Libr-critique

23 juin 2019

[News] News du dimanche

Passons en été avec un Libr-10 à déguster au cours de savoureuses soirées… Et aussi nos Libr-événements, du Nord au Sud…

Libr-10 (printemps 2019) /FT/

► Jacques PRÉVERT, détonations poétiques, sous la direction de Carole Aurouet et de Marianne Simon-Oikawa, Actes du colloque international de Cerisy, Garnier, 356 pages, 35 €.

► ARNAUDET Didier, Les Jambes sans sommeil, Le Bleu du ciel, 120 pages, 15 €.

► BERLOTTIER Sereine et LIRON Jérémy, Habiter, traces & trajets, Les Inaperçus, 136 pages, 17 €.

â–º DÉSAGULIER Christian, Leçon d’algèbre dans la bergerie, éditions Terracol, 846 pages, 25 €.

► GARNIER Typhaine, Massacres, éditions Lurlure, 112 pages, 15 €.

► MÉNÉCÉE, Le Voluptueux inquiet (réponse à Épicure), présentation et traduction de Frédéric Schiffter, Louise Bottu, 50 pages, 8 €.

â–º PASCAL Maxime Hortense, L’Usage de l’imparfait, Plaine page, 170 pages, 15 €.

► RAMIER Louise, Partition, Louise Bottu, 130 pages, 14 €.

► ROLAND Alice, Portulan, P.O.L, 256 pages, 18,50 €.

â–º TARDY Nicolas, Monde de seconde main, éditions de l’Attente, 112 pages, 13 €.

Libr-événements

► Mardi 25 juin à 18H30, Silencio (142, rue Montmartre 75002 Paris) :

â–º Du 25 au 30 juin 2019, au Monte-en-l’air (71, rue de Ménilmontant 75020 Paris) : Festival Tremble Parlure

Chaque jour des lectures, des discussions avec des romanciers, des poètes, grands bégayeurs ou remuants causeurs, de France, de Belgique ou du Québec, de la musique aussi… Chaque rencontre s’articulera sur le dos de thèmes dûment choisis, le parler fou par exemple, le parler cru, cuit ou mi-cuit, ce qui se trame dans l’enfance quand elle se parle, l’enfance considérée comme un outil de connaissance d’un réel plus vif, à la fois plus rouge et plus vert, les bestiaires les fantômes la ville et les forêts tout ce qui tremble dans la langue et, partant la fait trembler, tremble parlure. Chaque soir les auteurs seront invités à lire des extraits de leur choix, à se rencontrer, à dialoguer.

Mardi 25 juin, 19h30, Eugène Savitzkaya, discussion, lecture.
Mercredi 26 juin 19h30, Hervé Bouchard, Gaëlle Obiégly et Arno Calleja, discussion, lectures.
Jeudi 27 juin 19h30, Eric Chevillard et Boris Wolowiec, discussion ; Jean-Daniel Botta & Léonore Boulanger, performance.
Vendredi 28 juin 19h30 (à Pan Piper) : Hervé Bouchard donnera une lecture en ouverture de soirée ; puis, concert
de Loup Uberto & Lucas Ravinale (France), membres du trio Bégayer brutalisent à deux voix tout un répertoire de chansons rurales italiennes couchées sur percussions abrasives et instruments tournoyants.
Samedi 29 juin 17h00, conférence performée de Catherine Lalonde.
Samedi 29 juin 19h30, Christophe Manon et Dorothée Volut, discussion, lectures.
Dimanche 30 juin 16h00, carte blanche à la revue La Mer gelée (France-Allemagne), avec Bernard Banoun, Antoine Brea, Noémi Lefebvre, Laurent Grappe, Alban Lefranc, Aurélie Maurin, Benoît Toqué (liste non exhaustive).

â–º Du 27 au 30 juin, Numéro R – Salon des revues de création poétique en région Sud.
Avec les revues :
Arapesh, Art Matin / GPS, Attaques, Babel Heureuse, Bébé, Fondcommun, GPU, K.O.S.H.K.O.N.O.N.G, La revue des revues, Legovil, Pavillon critique, Phoenix, Mettray, Muscle, Nioques, Teste – véhicule poétique, Toute la lire.

En coproduction avec les Périphéries du 37e Marché de la poésie de Paris et Ent’revues. Entrée libre et gratuite, de 11h à 18h.

ORGANISATEUR : CIPM – CENTRE INTERNATIONAL DE POÉSIE MARSEILLE = Centre de la Vieille Charité – 2 rue de la Charité 13236 MARSEILLE
04.91.91.26.45

► Vendredi 28 juin à 20H, Poètes en Résonances : 8, rue Camille Flammarion (75018 Paris) :

24 août 2017

[News] Libr-news

En cette reprise, quelques Libr-événements pour finir l’été comme il se doit : RV à la GAD de Marseille, avec notamment Liliane Giraudon ; à la Librairie Charybde, avec Antoine Mouton ; au Centre Pompidou pour le festival Extra !…

â–º Du 24 au 27 août 2017 :

â–º Jeudi 31 août à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) : rencontre avec Antoine Mouton pour son dernier livre Imitation de la vie (Christian Bourgois).

â–º Du 6 au 10 septembre 2017, FESTIVAL DES LITTÉRATURES HORS DU LIVRE / 6 septembre, en ouverture du festival, remise du PRIX LITTÉRAIRE 
BERNARD HEIDSIECK – CENTRE POMPIDOU


Le Centre Pompidou crée le festival Extra !, festival des littératures hors du livre, ainsi qu’un prix littéraire inédit. Avec ce nouveau rendez-vous, le Centre Pompidou souhaite mettre en lumière les formes variées que prend aujourd’hui la littérature affranchie du livre.

Au 20e siècle, du mouvement Dada au poète Bernard Heidsieck, les avant-gardes littéraires ont voulu échapper aux contraintes du livre et ont promu de nouvelles formes de poésie ; sonore, visuelle, bruitiste…
 Dès 1977, le Centre Pompidou a été un lieu d’accueil et de soutien à la « poésie debout » et au « hors-livre » comme disait Bernard Heidsieck. Extra ! célèbre ces autres formes de la littérature à travers plusieurs événements.

Au programme : des performances d’écrivains (Emmanuelle Pireyre, Laura Vazquez et Arno Calleja, Hugues Jallon),  des spectacles avec le comédien Laurent Poitrenaux et la maîtresse de cérémonie Catherine Robbe-Grillet, un showcase avec le rappeur Elom 20ce, des conversations théoriques proposées par l’universitaire Lionel Ruffel à l’initiative de Radio Brouhaha (avec Elitza Gueorguieva, Roger Chartier, François Bon) pour explorer, en trois temps, la turbulente histoire de la littérature récente. L’art contemporain est présent avec Martine Aballéa qui réalise la scénographie d’ Extra !, au Forum -1, transformé en un espace de rencontres littéraires, verdoyant, intitulé « Le Salon dans la Vallée ». L’artiste Laure Prouvost inaugure le festival avec une performance narrative, et Julien Bismuth vient chaque jour écrire une page de texte, projetée au mur. Des projections de films documentaires et de films d’artistes font écho à l’histoire et au présent des littératures hors du livre.

Extra ! imagine pour les enfants une programmation hors livres, à mi-chemin entre lecture d’albums, karaoké et jeu vidéo, en partenariat avec le Salon du Livre Jeunesse de Montreuil.
En lien avec la Librairie Flammarion du Centre Pompidou, Extra ! s’inscrit également dans la rentrée littéraire en invitant des écrivains : Celia Houdart, Antoine Boute, Yannick Haenel, impliqués dans les formes du hors-livre. Un club de lecteurs ouvert au public se réunit pour commenter les livres de la rentrée littéraire, le temps d’un « Apostrophe dans ma cuisine » en référence à l’émission de Bernard Pivot.

Equipe de programmation : Jean-Max Colard, Aurélie Olivier, William Chamay, Aurélie Djian, Magali Nachtergael

19 février 2017

[News] News du dimanche

Ce soir, commençons par méditer en souriant avec une nouvelle page du Libr-carnet critique ; suivent nos riches Libr-brèves (Courtoux, revue RIP, soirées Messe’ grise et revue Muscle, Festival Théâtre des images à Bordeaux).

 

Libr-Carnet critique /Fabrice THUMEREL ; dessin de Joël HEIRMAN/

Il n’y a pas d’"affaire Fillon" : juste une saynète d’ « une pièce dont le titre est "La démocratie imaginaire" » – pour le dire à la façon d’Alain Badiou dans À la recherche du réel perdu. Une fois encore, le moralisme n’est évidemment pas un humanisme, mais une posture de dominant qui a tout de même failli fillonner nombre de Belles-Âmes de tous poils.

SYSTÈME.
Il fut un temps – pas si lointain – où il en fallait un à tout prix. Aujourd’hui, il faut être CONTRE-LE-SYSTÈME – et bien entendu le claironner pour se faire attribuer à bon compte le label de "subversif". CONTRE-LE-SYSTÈME au nom de l’Art, la Politique, etc. – bref, à coups de capitales… Ce capitalisme est un moralisme.

♦♦♦♦♦

Sur Facebook – dont la tartufferie est sans égale, le suppôt libéral-puritain n’hésitant pas à excommunier tout membre FBAïe pour la moindre poitrine affichée, fût-elle empruntée à une œuvre d’art -, j’ai reçu une demande d’ami de la part d’une "vraie fille", pas d’une "putain" – rien qu’une "sexy girl" en somme… Comme quoi l’éducation des filles n’est plus ce qu’elle était : elles ont oublié la plus élémentaire des prudences…
Ne sait-elle pas que je suis vieux, sale et méchant ? gras, sadique et pervers ?
Mais de toute façon, le commerce de la Maison étant prospère, l’affaire est close.

J’en dirai même plus…
Sans vouloir dévoiler des faits classés Secret-Défonce, ni sans vouloir vous rendre jaloux, j’avoue qu’en cette nouvelle année qui fait de moi ce qu’on appelle un homme-bien-mûr, huit jours ont suffi pour au moins égaler un quart de siècle de vie sexuelle : 22 propositions indécentes… On n’arrête pas le progrès : Facebook le Grand-méchant-Look !

 

Libr-brèves

â–º À découvrir : l’album de Sylvain COURTOUX, "À notre tour d’en sortir" !

â–º À découvrir : le n° 1 de la revue RIP – Revue critique et clinique de poésie (chronique complète de FT).

â–º MESSE³ GRISE – CELLULES DE DÉGRISEMENTS : collectif chôSe + invité.es / le samedi 25 février 2017 19H, au BUKTAPAKTOP, rue Simonis_Simonisstraat 20, 1050 BRUSSEL_BRUXELLES
Lectures, performances, vidéos

Avec :

Simon Allonneau
Oriane Amghar
Jeanne Bathilde
Mona Convert
Anne Destival
Mathilde Garcia-Sanz
Carole Louis
Benoît Toqué
Mélanie Yvon

+ vidéos
Clara Thomine
Laura Vazquez
Annabelle Verhaeghe

â–º Mercredi 1er mars 2017 : 20h00 : Soirée autour de la Revue Muscle à l’occasion de la sortie du numéro 14 qui réunit un auteur islandais : Eiríkur Örn Norðdahl et une auteure chinoise : Xiao Hanqiu.

Au programme, comme toujours avec Muscle, plusieurs formes courtes :
– Une lecture de Frédérique Soumagne – "autres avions"
– Une lecture vidéo de Eiríkur Örn Norðdahl
– Lecture de la traduction du texte par Arno Calleja et Laura Vazquez
– Une lecture vidéo de Xiao Hanqiu
– Lecture de la traduction du texte par la traductrice du texte : Yuhang Li
– Des lectures vidéo de Ben Lerner, Jason Héroux, Oscar Garcia Serra, et Tao Lin
– Lecture des traductions par Laura Vazquez et Arno Calleja

En présence de la Librairie Histoire de l’oeil

INFOS PRATIQUES
Tarif 3€ + adhésion
Ouverture du bar de 19:30 à minuit et restauration sur place de 19:30 à 23:00.
www.montevideo-marseille.com

â–º Du 7 au 9 mars 2017, Festival Théâtre des images à Bordeaux :

2 octobre 2016

[News] News du dimanche

Avant de découvrir la folle fin d’année de Libr-critique, vos premiers RV d’octobre : lancement des numéros 11 & 12 de la revue MUSCLE à Marseille, où l’on aura RV également avec DADA grâce à Alphabetville (dada/data) ; IVY WRITERS (Tardy/Chao), 26e salon des revues à Paris… De quoi être libres & critiques !

 

â–º Mercredi 5 octobre 2016, de 18H à 23H, soirée de lancement des numéros 11 et 12 de la revue Muscle, à Data, 44 rue des bons enfants, 13006 Marseille.

Au programme :

– Présentation de la revue et des deux nouveaux numéros par Arno Calleja et Laura Vazquez

– Lecture de Guillaume Fayard

– Lecture de Dorothée Volut

– Diffusion d’une lecture vidéo de Frédérique Soumagne

– Diffusion d’une lecture vidéo de Oscar Garcia Sierra

– Diffusion d’une lecture vidéo de Jean-Luc Parant

– Diffusion de deux lectures vidéo de Jason Héroux

 

â–º Les 6 et 19 octobre 2016, DADA à la Friche La Belle de Mai avec Alphabetville (41, rue Jobin 13003 Marseille) : DADA 100 : dada et data / gesticulations dada en ligne, 6 et 19 octobre 2016.
. Dada et data 
Jeudi 6 octobre 2016 à 18h30, Salle des machines, Friche Belle de Mai, Marseille

 
Il y a 100 ans naissait à Zurich le mouvement littéraire et artistique Dada. Manifestement anti-conventionnel et anti-conformiste, revendiquant la rupture, contre l’ennui et pour la distraction, cette attitude marque un art de vivre, au présent, conjurant avec dérision et peut-être désespoir, la situation de violence qu’est la première guerre mondiale. Ouvert au hasard et défiant la logique – tout comme le montre le choix du mot lui-même -, Dada est plus libertaire que nihiliste, et la création sous toutes ses formes montre la vivacité du mouvement, qui a la volonté de « changer la vie ».
« Guerre mondiale Dada et pas de fin, révolution Dada et pas de commencement. » écrivait Hugo Ball dans le premier manifeste en 1916.
En 2016, quelques artistes de plusieurs nationalités créent un (h)ac(k)tionnisme dada, avec d’autres données, celles du numérique.
 
Dada, data, et arts de la guerre. Révolution électronique et guerre des données, du Watergate à wikileaks, de la rupture à la disruption, où en est-on de la guerre et de la paix ? Où et comment a-t-elle lieu ? Quelles sont les formes de la lutte ? Comment (se) manifester ?
« Guerre, dada, data », hacktion, plus que thème, est tout autant un hommage vivant et une actualisation virale dans la guerre numérique mondiale, et ses technologies… pas si virtuelles.
A la suite du Grand Dada Manifesto, dadahacktion de 30 heures qui a « occupé » le Cabaret Voltaire à Zurich en mars dernier, voici la présentation de quelques réalisations, textes, sites, machines, hacks, et autres manifestes rétro dada. Sans quelques performances !
Avec :
Nicolas Nova, artiste et enseignant, pour Dadabot, une introduction à la créolisation machinique (avec Joël Vacheron)
Albertine Meunier et Julien Levesque pour le Manifeste datadada (data-dada.net), et une performance Data Dada Éclair
Une intervention (par skype) de Mckenzie Wark co-auteur d’un manifeste rétro dada.
A arpenter dans l’espace de la librairie, le webdoc Dadadata de Anita Hugi et David Dufresne, coproduit par Arte et la SSR.
 
Lire l’article d’Annick Rivoire sur le dadadatathon : http://www.makery.info/2016/03/08/a-dada-sur-la-data-au-cabaret-voltaire/
 
. Gesticulations dada et flux du réseau   Conférence dada sur canapé en ligne
Mercredi 19 octobre à midi.

Le laboratoire Oudeis développe des conférences performatives sur canapé, au sein desquelles des problématiques de l’histoire de l’art et de la période actuelle sont abordées dans un format non conventionnel, ou hors de tout format : l’agencement d’éléments complexes et hétéroclites contribuant à l’émergence d’une situation artistique inédite, bifurquant des environnements technologiques et conceptuels pré-conçus. Où des techniques de parasitage des discours et des postures agissent comme modalité virale.
Cette conférence, aussi performance en streaming, mettra en situation et en question actes et gestes dada, dans l’histoire et au présent de l’art. Avec pour medium principal le web.
 
Avec Sandra et Gaspard Bébié-Valerian, artistes, Manuel Fadat, historien de l’art et commissaire d’expositions, Colette Tron, auteur et critique, et  Annie Abrahams, artiste et performeuse.


â–º Mardi 11 octobre à 19H30, Delaville Café (34, Bd Bonne Nouvelle 75010 Paris) : IVY WRITERS PARIS vous invite à une soirée de lectures bilingues avec les poètes : Nicolas Tardy (France) et Geneva Chao (USA) /// 11th Oct from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poet driving north for this special Paris reading, Nicolas Tardy, alongside American poet and translator Geneva Chao—coming live to us from Los Angeles.

 

â–º Les 14, 15 et 16 octobre 2016 : 26e Salon de la revue à Paris !
Renouvellement des exposants, abondance et variété des rencontres… Pour l’inauguration, le vendredi 14 octobre à 20h30 et grâce à la complicité des Archives du Présent, Patrick Boucheron amorcera ce marathon de paroles.

Pour découvrir le Salon en un clin d’œil, le voici croqué à grands traits.

Le programme du Salon, lourd de ses plus de 30 animations (lectures, conférence, tables rondes, séances professionnelles) : ici.

8 mars 2016

[News] TRANSPORT : e-festival de poésie, édition 0.0

Samedi 19 mars, de 18H30 à 21H30, on ne manquera pas ce RV prometteur LILLE + MARSEILLE + MONTRÉAL…

 

✦ LILLE ✦ MARSEILLE ✦ MONTRÉAL ✦

Littérature etc.
La revue Muscle
Cousins de personne
s’allient pour l’édition 0.0 du e-festival de poésie TRANSPORT, avec l’objectif de rapprocher les bords de l’Atlantique lors d’un événement inédit. Le samedi 19 mars 2016, le temps d’une soirée ou d’un après-midi, nous naviguerons d’une performance poétique à l’autre entre Montréal, Lille et Marseille. En fonction d’où ils se trouvent, les trois publics découvriront tour à tour une performance en chair et en os, puis la retransmission en direct d’une performance venue de l’une puis de l’autre ville. Ce carrousel poétique et numérique rassemblera des voix fortes de la poésie contemporaine!

ENTRÉE LIBRE

✦✦LILLE✦✦
Eugène Savitzkaya
Cécile Richard
Simon Allonneau
Antoine Boute

HEURE : 18h30 – 21h30
LIEU : Mutualab, 19 rue Nicolas Leblanc

✦✦MARSEILLE✦✦
Annabelle Verhaeghe
Arno Calleja
Nat Yot
Maxime Hortense Pascal
Noémi Lefebvre

HEURE : 18h30 – 21h30
LIEU : Centre de la Vieille Charité, 2 rue de la Charité

✦✦MONTRÉAL✦✦
Gabrielle Giasson-Dulude
Shawn Cotton
Sébastien Dulude
Renée Gagnon
Hervé Bouchard

HEURE : 13h30 – 16h30
LIEU : Médiathèque Gëtan Dostie (La Passe), 1214 rue de la Montagne

24 mai 2015

[News] News du dimanche

Après la UNE : "Christian PRIGENT dans tous ses éclats", nos riches Libr-événements : à Marseille, mercredi Montévidéo #20 avec la revue MUSCLE ; en Seine-Saint-Denis, dialogue entre Franck Smith et Georges Didi-Huberman ; et les RV avec le Général Instin à ne pas manquer.

 UNE : Christian PRIGENT dans tous ses éclats

â–º Retour sur "Le désir de littérature, en somme" (soirée Remue.net animée par Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel, autour de Christian Prigent et de Bruno Fern, vendredi 22 mai 2015, de 20H à 22H) : vidéos de Vanda Benes.

Extrait 1 ; extrait 2 ; extrait 3.

â–º Christian Prigent, La voix de l’écrit. Lectures et entretien sur la littérature, Lycée Ernest Renan Saint-Brieuc (amphi Mona Sohier-Ozouf), lundi 1er juin 2015, de 18H à 19H30. http://www.lycee-renan.fr/index.php…

â–º LA VILLE BRÛLE, BERLIN SERA PEUT-ÊTRE UN JOUR
Rencontre avec Christian Prigent (auteur), Patrick Suel (libraire) et Marianne Zuzula (éditrice) autour du livre Berlin sera peut-être un jour de Christian Prigent (éditions La ville brûle, 2015)
Le mercredi 17 juin 2015 à 19 h à l’Institut français de Berlin http://www.institutfrancais.de/…/berlin-sera-peut-etre-un-j…

â–º On consultera avec intérêt le Fonds Prigent à l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine).

 

Libr-événements

â–º Mercredi 27 mai 2015, les mercredis de Montévidéo #20, de 19h30 à minuit pile

20h15 : Sortie de la revue MUSCLE # 5, avec Simon Allonneau, Arno Calleja & Laura Vazquez.

MUSCLE est une revue de poésie bimestrielle. C’est une feuille pliée qui accueille deux auteurs par numéro – et donc deux textes courts : des textes d’étrangeté, souvent occupés à penser, souvent préoccupés par l’invention de formes.

MUSCLE souhaiterait que chacun de ses textes soit lu dans sa densité et dans sa beauté propre mais qu’aussi la lecture de l’un puisse vriller la lecture de l’autre, ou encore, que la lecture des deux puisse créer un troisième texte, hybride, mental, possible. Ce serait comme une expérience. MUSCLE se voudrait une expérience de lecture miniaturisée et aimerait constituer patiemment, numéro après numéro, une petite bibliothèque très portative de textes expérimentaux, intensifs, inventifs.

La pièce d’Antoine Boute "Forêt/massage/peuple", sera diffusée dans le Hall de Montévidéo.

INFOS PRATIQUES : 3, impasse Montévidéo à Marseille, entrée Libre (+ adhésion) ; durée : 45min environ. Renseignements et réservations au 04.91.37.97.35.

 

â–º Mardi 2 juin à 19H, "La Mémoire brûle", Archives nationales (59, rue Guynemer à Pierrefitte-sur-Seine – 93) : en résidence, Franck Smith invite Didier Didi-Huberman. On se souvient des vers de Baudelaire : « Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu »… Dans cette conférence (avec projections d’images), Georges Didi-Huberman proposera quelques éléments d’une réflexion en cours sur la question des soulèvements : pourquoi, mais aussi depuis quoi, se soulève-t-on contre un certain état du temps présent ? À la question du « pourquoi » répond celle du désir, bien sûr. Alors on « brûle » de désir, on « brûle » de former l’image de son désir (ce qu’Ernst Bloch appelait le Principe Espérance) en vue de le réaliser dans la pratique. À la question du « depuis quoi » répond celle de la mémoire. Mais comment penser le fait que l’on puisse « brûler » (désirer) de mémoire ?

Cette conférence sera suivie d’une discussion publique entre Georges Didi-Huberman et Frank Smith.

 

â–º Du 4 au 7 juin 2015, rue Dénoyez (75020 Paris), ne manquez pas les RV avec le Général Instin. LE PROGRAMME (pour plus de détails, voir Remue.net)
Pour plus de détails sur les participants, visualiser le dossier de presse.

Chaque soir,
de 18h à 20h : sonorisation de la rue, atelier, tracts, installations
de 20h à 21h30 : conversations, performances, lectures

En continu : expos, street-art

Jeudi 4 juin  : Paul Ardenne (critique d’art et muséologue) & Stany Cambot (plasticien et architecte) ; Anne Kawala (écrivain performeuse) ; Marc Perrin (écrivain performeur) ; Poésie is not dead (François NotDead, Michel Bertier, Gaetan Saint-Remy, Nâzim Boudjenah, poésie-vidéo-son) ; Sadhus (Tim, Fred, Pedrô !, musique)
Vendredi 5 juin  : Véronique Mesnager (commissaire d’expositions) & street-artistes ; Maja Jantar & Vincent Tholomé (artistes-auteurs performeurs) ; Christophe Caillé+Séverine Batier+Dominique Cassagne+Sylvain Granon+Alice Letumier (écrivain et comédiens) ; Maël Guesdon & Marie de Quatrebarbes (écrivains) ; Poésie is not dead (François NotDead, Michel Bertier, Gaetan Saint-Remy, Nâzim Boudjenah, poésie-vidéo-son) ; Sadhus (Tim, Fred, Pedrô !, musique)
Samedi 6 juin  : Eric Hazan (écrivain et éditeur) & Maxime Braquet (historien, spécialiste de Belleville) ; Philippe Aigrain (écrivain) ; Curtis Putralk (artiste et poète) ; a rawlings & Maja Jantar (artistes pluridisciplinaires) ; François NotDead (performeur)
Dimanche 7 juin  : Patrick Boucheron (historien) & Camille de Toledo (écrivain) ; Curtis Putralk (artiste et poète) ; Emmanuèle Jawad (écrivain)  ; Cécile Portier (écrivain) ; Sadhus (Tim, Fred, Pedrô !, musique) 

8 mai 2007

[revue] La mer gelée n°4

cover4.jpgRevue La mer gelée, création et critique (revue bilingue franco-allemande)
n°4. PERDRE ! 153 pages. 10 euros. ISSN : 1772-0613
www.lamergelee.com – redaction@lamergelee.com

Sommaire :

– Johannes Jansen : Dans le passage (extrait), Traduction : Alban Lefranc
– Jean-Pierre Faye : Bataille : le très sombre noyau
– Monika Rinck : Summer of loss, Traduction : Alban Lefranc / Aurélie Maurin
– Alain Denault : Faire l’économie de…
– François Athané : Ni justice ni juge
– Odile Kennel : Maison mien chantier / Penser sauge et toi / Questions sur le coq de bruyère, Traduction : Olivier Le Lay
– Serge Pey : La langue arrachée
– Ron Winkler : configuration pluie / éponges / nuages, Traduction : Olivier Le Lay
– Alban Lefranc : Jimmy
– Arno Calleja : La ligne
– Anne Monfort : Rien ne fait mal
– Daniela Dröscher : Lune/ mienne/ près de moi, Traduction : Alban Lefranc

# Michael Kutsche : dessins
# Catherina Deinhardt : mise en page

Editorial :

« PERDRE !

où le lecteur attentif découvrira :

Que la sauge ne sait pas comment elle s’appelle

Qu’un chien à qui l’on injecte du sang de chien fatigué devient lui-même fatigué

Que la mort est de la vie portée à ébullition

Qu’il est une viande à boucherie

Qu’il faut s’imaginer une corrida à soi tout seul

Que lorsqu’il lit un texte, il lit sur une langue arrachée

Qu’une communauté secrète et furtive maintient le monde à température supportable

Qu’on ne sait pas ce que peut un corps

Qu’une progression facheuse des prévisibles augmente le monde inhumainement

Que des poissons peuvent être une réunion de poings serrés

Que le deuil du malheur est une bon garant de la norme

Que la structure sociale est le résultat de la convulsion sociale »

Premières impressions :

C’est avec un trés grand plaisir que nous découvrons cette trés belle revue de littérature contemporaine bilingue, chose rare, qui se présente comme « une entreprise de démolition » dirigée par Alban Lefranc (Berlin / Paris), Anthony Morosoli (Paris), Daniela Dröscher (Berlin), Aurélie Maurin (Berlin) qui paraît deux fois par an des deux côtés du Rhin depuis 2004. Une ligne trés exigeante sur le plan littéraire autant que politique, pour une exploration pointue de cette injonction « perdre! », cri à rebours de l’idéologie dominante de la réussite et de l’acquisition. On y trouve aussi bien des textes de fictions que articles théoriques, ainsi que de la poésie, les auteurs français et allemands sont en majorité de jeunes écrivains, mais on retrouve aussi des auteurs reconnus comme Jean-Pierre Faye, ou Serge Pey. Nous ferons une chronique plus approfondie de cette revue qui mérite le détour et surtout une lecture attentive.

21 mars 2007

[Recherche] Poésie de face sans fond : quelle fut la prétention faciale ?

Tarkos, photographie d'Olivier Roller (2000)[Je donne à lire ici un chapitre extrait de Meccano, sans mode d’emploi, [essai sur la poésie contemporaine qui aurait dû paraître chez Al dante] qui tente de mettre en évidence ce qu’est la facialisme, et en ce sens ce qu’a, ce qui a, travaillé l’écriture de Tarkos. Cet article entre en écho avec celui que j’avais consacré à Tarkos, dans le numéro d’Action poétique qui avait été publié en 2005 après sa mort. Alors que le débat sur Libr-critique est ouvert à propos d’Arno Calleja, il me semble pertinent de faire lire cette brève recherche. J’ai retiré un certain nombre de notes qui étaient inutiles.]

La poésie faciale n’aura été, en définitive, présentée que dans une seule et unique revue : Facial, revue qui n’eut, de plus, qu’un seul et unique numéro. Quelque soit ensuite la volonté de Pennequin de renouer avec ce qui s’est donné intuitivement avec celle-ci, toutes les autres tentatives semblent maladroites, avortées [1], manquant tout simplement ce qui fut annoncé dans ce seul et unique numéro ayant eu la prétention de marquer un « mouvement littéraire » [2]. La poésie faciale serait alors peut-être de l’ordre d’un échec, d’un de ces nombreux mouvements qui naissant et meurent rapidement, que cela soit faute d’énergie, des relations humaines mouvementées ou tout simplement et plus essentiellement de l’impossibilité réelle de la logique de mouvement.
C’est dans ces limites que je vais tenter de mettre en évidence ce que furent les recherches facialistes et en quel sens, cette littérature s’est en quelque sorte échappée de la logique de négativité liée à la modernité, pour se poser en rapport avec une poétique ne se définissant que selon la circulation horizontale de la langue.

Topos
Le nom l’indique, la poésie faciale détermine un topos, la question de l’espace même du poétique, de la langue, de sa surface. En conclusion de la revue, est énoncé le fait que la poésie faciale est une poésie à une face, à savoir une poésie sans arrière pensée, sans profondeur, tout en aplat de langue. 1er constat : si en effet c’est une poésie sans arrière pensée, pensant dans la mobilité des seuls mots en présence, cela pose la question d’une possible stratégie de mouvement.
Mais cet aplat de langue, de la langue à plat, aplatie sans pourtant être affadie, n’est qu’un des versants. L’autre facialité, en jeu, est celle de l’existence et du monde. Le monde est considéré comme surface sans épaisseur, comme lieu de la décharge immédiate et totale des choses. Poétique qui relie à la fois une question linguistique et de l’autre une question ontologique.
Ceci ressort parfaitement de la déclaration initiale de la revue : « brut et non épais le poème à plat exactement étalé sous les yeux dans toute sa longueur y s’embarrasse pas d’intérieur » [Facial, p.5]. En frottement au monde, la poésie faciale ne s’élabore pas comme plongée dans les obscurités du monde, vers un ou des fondements en retrait, mais traite la réalité phénoménale du monde en tant que bouillonnement, en tant que variation en surface de causalités à définir linguistiquement. [Généalogiquement, même si les auteurs dont il est question ici ne les avaient pas forcément découverts, il y a un trait partant de Stein en passant par Beckett.] Et ceci sans détour, sans que se creuse des plis où s’enfleraient, se dilateraient la possibilité d’un récit, ou encore s’amplifierait la présence chargée des choses [3]. Pennequin le rappelait lorsqu’il donnait la ligne d’horizon du blog facial : « Facial parle de la poésie qui a une face la poésie à une face est une poésie qui ne fait pas de détours il ne sert à rien de faire un détour si on veut perdre la face c’est pour ça qu’il existe une poésie de face à une face dite facial pour perdre la face sans faire de détours ». Le topos de cette poésie, son lieu de porosité au monde n’est pas dans l’épaisseur des choses, comme si elles portaient en elles une épaisseur substantielle à retrouver, comme s’il y avait certaines vérités à en énoncer, mais il est de l’ordre du superf[i/a]ci[e/a]l.Dire qu’il n’y a pas d’intériorité à trouver cependant ne signifie pas que la parole n’ait pas une source propre au sujet. En effet les poésies faciales loin de se constituer comme une littérature où il y aurait neutralisation de la subjectivité écrivante — comme c’est le cas souvent dans les littératures cognitives qui interrogent l’époque post-moderne — se construisent autour de la chambre d’échos de la réception singulière du monde de chacun des écrivants. À noter : la prépondérance de la monologie, de la position centrale du regardant-parlant hyper-subjectivé. L’exploration du topos n’est pas objectivante, mais hyper-subjectivée dans une position proche de l’idiotie de chacun des poètes. Le topos est le lieu d’une dissection de ses logiques selon l’arbitraire de la perception idiote.
Proche de l’idiotie au sens où ils expriment chacun à leur manière des logiques de connexion au monde où se révèle un permanent étonnement, une sorte de précipitation naïve, voire proche de la folie. « L’idiot est sérieux. Le simplet simplet. Le carré carré. On ne sort pas de là. Rien à trouver en dehors de là » [Facial, p.6]. Le sujet s’exprimant, ne tente pas ainsi de parvenir à une vérité qui lui serait fondamentale, mais de tourner au carré son rapport au monde, au carré, à savoir rigoureusement, le plus sérieusement du monde. Le carré implique une quadrature rigoureuse, dissécant chaque phénomène, monrant un archi-visible totalement inaperçu. Que l’on considère le rapport à la chaussure de Nathalie Quintane. Ce rapport n’est pas issu d’une neutralisation/abstraction de la subjectivité, mais d’une connection hyperdensifiée à l’objet chaussure de la part du sujet. D’une intériorisation de l’objet en tant qu’objet de langage, posé dans un ordre de causalité propre à la subjectivité écrivante qui perçoit. Cela ressort de même du simple titre Remarques. La remarque n’est pas seulement la marque, mais l’effort tendu d’un sujet à propos de la marque, de ce qui vient l’impressionner, l’imprimer, l’impacter.
Le sujet n’est pas absent, n’est pas construit, n’est pas en souvenir, mais en quelque sorte en parage du titre de Pierre Alferi, il se tient dans le chemin naturel d’un frayage de la réalité. S’il est combattif, pour poursuivre le rapprochement, sa lutte est d’abord et avant tout linguistique, de l’ordre d’une langue à l’œuvre qui désoeuvre le topos rencontré par une refonte des causalités et des contenus. Cette poésie percevante déconstruit la réalité, en immobilise certains effets, en monrent d’autres, et tout ceci sans an avoir l’air, selon la voix d’idiotie singulière.
Dans le signe =, Tarkos tente d’articuler cette question du sujet et de sa conscience du monde, articuler, à savoir définir que la conscience éveillée n’est autre, par ses manipulations du sens/flux que l’articulation du monde. Tel qu’il l’énonce : a/ la conscience est tout d’abord impactée par ce qui vient la toucher (« Une chose sensible au hasard flottant directionne l’entendement ») ; b/ il y a saisie, conscience de cet impactage (« il y a toujours sa captation ») ; c/ ce qui vient impacter et qui est saisi, en tant que hasard flottant, va être tactilement modeler, expérimenter par la conscience, comme si elle possédait d’abord et avant tout comme propriété une plasticité de devenir, et non pas la staticité d’être (« ça a une forme bouleversée monstrueuse modifiée modifiable modelée caoutchouc » [Le signe =, p.83]).
Cette hyper-subjectivation du sujet implique donc une hyper-subjectivation du monde et des choses. Tholomé lors d’un entretien définit bien ce processus de caisse de résonance du sujet avec à ce qui l’entoure, le sujet rencontre dans le quotidien des masses verbales, et donc « le texte est donc comme une réaction à cette « masse ». Comme ce qui frappe est souvent plus entendu que lu, l’écriture et la composition visent à intensifier cela en singeant les manières de parler, en les exagérant. Déformation qui va jusqu’à la caricature parfois. Ou la grimace. De là, l’usage du mauvais parler. Mauvais usage des pronoms. Usage plus qu’indéterminé des structures des phrases, etc. Répétitions abusives et n’ayant aucun sens. Comme dans la vie réelle, en fait. » [Entretien avec Jan Baetens, Romaneske, 1999]
Ainsi, l’idiotès du facialisme ne rejoint pas l’idolectal de l’illisibilité moderne, mais est l’hyper-sujet de surface d’un rapport de dérapage au monde et aux choses.

Anodin
La poésie faciale est d’abord et avant tout une poésie de l’idiotès donc, de la posture sans recul face au monde, où le monde s’articule dans sa crudité absurde. S’il y a décrochement du langage communicationnel intramondain, ce n’est aucunement pour consttruire une autre langue, un idiolect singulier qui pourrait atteindre un réel voilé, mais c’est pour en sentir les articulations biaisées, les aléas obligés qui pourtant ne font pas sens, pour en noter, parfois quasi-scrupuleusement, d’une manière carrée, comme chez Quintane ou bien Tarkos, les zones d’opacité de surface.
Tension entre le prédit et le dire, entre ce qu’il convient de dire et ce qui pourrrait peut-être se dire. Tarkos énonce parfaitement cela dans le champ/contre-champ de deux de ces carrés : il met en opposition le falloir de la langue communicationelle et le pouvoir de la langue de l’idiot face au monde : « je n’aime pas que cela se dise ainsi. Je n’aime pas qu’il faille le dire ainsi. Je n’aime pas que cela ait été dit qu’en le disant ainsi. Je n’aime pas le fait qu’il faille le dire ainsi pour l’avoir dit » // « je ne sais pas si ça peut se dire ainsi, je ne sais pas si ça peut se penser, je ne sais pas s’il est juste de penser ainsi » [Ma langue, I. Carrés, respectivement p.24 et p.25. La question de la possibilité du dire est une des lignes directrices de la lecture de ce premier tome de Ma langue].
Il s’agit de faire face au monde dans sa phénoménalité anodine, selon une certaine forme d’étonnement. Ainsi, si on peut penser pour une part à L’art poetic’ de Cadiot, qui les précède de plus de dix ans, ce ne sont pas les mêmes enjeux qui se jouent dans le rapport à l’anodin. Pour Cadiot, dès ce livre, ce qui est visé tient surtout à la question de la verbalité et de ses enjeux, de la manière dont se distribue et se constitue le langage. Son objet n’est alors autre que la trivialité communicationnelle, ou bien encore ce qui définit une règle de style. C’est en ce sens que sa dernière partie, Davy Crockett ou Billy le kid auront toujours du courage , n’interroge rien d’autre que le genre littéraire même du roman d’aventure et se propose ludiquement d’en démonter les rouages. La littérature faciale, si elle plonge dans les masses verbales du quotidien, c’est en tant que celles-ci déterminent des ordres de connections au réel, des ordres relationnels aux personnes, des vécus de sens d’une subjectivité. Dans les Remarques de Quintane ou dans ses Chaussures, aucun sujet proprement littéraire, seulement une saisie de ce qui entoure et qui reste inaperçu, surface des choses et surface du langage. Dans chacun de ces livres, Quintane, met en évidence des traits phénoménaux ininterrogés, passés sous silence, non pas volontairement, mais parce qu’inapparent. Parce qu’il semble inutile de les mentionner, marce que le regard dressé du regardeur régulier est dans l’incapacité de se connecter ainsi à ce qui lui fait face. Poésie faciale = poésie idiote = poésie d’un rapport singulier à la platitude de l’apparence = poésie voyante en touché superficiel de choses .
Tarkos énonce aussi cela, disant que cela ne se « trouve pas dans le vide, se trouve par terre, sur la table, sur le mur, sur les genoux, sur le rebord du fauteuil, sur la planche de tilleul, sur le marbre, sur le banc de bois ». Cela : la langue qui se fait flux. Tholomé, de même n’énonce rien d’autre : ce qui l’impacte : « une voix, le texte d’une affiche ou d’une publicité, ce que dit un père à sa fille, une bribe de conversation. N’importe quoi en fait ». Pennequin, idem, comme je l’ai déjà analysé à plusieurs reprises, est traversé, transpercé à longueur de temps par cet anodin qui se révèle dramatiquement existentiel pour la conscience.
L’anodin, la silencieuse masse matérielle de ce qui fait monde est le lieu à partir duquel s’écrit la poésie faciale. Elle a évacué les instances métaphysiques, d’une certaine manière la question du sujet, le posant dans son idiotie étonnée, qui fissure l’insignifiance de la conception du monde. De même qu’elle se détourne de tout rapport savant à la langue et à la culture, au profit d’interrogations sur les causalités qui lient les choses .
Dans son texte home made, Tholomé insiste sur cette caractéristique de l’anodin propre au poétique : « cher ami à partir de 1998 il se fait que vincent tholomé entama le long processus des poèmes faits maison poèmes composés à partir des matériaux qu’il trouva chez lui et que jusqu’alors il avait négligé alors que toutes ces choses lettres papiers peints (…) toutes ces choses là il les avait chez lui et constituaient qu’il en ait consciencee ou non le substrat même de l’activité mentale de vincent tholomé » [Facial, p.73]. Tel qu’il l’écrit l’anodin, l’accessoire, ce qui n’est pas en rapport d’essence avec la conscience, est pourtant la matière même de la conscience, ce qui la constitue. La poésie de l’anodin n’implique pas un désépaississement du monde, mais un rapport accru à sa matérialité de fait, à ses articulations données, sans que soit réinjecté l’idéalisme d’une subjectivité qui voudrait en trouver un sens caché.

Sans fond et langue : la poésie est la trace d’un dérapage
Si la facialité tient bien de cet anodin, elle est aussi attachée à la logique de flux des mots, comme j’ai commencé à le dire.
Ce ne sont pas des mots employés que la poésie faciale trouve sa consistance car si la langue de Tarkos est poétique, « elle ne s’agence pas par l’accumulation de poids de plus en plus lourds d’un appareillage de torchis, de briques, de pierres et de parpaings »[Ma langue, I, p.7].
Le facialisme est d’abord l’ouverture à un dérapage tant logiques que linguistique.
Ces dérapages, on les conçoit selon l’ordre des remarques, des jonctions, des précipitations des liaisons logiques. Déraper signifie être emporté par la masse en mouvement, celle-ci laissant une trace (de pneu ?) dans son effort d’arrêt, ou dans la rectification de son mouvement. Le dérapage pose toujours la question d’un se laisser emporter, d’un se laisser entraîner, tracter, déporter par une masse quelconque. Ici en l’occurrence la masse des mots et de leur liaison.
Si on considère le texte de Tholomé ou de Tarkos dans la revue Facial, ils traduisent bien cette idée du dérapage, du jeu de déplacement selon la masse mobile du langage. La question de ce dérapage de la langue obéit au fait que la langue ne se construit pas par points, par étapes, mais selon un processus d’empiettements constants des mots les uns par rapport aux autres.

  • 1. ce qui suppose qu’aucune chose qui est inscrite dans la langue ne puisse avoir un terme.
  • 2. ce qui suppose que le langage est, au sens de Derrida, travaillé par une différance.Le dérapage de ces langues amène à penser qu’il n’y a pas de réelles unités organiques aussi bien dans les mots que dans ce qui est dit. Il y a toujours un différentiel qui hante les expressions, qui poussent à briser la dîte en l’amenant à son déport dans un perpétuel à-dire. Derrida, dans Positions, expliquait que la différance, ne renvoie aucunement bien évidemment à une réalité substantielle extérieure. Mais qu’elle désigne dans le langage le jeu essentiel de différentiels, faisant que toute énonciation se donne selon les conditions même de son manque, de ce qui lui est extérieur, en tant que conditions intérieures de son énonciation. La différance « est une structure et un mouvemennt du jeu systématique des différences, des traces de différences, de l’intervalle par lequel les éléments sont reliés les uns aux autres, sans quoi les termes pleins ne signifieraient rien, ne fonctionneraient pas ».Poésie faciale = poésie de merde
    Poésie de l’anodin, à une seule face, celle d’une langue en dérapage, langue flux, langue résiduelle du corps en espace de monde, cette poésie a été appelée par Tarkos : poésie de merde. Mais en quel sens, car d’emblée est précisé que « la poésie de merde n’est pas la poésie de merde comme on l’entend » [Facial, p.104] . Tarkos, dans Signe =, définissait en 1999 ce qu’était la merde en rapport à la langue, au sens où pour lui s’établit une nécessaire relation . « La merde est la seule chose qui est produite avec les paroles qui vient du ventre, qui vient de l’intérieur et qui est personnel » [Signe = , p.49]. La merde n’est pas ontologiquement négative, mais elle est la trace œuvrée du corps, elle est déterminée positivement ontologiquement. La merde est le travail d’une digestion, de décomposition, recomposition lente et continue, qui n’arrête pas de s’agglutiner, de se recomposer/éjecter du sujet au même titre que la parole. Dans ce processus physiologique personnel, ce qui doit être compris, c’est que pour faire de la merde, il faut avoir absorbé. L’absorption, comme je l’ai indiquée au niveau du langage, tient à l’emplissement constant des énoncés intramondains. Tient au fait qu’il n’y ait aussi de choses que dans le langage et sa saisie en mouvement.
    Lorsque Tarkos définit le pâte-mot, il se réfère surtout au travail de broyage, et aux liaisons compotées entre les éléments broyés. Le broyé et l’aggloméré redoublent ce que j’ai déjà énoncé sur le topos de surface et l’anodin : par rapport à la chose « il n’en va pas de son apparence intérieure » + « il n’y a pas de loi, les lois ne sont pas en cohérence, les lois sont molles » = « le pâte-mot est la substance »[Signe = , p.32-33] . Véritable épistémologie du langage, Tarkos, ici, indique que le réel n’est de l’ordre que de cette pâte-flux de mots, et que s’y tenir, ne tient qu’au déport constant de cette dissolution des fausses unités organiques données aux choses et à leur ressaisissement dans la fluctuation des assemblages de la langue.L’impossible pérénité : l’idiotie ne se copie pas
    Alors que la poésie faciale a une existence mort-née en tant que mouvement — puisque ce qu’elle implique est contradictoire avec l’idée même de mouvement littéraire — bien que dans la pratique elle soit toujours en Å“uvre chez des poètes comme Pennequin, elle a marqué, et semble avoir fait des adeptes. Langue idiote que chacun pour soi, on entend, qui se décline et dérape selon les circonstances, en quelque sorte, l’idiotès hante, et hante ainsi aussi la voix singulière de Tarkos, ou de Pennequin. Toutefois, chez ceux qui tentent de pratiquer une écriture facialiste, il ne semble pas que cela soit de même nature. Qu’il y ait le même travail en Å“uvre, il suffit de regarder le travail par exemple d’Arno Calleja, qui a participé très activement à la création du blog de merde avec Pennequin.
    Lorsque l’on lit les textes de Calleja, il est bien évident, que formellement, cela semble se donner facialement : flux ininterrompu, glissement constant des motifs, réduction du langage à des séquences mastiquées, pensée crisique du surgissement du poème. Toutefois, la ressemblance s’arrête-là, du fait que chez cet auteur, l’ontologie de la langue appartient davantage à celle d’une modernité inquiète par le sujet et sa réification, qu’au chantier mis en Å“uvre par les facialistes. Nous avons vu que la facialité tenait à un rapport personnel et singulier à la langue, qui refuse justement l’intériorisation, à savoir qui ne repose pas sur l’axe vertical d’un sujet intérieur qui s’exprime, mais qui se compose horizontalement sans identité selon l’ordre des glissements linguistiques. Le sujet facial, n’est pas habité par une intériorité, n’est pas en proie à des contradictions psychanalytiquement déterminables, mais est dans un multiple machinique de soi qui se compose/décompose linguistiquement [en ce sens Jacques Sivan serait certainement plus proche du facialisme que beaucoup qui pensent en être proches par la mimétique de la langue]. Cette singularisation, où s’élabore la poésie de merde est en ce sens, hétérogène à toute forme de substantialisation de la langue comme réalité ontologique autonome. De même, elle ne se pose pas dans la logique du trou, mais de la surface, du déplacement. Sa négativité est celle de l’effet opérée sur des structures établies et non pas en tant que cause [sujet, ou bien réalité].
    Or quand on considère ce qu’énonce par exemple Calleja, on fait face à une substantialisation de la langue et régulièrement à une mise en perspective du trou.

    [1]Pennequin, en 2004-2005 a tenté de réactiver le champ de la poésie facial en créant sur internet le « blog de merde », en liaison avec Arnaud Calleja. Or, s’il a pu y avoir des textualités qui s’en sont rapprochées, à commencer par celle de Pennequin et de Calleja, ce blog retranscrivait bien d’autres formes de textualité, ce qui ne permit aucunement de comprendre ce qu’était l’angularité de l’approche poétique du facialisme.
    [2] Sur la couverture, en effet, nous pouvons lire : mouvement littéraire. Il s’agira bien évidemment dans cet article d’interroger la possible constitution d’un tel mouvement. Était-il possible de le constituer, est-ce qu’une telle volonté n’était pas tenue en échec à partir de la compréhension de la langue véhiculée dans cet horizon poétique ?
    [3] Ce que l’on pourrait trouver en quelque sorte chez des écrivains contemporains comme Hubert Lucot ou bien Didier Garcia. En effet, chez Lucot, par exemple dans Langst, l’écriture n’arrête pas de s’amplifier, et ceci depuis le grand graphe qu’il a accompli au début des années 70. Le récit, impossible en sa structure, se tisse par la jonction, autour de chaque motif, de la diversité des temporalités relatives aux motifs lui-même. Le flux de présence est sans cesse coupé, déporté, relié à des fondements qui en sont les soubassements, vers des remarques qui le rectifient, et ceci au rythme d’un jeu de ponctuations, de retours, de remarques, par ce qu’il enveloppe, comme s’il était nécessaire pour chaque énoncé d’envelopper et d’exprimer avec lui la totalité du champ à dire, du champ du dire qui le concerne. L’épaississement alors du phrasé, qui a influencé Didier Garcia, et que l’on constate dans Fragments pour l’aimée, ne vient pas d’un dérapage de surface mais d’un engrossement intérieur de la phrase par le jeu des résonances propres à la mémoire et la pensée de celui qui écrit.

  • [réponse] Sur Arno Calleja

    Filed under: News,recherches,UNE — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 3:05

    Suite à l’article sur le n°6 de la revue le Quartanier, et à la note sur le travail de Arno Calleja, les réactions furent rapides, énervées, pleines d’injures pour certaines, et de mécompréhension pour d’autres, je vais donc essayer d’éclaircir le propos tenu dans cette chronique. Ce petit article devait être une simple réponse aux commentaires de Antoine Hummel et Ludovic Bablon, mais se faisant au fur et à mesure de son écriture plus longue et plus précise, j’ai pensé qu’il pourrait être publié ici.

    Si je peux reconnaître ma critique rapide, et peu argumentée, à propos de Calleja, elle n’est pourtant ni un dédaigneux revers de la main, ni un a priori, ni le signe d’une lecture rapide de cet auteur, elle est plutôt la manifestation d’un certain agacement et même d’une certaine colère face à son travail, que je connais bien le suivant déjà depuis trois ans environ (à travers des textes sur le net, revues, livres, lectures…). Elle se voulait aussi un petit coup de pied alors qu’il est de bon ton de dire les choses entre soi, plutôt que d’affirmer clairement des partis pris, afin d’ouvrir le dialogue, et pourquoi pas la polémique, à propos de ses textes et des questions qu’ils soulèvent, les réactions d’ailleurs n’ont pas tardé. ( y compris de l’intéressé qui m’a écrit une très belle lettre à laquelle j’ai répondu, lettre qui engage un dialogue justement et qui n’est pas simple invective et insulte, contrairement à d’autres mails et commentaires reçus).

    Tout d’abord, dans ma chronique du Quartanier n°6, je n’ai jamais parlé ni utilisé les critères de « nouveauté » et de « modernité », qui d’ailleurs n’est pas simplement un vieux concept, mais un concept classique qu’il ne faut cesser d’interroger, et qui n’en finit pas d’être interrogé lui-même par les travaux littéraires en train de s’écrire …
    (NB : par ailleurs, oui, quand j’ai découvert Tarkos, je me suis dit que je n’avais jamais entendu ni lu un truc pareil, oui c’était nouveau, et je pense que le travail de Tarkos est vraiment inédit, « jamais dit », je ne trouve rien qui lui ressemble, et cet inédit est tellement fort dans son cas, que le critère de nouveauté peut être un critère, même s’il n’est pas le seul, de qualité.)
    Cependant, je ne juge pas Calleja à l’aune de ces concepts, mais je ne peux pas non plus le lire détaché de toute relation dans le champ littéraire, de toute histoire, de toute généalogie, et il se trouve qu’avant lui il y a eu Tarkos, et Pennequin (qui est toujours là lui) __ la proximité avec ces auteurs est flagrante, je ne vois même pas comment cela pourrait être autrement, ne pas le reconnaître serait de la malhonnêteté et de la mauvaise foi. Par contre, je reconnais n’avoir fait qu’affirmer ce fait sans l’argumenter, ce que je vais donc faire :

    En effet, Calleja n’est pas un « plagiaire », le terme ne convient pas (je ne l’ai d’ailleurs pas employé), mais la proximité entre Pennequin et Tarkos et lui me semble indéniable, donc de quelle proximité s’agit-il ?
    Des travaux qui sont proches de ceux de Pennequin et Tarkos, il y en a beaucoup, poursuivre les pistes, les interrogations, les formes qu’ont lancées ces deux auteurs, pourquoi pas, il peut y avoir des choses intéressantes …
    Mais dans le cas de Calleja, une chose me gêne profondément : c’est une proximité qui veut se masquer elle-même, qui ne reconnaît pas la généalogie dans laquelle elle se situe, je ne trouve pas cela correct (aucune morale là-dedans, même si je ne trouve pas d’autre mot), vis-à-vis de Tarkos, qui est mort, et qui ne peut plus rien dire. Je pense que c’est un auteur majeur, dont la reconnaissance n’est pas encore assez solide et établie, il est donc encore facile de le recouvrir par d’autres travaux qui sont dans la reprise et la continuation de son travail. Déjà des gens rencontrés m’ont dit « ah alala que c’est bien Calleja » et ils n’avaient pas lu Tarkos, je trouve ça intolérable, comme si on enterrait une deuxième fois Tarkos, peut-être mon côté historienne que d’être comme ça préoccupée par la mémoire, mais je pense que c’est important …
    2ème chose : la proximité d’entretient Calleja avec Tarkos et Pennequin est une proximité qui me semble en deçà des possibilités qu’ont ouvertes Tarkos et Pennequin dans la langue.
    Car Calleja est dans la reprise d’une forme, (et oui on peut parler d’une forme, comme on parle de forme en peinture, en cinéma, en musique, etc…toute création est faites d’idée(s), de matière(s) et de forme(s)), d’une mécanique, d’un rythme, d’une construction qui est parfois plus celle de Tarkos, parfois plus celle de Pennequin __ forme qu’il n’arrive pas à renouveler, et dans laquelle, toute la singularité de son écriture, toutes les pistes et idées personnelles qu’il ouvre (car oui il y a des choses intéressantes dans ses textes) ne peuvent véritablement se déployer tellement elles sont prises dans et recouvertes par cette forme. Ainsi tout ce qui pourrait se jouer vraiment dans son texte est déjoué par cette forme, à mon sens.
    En effet, les formes, les mécaniques, les logiques respectives de Pennequin et Tarkos sont tellement singulières, tellement définies, dessinées, abouties, qu’il est à mon sens très difficile de les reprendre ; mais elles sont en apparence tellement simples, élémentaires (tout en étant aussi complexes quant aux éléments qu’elles mettent en jeu et dans la manière de les agencer) qu’il peut sembler très facile de se les réapproprier.
    La question qui se pose alors est : le travail de Pennequin et Tarkos peut-il trouver des successeurs qui parviennent à le reprendre tout en le renouvelant ? peuvent-ils laisser des enfants qui ne soient pas de mauvais ersatz ? je ne pense pas, mais j’attends que l’on me prouve le contraire, que ce soit de façon théorique ou pratique.
    Ainsi, Calleja me semble échouer dans la reprise des langues de ces deux auteurs auxquels il reprend de nombreux éléments et caractéristiques, et n’être que dans une duplication qui rate, en plus, ce qui est en jeu dans le travail de Tarkos, c’est-à-dire cet étirement, cet étalement de la langue, d’où ce mot de facial, sans profondeur, simplement en surface, poésie de l’horizontalité, dont les seules profondeurs ou perspectives sont des jeux de géométrie produits par les agencements particuliers qu’il fait de la grammaire et du sens. Chez Calleja il y a, dans la petite mécanique de syllogismes finement huilés mais trés rhétorique, les profondeurs d’un sujet qui tourne autour de son propre abîme, et qui réintroduit de la verticalité, d’où la mise en échec de la grammaire de son écriture, qui paraît alors d’autant plus comme un emprunt.
    Là où la rumination schizophrénique de Pennequin ouvre sur une multiplicité de voix et d’énoncés du monde qui le traverse de toute part, là où sa langue macératrice et ravageuse est un forage qui détruit, déjoue l’ego, Calleja rate ce forage de lui-même (contrairement à ce qu’il écrit – texte « poésie crisique » dans la revue Los flamencos no comen p.48) en maintenant un sujet unifié, enfermé dans une rumination de lui-même, qui ne fait que répandre et déverser sa psychologie dans un fleuve, un ruisseau, un égout, ou dans ce qu’il appelle « une psychidité », de psyché et liquidité (cf. texte dans le pdf Reprise 4 des Cahiers de Benjy).
    « je suis en train de me singulariser, je ne parle jamais de moi au pluriel, parce que je n’en suis pas encore là, j’en suis encore au singulier, à chaque fois qu’on dit je c’est toujours singulier, pour plusieurs je, on ne met pas de s à je non plus, bien qu’il s’agisse du pluriel » (Hargne)
    « j’me sauve par moi. au trou de moi. le trou c’est moi. c’est moi qui sent pas bon. je sens moi. que j’ai une fuite. ma salive coule à l’égout. à l’ego d’moi-même. j’me sauve au ruisseau. par l’ruisseau d’ego. je coule le moi. dans la salive. pour qu’il se sauve. » (texte sur Inventaire/Invention, Cheval)

    Calleja se cogne frontalement au monde, il se pense lui-même face au monde et aux choses, là où Pennequin n’est qu’une éponge traversée de part en part, là où Tarkos est immergé, dissolu dans les éléments du monde et dans le langage.
    Là où la poésie de Tarkos est une poésie des choses du monde, une poésie d’objets, bâton, caisse, bidon, merde, terre, oiseau, air, argent, etc … la poésie de Calleja parle seulement de lui, et ce n’est pas parce qu’il prend la voix d’une femme dans plusieurs de ses textes (dans la revue le Qr, ou dans son texte sur remue.net « Légen ») que ce n’est pas toujours lui, ou un sujet … d’ailleurs il le dit « Je suis moi-même mon autre c’est totalement identifié. » Alors que l’on ne me refasse pas le coup de la différence entre l’auteur et le narrateur, on n’est plus à l’école.
    Cet affrontement face au monde se traduit par une position peu originale et assez basique dans son expression__ à savoir une critique de la dévastation sociale par le Capital (cf. le texte de la revue Qr, le texte sur remue.net)__ et donc par des figures binaires récurrentes : « légen riches et légen pauvres », la parole libre et la « parole d’esclave », les maîtres et les opprimés (cf. texte sur remue .net) ,
    Et cette position a son pendant dans l’écriture : Calleja ne rentre pas dans l’écriture, dans la langue, mais ne cesse de tourner autour, de la poursuivre. Contrairement à ce qu’il dit à la fin d’un texte Hargne : « je suis dans la langue », si il y était peut-être n’aurait-il pas besoin de le dire ? mais accordons-lui le fait qu’il y soit s’il le dit, je dirais alors qu’il n’est non pas dans la langue, mais dans les mots, pris dans les mots, empêtré dedans, à tel point qu’il ne parvient pas à toucher l’écriture. Il poursuit les conditions de possibilités du surgissement de l’écriture (la pauvreté, la maladie, la crise, la vitesse, la lutte contre l’aliénation, ect…), il parle de l’écriture, il est dans un vouloir de l’écriture avec ses « je veux », « il faut » mais il n’est pas dans l’écriture, comme le sont Tarkos ou Pennequin :
    cf. texte Cheval, « je veux être dans la vitesse » « je veux que personne n’arrête ma vitesse. je veux pas qu’elle s’arrête la vitesse. on arrête pas la vitesse. tout est vitesse. rien ne s’arrête. dedans rien ne s’arrête. »,
    « il y a encore du travail à faire, il faut être, il faut être dans la philosophie, être dans la parole, le soir on continue une parole qui n’est pas la même parole que la parole du jour au travail, le travail est la parole qui ne travaille pas, le travail se fait la journée, la journée c’est esclave que je suis la journée, et le soir je dois trouver une autre parole, une parole qui n’est plus une parole d’esclave, mais qui est une parole du soir, du libre soir de soi, »

    On peut se rendre compte de cela dans une lecture de Calleja à Montévidéo en 2006, il parle de la respiration, du souffle, il parle de cela, mais sans y être. Alors que dans une lecture de Tarkos sur le site des éditions Cactus, (cliquer sur CD, expressif le petit bidon, puis sur « le bonhomme de merde »), on entend Tarkos respirer de façon forte et régulière, il respire, il respire, puis il dit « je gonfle », et continue de respirer, respirer …
    C’est là toute la différence entre Tarkos et Calleja, le premier n’a pas besoin de dire, de parler de, il est dans le souffle, dans la respiration, alors que le second ne fait que tourner autour en en parlant …

    Il faut aussi aller regarder une lecture de Tarkos au CEP à Lyon (surtout la lecture 2, en bas de page) __ et là, on voit bien que Calleja reprend complètement la façon de lire, de dire, entre l’improvisation et l’explication, de Tarkos, tout en reprenant des questions de Pennequin comme par exemple, l’idée selon laquelle c’est pas moi qui parle, c’est la parole qui parle toute seule, c’est la parole qui parle en moi , quand il dit : « je souffle avec des mots dedans » « c’est pas moi qui est mis des mots dans le souffle », « les mots viennent dedans, s’inscrutent », « c’est eux qui ont quelque chose à dire, moi rien ».
    On retrouve aussi cette reprise de l’idée de Pennequin notamment (car on pourrait faire encore de très nombreuses comparaisons, entre Pennequin et Calleja, ce ne sont pas exemples qui manquent) dans un texte publié sur le blog Les Cahiers de Benjy, dans le pdf Reprise 1 : « i paraît que j’ai rien à dire. me dit la parole. i paraît que t’as rien à dire. me dit la parole. i paraît que t’as rien à faire. me dit l’être. je dis à la parole que je criture l’être. elle me dit ah bon. je dis à l’être que je me laisse parler. »

    « Criture est une nouvelle langue dans le français. Criture s’écoule quand ça lui vient, car criture n’est assujetie a rien. Criture parle pour criture, et pour personne d’autre. Criture n’est assujetie, criture n’est aliénée qu’à elle-même. Criture est à la langue ce que bougnoule est au français. »
    Avec son concept assez flou et vague de « criture », qui fait surtout penser à la trace scribouillarde d’un malade de l’écriture, on peut aussi se demander si Calleja n’essaye pas d’inventer un concept opératoire de son travail, comme Tarkos a pu le faire avec « pâte-mot », qui était une idée bien plus complexe et intéressante me semble-t-il.
    Car pâte-mot n’était justement pas pour Tarkos une langue différente de la langue commune, il travaillait avec cette pâte-mot commune, à tous, avec cette langue banale que nous partageons, et il y avait là une dimension politique intéressante. La poésie de Tarkos ne s’extrait pas de la langue commune, elle est faite de celle-ci, donc il maintient ce commun, pour en souligner les fonctionnements, les absurdités mais aussi pour nous indiquer tout ce qu’il est possible de faire avec, pour le réanimer autrement, de façon vivante, pour lui donner de nouvelles intensités, dans une lecture que j’ai entendu de lui, il parlait de cette idée « d’intensification du texte».
    Alors que la criture de Calleja (cf. citation ci dessus) se pense comme une langue étrangère dans le français, et comme une langue pauvre, une langue du pauvre, une langue pour les pauvres __ mais en fait cette langue n’est qu’un idiome singulier, qui ne vaut que pour lui-même, qui ne peut ni être partagé, ni créer du commun, elle lui appartient trop, et d’ailleurs il le dit lui-même, « Criture parle pour criture, et pour personne d’autre. », il reste donc enfermé dans sa criture, impartageable, incommunicable, sa criture tautologique, qui ne parle qu’à lui, à travers laquelle il se parle à lui-même et non aux autres.
    Par ailleurs, on peut encore souligner une proximité avec Tarkos, à travers cette question d’une langue pauvre, simple, “prolétaire”, et les implications politiques qu’elle contient. Tarkos et Molnar avaient réfléchi à cela à travers la revue Poézi Prolétèr de façon plus fine et plus intéressante à mon sens que ne le fait Calleja.

    Chez Calleja, il y a aussi, derrière une naïveté factice, artificielle, une tentation philosophique, une tentative de faire une poésie philosophante, qui pense et qui se pense elle-même, il élabore une sorte d’art (faussement) brut qui philosophe, il y a déjà là une contradiction __ on retrouve d’ailleurs de nombreuses références à Heidegger, à Aristote … (cf. texte dans le pdf Reprise 1 des Cahiers de Benjy : « l’être et la parole sont un couple divorcé, et moi je suis l’enfant séparé », cela signifierait-il que Calleja ne parvient à être ni dans l’être ni dans la parole en même temps, c’est peut-être pour cela qu’il n’est pas dans l’écriture … ?)
    Alors que Tarkos parvient à créer de véritables outils de pensée dans sa poésie, ainsi que des objets de pensée quand il parle d’un bidon, d’une caisse, de l’argent, et en créant des situations cognitives perturbantes, il interroge de façon très vive à mon avis la philosophie, mais sans faire le philosophe, sans être dans une poésie pensante, qui se veut un pensée, il interroge vivement le langage, mais à l’intérieur du langage lui-même, il questionne la parole depuis la parole, c’est pourquoi ses lectures étaient si fortes. Chez Calleja, il y une interrogation de la pensée et du langage de l’extérieur, il tourne autour, s’y frotte, s’y cogne, violemment (et cela peut produire des choses intéressantes) mais il n’y entre jamais véritablement ; on sent ainsi beaucoup trop les lectures philosophiques qui transpirent dans son écriture … Comme le disait si bien Bernard Desportes, il faut apprendre à désapprendre pour pouvoir entrer vraiment dans l’écriture …

    Enfin, pour reprendre la distinction entre les trois rapports à la vérité qu’opère C. Hanna dans un article en hommage à Tarkos sur le Web de l’Humanité , on peut vite se rendre compte en relisant le travail de Calleja qu’il est en fait dans un rapport classique à la vérité, celui que C. Hanna appelle “métaphysique”, et selon lequel la poésie est un outil critique de dévoilement de la vérité du réel, et de celle du sujet face à celui-ci.
    C’est à cela que je voulais faire référence en disant « une posture classique de l’écrivain maudit », et non pas “romantique”, comme l’ont mal lu certains.
    La poésie de Calleja repose sur la croyance que les conditions de possibilité d’une poésie vivante, sa poésie, sa langue “prolétaire”, c’est la pauvreté (cf. texte dans la revue le Qr), la hargne, la souffrance (la crise, la poésie crisique «c’est dans la crise qu’on travaille. on n’est travaillé par la crise. c’est dans la crise qu’on travaille la parole. »
    « la parole crisique fait du corps une chose qui questionne librement. la parole crisique fait du corps une chose libre ».
    Ainsi finalement la poésie crisique, la poésie qui se fait dans la crise, a une vertu thérapeutique qui libère le corps et l’esprit de l’aliénation, on est finalement entre l’art brut et l’écriture automatique (car quand Calleja dit qu’il faut laisser la parole parler, se déverser, sans réfléchir, il réhabilite d’une certaine façon un automatisme de l’écriture), et on sait à quelles illusions et impasses à la fois politiques et littéraires mène cette conception de l’écriture. Car la crise, oui la crise, mais n’est pas Artaud qui veut…

    Mais peut-être que tout cela n’est pas très important compte tenu de ce que peut écrire Calleja :
    « je ne parle pas du résultat je parle du geste ce qui est intéressant c’est le geste, le résultat c’est pas intéressant, le résultat toumonde a des résultats des bons et des mauvais résultats des résultats qui plaisent ou des résultats qui ne plaisent pas mais un geste peu de gens sont dans un geste, un geste est une manière de faire qui est une manière de vivre, un geste de criture fais vivre un texte »
    Ainsi, si le résultat n’est pas important, mais que seul compte le geste, alors laissons Calleja faire des gestes de criture, laissons le brasser de l’air et des mots, allons relire Tarkos, et continuons à lire Pennequin .

    16 février 2007

    [revue] Revue Le Quartanier n°6

    revue06_c1c4_710.jpg Le n°06 de la revue Le Quartanier est sorti à l’automne 2006, nous en parlerons dans une chronique…
    144 pages – ISSN 1708-248X – 12,95 $ / 10 €
    Le Quartanier – 4418, rue Messier – Montréal (Québec) H2H 2H9 – Canada
    + Le Quartanier France – 21, rue de la République -13002 Marseille
    [site]

    Sommaire:
    POÉSIE ET FICTIONS :
    Antoine Brea, Benoit Caudoux, Hervé Bouchard, André Gache, Julien de Kerviler, Arno Calleja, Samuel Lequette, Christian Zorka, Mathieu Larnaudie, Gilles Toog, Ludovic Bablon
    QUARTIER CRITIQUE :
    Xavier Person, Steve Savage, Nathalie Stephens, Hélène Frédérick, Daniel Canty, Anne Malaprade [sur Emmanuelle Pireyre, Francis Catalano, Eva Sjödin, Arno Schmidt, Eugène Savitzkaya, Aïcha Liviana Messina, John Cassavetes] // Revue des revues : Guillaume Fayard
    DESSINS :
    Mélanie Baillairgé
    COUVERTURE :
    Christian Bélanger

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