Libr-critique

13 avril 2020

[News] Libr-News

L’interdiction de tout événement in vivo n’empêche pas les RV intéressants, et même galvanise la créativité des acteurs de l’espace culturel : en témoignent nos Libr-brèves… Ensuite, nos rubriques « Libr-ludique » et « Mots-croisés insolubles » (Marcel Navas)…

Libr-brèves

â–º Sur le site de Poema, découvrez « In situ », avec chaque semaine un écrivain à l’honneur : après Christophe Manon, Anne-James Chaton…

â–º Quelques liens pour d’infinies lectures confinées : L’autofictif de CHEVILLARD abrite également un Journal de confinement, Sine die, chronique du confinement (à ce jour, 24 livraisons, en plus d’une « Lettre de Prosper Brouillon ») ; l’atelier ouvert de Joachim Séné, avec plus de 1 100 textes (« Journal éclaté », « Nuits », etc.) ; le blog de Christophe Grossi,  parmi ses Déboîtements, vous propose un « VITAL JOURNAL VIRAL » (pour l’instant, du 15 mars au 11 avril 2020)…

â–º Le dernier numéro de La Vie manifeste, « Comment s’en sortir sans sortir ? » – dont le titre est à la fois un clin d’Å“il à Ghérasim Luca et à un slogan actuel –, vous propose dix Objets poétiques critiques montés et mixés par Emmanuel Moreira : un journal de confinement débouche sur un univers carcéral… une liste de to-do/not to do… De la confrontation des pratiques du pouvoir en France, en Italie, en Russie, en Israël, ou encore aux USA, résulte la constatation que l’état libéral-sécuritaire est devenu la norme occidentale, la lutte contre le covid-19 ayant succédé à la lutte contre le terrorisme… la prosopopée coronarienne permet une diatribe contre la mondialisation… On y trouve encore un montage de voix critique, des chansons, avec en particulier deux détournements (une comptine et le Chant des partisans)… Bref, dans la position de son choix, vite on écoute…

â–º Évidemment, si vous tapez le nom de ce lieu, même correctement orthographié en deux mots, vous allez immanquablement tomber sur des pratiques agréables certes, mais qui n’ont rien à voir… Or, ce serait bien dommage, car il y a à voir et à écouter dans cette nouvelle revue lancée par six femmes créatrices (Brigitte Baumié, Béatrice Brérot, Flora Moricet, Madeleine Pénigaud, Fanny Riou aka Farhann et Esther Salmona) : « Curieuse de toutes tentatives littéraires pour faire bouger ces lignes, cunni lingus, est une revue poétique, queer et féministe pour laquelle le corps, la langue, la poésie émettent des messages éminemment politiques que personne ne peut ignorer ». Cette phrase est extraite d’un manifeste, pratique poétique qui revient peu à peu – qu’on se doit de lire.

Du masculin et du féminin, donc, mais plus largement : de la multiplicité et de l’inventivité du vivant… Du point de vue poétique, biologique et linguistique. N’oubliez pas d’écouter les textes de Gertrude Stein, Virginia Woolf et Béatrice Brérot.

« Mais que font le genre et la langue à la poésie ? »Â â€“ oui !

Libr-ludique…

â–º Devinette proposée par notre contributeur Daniel Corona – dont la série « Essor de la fourmilière d’art » va se poursuivre jusqu’en mai.

Mis à l’isolement forcé pour cause d’épidémie, ce roi est devenu fou… il s’agit de
1 – Louis II de Bavière
2 – King Lear de Stratford sur Avon
3 – Marcel 1er de Navacelles

â–º Patrick Beurard-Valdoye recommande ces deux modèles de masques pour courses en grandes surfaces, en cas de pénurie en pharmacies, et dans l’attente de la réouverture des cabarets. [© Marcel Janco]

 

Marcel Navas, MOTS CROISÉS INSOLUBLES

Problème n° 3

Horizontalement

  1. On ne les verra pas davantage si on les prie d’aller se faire voir ailleurs. – II. Grand-père soi-disant fondateur de la maison mère. Divertissement qui a surtout la valeur d’un avertissement. – III. Liste des commissions. Commissures des lèvres. N’a pas pris une ride. – IV. Objet d’usage courant qui pourtant ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. – V. Il ne perd pas son temps mais il ne le donne pas non plus. Liaison capitale. – VI. Même coupé, la barbe ! Dès lors qu’il fait souche, il n’est plus tout à fait un homme-tronc. Bas morceau du cochon. – VII. S’il n’était pas tombé de la dernière pluie, il ne se serait pas évaporé comme ça dans la nature. – VIII. Sa laideur ne l’a pas empêché de finir en beauté. – IX. Propos de table qui ressemblent à des salades d’avocats. – X. Il ne faut pas manquer d’air pour penser à y faire son trou. Chemin de croix de la couturière. – XI. Une fois qu’ils ont la bague au doigt ils perdent la tête et s’en est fini pour eux de la belle vie. Espéranto des bovidés. – XII. Même gâteux, il est encore capable de créer la surprise.

Verticalement

  1. Elles rongent leurs freins dans des goulots d’étranglement. – 2. Grand amateur de professionnelles. Produit du soulagement. – 3. Elle prétend souvent qu’elle n’est pas cuite mais elle est rarement crue. Conquête spéciale. – 4. Auteur de romans policés. Il n’a rien dans le crâne mais se permet quand même de faire front. – 5. Vieux sacs où le tapissier garde ses semences. – 6. Rend fiévreux les chercheurs. Quand on ne l’a pas sur les bras, on l’a dans le dos et ce n’est pas mieux. Début d’un amour fou. – 7. Pas réputées pour se serrer la ceinture de chasteté, au contraire. Spécialiste en généralités. – 8. Poussé à la roue. À peu près aussi utile qu’un gynécologue chez les anges. – 9. Brillant sujet. Il faut qu’ils prennent des gants mais sûrement pas des moufles. – 10. Éclaire les égarés de jour comme de nuit. Il n’a jamais assommé personne en dehors de ses heures de service. – 11. Il faut les multiplier pour aboutir à une conclusion. – 12. Il a compétence pour chapeauter les manÅ“uvres du général hiver. Vin de kermesse.

15 novembre 2007

[Livre + chronique] Emmanuel Adely, J’achète

Emmanuel Adely, J’achète, ed. Inventaire/Invention, 103 p.
ISBN : 978-2-914412-64-3 // prix : 7,50 €.
[site de Inventaire/Invention]

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18 octobre 2006

[chronique] Trajets de Pascale Gustin

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 16:49

Trajets de Pascale Gustin

Ce texte est le résultat d’une résidence de Pascale Gustin à la station MIR. Résidence qui a donné naissance à une vidéo-lecture (Trajet N°XXX) à partir d’une programmation informatique ayant pour sujet la captation, la surveillance, le traçage des hommes. Il est possible de lire la lettre de son projet ici. A la suite de quoi la station MIR a publié en 2006, ce livre de Pascale Gustin, très bien réalisé, en partie en quadri. Alors qu’est-ce donc que ces Trajets ? Aucunement des positions, ou bien des stations. Mais bien plutôt un ensemble de captation de ce que pourraient être des mouvements, des flux, aussi bien informationnels, qu’humains, au sens où l’un ne peut se séparer de l’autre, au sens où l’homme devient dans cette captation, un ensemble de données qui sont réagencées dans des micro-paragraphes, dans des micro-actions [qui vont bien évidemment jusqu’aux envois de SMS].

Le travail de Pascale Gustin se rapproche ici, aussi bien de Anne-James Chaton que de Éric sadin. De Anne-James Chaton on croise — mais comme c’est le cas de plus en plus dans des pratiques qui interrogent l’effacé de la singularité par son recouvrement symbolique, son intégration en tant que découpés en catégories sociales, économiques, profesionnelles, etc… — des listes de codifications qui décrivent non pas seulement des hommes [ce qui est le cas chez Chaton] mais des lieux, ou bien des situations. Ces dépôts des éléments qui déterminent la réalité symbolique sont liés au captation des mouvements des hommes, sans pour autant y être reliés nécessairement. Comme s’il s’agissait de faire apparaître non pas seulement le sujet : mais la scène de son passage, une scène imprégnée d’éléments symboliques :

« Ticket commerçant à conserver
Femme, adolescents, bruit de voix.
PETROLE ACIER COTON
Le grand retour des matières premières !
Homme polo gris, dos, arrondi, pantalon en jean, cheveux blanc, revue posée sur sa main gauche ouverte. Homme, pull-over noué à la taille.
AU BORD DU GOUFFRE
Loin => déplacements, échappements des silhouettes.
Bruit de bouteilles cognées. Souffles, ronronnement continuel des turbines, vibrationns de l’air.
= TOTAL
ESPECE (PRINCIPALE) 1.10
Irrésistible ! 1 Euro par jour et plus d’abonnement téléphonique
ADL jusqu’à 8 Mbits/s + téléphone illimité (1) sans changer de numéro
ALICE

On retrouve aussi des travaux de Eric Sadin, des mises en question : aussi bien dans 72, que dans Tokyo. 72 se situait à un carrefour, scène prise, émise, retranscrite selon des modalités de représenttaion différentes, et dès lors des codifications aussi bien typographiques que symboliques distinctes. ce qui donnait toute son esthétique à ce travail de Sadin. Là, de même Pascale Gustin met en évidence une diversité de moyens de captation. Bien évidemment il y a d’abord et avant tout le corps humain, comme il l’écrivait dans son projet : « Le corps humain est en quelque sorte un capteur ultra sophistiqué. Il analyse en continue des flux de données, d’informations en provenance de l’extérieur : le froid le chaud le souffle le bruit l’image… Et de l’intérieur du corps : on a froid, on a chaud, on a faim, on a mal… On voit des choses on entend des sons… » mais il y a aussi les appareils, téléphone portable, ordinateurs, ce qui implique une transformation non pas seulement de la graphie, mais aussi des contenus graphiques, qui ne sont plus de l’ordre de notre langage naturel, mais qui résultent des programmes des machines elles-mêmes. De même ressort de Trajets, la prise en vue de la foule, ce que l’on pouvait voir dans Tokyo, dont l’un des sujets principaux tient à la masse compacte des hommes rassemblés en ON.
En bref, dans cette textualité de Pascale Gustin, outre la grande qualité du montage, de l’exploration large de la saisie de la quotidienneté symbolique des hommes, on croise des parentés textuelles, qui indiquent qu’il y a là une forme d’interrogation, de mise à l’épreuve de la réalité codifiée de l’homme, non plus dans le jeu d’une méta-textualité représentant cette réalité, la jugeant à partir de sa propre dimension de langage [ce que l’on voit chez les modernes], mais en s’imprégnant des mécanismes de créations de cette réalité codifiée.

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