Libr-critique

12 janvier 2020

[News] News du dimanche

Pleins feux sur les deux livres remarquables qui vont paraître ces jours-ci : Cinéma de l’affect, de S. Moussempès, et Cow-boy de Jean-Michel Espitallier. Puis nos Libr-événements, dont certains sont liés à ces livres.

UNE : les deux livres – remarquables ! – de la semaine

Les deux livres à la UNE cette semaine ont pour points communs d’avoir fait l’objet d’une édition soignée (bravo aux éditions de l’Attente et à Inculte !) et de traiter de fantômes : Sandra Moussempès poursuit sa spectrographie/spectrophonie ; quant à Jean-Michel Espitallier, il se lance au galop à la poursuite de son fantôme de grand-père…

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect. (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, à paraître le lundi 13 janvier 2020, 104 pages, 13 €, ISBN : 978-2-36242-085-6. [Commander]

Ce volume qui résume toute l’entreprise de Sandra Moussempès est à lire en écoutant l’album Vox Museum, qui ressortit à « la poétique de l’audio-poème » : la voix est le médium de l’affect et nous plonge de façon hypnotique dans une boîte à fantômes et à fantasmes. D’un entremêlement de notations, de graphiques, de photos et de voix, surgissent aussi bien « l’amoureux errant de ce dédale » qu’une figure familiale, l’impressionnante cantatrice sicilienne Angelica Pandolfilni, maîtresse de Toscanini.

Impossible de s’en tirer, envoûté que l’on est par ce « conte de fée psychique », ce « théâtre mental », ce « Muséum des tessitures flottantes »…

► Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, à paraître le mercredi 15 janvier 2020, 144 pages, 15,90 €, ISBN : 978-23-60840-22-9. [Commander]

« Les mythologies des familles sont des constructions en équilibre instable,
agencements de petits faits pas vrais, récits au tamis,
tris sélectifs et bricolages pour que l’histoire présente bien.
Il y a les braves types surexposés sur les commodes.
Il y a les drôles de loustics enfouis au fond des tiroirs.
La gloire ou le passage à la trappe. Pour mon grand-père Eugène,
ce fut la seconde destination » (exergue, p. 9).

Comment faire pour saisir un fantôme, c’est-à-dire une figure familiale reléguée aux oubliettes ? Et pourquoi mener l’enquête ? Comment / que raconter quand on ne sait rien ou presque ? C’est là que commence l’écriture, nous suggère Jean-Michel Espitallier : faire parler le silence… non pas combler le vide, mais jouer avec, flirter avec le trou béant, faire affleurer le je d’un jeu avec le temps (et) des origines…

Écrire, pour le poète, c’est traverser la nuit-des-temps, « les filtres de la famille » et « des souvenirs de souvenirs » (115), les représentations scolaires et socioculturelles les plus diverses – parmi lesquelles les univers de Flaubert, Zola, Mallarmé, Proust, Apollinaire, Giono, ou encore les récits d’aventure, les westerns et L’Odyssée de l’espace de Kubrick –, pour évoquer l’absent de tout bouquet familial, « le cow-boy qui se retourne [et] ne tarde pas à se faire flinguer par la sédentarité des familles rurales » (96)… C’est ici réussir une attachante (anti)mythobiographie.

Libr-événements

► Le jeudi 23 janvier à 21 heures, la Cav’Po de Toulouse, 6 € ; RÉSERVER
Sandra Moussempès (poète performeuse) : Dans son nouveau livre, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), qui vient de paraître aux éditions de l’Attente, elle accorde une place prépondérante à la voix en tant que dispositif sonore et amoureux via ses propres mémoires vocales archivées et son lien avec son ancêtre, la célèbre cantatrice Angelica Pandolfini. Elle lira des passages de ce nouveau livre et donnera à entendre en miroir sonore des extrais de sa création vocale Vox Museum (Editions Jou).
◊ RV également le 6 février à 19h30 : Lecture-dédicace à la libraire Charybde Ground Control.

► Mercredi 15 janvier à 19H, L’arbre à Lettres Bastille (62, rue du Faubourg Saint-Antoine 75012 Paris) : Lancement de Cow-boy avec Jean-Michel Espitallier.

► Mardi 14 janvier, Les Champs Magnétiques (80, rue du RV 75012 Paris) : « Explorer, avec Benoît Casas – Toutes les distances de langage ». Organisé par Luc Benazet et Benoît Casas.

► 
► 

1 janvier 2020

[NEWS] Libr-2020

Libr-critique commence 2020 par un vÅ“u singulier suivi d’un montage de Patrick BEURARD-VALDOYE : façon d’osciller entre comique et tragique… Et les premiers RV de l’année : à lire / voir / écouter…

Patrick BEURARD-VALDOYE : Passage en douce…

Libr-rétrospective 2019 (1)

► Hommages : à P.O.L ; à Emmanuel Hocquard ; à Antoine Émaz.

â–º Entretien : avec Jean-Charles Massera (1 – qui approche des 6 000 vues – et 2/2).

â–º Libr-événement : « Traces de langage : poésie numérique » (avec Philippe Boisnard et Jacques Donguy à la Maison de la poésie Paris).

â–º Création : Daniel Cabanis, « Réhabilitation des usines à gaz ».

► Chroniques : Patrick Beurard-Valdoye, Cycle des exils ; Christophe Manon, Pâture de vent ; Benoît Casas, Prévisions

LC recommande début 2020…

La nouvelle Délie pour que l’année ne se délite : Emmanuel Tugny crée un mélange détonant musique médiévale/rock, avec des textes lus par Christian Prigent, qui rend à sa façon un nouveau Salut aux Anciens [Inouïe diffusion]…

► Pierre CHOPINAUD, Enfant de perdition, P.O.L, à paraître le 3 janvier 2020, 576 pages, 24,90 €.

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, Bordeaux, à paraître le 13 janvier 2020, 104 pages, 13 €.

► Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, en librairie le 15 janvier 2020, 144 pages, 15,90 €.

â–º Jean-Claude PINSON : en février, essai sur Pierre Michon chez Fario ; en mars, Pastoral aux éditions Champ Vallon…

Prochains Libr-événements :

► 

► En résonance au spectacle L’Animal imaginaire de Valère Novarina : EXPOSITION DES OEUVRES DE VALERE NOVARINA, du mardi 14 janvier au dimanche 9 février 2020, la Chapelle du Quartier-Haut, Sète
Entrée libre, du lundi au dimanche, de 11h à 18h

Vernissage le jeudi 16 janvier 2020, 18h30

Mais que font donc les figures qui peuplent par milliers l’oeuvre immense de Valère Novarina ? Dans les livres comme sur les scènes, elles entrent, elles parlent, se nomment les unes les autres, elles pensent, elles sortent. Parfois elles dansent. Dans les dessins, rendues visibles par le geste élémentaire de la main, éclairées par les flashes de l’imagination dont elles proviennent et qui les sort un instant du vide où elles vivent, elles émerveillent par l’exceptionnelle liberté dont elles témoignent.

Représentations de L’Animal imaginaire au Théâtre Molière – Sète : Mardi 14 janvier, 20h30 + Mercredi 15 janvier, 19h

7 mars 2019

[Chronique] Benoît Casas, Précisions, par Bruno Fern

Benoît Casas, Précisions, éditions NOUS, Caen, collection « Antiphilo-sophique », 2019, 386 pages, 22 €, ISBN : 978-2-370840-63-9.

Une fois encore, cet ouvrage de Benoît Casas est celui d’un dévoreur de livres (1) qui tire la matière même de son écriture des textes qu’il a lus. D’autres que moi, ici ou là (2), ont déjà exposé la méthode utilisée, à savoir le montage de prélèvements uniquement issus de notes de bas de page, méthode qui fut inventée, comme le rappelle l’auteur lui-même, par Gérard Wajcman. Cela dit, au-delà d’une performance textuelle qui pourrait s’inscrire dans le cadre des jeux oulipiques, il s’agit d’une véritable réussite, aussi bien à l’échelle de chacun des textes (qui, tenant sur une seule page, comportent entre deux et douze énoncés) qu’à celle de l’ensemble qu’ils forment indéniablement, ce que la numérotation de chaque fragment vient souligner.

Bien entendu, le titre peut au moins se lire de deux façons : la première tient à la nature des éléments prélevés car en règle générale une note de bas de page sert à fournir des précisions qui, dans le cas présent, se rapportent paradoxalement à un vide puisque le texte de départ est absent et qu’en dehors de quelques exceptions il semble impossible de l’identifier ; la seconde renvoie au travail minutieux de l’auteur grâce auquel chacune de ces 2458 pièces a été insérée dans le mécanisme tout en y ménageant du jeu. De ce fait, le lecteur se retrouve face à une imprécision calculée ou, si l’on préfère, à une suite de calculs aléatoires – et il y a incontestablement plus d’un coup de dés là-dedans, Mallarmé étant présent tout du long, ainsi que Lucrèce, et ce dès les citations liminaires où est affirmée la volonté de (se) lancer pour inventer du neuf.

Sur les deux tiers inférieurs de chaque page – le tiers laissé en blanc correspondant au(x) texte(s) manquant(s) – sont donc disposées des lignes qui constituent un texte, ce dont peuvent témoigner plusieurs indices. Tout d’abord, on distingue souvent un début et une fin : par exemple, on passe de « 1326. Aux jours brefs : en hiver. » à « 1330. Aux jours longs : en été. » ou de « 1989. [« Erotica »] » à « 1996. Il y a du phallus dans l’air. » ; par ailleurs, d’autres textes présentent une forte cohérence thématique : ainsi le Witz pour celui de la p. 131. De plus, au fil du livre, on entrevoit de multiples lignes de force : l’amour, la mort, les questions politiques, la lecture, etc., sans oublier l’écriture mise en œuvre, tant nombreuses sont les allusions au protocole choisi et notamment à la disparition élocutoire de l’auteur qui en résulte, même si cette dernière est relative : « 1608. Le décentrement du sujet implique un « sujet vide », et non une fin (une disparition) du sujet. » En effet, si le corpus requis (où dominent la littérature, la philosophie, l’histoire de l’art et la psychanalyse), la récurrence de certains traits biographiques (par exemple, l’Italie et sa langue) et les partis pris (« 649. En particulier parce que le système hégélien n’a pas laissé d’éthique et, par conséquent, ne sert à rien. / 650. On peut adresser à la philosophie de Heidegger les mêmes reproches. ») évoquent l’individu singulier Benoît Casas, l’objectif d’atteindre, selon la fameuse formule de Gertrude Stein, « l’autobiographie de tout le monde », est régulièrement rappelé : « 621. C’est le va-et-vient incessant entre le particulier et le général. » ou bien encore « 1183. On pourrait étendre cette réflexion au statut mouvant de la personne dans le chœur antique grec, qui transite sans fin du nous au je. »

Cette fluctuation fondamentale est pareillement sensible dans l’intervalle plus ou moins grand entre chacun des fragments qui, pour certains, tendent à l’aphorisme (3) : on relève des suites apparemment logiques, voire syntaxiquement compatibles, comme si une phrase originelle avait été simplement segmentée (« 2419. Les formes pour les larmes. / 2420. Se séparent en une averse. / 2421. Et puis descendent de nouveau. / 2422. Presque comme toute chose »), mais également des enchaînements dont l’étrangeté donne d’autant plus matière à penser : « 801. La linguistique structurale consiste elle aussi à ramener toute propriété à une relation. » / « 802. « Le Néant condensé en Mystère, bulles du rien dans les choses… » / « 803. Elle dut alors traverser son propre manque de réponses. » Ces décalages permettent parfois de faire preuve d’humour : « 508. « Pris dans son tout, le langage est multiforme et hétéroclite. » F. de Saussure, Cours de linguistique générale. » / « 508. Le panettone est une brioche fourrée de raisins secs et de fruits confits. »

De ce livre « labyrinthe », « fourmilière », « poème-puzzle », « toile d’araignée », « fantastique magasin de bric-à-brac », qui ne saurait avoir de fin, le lecteur sait qu’il n’est heureusement pas près de sortir : « 135. La complète intelligence de ce qui suit exige bien sûr qu’on relise ce texte. »

(1) « 995. Quelle nourriture ! Riche en calories et en vitamines mentales ! »
(2) Voir les sites Sitaudis, Poezibao et Diacritik.
(3) Ce dont l’auteur est conscient, Lichtenberg étant cité à plusieurs reprises.

15 octobre 2018

[News] Libr-News

En cette seconde quinzaine d’octobre, à la UNE deux livres importants, de Patrick VARETZ et de Jean-Claude PINSON, qui vous donnent RV à Lille et à Nantes ; et aussi RV avec AOC, Ivy Writers…

UNE /Fabrice Thumerel/

► Patrick Varetz, Rougeville. Promenade élégiaque, éditions La Contre Allée, été 2018, 96 pages, 8,50 €.

Si le dernier opus de Patrick Varetz est le plus court, il constitue néanmoins une étape fondamentale dans la geste de l’écrivain, avec précisément ce geste fondateur : « C’est dans cette église que j’ai abandonné, un certain soir de 2010, un carton à chaussures contenant mon premier livre (sans doute faut-il voir là une parodie de rite de passage, en lien avec la légende familiale qui prétend que j’ai passé mes premières heures dans une boîte d’escarpins pointure 41, le lendemain très précisément du fameux bal où ma mère – ignorante de son état – était allée danser pour étrenner lesdits escarpins) » (p. 23). C’est là que ce transfuge de classe abandonne son « double famélique » : « une espèce d’avorton qui se refusait toujours à grandir, recroquevillé dans le creux de mon ventre. Ce petit Pascal, tout craintif qu’il était, je l’avais donc abandonné là, dans un recoin sombre, derrière l’autel, au fond d’un carton à chaussures contenant mon premier roman » (p. 28-29).

Peut-on échapper à ses origines sans éprouver un sentiment de trahison ? Et dès que cet être de nulle part / « nulle père » (49) se tourne vers l’écriture, c’est cet Autre qui réapparaît… Ce retour aux sources n’est pas des plus simples, puisque s’effectuant au travers d’un subtil jeu de miroirs entre l’écrivain et sa ville – qu’il revisite par le biais de Google Street -, l’écrivain et son double, le chevalier de Rougeville…

â–º Jean-Claude Pinson, Là (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, Joca Seria, Nantes, été 2018, 280 pages, 19,50 €.

C’est LÀ, en Loire-Atlantique, qu’a vécu et vit le poète et philosophe Jean-Claude Pinson : cette somme egogéographique rassemble souvenirs personnels et familiaux, des évocations de la Loire et des villes qui l’ont marqué, des retours sur l’oeuvre (comme « Habiter la couleur »)…

En ce monde où claironnent les identitarismes les plus fallacieux, on retiendra cette salutaire mise en garde : « je crois dangereux d’invoquer des racines. La métaphore, avec son « pathos tellurique », suggère que « l’identité, remarque le philologue Maurizio Bettini, viendrait justement de la terre« . Ce faisant, elle conduit à établir une dangereuse hiérarchie entre ceux qui seraient les seuls fils authentiques d’une certaine terre qui les aurait engendrés (les Grecs parlaient d’autochthonia) et ceux qui y seraient simplement « survenus » (autrement dit les immigrés) » (p. 27). Et aussi la réflexion qui suit : « Chacun est un palimpseste, et il y a en nous autant d’identités dans les limbes que de langues mortes enfouies dans nos archives intimes, à notre insu le plus souvent » (p. 28).

Libr-brèves

â–º À lire sur AOC, qu’il devient impossible de ne pas lire tant cette revue en ligne propose un indispensable regard aigu sur le monde, les intéressants articles de deux sociologues de premier plan, Bernard Lahire et Jean-Louis Fabiani.

â–º On lira, sur Diacritik, la réaction de Johan Faerber suite à l’appel à contributions pour le numéro 19 de la Revue critique de fixxion française contemporaine, Fictions « françaises » : « Contre la zemmourisation de la critique littéraire »… Et la polémique qui s’en est suivie, très instructive : lire le droit de réponse.

► Mardi 16 octobre, RV au Delaville Café avec Ivy Writers :

2 septembre 2018

[News] News du dimanche

En cette reprise de septembre, les premiers RV à ne pas manquer : 2e édition du Festival EXTRA ! au Centre Pompidou… Autres RV : avec la revue AOC, avec Manon/Casas, Kéryna/Steurer… le festival « Littéraire, Puissance, etc. »… et NOVARINA…

► Du 5 au 9 septembre 2018 : au Centre Pompidou, 2e édition du Festival Extra ! (Quand la littérature sort du livre), avec Chloé Delaume, Jérôme Game, Cécile Mainardi, Tracie Morris, Benoît Toqué
Et ne manquez pas l’exposition conçue par Gilles Bonnet, Enika Fülöp et Gaëlle Théval : Littéra-Tube

â–º Jeudi 6 septembre 2018 à 19H30 : Les liens d’écriture #1, première rencontre organisée par Christophe Manon dans le cadre de sa résidence à la librairie Texture (94, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris).
Un cycle de six rendez-vous de septembre 2018 à juin 2019 intitulé « Les liens d’écriture » inauguré par Benoît Casas, auteur, traducteur, éditeur, photographe.
Quels rapports un auteur entretient-ils avec la lecture ? En quoi sa pratique personnelle entre-t-elle en résonance avec d’autres pratiques ? Quelle conversation intime et parfois souterraines poursuit-il avec d’autres écrivains, qu’ils soient vivants ou disparus depuis longtemps ?
À chaque rencontre un auteur contemporain est invité à venir partager avec le public son goût pour une œuvre dont la lecture a été déterminante pour lui.

► Vendredi 7 septembre, 19H au Palais de Tokyo à Paris, débat organisé par la revue AOC :
NOUS NE SOMMES PAS DES ENFANTS !

Avec Michel Agier, anthropologue, Eric Baudelaire, artiste, Patrick Boucheron, historien, Françoise Cahen, professeure de lettres, Bertrand Naivin, critique, Yoann Gourmel et Sandra Adam-Couralet, commissaires de l’exposition « Encore un jour banane pour le poisson-rêve » du Palais de Tokyo.
Débat lancé par Sylvain Bourmeau.

« Il suffit d’ouvrir un journal d’il y a vingt ans pour que cela saute aux yeux : l’infantilisation a triomphé. Partout on nous parle bébé et on nous prend par la main. On écrit gros et façon Oui-Oui, des textes de plus en plus courts. Bientôt on entendra la clochette, signe qu’il faudra tourner la page. Au-delà du seul cas des médias, le philosophe Ben Barber a brillamment pointé, il y a quelques années déjà, comment ce processus généralisé d’infantilisation pouvait s’analyser comme l’un des effets les plus marquants du capitalisme à l’ère du marketing. C’est parce que nous ne sommes pas des enfants que nous avons lancé le quotidien d’idées AOC et c’est avec des adultes que nous vous proposons de venir réfléchir et réagir ensemble à l’infantilisation du monde ».

► Vendredi 14 septembre à 19H : lecture de Sarah Kéryna et de Sacha Steurer à Zoème (8, rue Vian 13006 Marseille).

â–º Du 15 septembre au 21 octobre, festival organisé par Littérature, etc dans les Hauts de France : « Littérature, puissance, etc. »

🌳 du 15 au 17 sept. × Sud Artois : Ateliers, rencontre, lecture de Louise Desbrusses

🔥 du 21 au 23 sept. × Pays du Ternois
→ Ateliers, rencontres, lectures de Dominique Sigaud

🌪 du 3 au 5 oct. × Flandre Intérieur
→ Ateliers, rencontres, lectures de Marina Skalova

💥 du 9 au 11 oct. × Terre des 2 Caps et Pays d’Opale

→ Ateliers, rencontres, lectures d’Arno Bertina

💫 du 19 au 21 oct × Lille, dans l’église désacralisée Marie – Madeleine (dans l’ordre d’apparition)
🔜 Vendredi, samedi, dimanche
→ Cabines de puissance de la collection Sorcières de Cambourakis
→ Séances de désenvoûtements de Chloé Delaume
→ Exposition Tiens ils ont repeint d’Yves Pagès
→ Librairie éphémère Librairie Dialogues Théâtre
→ Bar – Restaurant vegan le Liquium

🔜 Vendredi 19 octobre
→ Lecture des 2 textes lauréats de Concours d’écriture Littérature, etc.
→ Performance de Tracie Morris, suivie d’une rencontre avec Abigail Lang et Olivier Brossard (en partenariat avec D’un pays l’autre)

🔜 Samedi 20 octobre
→ Atelier d’écriture par Samira El Ayachi et Sandrine Becquet (sur inscription)

🖍 Atelier jeunesse avec Anthony Huchette et l’association Perluette (sur inscription)
→ Lectures – Rencontres avec Arno Bertina, accompagné de Chloé André
→ Lectures – Rencontres avec Marina Skalova, accompagnée de Marjorie Efther
→ Lectures – Rencontres avec Dominique Sigaud
→ Lectures – Rencontres avec Nathalie Quintane
→ Performances d’Yves Pagès et de D’ de Kabal
→ Projection de courts-métrages avec Eileen Myles, Rosa Luxemburg, Sappho, Virginia Woolf…

🔜 Dimanche 21 octobre
→ Atelier écriture mouvement avec Milady Renoir et Louise Desbrusses

â–º Les 21 et 22 septembre, juste après la parution chez P.O.L de L’Homme hors de lui, RV avec Valère NOVARINA et Dominique Pinon au Théâtre Municipal de Vienne.

2 novembre 2017

[Chronique] Benoit Casas, L’Agenda de l’écrit, par Bruno Fern

Benoît Casas, L’Agenda de l’écrit, éditions Cambourakis, été 2017, 376 pages, 14 €, ISBN : 978-2-36624-286-7.

Ce livre, qui peut être utilisé comme un agenda classique, est fait d’autant de textes qu’une année bissextile compte de jours. Chacun d’eux comprend 140 signes[1] et il est issu du montage de mots prélevés dans l’un des ouvrages de l’auteur dont la date anniversaire de la naissance ou du décès coïncide avec celle du jour. Cela dit, l’intérêt de l’entreprise ne tient évidemment pas à la performance textuelle que constituerait le respect de telles contraintes mais dans la qualité du résultat obtenu, soit une suite de précipités qui m’évoque cette phrase d’Andrea Zanzotto[2] : « Le poème est avant tout ce qui, dans le saturé de la langue, doit s’isoler (idiotie), se défier (ironie), se précipiter (vitesse et concrétion). »[3]

Peu à peu, on découvre le profil d’un passionné de lecture, rappelant qu’un écrivain[4] est censé s’inscrire dans une histoire de la littérature qui, dans le cas présent, court des Anciens aux Contemporains et mêle poètes et prosateurs. Pour ceux qui connaissent déjà l’auteur, on ne sera pas surpris de retrouver bon nombre d’Italiens (outre Zanzotto, on croisera notamment Saba, Pasolini, Calvino, Morante, Levi (Carlo et Primo), Gadda, Cattafi, Svevo, Pavese, Vittorini, Montale et tutti quanti), d’Oulipiens (de Queneau à Roubaud et Jouet en passant forcément par Perec), de philosophes qui lui sont proches (Aspe, Badiou, Castoriadis, Deleuze, Foucault, Lyotard, Spinoza, Wittgenstein, etc.) mais également des artistes plus connus dans d’autres domaines que l’écriture (ainsi John Cage). On notera aussi certaines absences (par exemple, celle d’Arno Schmidt dont B. Casas est pourtant, selon nos sources, un lecteur[5]) et quelques (rares) présences un peu inattendues : Supervielle, Claudel, Bonnefoy ou Éluard, pratiquants de lyrismes qu’on croyait éloignés de l’auteur.

Cela étant, cet ouvrage n’est pas qu’un autoportrait subtilement dessiné grâce aux différentes touches placées quotidiennement car le simple fait d’avoir puisé dans ce corpus accessible à tous manifeste la volonté de B. Casas d’inventer du commun, dimension qui rejoint – ou plutôt qui réalise – son souci politique, souvent exposé ici et que Bertrand Verdier a minutieusement mis en relief sur Sitaudis. Par ailleurs, de nombreux énoncés sont indiscutablement autotéliques :

 

18 JUILLET

Mort de Miklós Szentkuthy

Ce livre est accumulation de détails (détails vitaux), sensualité du réel : chimie systématique des matériaux (gestes) les plus essentiels.

 

ou bien :

 

23 AOÛT

Naissance de Georges Perros

Usine de lecture, dévorante lecture. Le résultat dans la marge : un livre hybride. Je vois où je veux en venir : au lu exact au rendez-vous.

 

Enfin, ces textes présentent encore au moins deux atouts : le premier, c’est d’offrir un concentré de l’auteur dont il est question à chaque page et donc de susciter l’envie d’en lire davantage ; le second, c’est de constituer autant de réussites d’écriture – de ce point de vue, il est intéressant d’observer les rapports entre chacun d’eux et l’événement (naissance ou mort) auquel il correspond. Apparaissent fréquemment des résonances, parfois de façon évidente :

 

25 SEPTEMBRE

Mort de Mina Loy

J’interroge l’énigme existence, celle que je fus avec toi. Je deviens réponse muette. Analphabétisme final : il n’est plus de destinataire.

 

ou, au contraire, des liens qui peuvent paraître plus énigmatiques, voire presque contradictoires :

 

3 SEPTEMBRE

Mort de E.E. Cummings

Marcher, nager, respirer. L’amour – de minute en seconde, avec va-et-vient – est voix force soleil, vérité. Percée dans l’étonnante journée.

 

Contradiction qui se résoudrait en lisant ce texte comme l’affirmation d’une résistance au temps, cet agenda atypique étant lui-même une percée vivifiante dans la masse a priori inerte des mots.

 

 



[1] Signalons que peu de temps auparavant Marc-Émile Thinez avait réussi, en respectant lui aussi une telle contrainte « tweetique », à écrire un roman tout à fait insolite, 140² : https://www.louisebottu.com/

 

[2] Auteur lui-même cité à deux reprises comme, entre autres, Georges Perec, Franz Kafka, Georges Perros, Tristan Tzara et Virginia Woolf.

 

[3] Revue Hi.e .ms, n° 9 / 10, hiver 2002-2003.

 

[4] Benoît Casas est non seulement à ce jour l’auteur de six ouvrages dont le dernier paru, L’ordre du jour, n’est pas sans liens avec celui-ci – voir ce qu’en a écrit avec justesse Pierre Parlant : https://diacritik.com/2016/07/08/benoit-casas-ecrire-le-jour-au-jour-le-jour-140lagenda-de-lecrit/#more-13682

mais il est également éditeur : http://www.editions-nous.com/

 

[5] Peut-être figurera-t-il dans le prochain agenda puisque les jours d’une année n’ont pas suffi à B. Casas pour épuiser sa bibliothèque.

 

 

Powered by WordPress