le ton. Elle sort du silence où elle est tenue. Réclame droit de cité. S’insurge contre le manque de visibilité et de moyens qui la relègue dans l’ombre et l’oubli. […] La poésie se manifeste aujourd’hui. Les éditeurs répondent présents. Les enseignants répondent présents. La presse, les revues, les libraires, les bibliothécaires, les maisons des écrivains et de la poésie, les internautes et les festivals répondent présents. Les poètes répondent présents. Le public répond présent. Nous convoquons les États Généraux de la Poésie. Nous déclarons la poésie ouverte. »
Le Comité des États Généraux de la Poésie
Dans le cadre de la Périphérie du 35e Marché de la Poésie.

â–º Mercredi 31 mai à 19H : Lectures de Suzanne Doppelt et Jim Dine
Galerie éof (15, rue Saint Fiacre, 75002 Paris). Entrée libre

Jim Dine écrit, publie et lit en public de la poésie depuis aussi longtemps qu’il réalise des œuvres d’art. L’utilisation du texte dans la peinture de ce pionnier du Pop Art est une extension de sa pratique d’écriture. Ses poèmes ont été recueillis sous le titre de Poems to Work On (Cuneiform Press, 2015). Parmi les textes de Jim Dine, on trouvera Âne dans la mer, face à nous : Pinocchio et poèmes (traduction : Elsa Boyer, Steidl, 2013). Une édition de ses poèmes sera publiée en français par Joca Seria. Nantes est un concentré de la poésie tout entière de Jim Dine, il est traduit par Vincent Broqua et vient d’être publié dans la collection américaine des éditions Joca Seria.

♦ Suzanne Doppelt, Vak spectra, P.O.L, mai 2017, 80 pages non numérotées, 13 €, ISBN : 978-2-8180-4198-7.

La Boîte d’optique avec des vues intérieures d’une maison néerlandaise (vers 1655-1660), ingénieusement créée par Samuel Van Hoogstraten (1627-1678), est pour Suzanne Doppelt l’occasion de nous emmener dans son domaine des spectres : "Pareille au trouble produit dans la chambre où s’ébauche une belle décomposition, les murs disparaissent, le plafond se retourne et la mouche avec, le sol offre à peine un chemin, de jolis miroirs si habilement placés et des lignes qui vont, elle est un vrai mirage, tout se défait et se refait. Pour mieux revenir entre deux étages dans l’escalier profond, dans cette boîte à ancêtres où on dort, au pied de la table, sur le tapis feutré comme une toile et en sautillant près des armoires, l’esprit des lieux remue la matière, rien ne s’élance autant qu’une maison"…

Dans la mesure où c’est la perspective qui crée le monde, pour que le monde devienne vertigineux il suffit de choisir des points de vue privilégiés et de mettre en branle la machinerie optique. Des perspektiven au perpetuum mobile… Dans l’univers cosmopoétique de Suzanne Doppelt – de Lazy Suzie à Vak spectra, en passant par La Plus Grande Aberration et Amusements de mécanique -, poétique et optique vont de pair, animées par "une mécanique admirable" : "tout bouge autant que le décor d’un théâtre bien équipé, une belle féerie optique, les yeux levés vers le monde là où s’exerce de gauche à droite et l’inverse la ruse d’un regard oblique"… /Fabrice Thumerel/

â–º Mercredi 31 mai à 19H, Maisons de Victor Hugo (6, place des Vosges 75004 Paris) : soirée à ne pas manquer…

Lecture de Amandine André (20′)

suivie de

COALITION
Une performance dansée (30′)
par Mylène Benoit et Frank Smith

Que peut un corps ? Que peut le monde dans les corps ?
Comment dire les mouvements du monde dans les articulations des corps ?
Comment entrer entre le corps et le monde, entre les corps du monde et les pensées du corps ?
Qu’est-ce qu’une combinaison danse / écriture ?
Qu’est-ce qu’une combinaison matières de corps / mouvements ?
Mylène Benoit et Frank Smith se rencontrent, croisent leurs pratiques et relient leurs préoccupations.
Cet essai chorégraphique, textuel et musical soulève une série de questionnements afin de concilier le corps de la danse et le corps de l’écriture.

Soirée présentée dans le cadre des Périphériques du Marché de la poésie et du festival Concordan(s)e

Entrée libre
http://www.concordanse.com/Mylene-Benoit-choregraphe-Frank-Smith-ecrivain

â–º Samedi 10 juin à 19H, Maison de la poésie Paris (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris) :

Hommage à Serge Doubrovsky (1928-2017)

Avec Camille Laurens, Tom Bishop, Dominique Emmanuel Blanchard, Yves Charnet, Yannick Kujawa, Laurent Herrou, Olivier Steiner, Mathieu Simonet, Christine de Camy & Isabelle Grell

4 mai 2017

[News] Poétiques de l’excès : rencontre avec Amandine André et AC. Hello

Remue.net et Libr-critique vous invitent le mercredi 10 mai à la Maison de la poésie Paris (20H, 157 rue Saint-Martin 75003 – réserver ) : rencontre avec Amandine André et AC. Hello animée par Fabrice Thumerel.

Ce 10 mai, nous aurons l’occasion de nous interroger sur les poétiques de l’excès.
Il y a dix ans déjà, un colloque universitaire s’interrogeait sur l’excès en ces termes : « signe ou poncif de la modernité ? » La modernité – notamment avant-gardiste – nous a en effet habitués à un excès consubstantiel à la jouissance et/ou la violence : songeons aux débordements poétiques et politiques des dadaïstes, à l’intensité métaphorique et hyperbolique des surréalistes, à l’éthique/l’esthétique du cri chez Artaud, à la saturation du sens propre aux formalistes (trop-plein ludique et théorique  dû aux pratiques autoréférentielles et intertextuelles)… Ou encore, plus près de nous, aux tourbillons onomastiques de Novarina, à sa carnavalesque inventivité verbale ; à la langtourloupe de Prigent ; à l’écriture tératologique de Desportes, qui fait déboucher l’excès sur l’extase ; à la punch poésie de Bertin, dynamisée par son moteur à explosions…  

Pour Amandine André, « aucun thème n’est en soi intense et cru, tous les thèmes doivent devenir intenses, c’est la tâche, le travail de l’artiste, travailler sur les sensations, les perceptions, avec comme matériau, pour l’écrivain, la langue.. L’intensité oui. Ces mots de Charles Baudelaire : "Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or" » (on lira du reste avec beaucoup d’intérêt l’intégralité de cet entretien qu’a donné Amandine André à Nantes).
De quels excès deux poètes remarquables comme Amandine André et A.C. Hello, qui ne manquent pas de chien, sont-elles capables ? Pour quels effets subversifs ? Quel vide, quel manque recouvrent leurs excès thématiques, formels, voire politiques ? Le fait que ce soient des voix féminines est-il significatif ? Quels sont leurs rapports à la modernité avant-gardiste ? /FT/

 

Amandine André, De la destruction : « Écrire, c’est détruire l’appartenance : à soi, à son corps, au monde comme à la langue. Ecrire, c’est avoir "tête dans la gueule du mot" (p. 22). La tête, ce lieu non dialectique où se neutralisent l’en-chien et le hors-chien, le sens et le non-sens. Les Agencements Répétitifs Littéralistes ("Chien ordonne la rémission de la métaphore") d’Amandine André (ARL) font se télescoper les signifiés : la langue sait se faire archaïque pour dire le combat entre chien et non-chien. » (suite sur LC : ici)

AC. Hello, Naissance de la gueule : « La gueule, c’est une langue abâtardie, une langue coupée, une langue claque-tête, une langue idiolectale qui fait parfois penser à celle de Guyotat. La langue dérape pour dire le nauséeux, le vertigineux. Une langue dont la forme poétique éclate dans la dernière partie ("Claque-tête"), qui donne des coups d’R dans le Réel » (suite sur LC : ici).

22 avril 2017

[Création – news] Amandine André, Comme seul le peut / Poétiques de l’excès

Avant que d’avoir le plaisir de retrouver Amandine André en compagnie d’A.C. Hello le 10 mai à la Maison de la poésie Paris (20H – réserver / Remue.net et Libr-critique), voici un extrait de son prochain livre, qui comme Quelque chose et De la destruction est régi par une écriture du ressassement…
Ce 10 mai, nous aurons l’occasion de nous interroger sur les poétiques de l’excès :
Il y a dix ans déjà, un colloque universitaire s’interrogeait sur l’excès en ces termes : « signe ou poncif de la modernité ? »
De quels excès deux poètes remarquables comme Amandine André et A.C. Hello, qui ne manquent pas de chien, sont-elles
capables ? Pour quels effets subversifs ? Le fait que ce soient des voix féminines est-il significatif ? Quels sont leurs rapports à la
modernité avant-gardiste ?

… de tout ce qui hurle la nuit à mort où couine dans un piège ce que je tais pour tenter de garder ce visage l’humain auquel je m’accroche m’y accrochant comme bête en moi de cela que je tais qui hurle la nuit entre les espaces domestiques rendus impossibles nocturnes ce qui couine sous un lit le mien moi ce qui couine que je couine avec cette bête en moi avec moi en moi ce que je suis ce qu’on a fait de moi dans le silence les bêtes dit-on qu’elles meurent ainsi dans ce silence fait pour elle ce coin ce rat un jour mourant dans un coin de mur d’une banque ne cessera il faut le croire en moi c’est à moi qu’il revient d’accepter cela qu’il meure encore en moi que je ne fais rien pour qu’il cesse de mourir que je suis la bête qu’on a fait de moi ma forme humaine se défaisant la nuit avancée je me reclus et mes jours sont devenus ses nuits réclusion je suis libre de citoyenneté dit-on selon que cela est écrit sur la pierre dans les villes et les écoles surtout ce dont il faut s’instruire de ces premier mots semblent les derniers de ces bêtes qu’on me fait devenir laquelle hurle la nuit les jours devenus autant de nuit sous le lit couine comme pris dans le piège tendre domestique du lit chaud de tant de maladie douleur seul espace dans lequel la forme non-humaine que j’ai me fait tenir dedans j’appelle souvent de bouche la mienne nul mot sort seulement eux les bestioles eux elles je ne sais surpris en moi par moi rongeant l’intérieur du corps mien et tout espace dehors dit par d’autre social les marches comme premier rempart entre le social dit par eux et moi de ma disparition cette bête que je suis qu’on a fait de moi elle qui dit cette disparition est cette bête en toi quelle forme quel mugissement croassement ou coassement de cette gueule mienne…

8 avril 2017

[Création-news] A.C. Hello, Naissance de la gueule (extrait) / Poétiques de l’excès

Avant que d’avoir le plaisir de retrouver A.C. Hello en compagnie d’Amandine André le 10 mai à la Maison de la poésie Paris (réserver – 20H / Remue.net et Libr-critique), voici un extrait de son dernier livre, Naissance de la gueule, qui nous remue… Écouter A.C. Hello, à vous faire perdre le souffle : ici.
Nous aurons l’occasion de nous interroger sur les poétiques de l’excès :
Il y a dix ans déjà, un colloque universitaire s’interrogeait sur l’excès en ces termes : « signe ou poncif de la modernité ? »
De quels excès deux poètes remarquables comme Amandine André et A.C. Hello, qui ne manquent pas de chien, sont-elles
capables ? Pour quels effets subversifs ? Le fait que ce soient des voix féminines est-il significatif ? Quels sont leurs rapports à la
modernité avant-gardiste ?

[…] sinis

Tre en pays d’occupant dont j’en

Tends les coups sourds et répé

Tés, je cherche un toit dans cette

Embuscade de mots bornés, qui

Qualifient de liberté ce que j’ap

Pelle des cendres et des os, qui

M’emmènent au pays des vertè

Bres inertes tuées par de vieux

Beaux coquets migraineux. Le

Cou tordu de ma cervelle étoilée

De rouge balaye le trottoir, étour

Di par un fils de pute coupable

Et prisonnier, obstinément brûlé,

Sachant tout juste parler, un crâ

Ne braillard au front très déve

Loppé, assassin de bouchers am

Bulants, rôdant les yeux cuits

Dans les camps, ouvrier de la

Chance perdue, infirmier du re

Tard, officier du désordre, prin

Temps de la résistance, général

De la faim, troupier de la colère

Muette. Qui me dit que tout est

À refaire, tout à rapprocher, tout

À reprendre l’histoire à faire froid

Debout et se mettre à sonner en

Se tapant du ventre. Je marche

Longtemps dans la nuit, com

Bien de temps encore faudra-t-

Il que je touche du doigt de la

Chair de poltron et qui suis-je

Pour parler de poltron moi qui

Crache mes poumons, qui suis-je

Pour parler de la pensée empoi

Sonnée du poltron corrompu, de

L’agressivité pondérée du pol

Tron choléra, du désarroi anxieux

Du poltron fasciné de flammes.

Je marche rue Saint-Denis les

Mains sur les hanches, laide à

Nanterre de la faute à Voltaire,

Ma petite grande âme remue de

Hors, tombée par terre pied

Dans le nez, bondissant, dispa

Raissant, reparaissant, chantant

Ses morts, mon nez court sa

Chance et renifle de son galop

De chien englouti la grande ré

Volte de ceux qui n’ont pas de

Pays, gêneurs du monde, le pro

Blème c’est d’être impossible.

 

Quant à moi je suis déjà presque

Rien déjà loin, plomb qui saute

Empêtré qui sombre, mauvaise

Bête qui regarde son ventre et

Crache des corps qui servent d’o

Rifices raidis aux érections de l’é

Cosystème darwinien, ce pantin

Impuissant préoccupé de sa po

Pularité. Je ne bouge plus, embar

Rassée de mes muscles grisâtres,

Dégueulant la mer d’étoiles

Bleues, immobile contre une pou

Belle tassée tressaillante dans

Une colonne rouge au rabais vo

Mie de la grande rafle, ma rengai

Ne ravalée se replie contre la

Rampe au milieu des rabbins ra

Battus houspillés par des RAUS!

Rabiques qui leur rabotent la

Quille, le râble mordus par les

Corniauds, SCHNELL! triés par un

Médecin rabougri, rembarrés par

La racaille rayée, POSPIESZ SI ! ra

Broués par les rallidés verdâtres

Râlant de LOS! Les enfants rachi

Tiques se raccrochent aux mères

Qui se cramponnent au froid qui

Leur coule le long du rachis, a

Vant le racket des vêtements et

Des dents, raclées longuement

Par les radins et les racoleurs du

Radieux parti radical radio-actif

Postillonnant des radicules de ra

Ge et balançant du radius des

Tirs en rafale sur des éclopés ré

Calcitrants avant de les radier

Lors du grand raffinage final.

Quant au rafiot polonais qui cra

Me, craque, crie, se crispe, prie

Devant les rictus crapauds, quant

Aux polonais pendus droits,

Dents serrées, par la rage camar

De des aspirants-fiel, quant au ra

Goût enfossé ragué par les tissus

Raides dans un rade de soleil car

Ton mort, quant à la raideur des

Compatriotes compassés qu’on

Porte sur les raidillons en direc

Tion du spectre sombre des cen

Dres piquantes, quant à la mo

Querie sanglante dans l’oeil érail

Lé devant la loi du monde et la

Détérioration de la faculté pen

Sante, son altération absolue tan

Dis que l’autre diminue. Les polo

Nais chantent avant d’être éradi

Qués par les SCHNELL! ranimés,

Rajeunis, se rajustant l’uniforme,

Ralentis par la circulation de l’al

Cool dans leur réacteur brisé. Bal

Buzards déréglés qui reçoivent

Mal la vie, qu’on retrouvera en A

Mérique Latine, parallèles à la

Mer qui brasille, tentant de ral

Longer leur ramassis de vie simi

Esque et grossière et de se rallu

Mer le ramage dans des souve

Nirs de mare rouge. Ramassé.

Humains épars, pliés sans patrie,

Glanés en divers endroits. Ramas

Sé. Ramas d’humains, miettes,

Fin du repas. Ramassé. Rassem

Blés, blottis, chiffons, mis en tas.

Ramassé par la police. Conden

Sés, en boule, ramassés à la pel

Le, cailloux. Ramassé. Prie par ter

Re. Se ramasse une branlée. Ra

Masse-poussière. Ramasse-pous

Sière écorché cogné séchant ta

Pissant le pavé, avant de se ratati

Ner dans la rame des wagons at

Telés. Ramassé sans raison, étran

Glé par les uniformes des rame

Nards irrascibles. Ramassé. Raf

Fut dans la rue. Les officiers rap

Pliquent. On ramène les fuyards.

On ranime à coups de gifles les

Femmes enceintes. Les chiens se

Rameutent, mordent les traîne-

Pattes, les ramingues et les ra

Mollis. Les enfants progressent

Sur les genoux sous les feux de

La rampe et rament dans la galè

Re rance de la rancoeur nationa

Le. Longue randonnée dans un

Matin sombre avant d’être dispo

Sés sur plusieurs rangs. Tout un

Peuple mis au rencart par la ran

Cune. Marchandises rangées

Sous l’autorité carcasse des rapa

Ces avides. Enfiler les vêtements

Rapés que tendent les rapiots

Tandis que les rascasses rapinent

Les émeraudes et le bacarat. Des

Coups de feu se rapprochent, ra

Pides. Le sang coule raide. On

Rapporte les corps. Un haut dé

Gradé fait son rapport. La vie se

Raréfie, la Race raque, rasibus en

Tre les éclats, sa rapûre mise au

Feu, le crâne rasé, rapetissé, l’es

Poir raccourci. Les rats rassasiés

Ricanent de bile noire puis se ras

Soient, rassérénés : dix corps ra

Tatinés à leurs pieds, ça les rassu

Re les rassis. Ça les ravigote. Y’en

A un qui respire encore. Raté. Ils

L’achèvent, ravis. Un ratichon au

Crâne tout juste ratiboisé court

Dans la ratière, se fait rattraper

Puis ratonner. Râles rauques. Son

Ventre rationné fait une rature

Sanglante dans les airs. Ravagé.

Tout le vide ravalé. Le ravin noué.

Consterné, immobile, à écouter

Le jour rayé noir sans rayons,

Qu’il tente de raviver. Ravagé.

Frappant les rochers dans la fo

Rêt de bouleaux, les chefs suici

Dés, les femmes enfants mitrail

Lés, dont on baratte le sang. Ra

Vagé. Toute la peau du corps as

Pirée par le trou du rentre. Rava

Gé. Chanson malade. Ravagé.

Chanson rabâchée de bâtard lan

Gue arrachée. Ravagé. Aggrava

Tion de la maladie. Ravagé. Héri

Tier collatéral de la grande raclu

Re. Ravagé. Aucune améliorati

On. Ravagé. Crachant les bidon

Nages des bradeurs de républi

Que, braguette ouverte à la bitu

Re, aspirateurs d’attrape-couil

Lon. Ravagé. Dents en vrac, rê

Vant de terres australes et de ca

Raïbes pour sortir du baraque

Ment. Ravagé. Gravitation boo

Merang dans les altostratus. Ra

Vagé. Barjo branque braisé. Rava

Gé. Bourrique brancard dans les

Brasseries célébrant cyanure le

Caviar dans la bouche corraline

De l’abolition des libertés. Rava

Gé. Carnage. Commisération des

Charençons. Crapaudière de fa

Milles Quant et de Philippe Péto

Che, confédération des ignorants

Frais, conjuration des grands ca

Rambouilleurs constipés qui cara

Colent dans les camisoles de la

Crasse extrémiste. Ravagé. Cara

Bine. Haine abrasive du baratin

Branlette des conquérants parasi

Tes. Ravagé. Fracas fragile estro

Pié. Ravagé. Australopithèque dé

Traqué aspirant à l’amnésie anté

Rograde. Ravagé. Bradycardie de

La démocratie angora. Ravagé.

Brachycéphale délirant aux bran

Chies bourrades. Ravagé. Coura

Ge courant cramoisi crampe rava

Gé cran. Ravagé. Rat vit, rat cou

Rage l’égalité. Ravagé. Ravagé

Rat vit rat vit rat vit en pleine figu

Re, courage ravagé, rat vit, rava

Gé ra vagé ra vagé ravagé ra va

Gé ravagé ra va gé ra vaque ra

Va gé ra rame rat gémit.

19 juin 2016

[News] News du dimanche

On commencera par quelques "épiphalypses" de CUHEL ; Libr-événements ensuite : Hubaut, soirée Al dante, ciné-psychanalyse à Marseille ; enfin, "À venir sur LC"…

CUHEL, Épiphalypses

Elle attend le Grand-Amour
Elle lui a déjà préparé toute sa place
Un tiroir de commode.

Jamais il ne buvait fumait draguait
En tout il assurait gérant sa vie comme ses affaires
Il avait oublié de prévoir le chauffard d’en face.

Elle avait tout pour être heureuse
le chic le chèque le choc
Elle eut un bel enterrement.

Libr-événements

â–º Jusqu’au 31 août 2016, Exposition personnelle Galerie Barnoud Entrepôt 9 (2 rue Champeau, 21800 QUETIGNY) : COMPIL’ EPIDEMIK PEST MODERNE Joël HUBAUT. (Cf. image d’arrière-plan).

â–º Mardi 21 juin, 19H-22H, soirée Lectures & performances, Librairie de L’Autre livre (13, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris) : soirée Al dante, avec Anne Kawala, Amandine André & Anne-Claire Hello. Rien de moins : on croit rêver ! (On pourra (re)lire sur le site les recensions de leurs derniers livres pour se conforter dans l’idée que cette soirée est immanquable pour ceux qui seront sur Paris : Le Déficit indispensable ; De la destruction ; Naissance de la gueule).

â–º Mardi 21 juin 2016, de 19H à 20H, cinéma Les Variétés à Marseille (37, rue Vincent Scotto) : soirée Cinéma-Psychanalyse.
18 h : Michael LONSDALE dédicacera son livre :"Regards croisés".
19 h : un hommage à Margerite DURAS, "L’espace blanc" par le duo-altra-voce (Florence PAZZOTTU texte et Giney AYME musique)
19 h 30 : Conversation : Michael LONSDALE /Hervé CASTANET.
20 h 30 : Projection du film de Marguerite DURAS, INDIA SONG.
Une soirée organisée par Benoît Kasolter (en complicité avec Linda Mekboul). http://www.duo-altra-voce.com/
Réservations à la caisse du cinéma les Variétés.

À venir sur Libr-critique

â–º Libr-vacance : actualité, lectures, publications d’un certain nombre d’auteurs LC…

â–º Créations : Mathieu Gosztola, Mathias Richard, Yannick Torlini…

â–º Chroniques sur : Jean-Pierre Bobillot, Julien d’Abrigeon, Jean-Michel Espitallier, Annie Ernaux, Jean-Louis Fabiani (Pierre Bourdieu), Bernard Lahire, Florence Pazzottu, Charles Pennequin, Ana Tot, Laura Vazquez…

5 juin 2016

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de juin, en UNE L’Animal central de Mathieu Brosseau ; suivent vos Libr-événements : autres RV au Marché de la poésie, mercredi Montevideo, Prigent à la Maison Louis-Guilloux…

UNE : Mathieu Brosseau, L’Animal central   /Fabrice Thumerel/

"Incarner cette vie augmentée.
C’est poésie" (exergue).

"L’art, me dis-je, est une pâle imitation du courant, du mouvement
de l’Animal Central auquel on peut ajouter une écriture drôlesque
de la dramaturgie temporelle de l’Homme
" (p. 72).

Pourquoi se complaire dans "la nanosociété des hommes" (p. 34) ? Celle dans laquelle Machin est ceci, Machine est cela… Pourquoi ne pas devenir bête, ne pas être avec les animaux dans la matière, nous taire avec les choses ? Pourquoi ne pas laisser advenir notre Animal central : "la bête au centre, matière quasi-cervelle, pompeuse de ciel, aspirateur d’échelles, de vagues qui n’en font qu’une (car une seule histoire), l’animal nodal fait qu’on a tous le même ciel tout en ayant chacun le nôtre" (47)… Si l’animal est central dans l’œuvre de Mathieu Brosseau, c’est que l’animal central est celui du dedans, qui vit dans les plis. Mais le repli n’est autre que l’intériorisation du dehors ; d’où ce constat : "j’habite ce nulle part qui m’habite" (106). Et cette phrase anti-rimbaldienne, anti-Moderne : "Je est un nôtre, sans nom" (95). Autrement dit, le Je du poète ne vise pas la Différence mais l’indifférenciation innommable.

Le poète est celui-là qui explore son devenir-animal, se lance dans la "traversée de la langue" (11) pour remonter à l’in-vue, à un en-deçà de la figure : le visage-monde.

♦ Mathieu Brosseau vous attend Place St Sulpice, au Marché de la poésie : vendredi 10 juin à 19H ; dimanche 12 à 16H.

 

Libr-événements

â–º Tout sur le 34e Marché de la poésie Paris : ici. [Entre autres, Al dante = stand 110-112 ; éditions du Cheyne = 405 ; Philippe Jaffeux vous attend au stand 501…]

â–º Du côté du Grand Os. Du 4 au 13 juin à la Halle St Pierre, Paris 18e : les Eternels FMR, librairie éphémère (entrée libre).

Du 8 au 12 juin, place St Sulpice, Paris 6e / Marché de la poésie : avec les éditions Fissile – stand 506 b (entrée libre).

â–º LES MERCREDIS DE MONTEVIDEO / Lectures, mercredi 8 juin 2016 à 20h15, "Compérages" : Eric Pesty invite Bénédicte Vilgrain et Pascal Poyet.

"Bénédicte Vilgrain et Pascal Poyet ont chacun publié un ou plusieurs livres chez Eric Pesty Editeur. Etant tous deux également éditeurs (Théâtre Typographique et contrat maint), des rapports étroits existent entre nos différents travaux (édition, écriture, traduction). Cette soirée de lectures permettra donc également de préciser certaines de nos affinités." (Eric Pesty)
Lectures suivies d’un échange avec Emmanuel Moreira, producteur, journaliste à Radio Grenouille.

MONTEVIDEO, créations contemporaines, théâtre, musique, écriture
3, impasse Montévidéo 13006 Marseille
Tarif unique 3€  + adhésion
Renseignements et réservations au 04.91.37.97.35.
Ouverture du bar de 19h30 à minuit, restauration sur place de 19h30 à 23h00.

â–º

â–º R E N C O N T R E avec G R U P P E N organisée par le Marché de la Poésie et La Guillotine le dimanche 19 juin 2016, à 16h, en compagnie de Amandine André, Yann Beauvais, Pierre Déléage, Laurence Gatti, Laurent Jarfer et Ilan Kaddouch.
La Guillotine, 24 Rue Robespierre, 93100 Montreuil
M° Robespierre (9) — Entrée libre

â–º

19 mai 2016

[Entretien] Entretien avec Jean-Philippe Cazier (Création et critique 2, par Emmanuèle Jawad)

Emmanuèle Jawad. Votre travail s’articule autour de différents pôles de création et critique. Sous l’angle de la création : Ce texte et autres textes (Al Dante, 2015) est précédé de divers ensembles, notamment Voix sans voix (Sils Maria, 2002), Ecrires précédé de Poémonder (Inventaire/Invention, 2004, réédité en 2009 aux éditions Publie.net), Le silence du monde (Publie.net 2009, transformé et publié en plusieurs fois dans Diacritik en 2016), C’est pourtant Joseph K. qui est là (Publie.net, 2009), Désert ce que tu murmures (La Cinquième Roue, 2006). Vous êtes également membre du comité de rédaction de la revue Chimères et votre travail critique après Médiapart se développe aujourd’hui dans le magazine numérique Diacritik. Dans cette activité dense, comment s’opère l’articulation entre ces différents domaines de travail ? Y a-t-il un axe que vous privilégiez ?

Jean-Philippe Cazier. Je ne sais pas s’il y a une articulation. Peut-être qu’il n’y en a pas ou qu’il y en a plusieurs qui ne se recoupent pas toujours. Pourquoi devrait-il y en avoir? Est-ce que le présupposé ici ne serait pas celui, métaphysique, de l’unité, de l’identité, du sujet ? Si je disais « voilà comment s’articulent ces différents moments et activités », je ferais semblant de savoir précisément comment advient ce que je fais, à tel moment et pourquoi. Il y a de la pensée consciente qui accompagne ce que nous faisons mais aussi de l’inconscient, des affects, des choses qui s’imposent à nous sans que l’on sache véritablement de quoi il s’agit. Il y a une impersonnalité de la vie, une dimension impersonnelle de nos vies qui les rend, justement, vivantes. Et cette vie impersonnelle, en tant que telle, est nécessairement plus large que le « je », et plus large que la langue, que les mots. S’il y a une articulation entre tout ce que vous citez, elle n’est pas toujours décidée rationnellement. Je fais ce que j’ai envie de faire, ce que j’ai besoin de faire à un certain moment et tout cela s’agence plus ou moins, se juxtapose ou coexiste sans que j’en voie toujours clairement le lien. Parfois un lien m’apparaît après-coup et parfois non – mais c’est peut-être parce que je ne me pose pas la question de manière systématique ni très précise. Tout ça existe dans le vague et l’obscur et j’essaie d’avancer avec cette obscurité plus ou moins dense.

Je pourrais aussi donner des indications biographiques mais qui ne permettraient pas de penser une cohérence et ne suffiraient pas à dire quelque chose d’intéressant du désir d’écrire et d’écrire de la poésie ou des textes de réflexion…

En fait, tout dépend de ce que l’on entend par « articulation ». S’il s’agit d’une cohérence prévue, construite selon une démarche rationnelle en vue d’une fin déterminée, alors ce n’est pas le cas. Pour reprendre une notion qu’emploie Frank Smith, je parlerais plutôt de co-errance, une errance commune où les choses s’agencent mais sans véritable unité, sans point de vue surplombant ni unificateur. Mes textes poétiques fonctionnent ainsi, ils agencent des fragments, des morceaux qui co-errent et ouvrent le texte plutôt qu’ils ne le ferment sur un sens, une intention, une unité. Mes différentes activités pourraient relever de la même logique d’un agencement d’un divers qui tend à demeurer divers, qui co-fonctionne. Moi-même j’ai l’impression d’être un agencement qui fonctionne comme il peut, avec ses dimensions co-errantes et évolutives, changeantes, vagues, floues. Même s’il y a aussi un moi social avec ses points fixes, ses formations plus rigides…

Si je résume, pour chercher des éléments de réponse à votre question, je pourrais dire que la logique serait celle de l’agencement, que l’articulation implique l’hétérogénéité, avec des parties qui se correspondent, qui résonnent entre elles, et d’autres non.

Il faudrait aussi évoquer le hasard des rencontres – rencontres avec des livres et des auteurs. A douze ans, treize ans, je lisais André Breton, Eluard, Prévert. Je n’y comprenais pas grand chose mais ça me fascinait, que ce langage existe me fascinait. Et Rimbaud, qui me fascinait encore plus. Je ne sais pas pourquoi j’ai reconnu immédiatement le langage de Rimbaud comme mon langage, pourquoi ce paysage m’a attiré, pourquoi je m’y suis installé pour y vivre. Le rapport n’était pas réfléchi, intellectualisé, mais de l’ordre de la fascination, de l’adhésion immédiate, de l’affect. En découvrant la possibilité de ce langage, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire, que je voulais écrire. Et je l’ai fait. Comme si être avec ce langage impliquait que j’écrive, impliquait la production d’une écriture. Une sorte d’injonction, d’évidence, de mouvement naturel.

Il y aurait aussi les rencontres avec les gens, et le hasard de ces rencontres. Lorsque j’ai découvert les livres de Gilles Deleuze, je lui ai envoyé certains de mes textes, de la poésie, et il les a transmis à Michel Butel qui en a publié un dans L’Autre Journal. Et Deleuze a fait la même chose avec Chimères. C’est comme ça que je suis arrivé à Chimères, que je ne connaissais pas, j’avais 22 ans. Ensuite, Danielle Sivadon m’a fait entrer au comité de rédaction de Chimères. Je ne me souviens plus comment j’ai rencontré Patrick Cahuzac qui dirigeait Inventaire/Invention, mais il m’a proposé de faire un livre qui est devenu Ecrires. C’est en parlant avec Frank Smith que j’ai évoqué le manuscrit de Ce texte et autres textes, comme ça, au fil d’une conversation informelle. Il m’a suggéré de l’envoyer chez Al Dante, ce que j’ai fait, et quelques jours après Laurent Cauwet m’a dit ok, je le prends. Ceci pour dire que c’est surtout le hasard qui a fait que j’ai rencontré telle personne, que je me suis retrouvé dans telle revue, en situation d’écrire ceci ou cela ou de publier tel livre. Comme les personnes sont diverses, je me retrouve à faire des choses elles-mêmes diverses. En un sens, c’est l’extérieur qui me conduit, le hasard qui existe dans le monde. On pourrait dire que la logique qui articule ce que je fais est une logique du hasard auquel je fais confiance.

Finalement, si la question de l’articulation ne se pose pas vraiment pour moi, c’est sans doute parce que j’ai un rapport assez innocent et immédiat à ce que je fais, un rapport un peu bête peut-être. Je ne me suis pas demandé si je pouvais ou devais écrire de la poésie, si je pouvais ou devais écrire des textes de réflexion. J’ai eu envie d’en écrire, la possibilité était là, une forme de nécessité aussi, alors je l’ai fait. A chaque fois, il y a eu un mouvement que je n’ai pas vraiment initié et je me suis inscrit dans ce mouvement, dans les possibles qu’il impliquait. C’est la même chose, aujourd’hui, avec Diacritik où j’ai suivi Christine Marcandier et Dominique Bry, que je connaissais de Médiapart – là encore une histoire de hasard, de rencontre et de confiance. Tout ceci relèverait peut-être d’une sorte de disponibilité au monde que les grecs appelaient Kairos : savoir s’inscrire dans les mouvements du monde, les suivre, savoir bifurquer, ce qui implique une disponibilité aux hasards du monde, de faire confiance au monde et à son obscurité. Les noms des personnes que je cite sont aussi les noms de bifurcations, de chemins sur lesquels je suis tombé un beau jour, et dans lesquels je me suis engagé, comme Alice et son lapin…

Il faudrait dire aussi que rencontrer des gens, ou des œuvres, c’est rencontrer des mondes : autrui en tant qu’autre monde possible, comme l’écrivait Deleuze. Je crois que c’est vrai. Derrière les noms que je cite, derrière ces activités diverses, il y a des mondes possibles, des points de vue sur le monde que je rencontre, qui pluralisent le monde et qui m’altèrent, me transforment. Je est un autre, comme disait l’autre. Ces rencontres que j’ai faites et que je fais – des rencontres avec des animaux aussi bien, et les voyages, le fait de vivre longtemps à l’étranger – n’ont cessé d’ouvrir des mondes possibles, d’ouvrir des mondes dans des dimensions et directions diverses, plus ou moins compossibles, dans lesquelles je me suis engouffré. Etre à Chimères ou à Diacritik est aussi une façon de provoquer des rencontres, d’entrer en rapport avec des points de vue hétérogènes, de multiplier les possibles du monde, de vouloir être en situation d’errance. La diversité que vous soulignez vient sans doute du fait que je suis entre plusieurs mondes possibles, donc que je suis plusieurs. On veut trop être quelqu’un, écrivait Michaux. Mais être quelqu’un n’est pas vraiment mon problème, et être écrivain n’est certainement pas être quelqu’un. Peut-être que mon problème n’est pas d’être quelqu’un mais de devenir quelque chose, plusieurs choses en même temps, qui ne se recoupent pas forcément.

On pourrait dire que mon monde est kaléidoscopique et que la logique sur laquelle vous m’interrogez est la logique d’un kaléidoscope. Je me définirais peut-être comme un kaléidoscope, de manière un peu schizophrène sans doute. Vous me questionnez sur l’articulation des différentes choses que je fais et je finis par vous répondre par une logique de la désarticulation, du divers, une logique des possibles incompossibles, du mouvement, de l’affect et de l’obscur. Je ne sais pas si on est bien avancés avec ça…

Quant à savoir s’il y a un domaine que je privilégie par rapport aux autres, la réponse est évidemment non.

Ce qui me plaît surtout dans ce que je vous dis là, c’est que j’y découvre quelque chose qui rejoint et définit ce que j’écris, en particulier les textes que l’on peut qualifier de poétiques qui obéissent à la même logique autant en ce qui concerne les occasions qui les ont suscités que dans leur logique interne. C’est surtout cette mise au clair qui m’intéresse…

 

Emmanuèle Jawad. Ce texte et autres textes (Al Dante, 2015) est un texte réflexif que l’on pourrait qualifier également sous certains aspects de texte gigogne à mouvement giratoire incluant de nombreuses références littéraires et artistiques (P. Reverdy, M. Duras, O. Mandelstam, Mallarmé, M. Rothko, Malevitch notamment). Dans cet espace réflexif et intertextuel, y aurait-il des liens à établir avec la dimension critique de votre travail ? Le texte de création serait-il un lieu permettant d’ouvrir des espaces critiques et de références ?

 

Jean-Philippe Cazier. Ce texte et autres textes est resté longtemps dans mes fichiers, personne n’en voulait et j’avais laissé tomber l’idée de le voir publié. Comme je l’ai dit, il a finalement été publié un peu par hasard, grâce à l’intérêt de Frank et à la confiance de Laurent Cauwet.

Ce livre se construit à partir d’une logique du divers et de la dispersion, et le titre pourrait être lu comme : ce texte est autres textes, ce texte est d’autres textes. Les références qui s’y trouvent l’inscrivent dans une certaine généalogie, également pour une sorte d’hommage, d’exercice d’admiration. Mais surtout ces références ont pour fonction de pluraliser l’écriture, d’ouvrir le livre et les textes, de faire du livre un espace multiple. Les noms de Duras, de Mandelstam, de Pollock, de ce point de vue, sont moins des références que l’occasion de brancher ce qui s’écrit sur d’autres mondes, de produire des relations qui font bifurquer l’écriture et l’entraînent où elle ne savait pas aller. Ceci est pour moi emblématique de l’écriture, c’est le mouvement de l’écriture : créer des mouvements à partir de l’autre, à partir d’un autre qui est altérant et entraîne dans l’inconnu et l’obscur. Pour cette raison, les références, explicites ou implicites, ne concernent pas que des écrivains mais aussi des peintres comme Pollock ou Hartung, ou des psychanalystes comme Freud ou Lacan. On pourrait dire que je me suis posé les questions : qu’est-ce que serait l’écriture si l’écriture était de la peinture, ou relevait d’une logique de l’Inconscient? qu’est-ce que serait ce texte si j’y introduisais Duras ou Reverdy ? qu’est-ce que serait l’écriture si j’en faisais une chose qui concerne les animaux ? Il ne s’agit pas de questions rhétoriques ou d’hypothèses abstraites. Je crois qu’effectivement l’écriture est de la peinture et de la musique, a à voir avec l’Inconscient, concerne directement les vies animales. Donc, dans le livre, j’ai multiplié les rencontres improbables, les relations a priori absurdes, les agencements incohérents. Pour la même raison, j’ai privilégié la répétition comme principe de composition et processus de production : les textes sont répétés et, à l’intérieur de chaque texte, des parties en sont également répétées. Mais la répétition n’est pas la reproduction du même puisque s’introduisent à chaque fois des déplacements, des altérations, des bifurcations. J’ai essayé de mettre en place un processus de variation par lequel le texte devient sans cesse autre chose, est un devenir qui implique l’autre et le mouvement, l’incohérence. D’ailleurs, pour pousser plus loin ce mouvement de répétition et de variation, j’ai par la suite repris la logique de ce livre que j’ai déplacée dans un autre texte mais qui est une fiction, pour composer une sorte de rencontre improbable, un agencement là encore entre hétérogènes. Le résultat est bizarre et, logiquement, aucun éditeur n’en a voulu…

Dans Ce texte et autres textes, ce sont la répétition et la variation qui engendrent le mouvement giratoire dont vous parlez, le mouvement lancinant qui devient plus important que la signification. Ce qui est apparu de manière plus claire pour moi que dans mes quelques livres précédents, c’est que le mouvement s’inscrit dans le texte comme sa limite constitutive : le langage tend vers une limite qui est un mouvement sans signification, mouvement qui constitue le texte lui-même, comme la limite ou l’autre du texte mais internes, dans le texte, constitutifs et producteurs du texte. Celui-ci n’est pas en relation avec autre chose que lui-même mais il devient cette relation à l’autre, indissociable d’un mouvement qui le détruit, l’abolit – l’idée d’une destruction immanente au texte, d’un écroulement du texte sur lui-même étant un des thèmes récurrents de ce livre.

Du coup, bien sûr, je trouve des résonances avec un livre récent d’Amandine André, intitulé justement De la destruction, qui pour son compte et selon ses moyens propres invente quelque chose qui rejoint cette logique et insiste sur l’importance du mouvement, sur la relation interne de l’écriture avec des mouvements asignifiants qui, chez Amandine, sont du corps, d’une dynamique désarticulante du corps. Ce qui est commun à nos deux livres est une tension de la langue vers la musique et le rythme comme surgissement et insistance de l’asignifiant, du bruit, du mouvement – surgissement et conservation que le texte produit lui-même. Produire du bruit, des mouvements sans signification, de l’incohérence, produire une vie de cette incohérence, c’est une drôle d’idée pour un texte, pour du langage – mais c’est, aujourd’hui, une idée qui me paraît intéressante pour la poésie, une idée de ce qu’elle pourrait être. Je pourrais aussi citer les textes d’A.C. Hello et les lectures étranges qu’elle en fait, lectures ou performances dont on voit bien qu’elles sont le surgissement d’un bruit, d’un chaos, l’événement d’une espèce d’animal qui dit le texte dans son langage animal, intensif, qui ne peut l’articuler qu’à la limite de la désarticulation, sur la limite de l’écrit et du cri. Et c’est déjà ce mouvement qui est présent dans ses textes eux-mêmes. Il y aurait d’autres auteurs encore à évoquer, mais ce serait peut-être un peu long…

En tout cas, je peux dire que c’est ce que je retiens d’abord de ce que vous évoquez lorsque vous qualifiez ce texte de « réflexif » : un texte qui revient sur lui-même mais pour s’ouvrir, se reprendre et devenir autre. J’ai essayé, par ce mouvement de retour et de reprise, d’altérer le texte plutôt que de le refermer sur lui-même puisque ce qui m’intéresse, c’est de produire des textes ouverts, en déséquilibre, qui existent selon une errance, une ignorance d’eux-mêmes, une obscurité qui est le contraire de l’hermétisme ou du texte savant. Il y a des poètes qui écrivent des textes poétiques supposés dire ce qu’est la poésie, ce qu’est ceci ou cela, ce qui donne le plus souvent des choses très plates, banales, assez chiantes en fait. Il me semble plus intéressant non de dire ce qu’est ou serait la poésie, mais de le faire : produire le mouvement plutôt que dire le mouvement, produire la poésie plutôt que dire la poésie.

Ceci rejoint une autre signification possible de votre question : est-ce que Ce texte et autres textes n’est pas aussi de la réflexion sur la poésie, en particulier par la mobilisation de telle ou telle référence ? Je ne pense pas. Ou alors tout dépend de ce que l’on entend par là. Il ne s’agit pas de tenir un discours sur la poésie, discours qui aurait une forme poétique mais dont le propos serait de fournir une sorte d’analyse ou de théorie de la poésie ou d’autre chose. Je ne pense pas que l’écriture poétique doive ou puisse être un prétexte pour autre chose qu’elle-même. S’il y a ces références, comme je l’ai dit, leur fonction est surtout d’ouvrir le texte, de le faire bifurquer. Evidemment, je n’ai pas choisi n’importe quels auteurs mais certains parmi ceux qui, pour plusieurs raisons, m’intéressent. Duras ou Mandelstam me plaisent, entre autres choses, car ce sont des auteurs qui écrivent sans graisse, comme du Bouchet ou Deleuze. Il s’agit d’être au plus près du mot, du rythme, de l’image, et de ce qui en même temps leur échappe et les déplace ailleurs. C’est une façon de dire que l’important est le texte, ce qu’il implique, son cadre et son propre dehors. Ces auteurs illustrent, pour moi, moins une certaine idée de la littérature qu’une certaine passion de la littérature. Je constate aussi que les auteurs ou artistes que j’utilise dans ce livre ont interrogé de manière radicale leur pratique : ce qu’ils font est pour eux inséparable d’une destruction et recréation incessantes du fondement même de ce qu’ils font. On voit bien ça chez Freud, Pollock, Lacan, Duras, etc. Même Reverdy, qu’on a un peu oublié, réfléchit à une conception radicale de l’image. Tout ceci pour dire que leurs œuvres respectives sont indissociables d’une insécurité, d’un risque toujours repris et approfondi qui est le risque du mouvement, de l’absence de sol stable. Les œuvres qui en résultent sont comme des monuments de ce mouvement, de cette instabilité, qui sont selon moi inhérents à l’écriture. Donc, oui, on pourrait dire que toutes ces œuvres sont emblématiques de ce qui m’attire dans la création. Mais ce n’est pas la même chose que de vouloir prendre la poésie comme prétexte pour écrire une thèse avec des notes de bas de page.

Ceci dit, je crois que la poésie parle d’elle-même, qu’elle est un discours sur elle-même – même si le terme de « discours » ici ne convient pas tout à fait. Un tableau, par exemple, dit ce qu’il est, montre ce qu’il est, et il le montre en tant que tableau, en lui-même, par les moyens de la peinture. Un livre de philosophie traite de telle ou telle chose mais dit en même temps ce qu’il est en tant que livre de philosophie, ce qu’est la philosophie telle qu’elle existe dans ce livre. Mais ce qu’il dit de lui-même, il ne le dit pas à partir d’un point de vue extérieur, il le dit de manière inhérente, immanente. La poésie dit ce qu’elle est mais elle le dit par la production effective du texte, du mouvement qui est le texte. Pour le dire autrement : le discours dont je parle, ce discours muet, est indissociable d’une performance, d’une auto-performance. Chaque texte poétique performe la poésie, se performe lui-même, performe la poésie qu’il est. C’est ce processus qui traverse Ce texte et autres textes : chaque texte est sa propre performance, dans le sens anglais du terme, to perform, comme le performatif chez Austin. Je crois qu’il y a dans cette logique une forme d’immanence matérialiste radicale. On peut alors dire que mon livre est aussi son propre objet, non dans le sens où il énoncerait sa propre théorie – quoique pourquoi pas ? –, et en tout cas pas dans le sens où il produirait une analyse critique de la littérature, de la poésie, ou des auteurs et artistes qu’il convoque. C’est un livre qui se performe lui-même et qui performe la poésie. C’est ce que je pense avoir essayé de faire : un livre au plus près de ce que je crois être la poésie, de ce qu’implique l’expérience de l’écriture poétique, ses dynamismes et processus, son errance fondamentale. J’ai essayé de ne pas parler sur la poésie mais de m’y enfoncer, m’y égarer autant que possible, concentré sur l’existence de ce mouvement, sur sa production, sa durée à travers tout le livre. Un de mes amis, le sculpteur Stéphane Gantelet, m’a dit qu’il avait aimé le livre car il y était complètement perdu. Je crois que c’est ce que l’on peut en dire de plus juste…

 

Emmanuèle Jawad. A partir de là, quels liens établiriez-vous entre le langage poétique et le langage théorique ? Quelles combinaisons possibles entre le poète et le critique ?

 

Jean-Philippe Cazier. J’insisterai sur le fait que la critique est de la création, c’est-à-dire qu’elle ne parle pas de ce qui lui serait extérieur pour en énoncer le sens ou émettre un jugement. La critique crée autant que la poésie ou la peinture, en tout cas c’est ainsi que je la comprends et qu’elle m’intéresse. Ce qui veut dire qu’elle a ses propres outils, qui ne sont pas ceux de la poésie. Par critique j’entends critique littéraire mais aussi critique dans le sens de pensée critique, philosophie critique, car dans ce que j’essaie de faire, les deux vont ensemble. Je retiens de ce que font Blanchot ou Deleuze que le discours critique n’est pas un discours surplombant, certainement pas un discours qui juge : c’est un discours qui se construit avec la littérature, avec cet autre qu’est l’écriture. La philosophie n’a pas à dire ce qu’est la poésie, ni à en livrer le sens : elle peut, et en un sens doit, travailler avec elle, produire des agencements, mais elle ne peut pas parler à la place de la poésie ni se confondre avec elle. L’inverse est également valable. Si la poésie peut avoir quelque chose à faire avec la philosophie, l’idée qu’elle pourrait lui être identique ne tient pas. Les deux sont deux hétérogènes qui peuvent s’agencer, et dans cet agencement les frontières et limites entre les deux ne peuvent que se transformer, devenir poreuses, flottantes, mais pas disparaître. Derrida a travaillé de manière importante sur ces questions, et Deleuze aussi, en particulier dans Qu’est-ce que la philosophie ?, écrit avec Guattari. Et ce qui se rejoint dans ce que Derrida et Deleuze en disent, et qui est en même temps différent, est que la littérature est une puissance de bifurcation pour la philosophie et, même s’ils théorisent beaucoup moins cet autre aspect, je crois que la philosophie est aussi une puissance de bifurcation pour la poésie.

Ce que je peux dire donc, sur cette question du rapport entre poésie et critique, c’est qu’il n’y pas d’identification possible de l’une avec l’autre mais qu’il y a des rapports possibles, agencements, des possibilités de co-errance pour reprendre ce terme, ou pour le dire avec Deleuze : des devenirs.

Il me semble alors que j’essaie de créer des agencements entre poésie et philosophie. Je ne suis pas du tout un critique littéraire, si on entend par là quelqu’un qui rend compte des parutions, qui émet un avis sur les livres, etc. Faire de la critique, pour moi, est d’abord un exercice de pensée, la rencontre d’un livre, d’une œuvre étant l’occasion, là encore, de bifurcations, d’une rencontre véritable. Il s’agit, à mon niveau, de suivre des lignes, de voir où elles conduisent, ce qu’elles dessinent, permettent de reconfigurer et d’inventer, et pas du tout de juger ou de favoriser la logique marchande, libérale, du livre et de l’édition. La critique est davantage un exercice de cartographie qu’une herméneutique ou une espèce de tribunal, et surtout pas une agence de pub. C’est à cette condition, je crois, qu’elle est créatrice : elle crée à partir de rencontres et crée elle-même des rencontres, des déplacements, des dérives de la pensée puisque les cartes qu’elle trace sont les cartes de dérives, d’errances, les tracés d’un égarement. Et il en est de même pour la poésie, l’écriture poétique. Comme il en est de même dans les rapports possibles de la poésie à la philosophie : celle-ci ne dit pas à la poésie ce qu’elle est ou devrait être, elle n’en révèle ni le sens ni la finalité mais elle permet des rencontres nouvelles.

Ce serait donc un point sur lequel, selon moi, la critique et la poésie peuvent se croiser et s’agencer. Pour mieux me faire comprendre, il faudrait peut-être poser la question de la finalité de tout cela. Je crois que la poésie, la philosophie, créent des mondes, ouvrent le monde, en déplient la multiplicité, créent cette multiplicité, créent sans cesse des points de vue pour multiplier le monde et les possibilités d’existence du monde et dans le monde. La notion de vérité ne m’intéresse pas beaucoup, ce qui m’intéresse, c’est la création et le multiple, le dépliement chaotique, pluriel et imprévisible, de la pensée et du monde. Pour moi, un texte m’intéresse moins par ses significations que par le monde qu’il construit et par les possibles du monde qu’il fait advenir et exister. Et les textes qui m’attirent le plus sont peut-être ceux où je repère le plus clairement ce processus, ce rapport du texte à lui-même et au monde. Lorsque je dis qu’un texte est en un sens son propre objet, je ne veux pas dire qu’il se referme sur lui-même, dans une espèce d’enfermement dans la langue, puisque au contraire le texte est en lui-même ouverture sur le monde, agencement avec le monde et par lequel le monde varie comme, en même temps, le texte varie en fonction de ses rapports au monde, ses rapports au chaos du monde. Le texte chaotise le monde et réciproquement. Et la poésie chaotise la philosophie et inversement. C’est de cette façon, à peu près, que je peux définir les rapports entre la poésie et la critique tels que je les comprends et que j’essaie de les expérimenter. On retrouverait ici votre première question sur l’articulation de ce que je fais, et cette articulation générale se situerait peut-être à ce niveau : construire un chaos du monde à partir d’un rapport entre poésie et philosophie. C’est aussi pour cette raison qu’il y a de la philosophie dans mes textes poétiques et que la critique telle que je la conçois implique un rapport entre littérature et philosophie. Mon premier livre, Voix sans voix, qui est un texte poétique, a d’ailleurs été publié chez Sils Maria, qui est une maison d’édition qui publie de la philosophie. Au fond, peut-être que ce qui m’intéresse ce n’est pas d’être poète ou philosophe, et sans doute que je ne suis ni l’un ni l’autre : j’essaie d’exister entre les deux, là où les deux s’agencent, dans une sorte de zone hybride un peu monstrueuse.

 

Emmanuèle Jawad. Dans ce rapport du texte avec le monde, vos affinités avec un texte qui construise le monde  et qui vous intéresse «  par les possibles du monde qu’il fait advenir et exister », y a-t-il une place faite à une forme d’engagement que l’on retrouverait à la fois dans le texte de création et la critique ? Pour le dire autrement, la pratique de l’écriture et le travail critique défendent-ils quelque chose ? Auraient-ils en commun une forme d’engagement, d’ordre esthétique, intellectuel, politique, etc.?

 

Jean-Philippe Cazier. Plutôt que d’engagement, je préfèrerais parler d’affirmation. La notion d’engagement, en raison de son contenu historique et de ses implications logiques, ne paraît plus pertinente, en tout cas si on la rattache à l’engagement des intellectuels tel que Sartre l’entendait. La critique de cette position a été faite, par exemple, par Foucault, je crois que ce n’est pas la peine d’y revenir. On a compris que l’idée selon laquelle l’intellectuel devrait s’engager relève, d’une part, d’une sorte de mauvaise conscience qui m’est un peu étrangère, d’autre part de présupposés qui renvoient à la vieille idée de l’intellectuel qui éclaire le peuple, de la raison qui guide l’ignorant et l’écervelé – tout ceci étant politiquement et philosophiquement très douteux. Ce qui m’intéresse dans l’engagement, c’est lorsqu’il implique une affirmation du monde, c’est-à-dire une bifurcation du monde, d’autres possibles encore incalculables du monde. Lorsque j’écris une critique sur le dernier livre de Rada Iveković, c’est évidemment un choix politique, c’est en un certain sens un engagement : les migrants font irruption dans le monde et l’entraînent dans leur sillage, mettant au jour la pourriture de la politique européenne et déplaçant l’Europe vers un autre visage d’elle-même qu’elle pourrait être. Mais c’est la même chose lorsque j’écris une critique sur Safe, une fiction de Lucie Taieb : surgit dans la pensée et dans le monde une logique du rêve qui les redistribue complètement, avec les implications éthiques et politiques de cette redistribution. Avec Liliane Giraudon, Amandine André et Frank Smith, nous avons écrit un texte dont le titre est « C’est comme une guerre », qui a d’abord été publié dans la presse puis repris par Alain Jugnon dans un livre collectif intitulé Redrum. C’est un texte que nous avons écrit il y a deux ou trois ans, au moment où tous les réactionnaires s’en donnaient à cœur joie contre l’égalité des droits, contre l’avortement, contre les gender studies, contre la possibilité de sexualités non assignées, etc. Cette situation, la jouissance que ces connards éprouvaient à s’exhiber partout, nous étaient insupportables. Nous n’avons pas fait un texte pour démonter leurs propos, ce qui est somme toute très facile, nous avons écrit un texte affirmatif : nous affirmons nos corps, nous affirmons les sexualités, nous affirmons nos propres jouissances et nos propres désirs, nous affirmons les mille sexes et les mille bouches de chaque femme et de chaque homme. C’est-à-dire : nous affirmons le monde et la vie du monde, les différences immanentes du monde, les innombrables bifurcations qui le constituent et toutes celles qui peuvent advenir. Faire ça, c’est faire de la politique. Deleuze appelait de nouvelles façons de croire au monde, c’est-à-dire de nouvelles façons d’affirmer le monde, de dire oui à l’hétérogenèse infinie qu’il implique. C’est ce mouvement affirmatif, politique, que l’on trouve de manière très évidente chez un écrivain comme Alban Lefranc. Ou bien, de différentes manières, chez Oliver Rohe ou Mathieu Larnaudie, ou Arno Bertina. Chez Claro, cette affirmation est le centre de ses livres, leur sujet même. Ce sont des auteurs au sujet desquels j’écris quasi systématiquement. C’est aussi quelque chose comme ça que l’on retrouve avec Nuit Debout, l’affirmation d’une nouvelle forme de communauté, d’une nouvelle façon de produire du commun par l’agencement d’une foule qui n’a rien de commun, d’une nouvelle façon d’investir l’espace de la ville, de faire de la politique ici et maintenant, de produire du discours, une nouvelle façon de ne pas réclamer le pouvoir et de ne pas se compromettre avec l’Etat ou les syndicats ou les partis. Une nouvelle façon de ne pas s’opposer mais de faire advenir la vie. C’est cette dimension qui m’intéresse dans le politique et qui appelle une forme d’engagement qui n’est pas du tout le seul fait de l’intellectuel ou de l’esprit éclairé.

Si je reviens à votre question, ce qui me dérange aussi avec l’idée habituelle de l’engagement de l’écrivain, c’est qu’il s’agit justement de l’engagement de l’écrivain et pas d’un engagement de l’écriture. Dans ce cas, c’est la personne de l’écrivain qui s’engage et l’écriture n’est qu’un moyen de cet engagement : la dimension politique, ici, est ajoutée de l’extérieur à l’écriture et ne lui appartient pas en propre. L’écrivain engagé pourrait écrire des livres de cuisine, ce serait pareil.

Or, il me semble que l’écriture est en elle-même politique. D’abord dans le sens où elle ne peut être qu’un agencement avec des minorités, avec du mineur, ce que Deleuze et Guattari ont théorisé dans leur livre sur Kafka. Ils ont fait de Kafka un écrivain politique et pas tellement car il aurait dénoncé à l’avance les institutions staliniennes mais dans le sens où son écriture est un agencement avec ce qui ne correspond pas à la majorité, à un modèle établi, fixe, dominant. Kafka écrit avec des animaux, avec des souris, avec une taupe, avec des puissances inaperçues du corps, avec des minorités linguistiques qui font fuir le monde, ses significations, sa logique et en affirment d’autres possibles. Ce n’est pas non plus un hasard si ces minorités sont socialement et institutionnellement dominées, soumises à de la violence : violence totale contre les vies animales, violence contre tel groupe culturel ou « ethnique », etc. On peut constater la même logique chez un écrivain tout aussi incroyable que Kafka et qui est Jean Genet, lorsqu’il écrit avec les Palestiniens, avec les Black Panthers, avec les voleurs et les putes, avec leur monde, leur logique, leur langage. Il ne se contente pas de dire : « les Palestiniens sont opprimés par l’Etat israélien », ce qu’ils sont effectivement, mais il va chercher avec eux une autre logique des corps, une autre logique du rêve, de la langue, du désir, une autre logique du monde qui le fait fuir de tous côtés et en fait naître une autre carte. Son écriture devient en elle-même ce rapport, inséparable de ce que Deleuze nomme un devenir-révolutionnaire par lequel le monde s’affecte d’un automouvement qui le déplace irrémédiablement. Pour moi, c’est le mouvement le plus radical et le plus beau de l’art, qui affecte le plus fortement, qui tétanise et exalte en même temps, et qui à chaque fois m’émeut profondément. Pour donner un dernier exemple, on voit bien comment tout ceci constitue un livre particulièrement beau comme Katrina de Frank Smith, avec les Indiens de Louisiane, leur parler franco-anglais qui fait fuir le modèle majoritaire du français et de l’anglais, leur rapport au capitalisme qui les détruit, leur rapport aux forces de la nature, au temps, à l’histoire. Tout fout le camp dans ce livre et invente de nouvelles directions de tout. Je pourrais aussi parler du rapport à l’Afrique chez Arno Bertina, de ce qu’il fait avec un passager des frontières comme Johnny Cash, ou de la logique de la rencontre et du choc chez Claro. Ou encore de l’instabilité et des devenirs chez Liliane Giraudon et son écriture si particulière, du rapport de cette écriture à ce qu’il y a de mineur dans le corps des femmes, etc. Ce sont des choses qui m’intéressent beaucoup. Ce qu’il y a de commun à tous ces exemples, à tous ces écrivains, c’est que l’on retrouve dans ce qu’ils font ce qu’est selon moi l’écriture en elle-même, la poésie en elle-même et qui bien sûr ne renvoie pas à un genre littéraire. L’écriture y est pratiquée comme un agencement avec le monde et avec ce qui, dans le monde, le déterritorialise, permet d’affirmer sa puissance de bifurcation, sa puissance d’invention, qui se traduit bien sûr dans le traitement même de la langue, dans ses résonances dans la pensée. Encore une fois, je n’invente rien en disant cela, Deleuze et Guattari l’ont parfaitement dit à travers leur concept de « littérature mineure ». Et de fait, si l’écriture n’est pas mineure, si elle ne recherche pas des alliances avec les animaux, avec ce qui échappe au majoritaire, si elle n’est pas en ce sens politique, je ne vois pas bien quel en serait l’intérêt.

Je crois que l’on arrive alors à un deuxième sens dans lequel l’écriture est en elle-même politique. Elle l’est en tant que négation de tout modèle, de tout fondement donné, de tout sol fixe. Elle l’est en affirmant l’incohérence, la déterritorialisation sans fin. Elle l’est comme affirmation pure de l’autre. Jean-Luc Nancy rapproche l’écriture du cri, l’écrit et le cri. Je crois que c’est vrai, qu’il n’y a pas d’écriture si l’écrit n’est pas un cri, ce qui veut dire : si l’écrit n’est pas pris dans un devenir avec ce qui le détruit, l’inarticulé et le silence, avec d’autres zones de la langue et de ce qui peut l’habiter d’étrange et de non identifié. Comme je l’ai indiqué auparavant, ce rapport est l’objet de ce que fait A.C. Hello dans ses performances, mais déjà dans un livre comme Naissance de la gueule où il y a un rapport singulier à l’animal – puisque la gueule c’est la bouche envahie par l’animal –, où il y a des brouillages incessants de la langue et du monde, des territoires du rêve et du réel, des devenirs sans cesse repris du corps et de la pensée. Il me semble que c’est quelque chose comme ça que Derrida a repéré lorsqu’il définit l’écriture par la différance ou la dissémination, et que Deleuze et Guattari ont transformé dans le concept de « littérature mineure ». Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ne définissent pas l’écriture ainsi sans montrer en quoi ce mouvement qu’est l’écriture implique en lui-même un mouvement du monde et de la pensée. L’écriture en elle-même est rapportée à autre chose qu’elle-même qui participe de ce qu’elle est, qui agit sur elle comme elle agit sur lui. Un rapport radical à l’autre dans lequel l’autre est le centre. Bien sûr, cette puissance chaotique de l’écriture ne va pas sans création mais une création en déséquilibre, toujours ouverte sur un ailleurs et autrement. L’écriture ne produit pas d’ordre, une réconciliation apaisée des choses, une sérénité de l’esprit, mais toujours elle chaotise. L’écriture est par définition non réconciliée et résistance. Ce serait aussi en ce sens qu’elle est radicalement politique, politique et donc éthique, impliquant une forme de délire qui accompagne toute politique. Et l’on pourrait dire que c’est précisément ici que l’écriture croise la critique comme déstabilisation de l’établi, comme mise en crise, qu’elle rejoint le processus de la critique pris en lui-même, à la racine, lorsque la critique devient cri et donc écriture, pour reprendre là encore une série suggérée par Jean-Luc Nancy.

Tout ce que je raconte là ne vaut, évidemment, qu’à condition de redéfinir le politique. Mais ce sera pour une autre fois…

5 mai 2016

[Chronique] Amandine André, ou la Mal-langue de chien (sur De la destruction)

Ce recueil qui ne manque pas de chien regroupe huit textes publiés entre 2012 et 2015 : "Cercle des chiens", "Immonde et maudite", "Imprécations, premier mouvement", « Imprécations, second mouvement’ », "Les Pourpleurer", "Die Nacht ist noch zu wenig Nacht", "Hors d’elle-toutes," et "De la destruction".

Amandine André, De la destruction, préface de Michel Surya, Al dante, février 2016, 112 pages, 13 €, ISBN : 978-2-84761-732-0. [Écouter un extrait]

"J’écris pour qui entrant dans mon livre,
y tomberait comme dans un trou, n’en sortirait plus" (Bataille, cité par M. Surya).

"Car de moi et de mon mal mortel je tire
la langue mauvaise et viciée" (De la destruction, p. 35).

"Le monde a autant de seuils que lang’&pensée génère" (106-07).

 

De la destruction, donc. De la Belle-Poésie, avec figures et enluminures. De la Belle-Langue, avec mots lisses et idées sans malice. Du "grand chant" (92).

Écrire, c’est détruire l’appartenance : à soi, à son corps, au monde comme à la langue. Ecrire, c’est avoir "tête dans la gueule du mot" (p. 22). La tête, ce lieu non dialectique où se neutralisent l’en-chien et le hors-chien, le sens et le non-sens. Les Agencements Répétitifs Littéralistes ("Chien ordonne la rémission de la métaphore") d’Amandine André (ARL) font se télescoper les signifiés : la langue sait se faire archaïque pour dire le combat entre chien et non-chien.

Écrire, c’est pour Amandine André explorer son devenir-chien, son devenir-rat, son devenir-mouche. C’est libérer les rats.

Écrire, c’est pour celle qui est "pétrie d’une chair outragée et humiliée faite de la nuit des temps anciens" (44) donner corps à ses visions, faire corps avec les dominés et les persécutés : Jeanne de Brigue, dite la Cordelière, brûlée vive sur le bûcher pour sorcellerie, à Paris le 19 août 1391 ; Lucilio Vanini, philosophe et naturaliste exécuté le 9 février 1619 à Toulouse ; Bobby Sands, membre de l’IRA mort au 66e jour de sa grève de la faim le 5 mai 1981 ; Zyed et Bouna, morts par électrocution le 25 octobre 2005 pour avoir voulu échapper à un contrôle d’identité…

Écrire, c’est pour Amandine André écrire avec son chien. "Des mots puissants. Propres à détruire tous mots qui s’opposent au mot qui s’opposent à sa puissance" (14). C’est avec son chien qu’elle creuse le trou qu’évoque Bataille.

4 février 2016

[News] Libr-événements

Trois RV importants dans les deux semaines : avec Eugène Savitzkaya à Bruxelles ce samedi, où se déroulera également un Cabaret DADA – mais à Paris -, et avec Amandine André, dont est présenté le dernier livre, fascinant De la destruction.

 

â–º Samedi 6 février 2016, lecture-performance d’EUGÈNE SAVITZKAYA : « Le long journal intime des dames / et des demoiselles… » (de mars 1865 à janvier 2012).
Quatre lectures du poème, à 15h, 16h, 17h et 18h précises.
Aux cimaises blanches de la Galerie Didier Devillez, une seule œuvre : le manuscrit (91 x 66 cm) posé sur châssis du « Long journal intime des dames et des demoiselles… »

GALERIE DIDIER DEVILLEZ – 53 rue Emmanuel Van Driessche – 1050 Bruxelles (Belgique)

 

â–º CABARET DADA, Session performative pour artistes et poètes. Célébration du centenaire de l’ouverture du Cabaret Voltaire (Zurich, 6 février 1916). Samedi 6 février 2016, 15 heures – entrée libre Halle Saint Pierre (Paris )– auditorium : réservation conseillée : 01 42 58 72 89.

 â–º Vendredi 19 février 2016, 21H30 au Connétable (55 rue des Archives 75003 Paris) : lecture-rencontre avec Amandine André pour De la Destruction.

♦ Amandine André, De la destruction, préface de Michel Surya, Al dante, février 2016, 112 pages, 13 €, ISBN : 978-2-84761-732-0.

"J’écris pour qui entrant dans mon livre,
y tomberait comme dans un trou, n’en sortirait plus" (Bataille, cité par M. Surya).

Ecrire, c’est détruire l’appartenance : à soi, à son corps, au monde comme à la langue. Ecrire, c’est avoir "tête dans la gueule du mot" (p. 22). La tête, ce lieu non dialectique où se neutralisent l’en-chien et le hors-chien, le sens et le non-sens. Les Agencements Répétitifs Littéralistes ("Chien ordonne la rémission de la métaphore") d’Amandine André (ARL) font se télescoper les signifiés : la langue sait se faire archaïque pour dire le combat entre chien et non-chien.

Ecrire, c’est pour Amandine André écrire avec son chien. "Des mots puissants. Propres à détruire tous mots qui s’opposent au mot qui s’opposent à sa puissance" (14). C’est avec son chien qu’elle creuse le trou qu’évoque Bataille. /Fabrice Thumerel/

17 janvier 2016

[News] News du dimanche

Vos RV de la semaine : rencontre à l’ENSA avec Torlini, Vazquez, Manon et Savitzkaya ; avec Blaine à Lyon ; pour la présentation du dernier numéro de Nioques à la Librairie Tschann (Paris).

 

â–º CHANTIER(S) POETIQUE(S). Rencontre avec Yannick Torlini, Laura Vazquez, Christophe Manon et Eugène Savitzkaya : jeudi 21 janvier à 18h30 à l’ENSA de Bourges.

Ciclic, sur une proposition des éditions Al Dante, invite 5 jeunes poètes à partager leurs travaux et questionnements littéraires, au sein de son Labo de création. Entre novembre 2015 et avril 2016, ils investissent le site livre de Ciclic, pour y déployer leur espace de création et de réflexion.

4 (+ 1) rendez-vous publics, en partenariat avec la médiathèque et l’Ensa, viennent jalonner ce chantier, où chaque poète invite un auteur "aîné". Pour la deuxième soirée, jeudi 21 janvier 2016, Yannick Torlini et Laura Vazquez invitent Christophe Manon et Eugène Savitzkaya, pour un temps de lectures et d’échanges.

Une présentation des auteurs et de la rencontre, par Laurent Cauwet : Lettre 3# – Ouvrir à la parole, au corps de la parole 

Cette soirée en deux parties, qui s’inscrit dans le projet de l’Ensa En lisant en écrivant, prendra tout d’abord la forme d’une interview de Yannick Torlini et Laura Vazquez, en public et en direct sur RadioRadio. Yannick et Laura liront des extraits de leurs œuvres et répondront aux questions des étudiants.

Dans un second temps, ces derniers présenteront leurs invités.
Laura Vazquez a choisi de convier l’écrivain belge Eugène Savitzkaya, dont l’œuvre, parmi les plus importantes aujourd’hui, compte plus de quarante ouvrages, publiés aux éditions de Minuit et chez de nombreux éditeurs indépendants. Il a fait paraître cette année deux livres, l’un de poésie A la cyprine, l’autre romanesque (et assurément l’un des livres qui ont marqué l’année 2015), Fraudeur.
Yannick Torlini invite Christophe Manon. Auteur d’une œuvre poétique parue chez des éditeurs tels que Nous, Le Dernier Télégramme ou Léo Scheer, il a publié aux éditions verdier, en septembre 2015 le très remarqué Extrêmes et lumineux, un roman récompensé par le prix Révélation de la SGDL.

â–º Jeudi 21 janvier à 19H, Le Bal des Ardents à Lyon (17, rue Neuve) : rencontre avec Julien BLAINE, première d’une série consacrée aux revues.

â–º Jeudi 21 janvier 2016 à 19h30, Librarie Tschann : Présentation du Nioques n°15 et lectures/conférence. Avec Amandine André, Philippe Blaizot, Stéphanie Eligert, Jean-Marie Gleize, Julieta Hanono, Virginie Lalucq & Elodie Petit (et Benoît Toqué).

Au sommaire de ce numéro : Caroline Zekri, Nicolas Tardy, Frank Smith, Sacha Niemand, Stéphanie Éligert, Noémie Lothe, Hubert Renard, Claire Guezengar, Guillaume Basquin, Philippe Blaizeau, Franck Fontaine, Elodie Petit, Julieta Hanono, Reinhard Priessnitz traduit par Christian Prigent, Meda Ruian, Bruno Fern, Justin Delareux, Mathias Richard, Marina Bellefaye, Amandine André et Dominique Quélen.

Older Posts »

Powered by WordPress