BIBLIOTHÈQUE MARGUERITE AUDOUX
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Comme l’écrit Franck Villain dans un article, parmi les topiques présents dans l’écriture d’Emaz, il y a « le corps dans sa fatigue, la solitude, le temps qui s’écoule et nous consomme, les brèves poches d’air et les brusques angoisses suscitées par l’étroitesse du vivre ».
Cette angoisse que fait parler inlassablement Emaz, parce que c’est inlassablement qu’elle paraît, est très proche du sentiment de nausée qui touche chacun de nous et que Sartre a su formuler avec distance : « Ce moment fut extraordinaire. J’étais là , immobile et glacé, plongé dans une extase horrible. Mais, au sein même de cette extase quelque chose de neuf venait d’apparaître ; je comprenais la nausée, je la possédais. Exister, c’est être là , simplement ; les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire. ». Encore la nausée émazienne est-elle plus accentuée que la nausée sartrienne. Car si les « existants […] se laissent [encore] rencontrer » chez Sartre, chez Emaz, chaque être est enfermé « dans son îlot d’être » (Sauf).
Et la solitude ne peut être vécue comme un épanouissement, car l’indéfinissable « îlot » en quoi chaque être se trouve reclus, grignoté de toutes parts par les flots de l’adversité du monde, ne peut être suffisant en lui-même. Pourquoi ? Tout simplement parce que cet « îlot » manque
cruellement de réalité. Bien sûr, l’« îlot » présente une réalité qui concerne en propre un être (et n’a de sens et de réalité que par rapport à cet être et cet être seulement, étant contenue en lui). Mais cette réalité fait défaut à l’être concerné par elle, étant donné qu’il est impossible à ce dernier de se connaître lui-même. Chaque fois qu’il le souhaite, ou qu’il le veut ardemment, il ne fait que se heurter à son moi comme à une terra incognita. Emaz note par exemple dans Boue : « l’important n’est pas d’être là / on le saurait / mais d’être encore pourtant / là / sans être sûr ». Et si l’angoisse de Sartre est une angoisse existentielle, l’angoisse d’Emaz vient entièrement du ventre : elle est purement physique. Emaz écrit par exemple dans une note : « Spasme. Ventre noué par une peur […] ». Décharge d’adrénaline et de nodrénaline donnant lieu à une véritable nausée, l’angoisse émazienne est la résultante en l’être de ce qui « jour à jour / [le] broie ». Et elle est la résultante en l’être de son enfermement dans ce qui le broie, car l’homme ne peut choisir, dans « ça » qui le broie, « l’une ou l’autre mâchoire ». À cette angoisse violente mais non continue, il faut ajouter, dans l’œuvre d’Emaz, la persistance d’un sentiment d’abattement diffus, qui peut être nommé « [m]élancolie », ou « spleen », et qui n’a pas « de point de départ visible. C’est brusquement et sans raison sentir le vide de vivre, creuser la mort dans vivre » (Lichen, lichen).
Et si, livre après livre, il s’agit tant de « creuser la mort dans vivre », c’est parce qu’elle est consubstantiellement et visiblement part de la vie, les visages des disparus venant littéralement et viscéralement hanter Emaz. « Les têtes qui me hantent », confie-t-il à Thierry Guichard, « je me demande si ça ne vient pas des libations antiques où l’on versait du vin dans la terre pour faire remonter l’âme des morts. Il y a une présence des morts très forte chez moi. Ce n’est pas forcément marrant. Il y a certaines personnes qu’on n’a pas envie de voir revenir. ». La nausée vient de là aussi. Et Emaz d’écrire dans Lichen, lichen : « Les morts s’éloignent et restent : ils sont comme les arbres, on ne les voit plus que de temps en temps, mais ils prennent toute leur place, grandissent, se développent, avec une discrétion que les vivants devraient leur envier. ». Le sentiment de nausée est incessamment restitué par Emaz dans le poème jusque dans l’utilisation qu’il fait des blancs. Bien sûr, le blanc, omniprésent dans la poésie d’Emaz, est une façon de faire exister le mot dans sa musicalité, de le laisser résonner dans l’espace nu de la page. Mais, parce qu’il dévore véritablement la page, le blanc est également une matérialisation de l’angoisse, du vide, de la perte, mais aussi de l’ennui. D’aucuns, comme Philippe Grosos, ont conclu que la présence diffuse ou percussive de la nausée dans le poème émazien était la marque d’un nihilisme sous-jacent. En réalité, rien n’est moins vrai.
Bien évidemment, pour Emaz, comme du reste pour Reverdy, « c’est l’impression d’échec qui domine nettement » (Pierre Reverdy, étude des recueils de notes). Dénudant la chair de son pessimisme face à Tristan Hordé, Emaz murmure : « [T]rès profondément il y a une impossibilité de vivre ou de se réaliser pleinement qui est fondamentale chez moi. On ne réalisera jamais tout ce qui était à faire, on mourra avant d’avoir fait tout ce que l’on pouvait faire. J’ai une conscience très forte de cela. ». Mais, – et c’est là notamment que son œuvre n’est en rien le fruit du nihilisme
galopant qui gangrène nos sociétés et, à des degrés divers, toutes les strates de la culture –, « en même temps » reste « fortement l’idée qu’il faut se tenir en face, résister, ne pas se laisser tomber, écraser ». Le poème devient la marque de cette résistance incessamment répétée, au cœur même de l’existence, face à la vie et à son lot de tracas, plus ou moins épineux, face au désordre, face au fracas, face aux conflits, puisqu’il est l’empreinte de la marche d’un homme dans la vie, n’en finissant jamais de faire face, même quand l’angoisse étreint tout : il est cette façon qu’a un homme de tirer des mots du noir le moins habité par le tressaillement des nuances. Un exemple ? « [O]n va […] dans la nuit / jusqu’à ce plus rien de bleu / qui doucement se ferme / on devient pan de nuit / dans les ardoises du ciel // et tout le reste demeure sans nous / on ne sait pas où / ça brille encore » (Sauf). Et si écrire c’est tenir, parce que l’écriture d’Emaz a les deux pieds dans la vie, dans le plus quotidien de la vie, écrire, c’est rester debout dans ce quotidien, par-delà même ses cahotements, ses brusques changements de direction, son tremblement, son vide. Ainsi qu’il le dit à Pierre Grouix et Yannick Mercoyrol, le poème, c’est « [r]eprendre prise sur soi, sur le dehors, autant que faire se peut. Une morale simple, au fond : rester debout ». Mais ne nous y trompons pas : « il faut toute l’énergie / pour simplement rester / ainsi / debout / entre ciel et terre / sans air » (Sauf).
Et, dans le même temps, le poème est résistance lui-même, parce qu’il ne va pas de soi : il est difficile et lente éclosion. S’il ne va pas de soi, c’est en premier lieu parce qu’écrire un poème qui puisse tenir debout sur la page est en soi difficile. « La poésie, c’est d’abord une pratique » : « [i]l y a des choses qui arrivent sur la page et après je regarde si ça tient ou ne tient pas », dit Emaz à Thierry Guichard. Et en
second lieu, c’est parce que tout poème, même lorsque la question de sa valeur ne se pose pas, doit, dans son irruption, gagner peu à peu sa place sur le silence, sur le muet. Sur ce qui est étouffé. Et pour cela, le poème doit lutter. Sans discontinuer. Emaz confesse ainsi à Monique Gallarotti-Crivelli : « Je crois que l’écriture est toujours au bord du silence. Elle est toujours au bord de s’arrêter. Ce n’est jamais gagné, un poème. Tenir, oui, ça me semble essentiel. C’est manifester qu’on est encore vivant avec la langue et le dire dans cette société. Dire qu’il y a d’autres espaces possibles et les maintenir. J’aime le verbe “ tenir †puisque la vie te caillasse plus qu’elle ne t’apporte de belles choses. Alors, écrire comme une forme de maintien. Tenir et se tenir, les deux ! ». Il ajoute face à Tristan Hordé : « Se tenir debout est une nécessité, ancrée en moi […] ». Et il note dans Cambouis : « Dans l’édition Points-Poésie de Renverse du souffle de Celan, je tombe sur ce vers : “ Tenir-debout-pour-personne-et-pour-rien †[…] Brutalité du choc ». Tenir, faire face, résister, rester debout, se redresser… Cette dimension est fondamentale dans l’œuvre et dans la vie d’Emaz. Lorsque celui-ci rend hommage à André du Bouchet dans les pages d’Europe, c’est ainsi pour évoquer avec chaleur la « leçon magnifique d’énergie poétique, de marcher-écrire malgré » que sont ses carnets. Et d’ajouter : « Après des années, ce qui demeure pour moi fascinant dans cette œuvre, et fait que je continue de me sentir proche et en dette vis-à -vis d’elle, c’est l’énergie du négatif : transformer ce qui abat en ce qui permet d’avancer : irrémédiable Baudelaire, “ tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or †».
En outre, si les poèmes et les notes d’Emaz peuvent être parfois (très) sombres, ce n’est jamais par complaisance, c’est uniquement parce qu’écrire demeure toujours un exercice de lucidité. Il s’agit irrémédiablement de « voir vrai », comme le dit Emaz à Thierry Guichard. Il y a en
cela une grande proximité entre Du Bouchet et Emaz, celui-ci évoquant de la façon suivante l’« [é]nergie du négatif » propre à l’auteur de Laisses : « jamais cap au pire, mais conscience aiguë, extraordinairement lucide […] ». Cet « exercice de lucidité » avec lequel écrire se confond tout à fait est cela même pour quoi Emaz a « toujours refusé le nihilisme » (nous soulignons), comme il l’apprend à Tristan Hordé. « Il faut lutter plutôt qu’empirer », ajoute-t-il aussitôt. « Par la lucidité, je rejoins Reverdy et, encore, les moralistes du XVIIe siècle : pas de faux-semblant. C’est comme ça, C’est. » Si dire ce qui est combat autant le nihilisme, c’est parce que dire ce qui est demeure l’inverse d’un abandon, d’une défaite acceptée, d’une résignation. Postures avec lesquelles se confond, à bien des égards, le nihilisme. Ainsi, Emaz confie à Pierre Grouix et Yannick Mercoyrol : « Accepter l’écrasement, en finir, se taire paraît souvent la solution la plus facile pour “ en †sortir. Mais il y a, assez viscéralement, un refus, une résistance : j’aime bien la phrase de Char, “ Je n’écrirai pas de poème d’acquiescement. †Ce monde est sale de bêtise, d’injustice et de violence ; à mon avis, le poète ne doit pas répondre par une salve de rêves ou un enchantement de langue ; il n’y a pas à oublier, fuir ou se divertir. Il faut être avec ceux qui se taisent ou qui sont réduits au silence. J’écris donc à partir de ce qui reste vivant dans la défaite et le futur comme fermé. ». C’est pour cette raison qu’est présente dans sa poésie, ainsi qu’il le rappelle devant Tristan Hordé, « toute une série d’images [qui] disent l’obstacle ou la destruction ». « En ce sens », ajoute Emaz, « on pourrait dire que ma poésie est très négative. Il y a bien cette idée que tout est train de se défaire, tout s’éparpille. Je ne sais pas à quoi ça tient, mais c’est en effet obsessionnel. Il y a sûrement à travers l’image quelque chose qui dirait la limite de vivre, le fait qu’il n’y a pas de
plénitude possible de vivre, on est toujours dans l’étroit, dans l’exigu, dans ce qui se défait. Finalement, il ne restera rien, c’est sûr… Mais j’aime mieux le savoir, être lucide qu’aveugle… Cela donne une poésie assez sombre, on ne peut pas le nier. ». Et, quand bien même la vision du monde d’Emaz reste sombre, parce qu’intensément lucide, celui-ci croit et en l’unicité de l’être et en l’unité de la vie. Il écrit ainsi dans Cambouis : « Mourir, c’est simplement la fin de ce noyau particulier à chaque être. Pas forcément une chance, un “ règne †pour reprendre le mot de Char, mais simplement un coup de dés unique dans toute l’humanité. C’est peut-être ce qui interdit le nihilisme, même si l’époque ne peut que générer un pessimisme lucide. ». Et s’il existe une unité possible de la vie, celle-ci l’est « [à ] un moment précis », c’est-à -dire au moment de l’irruption du poème, « moment où les butées, les repères habituels, tout le cadre se refait et [où Émaz] retrouve le quotidien normal », comme il le confie dans une note, juste avant de conclure : « L’expérience de la survenue du poème est peut-être vécue comme celle de l’unité possible d’une vie. ».
Et si le pessimisme d’Emaz est lucidité, la conséquence en est qu’il n’est pas recouvert par l’inexactitude – parce que changeant – de la tristesse. Un exemple ? Dans Lichen, encore : « Vieillir, c’est faire de la terre à l’intérieur du corps. Mourir, c’est simplement la peau qui cède et la terre dedans rejoint celle du dehors. Aucune tristesse dans cette façon
de voir. ». Ou encore, cette fois face à Tristan Hordé : « Finalement, on vient de rien et l’on va vers rien – mais allons-y tranquillement, avec le sourire et en gênant le moins possible les autres » (nous soulignons). Aussi, on le voit, si la poésie d’Emaz est « lucidement sombre », ainsi qu’il le reconnaît face à Monique Gallarotti-Crivelli, elle n’est « pas désespérée », loin s’en faut. Et il ajoute dans Lichen, lichen : « Je trouve cela réjouissant, un pessimisme qui ne manque pas d’humour ». Les jeux de mots auxquels Emaz donne souvent vie dans son travail témoignent de la persistance jamais agressive de cet humour. Remarquons que si cet auteur fait une place relativement importante à l’humour, c’est certes pour tenir davantage, pour rester avec plus d’aplomb debout, mais c’est également parce que l’humour est sens apporté au sens. Il est cette façon très particulière qu’a le regard de s’aiguiser. En débarrassant le regard des scories du désespoir et de l’habitude, l’humour fait apparaître des évidences, comme celle-ci, notée hâtivement dans un carnet : « S’il n’y a pas d’issue, explorons la cage. Elle deviendra plus vaste. ».
Bien sûr, le mur, si présent, pourrait renvoyer au nihilisme. Il est l’obstacle. Il interdit le passage. En cela, Emaz est proche
d’André du Bouchet qui écrit notamment Dans la chaleur vacante : « Ce qui est tangible et noir entre les deux fenêtres, / comme le mur où j’ai fini ». Mais il faut, chez Du Bouchet comme chez Emaz, parvenir à passer outre. C’est en cela que la présence du mur ne répond pas à une présence en ces auteurs du nihilisme. Ainsi, Du Bouchet ajoute aussitôt après : « Tout flambe, tout recommence au-delà ». Mais est-il seulement possible d’atteindre cet au-delà du mur ? Rien n’est moins sûr. Alors, reste la possibilité de se situer au-dessus de lui, ce qui est déjà en soi un dépassement, et ce par l’écriture. Parlant du mur, on ne va pas outre cette présence, mais on la surplombe. On parvient à s’en détacher légèrement, en ne la subissant pas de plein fouet. On s’écarte du mur, mettant entre soi et lui une distance. C’est ainsi qu’il faut comprendre le vers suivant de Du Bouchet, présent dans le même recueil : « Au début de la poitrine froide et blanche où ma phrase / se place, / au-dessus du mur, dans la lumière sauvage ». Et Emaz de confier à la suite de Du Bouchet, au cours d’un entretien : « Alors écrire […] ? Cela ne résout rien, ne guérit pas ; je vois cela plutôt comme une mise à plat, une façon d’y voir un peu plus clair, de respirer un peu mieux. Une sorte de prise d’écart, de distance : je ne suis plus muet, j’essaie de dire pour moi et l’autre ce qui, d’habitude, nous fait taire. ». Ainsi, si le mur interdit le passage, il est en lui-même aussi, et ontologiquement, promesse de dépassement. Puisqu’il est obstacle, il appelle les gestes par quoi il se trouvera être vaincu en tant qu’obstacle. Il est expérience éprouvée douloureusement, écharde sous la peau, et naissance d’un désir de dépassement de cette expérience, au cœur même de celui qui la subit. Et si le dépassement n’a lieu que très légèrement, et ce par une simple distance opérée vis-à -vis du mur qui reste toujours là , présent, et dans le champ de vision et dans celui du ressenti, il s’agit toujours en définitive d’un dépassement. Si écrire était franchir le mur, alors écrire, cela serait ce qui résout, cela serait ce qui guérit ; or, non.
Ainsi, l’expérience du blocage – qui pourrait renvoyer au
nihilisme –, si elle est incessante chez Emaz, demeure toujours le point de départ. « Après tout, le mur est une situation de départ », résume l’auteur dans Cuisine (tout est dans le « [a]près tout »). Le poème est l’énergie qui dépasse cette expérience, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, exprimer « ce muet là devant, à la fois évident, bloquant, sans nom », c’est le dépasser, quand bien même il ne s’agirait jamais chez Emaz de sortir par le poème du constat du blocage originel : écrire à partir du blocage, cela demeure toujours dépasser la situation de blocage. Dire ce qui est muet (et non pas seulement écrire pour sortir du silence), autrement dit dire ce qui n’arrivait pas avant à être dit, c’est retirer à ce qui est muet la situation d’empêchement douloureux à laquelle il nous contraignait et avec lequel il se confondait : inutile de gloser plus longuement là -dessus.
Ensuite, le poème dépasse cette expérience du blocage car il en fait quelque chose d’immuable, par la publication. Ainsi, si le poème se construit sur le friable, sur le transitoire, il devient ce qui dure, sans jamais se déliter, grâce au livre. Du moins idéalement, car est rivée au cœur de l’auteur la certitude comme quoi « à plus ou moins long terme » rien ne « restera », « pas même les poèmes ». Et Emaz d’ajouter face à Thierry Guichard : « Même la mémoire familiale ne remonte qu’à deux ou trois générations. Cette conscience de la perte irrémédiable est très ancienne chez moi. ». Et si Emaz dit à Tristan Hordé : « [S]i tu ne gardes pas un peu, ne serait-ce qu’à travers un poème, trace d’un événement, du vécu, il ne restera rien du tout. Même les poèmes, on n’est vraiment pas sûrs qu’ils tiennent longtemps… », il avoue dans Cuisine : « Je dois tenir sur mes livres ; il faut qu’ils tiennent. ».
Et quoi de moins nihiliste que cette attitude… Puisqu’on peut aller jusqu’à dire que le nihiliste, c’est celui qui n’écrit pas, ou qui, écrivant, ne publie pas ou renonce à publier, focalisé sur ce qu’il juge être l’inanité de « tout ceci » – « tout ceci » étant la rencontre avec un lecteur, des lecteurs possibles, dans la configuration du monde qui lui est contemporaine et qu’il refuse du fait de son mécanisme intrinsèque nauséabond et dans l’immuable de la vie qu’il rejette puisqu’elle est cernée par la mort, ce qui la rend absurde au plus haut degré. Du fait de « tout ceci », à quoi bon publier ?, répète le nihiliste. Et qui plus est de la poésie, geste lui semblant absurde par excellence, puisqu’elle n’est quasiment pas lue. Que la
poésie soit si peu lue n’est pas une raison pour ne pas publier, nous dit Emaz, car l’écriture est ontologiquement partage. Et de constater face à Monique Gallarotti-Crivelli : « Il y a une forme de résistance minimale dans le fait simplement d’écrire de la poésie encore et malgré tout. Pour combien de personnes ? Pour cent, deux cents lecteurs ? C’est fou ! On n’est plus dans la logique de ce monde. Et pourtant, je continue à passer ma vie, mes heures, à travailler pour cela. Il y a bien un engagement. Quant à l’espoir pour la poésie, je n’ai aucune crainte à ce sujet. La poésie s’est déjà suffisamment dégradée sur le plan de l’économie, du tissu éditorial, du lectorat, pour qu’il ne puisse plus rien lui arriver. Son audience s’est fortement réduite, et elle continue à exister. Des gens continuent à inventer. De nouvelles formes voient le jour. Je pense à la diffusion de poèmes sur internet, par exemple. Donc l’espoir – on va parler d’un espoir raisonnable – existe. La poésie n’est pas un feu d’artifice qui brille, se remarque de loin, mais qui dure peu de temps. Je la vois plutôt comme une veilleuse ou un lichen. ». Et de conclure : « Le lichen est habitué aux milieux hostiles. Lorsque les conditions de vie deviennent impossibles, il tombe en léthargie, pour renaître dès qu’elles redeviennent acceptables. Il me semble que la poésie traverse de telles phases, sans jamais disparaître tout à fait. ». Il tombe en léthargie ? En réalité, il persiste. Et Emaz de préciser les choses dans une note inédite : « la poésie-lichen » est « minime et sans gloire, mais résistante et persistante là où plus rien ne pousse » (nous soulignons). Et c’est alors, face cette fois à Pierre Grouix et Yannick Mercoyrol, que resurgit l’image si prégnante du mur, et qu’elle trouve un nouveau sens : « S’il n’est pas facile d’écrire sans illusion, il serait encore moins simple de cesser et supporter en silence. Donc… J’aime à penser la poésie comme un lichen ou un lierre, avec le mince espoir que le lierre aura raison du mur. ».
Le lichen a une autre vertu encore. La confession que nous a laissée Baudelaire, c’est qu’il peut soigner. La recette nous est donnée dans Mon cœur mis à nu : « Faire tremper [125 grammes de] lichen, pendant douze ou quinze heures, dans une quantité d’eau froide suffisante, puis jeter l’eau. Faire bouillir le lichen dans deux litres d’eau sur un feu doux et soutenu, jusqu’à ce que ces deux litres se réduisent à un seul litre, écumer une seule fois ; ajouter alors […] deux cent cinquante grammes de sucre et laisser épaissir jusqu’à la consistance de sirop. Laisser refroidir. Prendre par jour trois très grandes cuillerées à bouche, le matin, à midi et le soir. Ne pas craindre de forcer les doses, si les crises étaient trop fréquentes. ». Emaz a pris la liberté de corriger cette recette, et de remplacer le sucre par la lucidité. « [P]oésie-lichen » et lucidité : la recette émazienne pour « rester debout ».

… dansant disparaissant…
le jour du printemps
dans le bleu du ciel
il s’en est allé…
Où ça ?
Vers les déserts…
Vers l’Éternité…
Mais comme "tout est perdu dans la réalité" (Reverdy), nous continuerons à vagabonder…
À l’impossible, sauf à être nul, nous sommes tenus !
Habités par l’impossible, nous poursuivrons la route inlassablement, que faire d’autre ?
Enfants de la nuit
enfants de l’envie
nous porterons ta voix avec fracas
de l’abîme à l’Éther !
/Fabrice Thumerel/
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Philippe Boisnard "Bernard Desportes aura été l’une des rencontres les plus fortes de mon existence, l’une des exigences de vie, d’écriture, de rapport à l’autre les plus intenses. Il m’aura introduit au noir, il m’aura fait traverser des villes emplies de moustiques, de cimetières, de folie inondant l’esprit humain. On aura partagé notre amour de Koltès, on aura traversé des mers pour des salons littéraires, on aura ri la nuit face à l’incurie de ce monde, on aura ri de la folie de nos affects, de nos horizons intérieurs…. Bernard Desportes nous a quittés, et il continuera à exister pourtant là, dans mon âme…. Dansant disparaissant…"
â–º Interview de Bernard Desportes par Philippe Boisnard, au début du Salon de Tanger en 2007 (ici) et à la fin : ici.
â–º Extrait de La Vie à l’envi : lecture et montage de Philippe Boisnard.
â–º Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes"
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A posteriori, le dernier livre de Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie, dans lequel la figure centrale est à la fois "mendiant putain fossoyeur écrivain", apparaît comme testamentaire dans la mesure où il condense toute l’œuvre, "où se côtoient tous les peuples du monde, tous les métiers, tous les
trafics, tous les abîmes, mais aussi […] toutes les enfances rêveuses, lascives, inassouvies, et les putains adolescents". Son esthétique : "un roman qui ne raconterait rien, un roman sans autre sujet que la vie même qui n’est faite d’aucune histoire naturellement mais d’une réalité où tout se perd"… Desportes ou l’impossible récit – fût-il autobiographique. Rien d’étonnant, donc, qu’il ait plus d’existences que s’il avait mille ans : dans l’écriture, le sujet s’irréalise au travers de multiples avatars et se fond dans une histoire subjective de l’art et du monde. À cet égard, un passage s’avère particulièrement révélateur : "en danger à Tanger j’ai fait pompier à Pampelune et fossoyeur à Elseneur, j’ai aimé la boue grasse les sueurs adolescentes la chair qui frissone à Lisbonne, j’ai vécu l’inceste à Trieste, j’ai fait voyou à Moscou putain à Pantin et tapin à Turin" (53)… Prévaut ici une logique du signifiant qui n’est pas autotélique mais ouverte sur l’espace des possibles.
Dans cette œuvre testamentaire, le sujet scriptural – toujours à "l’âge de déraison" (27) – s’auto-engendre par l’écriture, s’affirmant "né sans père sans pays sans nom" (78) et se mettant en quête d’un "envers du monde" (79). S’en dégage le portrait d’un écrivain qui affectionne "la fraîcheur de l’inhumain" (Du Bouchet), d’un poète du NON qui déteste toutes sortes de clôtures : "le bas-fond fangeux des professeurs-de-secondaire avec leurs vieilles manies leurs vieilles copies leur vieille poésie subjective toujours horriblement fadasse" (22) ; "la poésie métrique à coups de trique comme un tambour militaire" (29) ; la "poïésie de bénitiers de fabricants de courtisans de professeurs", l’art comme "décoction décorative pour gogo & gobeurs niais" (30)…
Dans ce texte qui charrie de blancs ruisseaux de foutre et de mécréants, on retrouve le vert paradis de l’enfance cévenole, une quête dynamisée par le couple antinomique Eros/Thanatos, et aussi la Bibliothèque portésienne : Artaud, Bataille, Blanchard, Du Bouchet, Duvert, Faulkner, Kafka, Koltès, Lautréamont, Reverdy, Rimbaud… /FT/
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"Une vie ça n’existe pas" (Brève…, p. 48).
Je ne peux que relire mélancoliquement cette courte présentation d’une rencontre prévue avec Annie Ernaux, intitulée "Écrire sa vie : faire monde" – soirée qui devait couronner leur long dialogue, entretenu par une
correspondance importante depuis des années… Soirée qui n’aura pas lieu… [Sur LC : Bernard Desportes, "Lettre à Annie Ernaux"]
Écrire sa vie, est-ce possible ? Comment accéder à son « petit tas de soi verrouillé dans mémoire » (p. 9) ? Quelle mémoire ?
"J’ai jeté la mémoire avec l’eau du bain
dans la fosse à purin" (29).
"Je scie les arbres généalogiques pour en faire des fagots que je brûle
et m’enivre de leur fumée" (36).
Qu’est-ce qu’une vie ? Un tas de petits secrets, de souvenirs plus ou moins (ré)inventés, de repères dans son petit monde ? Ou des rêves, des lectures, des expériences, des faits sociaux et historiques qui font monde dans et par l’écriture ?
Comment écrire dans l’étrangeté à soi et au monde ? Dans un "écart entre le monde réel toujours inaccessible et le monde suffocant que l’on porte en soi" (29). Dans un entre-deux où l’on se perd : Je / Autre ; Eros / Thanatos ; dedans / dehors ; réalité / fiction ? /FT/
â–º À lire sur LIBR-CRITIQUE :
– Entretiens de Fabrice Thumerel avec Bernard Desportes : "Roman (et) critique" (2008) ; "De l’abîme à l’éternité" (2013).
– Contributions de Bernard Desportes à Libr-critique :
"Deux ou trois choses à propos de Rouillan" ;
"Littérature et liberté" ;
"Le Parti des procureurs" ;
"Interdit de séjour" (hommage à Tony Duvert) ;
"Les Failles d’un livre ambigu (Retour sur Retour à Reims de Didier Éribon)" ;
"Baal" (extraits) ;
"Chère petite fleur" ;
"Le Silence de Barbarin" ;
"La Honte, encore" ;
"Onfray comme une outre" ;
"Le Cynique" ;
"La Criminelle Alliance des populistes".
– Chroniques de Fabrice Thumerel : L’Espace du noir ; Le Présent illégitime ; L’Éternité ; Irréparable quant à moi.
– Francis Marcoin sur Une irritation ;
– Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008.
Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie (Tentative d’autobiographie), éditions de la Lettre volée, janvier 2018 (vient tout juste de paraître en librairie), 100 pages, 17 €, ISBN : 978-2-87317-503-0.
Cette brève histoire de la poésie fait ouvertement écho à Brève histoire de ma mère, un roman. Manière de dire que roman et poésie se répondent comme obsessionnellement, pour la seule vie réellement vécue que délivre
l’irréparable d’un roman sans histoire que certains appellent poème et qui est plutôt un balbutiement (p. 86). Presque en fin de parcours l’auteur nous livre paradoxalement la définition exacte de ce qu’il s’est évertué à nous présenter comme une sorte d’album désordonné.
De fait l’écriture de Bernard Desportes est répétitive comme on parle de musique répétitive, elle est ce chemin toujours recommencé, chemin de halage d’une prose haletante, fleuve torrentueux, flux débordant de mots qui se heurtent l’un l’autre, incongrus. Et l’on n’a pas envie de parler de « jeux de mots » car il n’y a pas de jeu mais une grande peur. Une grande peur d’écrire, « non-non, je n’écrirai pas mes mémoires ». Aphasie, balbutiements, dénégations, radotage, agendas perdus, tronqués ou énigmatiques. Le texte joue avec la mémoire, ou plutôt les mémoires possibles, et le « je » se constitue, se disloque, au travers d’un puzzle poétique, de citations, de rappels littéraux ou trafiqués.
De déguisements, surtout. Dans la peau de Rimbaud, surtout, qui surgit à tout instant. Se déguiser, mais sans se cacher. Annoncer la couleur, même si le nègre est omniprésent. Quatre épigraphes, de Lautréamont, de Maurice Blanchard, de Pierre Reverdy, d’André du Bouchet, signalent d’entrée un compagnonnage, des amitiés, des masques. In fine, nous trouvons même une liste de « citations dans le texte sans nom d’auteur ». Car Bernard Desportes est homme de fidélité. Fidélité à ses rêves et à ses cauchemars, et surtout à ses amis, dont il prend quelquefois l’identité. Ainsi, dans les « dates en vrac », qui notent la naissance de plusieurs Bernard Desportes ou plusieurs naissances d’un Bernard Desportes. Comme toujours chez lui le texte est hospitalier, ne cesse d’ouvrir une fenêtre sur ceux qui sont passés par les mêmes traverses : « Remembrances », par exemple, fait surgir le Rimbaud de l’Album zutique, ce Rimbaud obsédant qui n’arrête pas de descendre le fleuve impassible, d’un livre à l’autre, ce Rimbaud qui tue père et mère. Mais moi aussi « j’ai mouru », et là, on pense à Renaud, un Renaud en plus absolu, car entre les références nobles se glissent d’autres allusions, à des « variétés ».
Une image dérègle tout, celle de l’écartèlement. « Ecartelé » est un mot qui revient, doté d’une forte charge sexuelle, charnelle, bestiale. Mais ce « je » qui est toujours un autre est également écartelé entre la migration et la fixité. La migration est elle-même double, elle est celle du vagabond, entre Rotterdam, Tanger, Harrar, et aussi tout au contraire celle des victimes des fondamentalistes. En cela, l’errance intemporelle est rejointe par ce qu’on appelle l’« actualité », et chez Desportes celle-ci refait toujours irruption, le scandale de vivre est toujours dépassé par le scandale sociétal. Et ainsi, l’autre face de cette migration forcée est l’embourbement de la France qu’on dit « périphérique », en voie d’abandon. Ce sont les Ardennes, Novion-Porcin (et sa présentation genre fiche wikipedia) et, bien plus au sud, les gares désaffectées des provinces immobiles, la Lozère, le Gévaudan, Mende, Marvejols.
« Je » marche entre Ardennes et Cévennes. Retour à Graissessac, dont le nom revient en force au fur et à mesure du texte, village qui pourrait au moins, dans ce désordre, servir de point de repère puisqu’il est attesté dans la vie de l’auteur, mais qui apparaît de manière surprenante. Il vient en effet parmi ces autobiographies de tous les possibles, ces collages de vies et de morts, celles de Rimbaud toujours, et celles de Pasolini, pas nommé, mais reconnu, étonnamment enterré « au petit cimetière protestant de Graissessac (Basses-Cévennes) », à moins que ce ne soit lui qu’on ait aperçu en compagnie d’hommes nus remontant l’Amazonie. Un peu plus loin, après mille métiers dans mille ports, « enfin suis rentré sans un sac à Graissessac ». Et si dans les « Dates en vrac » il naît plusieurs Bernard D, l’un est déposé à l’assistance publique et recueilli à l’âge de huit ans par une famille de protestants à Graissessac, sombre bourg du bassin minier des Cévennes du sud. La naissance de Simone V. à Graissessac le 18 août 1913 sera notée deux fois. Le vendredi 31 mai 1895 Henri V, 12 ans, signe son embauche à la mine de Graissessac. Deux ans plus tard « Un coup de dé jamais n’abolira le hasard » paraît dans Cosmopolis, mais cet événement est placé avant le précédent.
Deux généalogies se croisent, celle des poètes, Char, Reverdy, Kafka, Bernhard, Faulkner, et celle de la mine : ouvertures de lignes de chemin de fer, creusements de nouveaux puits et de nouvelles galeries, naissances de futurs petits mineurs, coups de grisou. Généalogie anonyme, doublement enfouie, car le chemin de fer n’existe plus, les puits sont bouchés et il n’y a plus rien à Graissessac, qui n’est pas plus réel que Glog, Blav, Glav ou
encore Zglard, Mlog, Mgol, ces improbables cités borborygmes où se terraient les personnages de Brève histoire de ma mère et où l’on retourne pour une non moins improbable quête d’origine.
« Marcher est impossible mais quoi faire d’autre ? » La marche est ici à l’évidence une manière de désigner la poésie. Celui qui écrit est impuissant devant la violence du monde mais la barbarie ne lui donne pas le droit au silence : le moindre étonnement devant ce livre n’est pas qu’une telle négativité, loin de nous décourager, se révèle roborative. On a beau ne pas retrouver ce Bernard D. qui habite rue de l’Avenir, il donne au pacte autobiographique une nouvelle définition, non pas l’enlisement dans un passé à retrouver, mais une réinvention, un génial bricolage dans une liberté absolue, celle de truquer les dés et de mélanger les cartes.
© Photo de Fabrice Thumerel : Bernard Desportes avec Annie Ernaux en 2014.
â–º À lire :
– Un autre article de Francis Marcoin sur Bernard Desportes : à propos d’Une irritation ;
– Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes" ;
– Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008.
Avec les derniers livres reçus de François Rannou, s’est ouvert le livre de celui qui veut "être en perpétuel décalage" et pour qui "l’identité du poème vient de son itinerrance" – mot-valise intéressant emprunté à Patrick Beurard-Valdoye qui souligne à quel point l’écriture poétique ne tient pas tant d’un parcours balisé que d’un vagabondage par sons et par mots.
« bombine la poésie sur la vitre
lisse de nos mots-mots-mots »
(F. Rannou, Le Livre s’est ouvert, La Termitière, 2014).
« le réel / c’est / un trait / d’angle » (Rapt, ibid., 2013).
FT. Dans élémentaire (lettre sur la poésie) (La Termitière, 2013), vous décrivez ainsi le rapport du poète à l’espace social : « le poète refuse de jouer le jeu, d’être à la place qu’on lui a réservée » (p. 7).
Mais au sein de l’espace poétique, il joue le jeu, non ? Car la lutte des places y est âpre… C’est un milieu très ritualisé, hiérarchisé, souvent dominé par l’esprit de sérieux, non ?
FR. Je partage en grande partie votre remarque et en effet l’expression « milieu poétique », en ce cas, me paraît plus appropriée.
Je voudrais revenir, pour vous répondre, sur ce « refus de jouer le jeu » : qu’est-ce que ça veut dire ? Il existerait donc un jeu, avec des règles établies qu’il faudrait suivre et respecter pour espérer gagner sa place ? Est-ce que la démarche d’un artiste (et le poète en est un — mais j’utilise un terme un peu commode, sans doute insatisfaisant) a quelque chose à voir avec cela ? Est-ce son principal souci ? Le poète écrit-il pour ses pairs, cherche-t-il à s’installer dans un espace de reconnaissance, en se figeant dans une position repérable ? Alors là, il y a bien alors une similitude avec la volonté d’arriver à être quelqu’un socialement. Beaucoup (trop) de poètes (et je pense à de grandes figures, de tous temps jusqu’à aujourd’hui), une fois qu’ils ont peiné à trouver leur formule, leur voix ( comme on dit, d’ailleurs, toujours au singulier, je le souligne), s’y tiennent, s’y accrochent, s’établissent dans la répétition (avec des variations subtiles) de ce qui fait d’eux un point d’aboutissement, une conclusion sans l’énergie d’un départ. Ils creusent leur sillon, selon l’expression convenue, mais ne se posent
plus les questions nécessaires, élémentaires : qu’est-ce que je sème et peux faire pousser qui se tournera vers la lumière, recevra la pluie, sera pris sous les vents ? Quels autres horizons, si je relève la tête, puis-je découvrir en me tournant ? Vers où puis-je partir ? Suis-je prêt à perdre ce que j’ai acquis ? En somme, suis-je vivant ?
Ainsi, il faudrait, pour user d’une métaphore sportive (qui fait écho au jeu dont vous parliez au départ), sur le terrain créer des zones de décalage, des intervalles, afin de rentrer dans le mouvement même du jeu tout en le faisant advenir à un autre mouvement qui l’exhausse. Court-circuiter l’esprit de sérieux qui fonde le désir de pouvoir et d’appartenance (à un groupe, à une chapelle, à un phalanstère quelconque). Et donc, ne pas accepter le rôle que la société, par exemple la nôtre aujourd’hui, veut donner au poète — l’inscrivant dans le tout venant culturel où le propos qu’il faudrait tenir, la position qu’il faudrait adopter tiennent lieu de pensée « instantanée » ancrée dans le temps mort d’une roue libre qui s’ignore. L’éternité, c’est-à-dire tous les temps traversés, offre la seule mesure pour éprouver sa pensée (id est création-action) en l’offrant au risque, à l’imprévu, à l’accident, au désir d’expériences inassouvi.
FT. Vous dirigez à la fois la revue La Rivière échappée et, sur Publie.net, la collection « L’Inadvertance » : quels liens faites-vous entre ces deux entreprises poétiques ? Quelle(s) ligne(s) directrice(s) pour chacune d’elle ? L’un des points communs élémentaires étant que vous y accueillez des écritures très différentes…
FR. Je voudrais apporter une précision : La Rivière échappée, qui fut une revue et une maison d’éditions à partir de 1988, n’existe plus que pour quelques livres à tout petit tirage. Je participe à l’aventure éditoriale des éditions de La Lettre volée avec Pierre-Yves
Soucy (collection Poiesis et revue L’étrangère)1. Livres « papier » donc. Et je dirige effectivement la collection de poésie aux éditions Publie.net : ce sont livres électroniques et papier2.
Venons-en maintenant au cœur de vos questions. Le poète est avant tout un lecteur3 et en tant que tel il est à l’écoute. Cette question de l’écoute va avec la prise en compte de l’autre différant de soi, le constituant. Je n’aime pas aller dans la voie du rapprochement complice qui ne fait que fortifier mes propres certitudes, j’ai envie d’aller vers ce qui interroge ces convictions, les déplace potentiellement. Et puis il y a que je suis fait de plusieurs voix autres qui me fondent, me tissent, me travaillent, m’éclairent. La chance d’une parole vivifiante doit être préservée et si je m’enferme sur mes certitudes et ma « programmation » je deviens sourd et aveugle. Éditer, c’est faire naître en latin… Je ne suis pas éclectique mais ouvert4 et les contradictions qui me traversent peuvent apparaître sans craindre rien. Ce goût pour la liberté m’empêche de me fixer sur une ligne que je devrais suivre… ça ne m’empêche pas d’être exigeant et instinctif (il faut cet instinct qui sait deviner derrière un manuscrit un livre et d’autres à venir).
FT. Tout comme le terme « élémentaire » – « ce qui a l’opacité du réel dans la langue » (élémentaire (lettre sur la poésie), p. 19) -, celui d’ « inadvertance » est crucial dans votre poétique, non ? L’élémentaire et l’inadvertance contre les excès de l’avant-gardisme… Mais dans le même temps, il faut continuer de lutter contre « la vieille peau poétique » (Le Livre s’est ouvert)… Votre position, proche de ce que l’on a appelé la « modernité négative », semble réconcilier expérimentation formelle et réelisme – le mot « réel » revenant de façon significative dans vos textes…
FR. Le réel, dans le voile qui fait écran, fait toujours irruption, dépossède, heurte, il est singulier, irréductible à tout apprivoisement — c’est un accident, l’orage qui foudroie un homme dans un champ, cette pierre lancée à la tête, c’est aussi, bien sûr, la pensée ! Survenant à l’improviste, comment le comprendre en incluant l’irréparable qui le constitue ? Si on est poète, on voudrait que le poème se décide comme un événement — avec la même force, la même radicalité, la même évidence (et j’entends deux termes sous ce
mot : évide & dense). Ce serait tellement bien s’il pouvait comme un témoin se passer de main en main, de voix en voix. C’est la forme du poème qui, en se trouvant, en se concrétisant, en se découvrant (de livre en livre parfois), permet d’inventer cela. En ce sens, l’invention formelle est belle parce qu’elle nous permet de découvrir un territoire nouveau du réel (extérieur/intérieur) — leçon de Rimbaud, Apollinaire, Ponge entre autres. Dès qu’elle devient « formule qui marche » pour répétiteurs-exploitants qui, comme Ali Baba, se contentent de redire : « Sésame, ouvre-toi ! », c’est du formalisme mort (je ne dis pas que ça ne puisse pas être digne d’intérêt et d’analyse ou d’enjeux pour les spécialistes littéraires, mais je situe ma remarque à un autre endroit, vous comprenez bien). C’est en ce sens aussi que la vieillerie poétique peut se trouver chez les lyriques ou les avant-gardistes ou ailleurs (si l’on veut absolument établir des catégories, ce qui ne me semble pas juste, au fond).
Je n’ai donc pas de « position » de réconciliation. Je travaille seulement dans l’atelier des jours, des mots et des langues (je traduis d’ailleurs non pas de l’allemand, de l’anglais, du catalan, de l’italien, du breton5 mais des poètes et pour m’en approcher au plus près, c’est-à-dire m’approcher au plus aigu des possibilités de ma propre langue). Horizontalement et verticalement, en surface et en profondeur (couches superposées, sédiments, archéologie des savoirs et du sujet6), un espace de découverte se déplie — polyphonique, selon un contrepoint où contradiction, juxtaposition, confluence, croisement permettent une parole vivante toujours à naître7. Concrètement, c’est l’espace du livre et celui de la voix, du corps, de la rencontre avec les autres arts (j’aime travailler avec peintres, sculpteurs, installateurs, vidéastes, musiciens, acteur, graphistes aussi et programmateurs pour réaliser des livres électroniques).
FT. On sent bien que votre écriture est dynamisée par divers champs de force, et vous savez vous renouveler d’un livre à l’autre. Je ne vise donc pas à vous enfermer dans telle ou telle catégorie – à vous accoler telle ou telle étiquette. (Au reste, il ne s’agit évidemment pas ici de tomber dans l’antinomie simpliste : réductionnisme du critique, docteur ès généralités abstraites et spécialiste de l’histoire littéraire versus singularité irréductible de l’auctor).
Pour le formuler autrement, disons que les diverses caractéristiques de votre écriture vous font dépasser les positions tranchées du champ poétique de ce dernier quart de siècle, même si à vous lire on songe à la « modernité négative » que j’évoquais (Du Bouchet, Grandmont, Tellermann…). Bien entendu, il me faudrait l’espace d’un long article pour vérifier et creuser cette hypothèse. Dans l’immédiat, je vais juste vous demander quel est votre rapport à l’œuvre d’André Du Bouchet…
FR. J’ai d’abord, très jeune, été saisi en découvrant chez Calligrammes (la librairie — maison d’éditions aussi — que tenaient Bernard et Mireille Guillemot à Quimper) Qui n’est pas tourné vers nous (1979). J’avais 16 ans, j’ai
lu dans une sorte de fièvre mentale qui n’avait rien à voir avec le fait de comprendre ou pas ce qui se disait. Ça avait lieu, en moi. Je me suis senti tout de suite libre de respirer dans l’espace que ces pages proposaient. Bien des années après, en 95 ou 96 je crois, j’ai écrit à André du Bouchet pour réaliser un numéro de La Rivière échappée. À ma grande surprise il m’a répondu et m’a invité à venir rue des grands augustins — il m’a fait rentrer, m’a dit : « mettons-nous au travail, voulez-vous ? »…
Mais je reviens à votre question. C’est une œuvre dans l’ensemble encore relativement méconnue. L’importance qu’elle a pour moi tient à ce que Du Bouchet crée un espace qui permet de faire entendre l’autre face de la langue : antérieur à la parole prononcée. Quelque chose de l’ordre de ce qu’il appelle le muet ou le dehors (même si les deux termes ne sont pas équivalents exactement, autres manières de désigner sans doute aussi ce que je nommerai le réel) au moment d’apparaître se voit capturé. Ce rapt s’inscrit dans l’intervalle qu’une parole de la langue imprononcée traverse, source résurgente, constituée de ce qui le rend justement imprononçable. Aucune transcendance, mais une immédiateté contre laquelle bute toute emprise, parole non assujettie à la langue, réfractaire. Le chant ancien n’est plus, le blanc est un espace d’énergie pure (rythme sourd), il renvoie à la voix dessous qui heurte, fait sentir l’abrupt. L’absurde qui a fait naître la douleur liée au sentiment de perte (Du Bouchet est bien l’enfant de la débâcle) se voit ressaisi. Se haussant au-delà de soi-même, au niveau également d’un sujet qui s’affirme avec netteté débarrassé de tout sentimentalisme (l’emblématique écrire le plus loin de soi-même). Étrangement, Du Bouchet accomplit ce que Ponge se fixe comme objectif : « plus loin et plus intensément je chercherai la résistance à l’homme, la résistance que sa pensée claire rencontre, plus de chance j’aurai de trouver l’homme, non pas de retrouver l’homme, de trouver l’homme en avant, de trouver l’homme que nous ne sommes pas encore (…) »8. Mais d’une manière telle que, par le processus de double négativité, il parvient à instaurer un nouveau rapport au monde au plus proche de sa fraîcheur nue, qu’il sait nous faire écouter. Il nous met sur le pas, et nous voilà en avant de nous-mêmes, avec l’énergie d’aller.
FT. Autre mot clé, celui d’ « aléatoire », qui renvoie à la lecture de Rapt et du Livre s’est ouvert…
FR. L’aléatoire est d’abord l’espace des possibles préparé et ouvert. Outre les retentissements intérieurs que ces simples mots induisent, c’est avant tout le jazz qui m’a marqué — exemplaire est pour moi le parcours de Michel Portal9 depuis son Chateauvallon.
J’ai développé en fait un travail sur la syntaxe plus que celui sur le mot — ayant pris acte de ce que le lexique avait vécu d’opérations grondantes, orageuses afin de pousser au plus loin l’expérimentation et la pensée de la nomination, du lien mots/choses. Syntaxe, oui, mais sans la forcer (sans une quelconque étrangeté de mise pâlement mimant telle ou telle tentative heureuse et neuve, en son temps, qu’il faut tenir pour exemplaire mais ne pas copier comme on le ferait d’une recette), plutôt en l’ouvrant à ses possibles : relations de complémentarité, d’opposition, d’ambiguïté, de retournement entre propositions, espaces visuel et sonore. J’ai sans doute également été sensible à ces dimensions assez tôt grâce à deux chocs : Artaud dans ses lettres à Rivière qui affirme, le 29 janvier 1924 : « Un quelque chose de furtif […] m’enlève les mots que j’ai trouvés, […] diminue ma tension mentale, […], détruit au fur et à mesure dans sa substance la masse de ma pensée, […] m’élève jusqu’à la mémoire des tours par lesquels on s’exprime et […] traduisent avec exactitude les modulations les plus inséparables, les plus localisées, les plus existantes de la pensée » ; et puis l’écoute, l’étude des premières polyphonies, la rencontre, dans ce sillage de l’œuvre de Guillaume de Machaut (musicien, poète). Quand aujourd’hui on lit mes livres, il faudrait le faire à haute voix aussi et à plusieurs en tenant compte d’un espace à trouver comme une chorégraphie intérieure/extérieure — et n’importe qui sait lire peut en faire l’expérience : je ne suis pas un performer solitaire : I’m not a lonesome performer…
FT. Dans Rapt (La Termitière, 2013), précisément, il y a une formule que j’aimerais que vous explicitiez : « on abandonne la / poésie à / ses ″comme ça″ »…
FR. Ces trois vers concluent un texte dont le titre est Paris. Lui-même appartient à un ensemble intitulé 14 stelles qui sont autant de lieux dits par ce qui les enlève à leur présence-cliché. La « formule » que vous citez peut se comprendre dans ce cadre restreint alors, je pense, je ne suis pas sûr, je n’en sais rien après tout, je ne suis qu’un lecteur maintenant. Donc : critique du langage qui construit le souvenir positif et convenu de ce qu’on attend quand on voit comme titre Paris — or aucune indication de lieu, aucune description, aucune situation. Et critique, aussi, de la mémoire qui construit le récit imagé et cohérent d’une présence à soi, au lieu, au temps. Du coup, outil de déconstruction et aboutissement ; la poésie est abandonnée au littéral : « c’est comme ça ».
Au lecteur de choisir. Est-ce une fin, heureuse aporie de la finitude objective ; est-ce le résultat positif d’un démontage nécessaire ; ou l’élan neuf d’une comparaison — figure de style poétique s’il en est ?
Il y a derrière ces choix, ces possibilités, des itinéraires, des mémoires, des points de vue qui traversent l’histoire de la poésie mais surtout un questionnement distancié (ironique aussi sans doute parfois) sur le travail poétique d’aujourd’hui. Et plus généralement : comment s’en sortir avec le langage maintenant — est-ce d’ailleurs possible au point où on est arrivé ?
FT. Pour terminer, j’aimerais vous interroger sur un projet en cours. Votre esprit d’ouverture vous a lancé dans une aventure enthousiasmante avec Alexander Dickow (USA) : une anthologie des jeunes poètes français et américains. Pourriez-vous nous en dire plus : comment un tel projet a-t-il vu le jour ? Quels sont ses objectifs ?
FR. Oui, c’est un projet très motivant. Ce n’est pas vraiment une anthologie, c’est davantage la réunion de 24 poètes (12 français, 12 américains) prêts à tenter l’aventure du livre numérique en concevant un projet d’écriture en lien avec images fixes, vidéos et sons. C’est en cours et je remercie Alexander Dickow pour sa réponse enthousiaste dès ma suggestion lancée. Nous avançons, ce sera édité par Publie.net en 2016 en livre électronique et papier. Nous pourrons venir en parler plus précisément dès parution.
FT. Rendez-vous pris, avec le plus grand plaisir !
1 On peut découvrir la revue l’Étrangère en la feuilletant ici ou sur le site de l’éditeur, ainsi que la collection Poiesis.
2 Je renvoie à mon texte Poésie et livre électronique : une question d’espaces.
4 C’est cette ouverture qui fait que Jacques Rivière devient le destinataire des lettres d’Artaud, qu’il publiera peu après.
7 On peut, pour mieux se rendre compte de mon travail aller lire et écouter un extrait de Contretemps paradist, ouvrage aujourd’hui épuisé.
8 Dans Tentative orale, in Méthodes, Paris, coll. Idées, Gallimard, 1971, p.266.
9 Dans le collectif My Favourite things : le tour du jazz en 80 écrivains, dirigé par Franck Médioni, je renvoie à mon texte sur Michel Portal et son album Dejarme solo.
Ce soir, en UNE RV avec Bernard Desportes pour son essai sur André du Bouchet. Ensuite, nos Libr-brèves : site de CCP, RV à la Maison de la poésie Paris, Xavier Person à la Librairie Ignazzi, RV Alphabetville…
UNE : Desportes/Du Bouchet /FT/
Bernard Desportes, Irréparable quant à moi. André du Bouchet, éditions Obsidiane, novembre 2014, 88 pages, 13 €, ISBN : 978-2-916447-61-2.
Dans cet essai au titre évocateur (citation du poète), sont regroupés divers textes (dont quelques-uns inédits) et quelques lettres extraites de la correspondante abondante entre les deux écrivains unis par une profonde et respectueuse amitié. Bernard Desportes s’y efforce de démallarméiser André du Bouchet : sa "volonté d’aller au bord sans tomber dans l’illisible" (p. 32) le rapproche davantage de Baudelaire et de Bataille ; nulle abstraction, mais une tension entre sens et non-sens, possible et impossible.
BIBLIOTHÈQUE MARGUERITE AUDOUX
10 RUE PORTEFOIN
75003 PARIS
tél. : 01 44 78 55 20
Libr-brèves
â–º Maison de la poésie Paris, mardi 9 décembre 2014 – 19H00
Kristof Magnusson & Mathieu Larnaudie – « La crise dans la littérature » Rencontre animée par William Irigoyen, chroniqueur littéraire et journaliste à Arte (en français et en allemand) Lecture – rencontre

Comment des écrivains s’emparent-ils d’un thème actuel et brûlant telle que la crise ? Dans C’était pas ma faute, Kristof Magnusson met en scène un trader dans une banque d’investissements à Chicago, qui ne vit que pour l’avancement de sa carrière. Meike Urbanski est quant à elle traductrice d’un auteur de best-sellers qu’elle essaie de retrouver, car il ne lui a pas remis le manuscrit à traduire. Ces personnages vont se chercher, se croiser et multiplier les quiproquos dans cette histoire d’argent, de littérature et d’amour.
Ils occupent, dans le monde du business ou de la politique, des places dominantes lorsque survient à l’automne 2008 ce violent séisme qu’on appellera : crise. Aussitôt certains vacillent, s’effondrent, passent aux aveux, disparaissent ou se suicident, tandis que d’autres, au sommet des Etats, font rempart de leurs discours, explications, remèdes… Les Effondrés saisit quelques personnalités fameuses (ou fictives) dans l’inexorable débâcle de leur édifice idéologique.
â–º Maison de la poésie Paris, jeudi 11 décembre à 19H00 : Emmanuel Carrère – « Le Royaume » Lecture
â–º À l’occasion de la parution de Une limonade pour Kafka, rencontre avec Xavier Person le jeudi 11 décembre 2014 à partir de 19 heures
Librairie Michèle Ignazi
17, rue de Jouy
75004 Paris
01 42 71 17 00
â–º Les RV de Alphabetville
– MCLUHAN ET NOUS
RENDEZ-VOUS SONORE
Dans le cadre du festival Marseille retrouve le nord organisé par Planète Emergences, en partenariat avec Alphabetville
Lecture suivie par un plateau radio autour des textes de Marshall McLuhan, théoricien des médias canadien, penseur du « village global » et auteur de la formule : « Le medium, c’est le message. »
Lecture publique par Jean-Christophe Barbaud et Cécile Portier de textes choisis par Jean-Christophe Barbaud et Colette Tron.
Plateau radio animé par Jean-Christophe Barbaud, avec Samuel Bollendorf, Marie Picard, Cécile Portier et Colette Tron.
Mercredi 10 décembre à 19 h au Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille
Avenue Raimu, 13014 Marseille
– BERNARD STIEGLER
CONFERENCES
16 et 17 décembre
. Vers un art de l’hypercontrôle
Le 16 décembre à 18h30 à la Cité du Livre à Aix-en-Provence
Proposé par Alphabetville, l’Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence, Ars industrialis
en partenariat avec la Cité du Livre/ Ville d’Aix-en-Provence
Bernard Stiegler développe l’idée que nous sommes entrés dans l’époque de l’hypercontrôle, rendue possible par les technologies numériques, les systèmes de big data, de traces et autres automatismes, omniprésents dans les développements et applications technologiques « hyperindustriels ». Dispositifs qui nous suivent autant qu’ils nous guident dans nos comportements, et qui constituent selon lui un processus de désintégration sociale.
Bernard Stiegler décrira les « sociétés de l’hypercontrôle » et l’automatisation généralisée, tout en posant le défi d’un « art de l’hypercontrôle » comme thérapeutique, ou « pharmacologie positive ».
Cette conférence se situe en ouverture d’un programme de recherche théorique et pédagogique à venir sous la direction de Bernard Stiegler, avec Alphabetville et l’ESA Aix-en-Provence.
Informations : 04 95 04 96 23
Entrée libre
Réservation conseillée : alphabetville@orange.fr
Lieu
Amphithéâtre de la Verrière
Cité du Livre
8/10, rue des Allumettes
13098 Aix-en-Provence
. La désintégration
Le 17 décembre à 18h30 au Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille
Organisé par Planète Emergences avec Ars industrialis dans le cadre du festival Marseille retrouve le nord
« Nous entrons dans l’âge des sociétés automatiques basées en particulier sur le développement des réseaux sociaux et de ce que l’on appelle à présent les big data.
Cette conférence, qui décrira cet état de fait, a pour but de donner une autre perspective sur les réseaux, capable de constituer un nouvel état de droit à l’époque de l’écriture numérique réticulaire et de l’automatisation généralisée, qui sera aussi l’époque de la fin de l’emploi. » Bernard Stiegler
Suivie d’une table ronde avec :
Franck Cormerais, philosophe, enseignant en Information et Communication à l’Université de Bordeaux 3, membre du C.A d’Ars industrialis ; Patrick Braouezec, président de la communauté d’agglomération Plaine Commune ; Martine Vassal, élue déléguée aux relations internationales et européennes de la Ville de Marseille, présidente déléguée de la Commission “Développement économique et emploi” de la CU Marseille Provence Métropole (sous réserve) ; Colette Tron, critique, directrice artistique d’Alphabetville/Friche Belle de Mai, membre du C.A d’Ars industrialis ; Christian Rey, directeur du technopôle Marseille – Château Gombert et de Marseille Innovation
Présentée par Gérard Paquet, président fondateur de Planète Emergences
Informations : http://planetemergences.org/
Entrée libre
Lieu
Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille
Avenue Raimu
13014 Marseille
Bus 32, 34, 53, 27
—–
Alphabetville Friche Belle de Mai 41 rue Jobin 13003 Marseille 04 95 04 96 23
Armand DUPUY et Jérémy LIRON, Faire-monde & papillons, Centrifuges, janvier 2012, 40 pages, 10 €, ISBN : 978-2-6918841-03-6.
[Tirage limité : à commander vite à l’auteur – ar.dupuy@gmail.com – ou en laissant un message à la suite de ce post]
Bernard Desportes, L’Espace du Noir. Notes sur l’espace en regard du dessin de Marcel Katuchevski. Le Livre d’Art, septembre 2010, 56 pages, 21 reproductions de dessins au fusain (et parfois crayon), ISBN : 978-2-35532-091-0.
Avant qu’il ne participe au Libr-événement autour des formes narratives actuelles (30 octobre à la Bibliothèque Marguerite Audoux, 75003), on ne manquera pas de retrouver l’auteur inspiré du Catalogue de l’Exposition Katuchevski mardi 28 septembre 2010 à 19H30, Espace Topographique de l’Art (15, rue de Thorigny 75003 Paris ; tél. : 01. 40. 29. 44. 28) : Lecture-conférence de Bernard DESPORTES (1H 10 environ) dans le cadre de l’Exposition de Marcel KATUCHEVSKI (jusqu’au 24 octobre), "Le Présent illégitime" (réflexions sur une écriture de l’impossible) et "L’Espace du noir" (notes sur l’espace en regard du dessin de Marcel Katuchevski).
La présentation officielle de l’Exposition précède ma chronique intitulée "Sourire noir de la mélancolie… ou le Cri de la strie."
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