Libr-critique

22 novembre 2020

[News] News du dimanche

En ces temps lugubres, choisissons notre Libr-confinement, qui s’accompagne de la présentation de deux livres qui viennent de paraître (signés Jacques Barbaut et Bruno Fern)…

Libr-confinement…

â–º Agenda POL :

En décembre 2020

·        Suzanne Doppelt Meta Donna (poésie)

·        Charles Pennequin Père ancien (poésie)

·        Patrick Varetz Deuxième mille (poésie)

·        Trafic 116 (revue de cinéma)

En janvier 2021

  • Marianne Alphant  César et toi
  • Olivier Cadiot Médecine générale
  • Mathieu Lindon Hervelino
  • Shane Haddad Toni tout court
  • Mathieu Lindon le livre de Jim-Courage #formatpoche

► On pourra découvrir le catalogue de publications numériques qu’offre La Marelle (Friche la Belle de Mai à Marseille).

► Ou sans attendre, rendre visite aux Fées Spinoza de Marc Perrin…

► Ou encore ouïvoir « Welcoming the Welcoming the Flowers » (performance de Jean-Michel Espitallier avec Anne-James Chaton et Thurston Moore), samedi 21, ars musica, Bruxelles.

â–º Mercredi 25 novembre 2020, de 9h30 à 18h, Station d’arts poétiques : Journée d’études consacrée à Séverine Daucourt, à la Villa Gillet le matin (25 rue Chazière 69004 Lyon) ; à l’ENSBA Lyon l’après-midi (8bis, quai Saint-Vincent 69001 Lyon).
La journée d’étude se conclut par une performance poétique en amphithéâtre à 17h.

Signalons au passage l’hommage que Patrick Beurard-Valdoye, qui enseigne à l’Ecole Nationale Supérieur des Beaux-Arts de Lyon, vient d’adresser à Bernard Noël à l’occasion de ses 90 ans : écouter.

 

LIBR-CRITIQUE vient de recevoir et recommande…

► Jacques BARBAUT, C’est du propre. Traité d’onomastique amusante, éditions NOUS, coll. « Disparate », Caen, 208 pages, 20 €.

Présentation éditoriale. Le poète explore la question du nom sous toutes ses formes, du patronyme au pseudonyme en passant par l’anthroponyme, le prénom et le patronyme. Les jeux typographiques, les listes, les calligrammes et les rapprochements fantaisistes accompagnent les citations de philosophes et de critiques littéraires comme Derrida, Starobinski, Barthes et Deleuze.

â–º Bruno FERN, Dans les roues, éditions Louise Bottu, coll. « Contraintes », Mugron (40), 66 pages, 8 €.

Présentation éditoriale. Voici les rêveries - ou plutôt les jeux de pensée, comme disait Arno Schmidt dans ses Calculs – d’un cycliste en solo. Ça roule mais l’image n’arrête pas de sauter et tout est emporté par la succession de divers mouvements giratoires : la lecture de chaque fragment, de même que l’ensemble du livre, doit être aussitôt recommencée avant de poursuivre. Cette spirale sans fin entraîne les multiples « impuretés » qui font que « la vie est un perpétuel détournement qui ne permet même pas de se rendre compte de quoi il détourne. » (Kafka, Journal)

8 janvier 2020

[Libr-relecture] Bernard Noël, Une machine à voir, par Guillaume Basquin

Bernard Noël, Une machine à voir, Fata Morgana, avril 2019, 120 pages, 19€, ISBN : 978-2-37792-042-6. [Découvrir le récent site de l’auteur]

C’est par une (excellente) note de lecture de Gérard Cartier dans la revue en ligne En attendant Nadeau  que j’ai entendu parler de cette nouvelle publication de l’écrivain Bernard Noël. Les revues de critique en ligne servent (aussi) à cela : informer les lecteurs potentiels de la publication récente de tel ou tel livre. En cela, ce sont des outils démocratiques (surtout en ces temps d’occupation de la « grande » presse par des intérêts « douteux »). Grâce au « miracle » de la technique d’Internet (qui aurait pu être aussi une machine à penser, c’est-à-dire à rapprocher), nos lecteurs pourront lire cette chronique en plus (ou en parallèle) de la mienne. Nous voilà (presque) au cœur du sujet de ce livre à deux faces (puisqu’il y est question de deux « machines à voir » et de miroirs à deux faces) et deux personnages. De plus, et pour ces mêmes raisons d’ubiquité hypertextuelle, je pourrai même me dispenser de condenser l’histoire que raconte ce récit en forme de parabole, puisque Gérard Cartier l’a déjà largement fait. En essayant de ne rien répéter, j’essaierai tout simplement d’y ajouter mon grain de sel critique, et d’ouvrir quelques nouvelles perspectives. Car ce récit n’en manque pas ; c’est un véritable ouvroir de réflexions potentielles sur les liens entre l’écrit et l’image à travers les âges. « Au commencement était le Verbe », introduisait le premier monothéisme judaïque ; quand le cinéaste Jean-Luc Godard, lui, disait que « les hommes de lettres méprisent toujours un peu les images et les sons ». Bernard Noël tranche : « L’écrit, par exemple, doit énumérer l’une après l’autre les images que forme la machine, tandis que le regard peut les lier l’une à l’autre instantanément. » L’œil, pour lui, est « l’organe mental » par excellence. Et pourtant, il écrit… Écrivant, il invite à réconcilier ces deux outils de la pensée au moyen de l’imagination de deux (comme le nombre de protagoniste : Il et Toujours) machines à voir : une première devant tout au praxinoscope d’Émile Reynaud (« La salle où ils pénètrent est petite et parfaitement ronde, du moins à première vue. Il s’aperçoit ensuite que la surface du mur est faite de pans coupés, mais qui forment entre eux des angles si ouverts que l’impression de circularité persiste. […] L’ensemble de la surface donne l’impression d’une blancheur trouble ou dépolie » (comme le dépoli d’un miroir d’ancien appareil photographique ?)) ; la seconde s’avérant être un mystère qui clôt la parabole toute kafkaïenne…

Par un tour d’écrou retors de sa pensée, Bernard Noël fait de l’Inventeur de sa « machine à voir » un Juif, soit un homme anciennement soumis à l’interdiction des images (considérées comme des idoles dangereuses) ; et c’est même dans une maison close qu’il lui fait entrevoir l’éclair de pensée qui le mettra sur le chemin de son invention : « Sur chaque proue, un miroir tournait, un miroir à double face, qui prenait la lumière de la rue et la projetait sur la fille assise au bord du lit. […] Un éclat de lumière, un éclat d’ombre, mon visage puis un autre, un autre… J’ai senti que tout se précipitait, et moi avec, vers une solution, et j’ai attendu ce qui allait venir… » Dans le nom même de l’Inventeur, Toujours, figure l’idée centrale de l’ontologie du 7e art selon André Bazin : la conservation dans le temps du mouvement à l’aide de minuscules bandelettes de film, dans une grande analogie avec les momies égyptiennes. Mais ce ne serait là encore que des idoles-traces-des-corps-glorieux ; or notre Inventeur veut plus : il veut, après un vénérable prédécesseur vénitien du début du 16esiècle (Delminon), réinventer un Théâtre de Mémoire totale qui deviendrait le 8e art — une sorte de Google avant la lettre, mais beaucoup plus axé sur une prédominance des images (alors que dans le réseau-des-réseaux, le texte est partout, comme l’on sait ; et avant tout dans le codage binaire) : « Je trouvais insupportables que [les livres] me fassent voir ce que jamais je ne verrais réellement. J’aurais voulu retourner mes yeux dans ma tête pour qu’ils fixent là ce que je ne pouvais faire passer à l’extérieur. » Et si Bernard Noel avait fait là le même rêve qu’Aby Warburg avec son Atlas de Mnémosyne ? Le grand penseur allemand avait voulu rassembler sur quelques centaines de planches une « histoire de l’art sans texte » qui procédait par juxtapositions de documents empruntés à tous les champs du savoir en « montages-collisions » ; notre inventeur, lui, imagine sa Machine Visionnaire ainsi : « Un grand damier aux cases noires et blanches, les blanches portant chacune une lettre – de A à Z tout l’alphabet. […] Les cases que vous voyez là ne sont pas des fichiers mais des écrans. Une question posée à l’aide du clavier les illumine, et… vous verrez. » Pour savoir (sa-voir), il faut « ça »-voir : des espèces de « grands idéogrammes » (le rêve de Godard ?) qui « peuvent être parcourus d’un coup d’œil, ce qui multiplie leur effet mental ». Il s’agit de « transformer la mémoire en spectacle en rendant visuelle l’opération mentale ». C’est alors que, parfois, surgit une image animée pas très loin de la seule image-mouvement de La Jetée de Chris Marker : « Il aperçoit d’abord la photographie en très gros plan de deux yeux, puis image après image, il voit se dessiner le visage qui s’agrandit autour de ces yeux-là, et qui, légèrement souriant, est celui d’une jeune personne etc. » : une figure de pathos (Pathosformel dans la terminologie warburgienne) !

Toutefois, à la presque fin du récit, l’Inventeur admet avoir buté devant cette aporie : aurait-il « confondu la capacité d’assembler les divers éléments de la machine et celle de les penser » ? « Penser suppose un saut… un saut vers… » : le saut de tigre dialectique de l’image à l’arrêt selon la pensée benjaminienne. Seul l’utilisateur capable d’articuler le pluriel de toutes ces collisions d’images, d’en multiplier les rapports, en pourra tirer une véritable pensée ; sinon il restera englué dans une sorte de super-dictionnaire des images…
« Et pourtant, il faut voir… »

10 juin 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier jour du 36e Marché de la poésie, tout d’abord le Libr-20 des volumes (dont une revue) de/sur la poésie ; suivent quatre Libr-événements : RV autour de Bernard Noël et de Laurent Grisel à Paris, avec Griot/Manon dans la région parisienne, sans oublier Poésie civile #15…

Poésie : en ce dernier semestre, LC a reçu, a lu et recommande

♦ Olivier Penot-Lacassagne dir., Beat Generation. L’Inservitude volontaire, CNRS éditions, 2018, 392 pages, 25 €.

REV(u)E : 17, Un thé chez les fous, 2018, 230 pages, 30 €. [Un superbe collectif, avec pour exergue : "Tous ceux qui manquent d’imagination se réfugient dans la réalité"]

♦ Nikola Akileus, Éreintique, éditions Vermifuge, hiver 2017-2018, 140 pages, 15 €.

♦ Édith Azam, Le Temps si long, éditions Atelier de l’Agneau, Limoges, printemps 2018, 78 pages, 15 €.

♦ Gilles Bonnet, Pour une poétique numérique, Hermann, hiver 2017, 376 pages,  €. [Essai très stimulant !]

♦ Didier Bourda, Galerie montagnaise, Lanskine, 2018, 152 pages, 14 €.

♦ Patrick Bouvet, Trip machine, éditions de l’Attente, automne 2017, 132 pages,14 €.

♦ Sophie Coiffier, Paysage zéro, éditions de l’Attente, automne 2017, 144 pages, 14 €.

♦ Bernard Desportes, Le Cri muet, Al Manar, printemps 2018, 96 pages, 18 €.

♦ Dominique Fourcade, Improvisations et arrangements, P.O.L, mai 2018, 464 pages, 24 €.

♦ Emmanuel Hocquard, Le Cours de Pise, édition établie par David Lespiau, P.O.L, mars 2018, 624 pages, 23,90 €.

♦ Christine Jeanney, Yono Oko dans le texte, Publie.net, 2018, 176 pages, 16 €.

♦ Christophe Manon (avec Frédéric D. Oberland), Jours redoutables , Les Inaperçus, 2017, 72 pages, 14 €.

♦ Christophe Manon, Vie & opinions de Gottfried Gröll, Dernier Télégramme, hiver 2017-2018, 120 pages, 13 €.

♦ Véronique Pittolo, Monomère & maxiplace, éditions de l’Attente, automne 2017, 104 pages, 11 €.

♦ Daniel Pozner, À Lurelure, PROPOS2 éditions, 2017, 114 pages, 13 €.

♦ Dominique Quélen, Revers, Flammarion, 2018, 124 pages, 16 €.

♦ Olivier Quintyn, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €. [Essentiel pour qui veut comprendre la poésie contemporaine]

♦ François Rannou, La Pierre à 3 visages (d’Irlande), Lanskine, printemps 2018, 48 pages, 12 €.

♦ Pierre Vinclair, Terre inculte. Penser dans l’illisible : The Waste Land, Hermann, 2018, 204 pages, 22 €. [Une réflexion fondamentale sur l’illisibilité poétique à partir du célèbre poème de T. S. Eliot]

Libr-événements

â–º Lundi 11 juin 2018, Maison de la poésie Paris, 20H : Carte blanche à Bernard Noël. Avec Bernard Noël, Jean-Luc Bayard, Léonard Novarina-Parant, Jean-Luc Parant, Laurine Rousselet & Esther Tellermann.

Né en 1930, Bernard Noël signe son premier livre Les Yeux chimères, en 1953 et en 1958, Extraits du corps. Ce n’est que dix ans plus tard qu’il publie son troisième ouvrage, La Face de silenc. La publication de ces poèmes lui ouvre alors les portes de l’édition où il travaille comme lecteur, correcteur et traducteur.  À partir de 1971, Bernard Noël prend la décision de se consacrer entièrement à l’écriture. Il compose ainsi une œuvre majeure, (…)

â–º Climats de Laurent Grisel a été écrit sur une proposition de Cécile Wajsbrot, de janvier 2014, bien avant que la future « COP21 » de novembre-décembre fasse parler d’elle, à octobre 2015, et ses lecteurs eurent et ont de quoi déchiffrer le théâtre de cet accord international. Mais ce poème, cette épopée, vient de plus loin et va au-delà, ses  héros sont des ouragans, des peuples en lutte, des arbres, des scientifiques qui brisent les conventions de la décence académique, des montagnes et leurs glaciers, des galaxies, des paysans et des semences libres… 

La comédienne, diseuse, musicienne et chanteuse Anna Desreaux en donne son interprétation, qui est forte et belle, au café-théâtre de La Vieille Grille lundi prochain : le lundi 11 juin à 20h30, 1, rue du Puits de l’ermite 75005 PARIS / Métro Monge [Il est important de réserver au 01 47 07 22 11. Vous trouverez toutes sortes d’informations pratiques sur le site du lieu : https://www.vieillegrille.fr/tiki-view_articles.php?topic=13]

â–º Lundi 18 juin à 19H30, DOC (26, rue du docteur Potain 75019 Paris), Poésie civile #15 : où ça avance…

â–º Vendredi 22 juin à 20H, Parc de Rentilly (1 rue de l’étang 77600 Bussy-Saint-Martin) : Griot/Manon.

24 septembre 2017

[Chronique] Jean de Breyne, Rien n’est jamais éteint de feux allumés, par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean de Breyne, Rien n’est jamais éteint de feux allumés, préface de Bernard Noël, éditions propos2, 2017.

Si rien n’est jamais éteint, il ne s’agit pas pour autant de dilapider cette fortune. Jean de Breyne apprend à ne pas dire les choses mais leurs préalables, ne pas décrire des objets ou des sentiments mais les conditions de leur arrivée, leur matière, leur élan.

Le texte, et dans ce but, joue de l’ellipse et la biffure selon une rythmique du jaillissement. Il transforme la nappe verbale contaminée en scansions phréatiques. D’où cette impression (non fausse) : « Quelque chose nous est bien raconté mais au bord du souffle, à contre séduction, dans la seule volonté d’exprimer l’instant et ce qui le traverse, le jette en avant », écrit l’auteur.

Jean de Breyne propose une éphéméride des êtres et du monde où ce qui semble mal raconté permet au discours poétique de se poursuivre. Mais de manière à ce que chaque affirmation soit détournée de son sens et pour une abstraction réelle de toute ressemblance. D’où la rupture des images. Ecrire les décortique afin que nommer ne soit pas une magie décevante qui, convoquant le tout, ne ferait apparaître que le rien.

Une énergie de séparation devient la force d’une écriture qui redonne le monde sans le quitter mais en le fouillant jusqu’en des veines sismiques. La poésie grouille, pointe, pique, refuse de se laisser aller à des écoulements admis et prévisibles. Le souci de percer oriente le choix des mots pour qu’un franchissement ait lieu dans ce qui peut sembler d’abord un « néantissement ».

L’auteur explore les abîmes de l’art et de l’écriture afin de montrer comment fonctionnent ses inscriptions et comment elles peuvent progresser loin de l’immédiat ou du donné à voir. Bref, l’auteur ménage des accidents noués à la lumière qu’il porte sur eux.

18 octobre 2015

[News] News du dimanche

Après une UNE consacrée au volume IV des Œuvres de Bernard Noël, quelques Libr-brèves

UNE

Bernard Noël, La Comédie intime, œuvres IV, préface de Stéphane Bikialo, P.O.L, octobre 2015, 432 pages, 22,50 €, ISBN : 978-2-8180-3771-3.

Après Les Plumes d’Eros (2010), L’Outrage aux mots (2011) et La Place de l’Autre (2013), pour notre plus grand plaisir les éditions P.O.L viennent de publier le quatrième volume des œuvres (presque) complètes de Bernard Noël (né en 1929).

"Chacun de nous est une société", peut-on lire dès le début des Premiers Mots (1973), roman fondamental dans le prolongement duquel s’inscrivent tous les monologues qui lui succèdent dans cette somme d’une densité rare. Et S. Bikialo de préciser : "Chacun de nous porte sa comédie, que Dante a voulue divine, Balzac humaine, Jacques Villeglé urbaine, et Bernard Noël intime ou mentale. La Comédie intime est la Comédie humaine de Bernard Noël, sa comédie humaine, où il se fait, non pas le secrétaire de la société mais le porte-plume de ces voix qui travaillent en lui, qui le constituent comme sujet de l’écriture, comme TU" (p. 12). Chaque monologue, "forme obsessionnelle" bâtie "à partir du monologue intérieur" (B. Noël, "Le Chemin de ronde", 1958-63), est centré sur un pronom : "je" dans La Langue d’Anna (en ces temps identitaristes, on appréciera la troisième phrase : "Je ne manque pourtant pas d’identité : elle me déborde, elle me jette hors de moi" – p. 209) ; "tu" dans Le Mal de l’intime ; "il" dans La Maladie du Sens ; "elle" dans Le Mal de l’Espèce ; "on" dans Le Syndrome de Gramsci ; "vous" dans La Maladie de la Chair ; "je", "tu", "il" et "vous" dans Les Têtes d’IlJeTu

Arrêtons-nous au dernier monologue, paru au printemps dernier : Le Monologue du nous. Dans un monde où le pouvoir "a pour arme efficace le remplacement de la culture par la consommation, ce qui réduit la politique à des traités de libre-échange puisqu’elle est entièrement soumise à l’économie" ; "un monde où la dissolution de tous les repères sociaux se double du perfectionnement continuel des systèmes de surveillance et de répression" ; où "la technologie va permettre de neutraliser toute opposition par une castration mentale généralisée" ;
comment le "NOUS" pourrait-il encore subsister ?
comment le "NOUS" pourrait-il encore subsister en dehors de l’action directe ?

Mais "peut-on traiter le mal par le mal ?"… Ce monologue du nous nous plonge dans les interrogations et les contradictions d’un groupe de militants qui se sentent trahis par les actuels socialistes au pouvoir et ont renoncé à la mythologie de la Révolution. Et nous, lecteurs, égarés dans un palais de glaces, ne pouvons nous empêcher de nous demander avec angoisse s’il y a la moindre issue…

Libr-brèves

â–º Dans sa nouvelle livraison (#121), la revue INTER nous propose une nouvelle perspective : "Pauvreté, dépouillement, dénuement" – avec en prime, de Joël Hubaut, un texte et flash-performance de 2002 (UBO_HOBO).

â–º Sur Diacritik, on lira avec intérêt le Grand entretien de Mathieu Larnaudie avec Jean-Philippe Cazier, "Mathieu Larnaudie, le pouvoir des images" (à propos de son dernier roman, paru cher Actes Sud, Notre désir est sans remède.

3 mai 2015

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de mai, suite des RV qui vous attendent : ceux du Bureau d’investigations poétiques, mais aussi l’exposition KALMARS ATTACK et hommage à Maryse Hache. Mais auparavant, en UNE, le dernier livre de Bernard Noël, Monologue du nous.

 

UNE /FT/

Bernard Noël, Monologue du nous, P.O.L, avril 2015, 112 pages, 8,90 €, ISBN : 978-2-8180-3653-2.

Dans un monde où se vident les défilés du Premier-Mai – où se défilent les défilants – ; où le pouvoir "a pour arme efficace le remplacement de la culture par la consommation, ce qui réduit la politique à des traités de libre-échange puisqu’elle est entièrement soumise à l’économie" (p. 48) ; "un monde où la dissolution de tous les repères sociaux se double du perfectionnement continuel des systèmes de surveillance et de répression" (51) ; où "la technologie va permettre de neutraliser toute opposition par une castration mentale généralisée" 75) ;
comment le "NOUS" pourrait-il encore subsister ?
comment le "NOUS" pourrait-il encore subsister en dehors de l’action directe ?

Mais "peut-on traiter le mal par le mal ?"(91)… Ce monologue du nous nous plonge dans les interrogations et les contradictions d’un groupe de militants qui se sentent trahis par les actuels socialistes au pouvoir. Et nous, lecteurs, égarés dans un palais de glaces, ne pouvons nous empêcher de nous demander avec angoisse s’il y a la moindre issue…

Libr-événements

â–º Les RV du bureau d’investigations poétiques :

* Mardi 5 mai à 18h30, Librairie Le Monte-en-l’air, Paris 20e : lancement de l’ouvrage collectif Redrum. A la lettre contre le fascisme (Les impressions nouvelles). Coordination Alain Jugnon. En présence de Pierre Alferi, Amandine André, Philippe Beck, Kiki Picasso & Frank Smith / Lien
 
* Jeudi 7 mai à 19h, La Panacée, Montpellier : Le Film des questions (Projection + discussion publique) / Lien 


* Mercredi 13 mai à 19h, Société des Gens de Lettres, Paris 14e : Le poète et son double / Des éditeurs en dialogue avec leurs auteurs. Avec Max Alhau & Thierry Chauveau (L’Herbe qui tremble), Frank Smith & Catherine Flohic (Argol), Philippe Clerc & Yves di Manno (Poésie / Flammarion) / Lien
 
* Mardi 26 mai à 19h, Libraire Tschann, Paris 6e : lecture / rencontre avec Jean-Marie Gleize. En présence de Vincent Broqua et Frank Smith.

* Mardi 2 juin à 19h, Archives nationales, Pierrette-sur-Seine : La mémoire brûle. Conférence de Georges Didi-Huberman suivie d’une discussion publique. Lien

â–º L’ exposition KALMARS ATTACK se tient jusqu’au 8 mai 2015 à la Chapelle du Quartier Haut à Sète (mais aussi à travers la ville).

Performances, lectures, conférences autour de "KALMARS ATTACK SETE" avec Joël Hubaut, Julien Blaine, Max Horde, Didier Calléja, Didika Kœurspurs, Magali Brien, Régina Blaim, Pierre Joris, Nicole Peyrafitte, Lilie Kitsh, Laurent Rodtz, Pierre Gonzales Izner, Manu Morvan, Thomas Andro, Thomas Pailharey, Alain Robinet, Damien & Roger Anselme.

Rens. : koeurspurs@gmail.com

â–º Ce lundi 4 mai au "Cent" (100 rue de Charenton 75012), 19h00 : hommage à Maryse Hache. Son œuvre est brève au regard de son temps passé parmi nous, et très forte, très inventive, une écriture du bonheur, peut-être, un bonheur lumineux, doux, vif, clair et droit (Laurent Grisel, Remue.net).
Tous les détails pratiques et des liens pour faire connaissance avec ses écrits, avec sa voix, sont disponibles à cette page.

28 octobre 2012

[News] News du dimanche

Cette semaine, le lendemain même de la Toussaint, paraissent chez P.O.L deux livres de Bernard Noël : Le Roman d’un être et Le Livre de l’oubli. En ce mois de novembre qui va démarrer, RV également au festival NEXT, l’événement de la métropole lilloise.

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12 juin 2011

[News] News du dimanche

Avant même que nous ne lancions l’opération LIBR-VACANCE  (votre programme de lectures et autres découvertes à envoyer à cette adresse : libr.critik@yahoo.fr), en ce week-end de Pentecôte – toujours sur fond de polémique sociale –, dans nos Libr-brèves comme nos Livres reçus, nous avons retenu des projets et publications dignes d’attirer votre estivale attention : le contre-festival Avignon 2011, le recensement du dernier livre de Dominique Quélen par Bruno Fern, le lancement du blog de L’École des lettres et l’Exposition de Pierre Tilman ; le 2e volume des Œuvres de Bernard Noël, L’Outrage aux mots (POL), Paysage parlé (éditions de la Transparence) de Valère Novarina en collaboration avec Olivier Dubouclez, et INTER, projet collectif autour de Pascal Quignard (Argol). /FT/

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27 janvier 2011

[News] Christian PRIGENT dans tous ses éclats…

Tandis qu’il travaille à ses nouveaux recueils, "Eros palinodies" et une centaine de "satires" regroupées sous le titre "Le Monde moderne", et que se prépare la publication d’une COMPILE (livret + CD, P.O.L, avril 2011), Christian PRIGENT fera des lectures en mars à Milan, en avril à Copenhague, en mai à Oxford… Faisons le point sur son activité féconde en ce premier semestre 2011 : article sur Bernard Noël dans le dernier numéro de la revue Europe ; le Cabaret Quéquette et la projection du documentaire inédit de Ginette Lavigne, La Belle Journée, à la Maison de la poésie de Paris ; invité d’honneur d’un colloque…

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24 décembre 2010

[News] LIBR-KALÉIDOSCOPE 2010-2011…

En cette fin d’année des plus chargées, faisons comme le commissaire Liberty Wallance : enfoigrassons… les Beaux-Livres comme les Belles-Âmes et les Belles-Pensées ! Tendons un arc électrique pour faire le pont avec 2011 : après deux Libr-lectures de circonstance (Dictionnaire critique du "sarkozysme" et Noël au commissariat de Raphaël Majan), quelques Libr-événements réjouissants (Bernard Noël, Christian Prigent, Remue.net, Le Matricule des Anges de janvier)… Telle se présente la première livraison de notre LIBR-KALÉIDOSCOPE 2010-2011. /FT/

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20 mai 2010

[Manières de critiquer] « Un cri barré de foudre » : et si c’était le moment de relire Duprey ?, par Jean-Nicolas Clamanges

"Un cri barré de foudre" : et si c’était juste le moment de relire Duprey ?

Jean-Nicolas Clamanges

"Si quelqu’un veut la parole, je lui passe volontiers la mienne, laquelle se trouve comprise entre le bruit et le silence (toutes vérifications faites)" (Jean-Pierre Duprey, fin du manuscrit de Spectreuses II).

Jean-Pierre Duprey (1930-1959) est l’auteur de plusieurs recueils fulgurants parus entre 1950 et 1970 aux éditions du Soleil noir. Il est encore assez mal connu, quoique son audience n’ait cessé de grandir, comme en témoigne la publication de ses Œuvres complètes aux éditions Christian Bourgois en 1990 puis dans la collection "Poésie/Gallimard" (1999). Découvert par André Breton, qui donne quelques-uns de ses textes dans l’Anthologie de l’Humour noir, très lié au peintre Jacques Hérold, il fréquente, sans allégeance, la génération surréaliste d’après-guerre. Rimbaud, Lautréamont, Jarry, Artaud inspirent fortement son écriture mais son entreprise leur reste irréductible. Il écrit notamment Derrière son double, La Forêt sacrilège, Les États-Réunis du métal aux chutes communes du feu, Réincrudation, La Fin et la Manière – et se suicide. Sa pratique approche celle de Michaux (Duprey est également sculpteur : cf. ci-dessous, Untitled, 1958)), plus encore celle de Bernard Noël, comme l’a montré Jean-Christophe Bailly : « la pensée, lorsqu’elle va au fond, trouve le corps, et lorsqu’elle va au fond de l’identité elle trouve le vide. (…) Et dans ce vide nocturne, extrémité blanche du délire où Bernard Noël voit "le bord de la mort", les mots ne pèsent plus, ils sont vraiment la dernière trace, le dernier souffle. (…) À ce niveau, le "compte rendu" n’est plus séparable de ce dont il rend compte : le vécu, la traversée, la pensée. La poésie n’est plus alors l’écho lointain de l’expérience, elle en est la trace vivante, et même, d’une certaine façon, le moyen » (Jean-Pierre Duprey, Seghers, 1973, p. 47).

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4 mars 2010

[Chronique-recherches] Yves Citton, Mythocraties : storytelling et imaginaire de gauche, par J.-.N. Clamanges

Yves Citton, Mythocraties : storytelling et imaginaire de gauche, éditions Amsterdam, 2010, 17 €, ISBN : 978-2-35480-067-3.

â–º Ce soir à 20H, Librairie Le Genre Urbain (30, rue de Belleville 75020 Paris), débat avec l’auteur, l’économiste Frédéric Lordon et le philosophe Laurent Bove.

Chronique par Jean-Nicolas Clamanges

Réagissant au livre de Christian Salmon, Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte, 2007), Yves Citton reprend le problème au fond en interrogeant notre imaginaire du pouvoir et en réévaluant les ressources de l’art du récit à partir d’un investissement résolument politique de la théorie littéraire. Il est membre du collectif de la revue Multitudes, collabore à la Revue Internationale des Livres et des Idées et enseigne la littérature à l’université de Grenoble. Il a publié L’envers de la liberté et Lire, interpréter, actualiser : pourquoi les études littéraires (éd. Amsterdam).

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21 février 2010

[News] News du dimanche : ENIVRONS-NOUS !…

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En ces temps hivernaux, en ces temps infernaux, "ENIVRONS-NOUS !" De poésie et d’hérésie, d’érotisme et d’éréthisme… Cette livraison spéciale des NEWS vous invite à lire Bernard NOËL, Les Plumes d’Éros ; Emmanuelle PAGANO, L’Absence d’oiseaux d’eau ; Clara ELLIOTT, Strangulation blues (édition de Sylvain Courtoux) ; Sylvain COURTOUX, Vie et mort d’un poète de merde. /FT/

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19 février 2010

[Chronique] Bernard Noël, À bas l’utile, par J.-N. Clamanges

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , — rédaction @ 10:18

Bernard Noël, À bas l’utile, Publie.net, PDF 34 pages, PDF eBook, epub ; mise en ligne le 19 janvier 2010, ISBN : 978-2-8145-0299-4.

Dans le même temps que paraît le premier volume de ses œuvres complètes aux éditions POL (nous y reviendrons dimanche), Bernard Noël publie un opuscule dont le titre même sonne comme une révolte/une invitation. (Oui, un siècle et demi après Gautier, s’impose de nouveau avec une acuité certaine ce constat accablant : "L’utile est laid"). Jean-Nicolas Clamanges nous en livre les tenants et les aboutissants. /FT/

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10 janvier 2010

[News-chronique] LIBR-10… (2)

En ce 10/01/10, voici le second volet des variations LIBR-10 : après "10 passions pour 2010", "Top ten" et "Que feront les intellectuels en 2010 ?" [lire ce premier volet], voici "L’An 10 du siècle : les dix prévisions de CUHEL", "Peau neuve pour PUBLIE.NET", "Pour commencer l’An neuf : lecture d’Avant les monstres, de D. Fabre", "LIBR-CRITIQUE a reçu et retenu", "LIBR-CRITIQUE attend…", "Fictions et entretiens à venir sur LC" et "Articles et chroniques à venir…"

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27 septembre 2007

[Revue-chronique] Fusées, n° 12

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 8:18

fusee-ban.jpg Fusées, n° 12, Carte Blanche [29, rue Gachet 95430 Auvers-sur-Oise], septembre 2007, 120 pages, 15 € ISBN : 978-2-905045-48-5
[Site]

fusees12.jpgLe dernier numéro de Fusées arbore un pavillon vélocipédique : la photo de Paul Pouvreau est à l’image de la revue, décalée – pour ne pas dire déjantée.
Le vélo, qui, pour Jarry, est « un prolongement minéral de notre système osseux », c’est bien comme littérature, non ?
Au reste, le projet fustérien est éminemment jarryque : refusant de « ne tenir compte que de l’activité d’un organe arbitrairement choisi entre tous les organes, le cerveau », il entend nous plonger dans un capharnaüm un peu kitch qui fait un sacré barnum ! Fusées se devait donc de mirlitonner un peu : les dessins de Jean-Marc Chevallier, Daniel Dezeuze, Serge Lunal et Jean-Louis Vila accompagnent les vers mirlitonesques de Christian Prigent.

☛ Rétropédalage : Fusées, c’est la revue qui refuse « l’usiné usé » (1)…

fusees-invit.jpg☛ Mathias Pérez, son directeur, pédale dur : peu après le dossier que la revue Il particolare lui a consacré (voir ma chronique du 14/09), il organise à l’Atelier-Véritable (7, rue du Marché Popincourt 75011 Paris) une soirée pétaradante le 26 octobre (avec présentation de ce numéro 12, précédée des lectures de Jacques Demarq et de Christian Prigent), qui sera suivie de l’exposition de ses dernières oeuvres (27 octobre-3 novembre). Bon coup d’accélérateur pour lancer le changement de vitesse : Fusées devient bi-annuel !

☛ Sport, morale,etc.

« Imaginez donc la rencontre d’une boîte de conserve et d’un crustacé, tous deux rivalisant de vitesse dans une course de côte, puis pariez quant à la longévité qu’indique pour chacun la date de péremption. Moralité : quel que soit son emballage tout finit par se gâter sauf si les mots viennent manger le temps dans la main du sujet
en se moquant de l’identité comme de la spécialité. Conséquence : mieux vaut s’investir dans une revue que dépenser son énergie dans la compétition et la rentabilité » (Préface de Bernard Noël).
À bon entendeur salut !

De cette livraison plus bigarrée que d’habitude, on retiendra encore et surtout
le dossier sur Oskar Pastior (1927-2006), dans le travail duquel Christian Prigent voit une tension entre oulipisme et carnavalesque et dont on lira avec intérêt les poèmes traduits, ainsi que la flamboyante BD de L. L. de Mars, « Quelques prières d’urgence à réciter en cas de fin des temps »…

(1) On pourra lire mon article « Fusées, une revue moderne », La Revue des revues, n° 34, 2004, pp. 99-106.

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