Libr-critique

26 avril 2009

[News] News du Dimanche

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Après, ces dernières semaines, les réflexions menées à partir de Pourquoi nous ne sommes pas chrétiens et le dossier que la revue Esprit a consacré à l’Homo numericus, voici un édito sur "la guerre des idées", suite à la parution du numéro 104 de Manière de voir/Le Monde diplomatique. Ensuite, deux livres reçus : Jérôme Mauche, Le Placard en flammes ; le n° 69 de la revue Chimères, "Désir Hocquenghem", couplé avec la publication du Colloque Hocquenghem (Quimper, octobre 2008)./FT/

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12 octobre 2007

[Livre] La loi des rendements décroissants de Jérôme Mauche

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band-mauche.jpg Jérôme Mauche, La loi des rendements décroissants, éditions Seuil, coll. déplacements, 191 p.
ISBN : 978-2-02-093179-3 // Prix : 16 €.
[Site de la collection]

mauche-deplacement.jpg4ème de couverture :
Il y aurait d’un côté l’entreprise, les chiffres, l’ordre, et de l’autre les poètes, la littérature, les raconteurs d’histoires.
C’est là pourtant que Jérôme Mauche établit son travail de langue. Une subversion douce, une mise à nu qui s’amuse. Tout ce qui est cité ici et renversé, l’économie politique, les notes de service, les micro-anecdotes, du quotidien de l’entreprise, est ressaisi dans l’interrogation de la langue sur les choses, le monde, la vie des hommes.
Les 202 fragments s’enchaînent par ordre de taille croissante, comme un défi. Placer tout cela joyeusement sur une table d’autopsie, la com’, Internet, la sécurité sociale et charger la barque, si poésie s’ensuit.

Notes de lecture :
Tout nouveau, puisque venant juste de sortir, ce titre est le troisième de la collection déplacements, initiée par François Bon aux éditions Seuil. Pour lire une présentation de la perspective de cette collection, je renvoie à ce qu’il écrit sur le tiers-livre.
Nouveau livre de Jérôme Mauche. Ce texte pourrait en quelque sorte, être considéré en écho, ou bien encore comme une forme de verso de ce qui avait été entrepris dans Superadobe, que j’avais énormément apprécié.
Superadobe, texte construit sur des micro-narrations, donnait à suivre des micro-gestes de survie, des êtres qui pris dans des situations, cherchent une forme d’équilibre, certes précaire parfois, mais leur offrant la possibilité de se tenir en vie, de retrouver un sens d’existence. Superadobe, titre emprunté au vocabulaire de l’économie alternative, décrivait ainsi des gestes de résistance, souvent insignifiants, souvent imperceptibles, mais nécessaires et essentiels pour chaque individu. Ce livre au bleu du ciel, faisait déjà suite en quelque sorte à Électuaires du discount, qui déployait dans chaque partie, une forme de thérapeutique linguistique, poétique.
Verso ?
Verso, du fait qu’il ne s’agit plus ici de la constitution de singularités, mais de l’observation, par micro-déplacements (et ici ce titre résonne très bien avec le titre même de la collection) du plan général où l’aliénation de l’homme est entreprise : pas tant le travail comme réalité empirique, mais les énoncés constitutifs de l’idéologie du travail, les énoncés qui structurent la conscience et qui l’établissent dans son rapport à l’entreprise, au marché, aux désirs qui ne peuvent se réaliser que par cette entremise.
Verso, au sens où, comme l’auteur l’explicite en post-face, ce texte se donne à lire comme une forme de contre-littérature, ou plutôt, comme cela se dessine une sur-littérature, « qui ne sera pas le contraire de ce qui s’écrit, mais s’écrira tout contre ».
Ce tout contre se définit en tant que possibilité de dilater certains interstices des discours d’entreprise, économiques, afin de « rendre suspects le vocabulaire, la chose désignée, le geste de la désignation ».
Littérature critique, mais non pas dans la forme de la représentation, et dans l’écart de la langue, c’est-à-dire selon la construction d’un idiolecte, mais selon une forme de dialectique négative qui opère la langue même qui est à critiquer, qui l’investit, la gangrène, la fait décroître quant à ses possibilités d’aliénation.
Le titre déjà explicite cela : un rendement décroissant.

[Présentation sur remue.net par Philippe Rahmy]

6 septembre 2007

[Chronique] Propositions d’activité de Xavier Person

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personchronacti.gif Les propositions d’activité de Xavier Person se constituent comme une mise en relation de propositions dans le cadre dynamique de la construction de la langue. Avec raison Guillaume Fayard dans sa chronique sur sitaudis se réfère à Jérôme Mauche. En effet comme dans Fenêtre Portes et façades par exemple, nous découvrons une série de 80 blocs textes successifs qui ne sont aucunement des micro-narrations, mais qui sont des agglomérats de relations où prévaut l’accidentalité de liaisons linguistiques plutôt que la linéarité descriptive ou bien le fil narratif. Tel qu’il l’énonce d’emblée, Chaque situation joue “l’accident expérimental”.

Débris de remarques
La quatrième de couverture met en évidence des activités. Toute à l’infinitif. Or, force est de constater, que derrière le formalisme de ces activités ainsi énoncées, listées, le livre de Xavier Person ne se présente pas du tout comme une forme de liste. Alors que par exemple les routines de Nicolas Tardy jouaient sur la liste, ici nullement. De même nous sommes loin de la composition, remarquable il faut encore le dire, de Jérôme Mauche dans Superadobe, édité chez le même éditeur, le bleu du ciel, composition qui se montrait comme une succession de gestes d’auto-équilibre existentiel de protagonistes potentiels. Les activités, énoncées en 4ème de couverture sont éparpillées dans l’ensemble du texte. Ces activités ne sont pas le sujet essentiel du texte, et en ce sens celui-ci ne tourne pas autour de la question programmatique de l’action et de ses modalités. L’activité qui est ici pensée est surtout celle de la langue et de ses possibles : télescopages, segmentations, biffurcations, rectifications, dérives, etc…
Ce qui est ainsi visé c’est une sorte de défossilisation de la communication langagière. Sortir des règles établies pour retrouver les traces de l’activité de la langue, à savoir de la pensée rencontrant le réel. Est établie une forme de critique, indirecte de la standardisation de la communication et des hommes :
“Plus trace de la moindre trace ? Désertification progressive, lieux de stockage sur routes, pôle logistique conséquent” (p.78)
Au lieu de cet évidemment de l’expérience du monde et du réel par la recherche du plan cadastré de la langue communicationnelle empêchant toute liaison aux choses et aux êtres, ces propositions d’activité ouvrent sur de micro-indices, de brefs détails qui sont comme autant d’expériences de pensée/langage à effectuer afin de s’ouvrir autrement au réel. “Renouer le dialogue à partir de pour ainsi dire rien du tout, chercher à dire autre chose, non sans lyrisme vous place au coeur des choses” (p.63)

Écumes
Cette poésie est celle de l’écume au sens où a pu déterminé dans Sphères III ce concept Peter Sloterdijk. Tel que ce dernier la détermine, loin de n’être que “tromperie” “une humeur”, un “gaz paludéen”, elle est déterminée par “l’aphrologie – du grec aphros, l’écume -” comme “la théorie des systèmes affectés d’une cofragilité”. Système où ce qui compte n’est pas la captation, la solidité, mais l’éphémère d’un équilibre produit par le mouvement, le moment où dans la rencontre se compose un précipité fugace.
Chaque phrase est de cette nature : fragile, suspendue dans sa présence, posée comme sa propre finalité, rencontre la langue avec une pensée. Donc sur un plan d’immance, selon une ligne de fuite. C’est ce qu’explique Xavier Person lorsqu’il écrit : “La récurrence des chutes le plus souvent nous ravit, s’éclaircissent des pensées rendues à elles-mêmes, qui pouvant s’effacer posent la question de comment continuer si celle-ci, cette pensée, était la dernière, comment avancer sans à un moment s’y résoudre, à cette avancée vers son dénouement” (p.79).
Chaque phrase est comme une écume, les phrases ne sont que parce qu’elles sont dans une dynamique, une avancée, elles ne sont pas selon l’immobilité du sens, mais selon le flux : “Exercice d’équilibre, voire d’équilibrisme, l’attente de l’arrêt complet est pour le véhicule le prétexte à continuer d’avancer” (p.28).
La logique de composition, comme le rappelle François Bon dans son article Xavier Person : personne n’en sortira vivant, semble bien confirmer cette désignation de l’écume. Ce livre est composé du flux de ce que Xavier Person note, « bouts de phrase recopiés en réunion… », de bouts de phrase qui lors des réunions se déversent et forment ce précipité d’écriture.
Ainsi, le lecteur qui cherche la cohérence d’une avancée linéaire ou dialectique ne peut être que perdu dans cette suite non pas tant de bloc-textes — car ici la forme apparaît comme un artifice sans importance il me semble — mais de phrases qui chacune en elle-même trouve son propre équilibre précaire par rapport à l’ensemble, sa propre cohérence, sans supposer les liaisons nécessaires, quant à sa signifiance, aux autres phrases. Par ces débris de remarques, insiste conséquemment une critique de l’unité de la représentation, en faveur d’une pensée du multiple. “S’édulcore la réalité à partir de certains détails qui la constituent” (p.41).
Le lecteur ne doit pas chercher à se repérer mais accepter une forme de dérive. On retrouve ici un thème nietzschéen, s’il en est un : la question du sol et de l’assolement, la question de la mer. “Savoir nager seul le saut dans le torrent nous l’apprend” écrit Nietzsche dans une de ses notes, et c’est bien ce à quoi semble inviter Xavier Person, mettant en perspective le caractère symptomatique de la recherche de sol : “On s’inquiète au fond de surnager, on tente de vivre sur des rivages, là où le sol s’incline pour former le bord des choses” (p.63) or, il s’agit “pour nager” de retrouver “la mer libre” (p.85). Ce thème de la mer est récurrent tout au long du livre, et, pourrait-on, il s’agit bien de cela à quoi Xavier Person nous invite : se laisser aller à la dérive de nos pensées à travers l’existence, se mettre en situation de rêve (autre thème qui traverse l’ensemble du livre).

En définitive, si d’emblée ces propositions d’activité peuvent désarçonner par une certaine forme d’hermétisme voire de maniérisme, elles manifestent cependant une grande cohérence et révèlent tout au long de leur lecture maintes surprises et plaisirs pour l’esprit qui s’abandonne à l’aventure de l’éphémère du sens.

1 septembre 2007

[Livre] Propositions d’activité de Xavier Person

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personprop.jpgXavier Person, Propositions d’activités, Le bleu du ciel, 86 p., ISBN : 978-2-915232-40-0, 13 €.
4ème de couverture :
S’aimer dans l’ascenseur, laisser courir la révolution, ne pas se reconnaître dans un rêve, éternuer dans une cage, remonter le courant, fabriquer du brouillard ou un lac, se mettre à chanter, stopper une vague dans son élan, passer à la télé, chercher à te plaire, continuer après la fin, etc.

Premières impressions :
Comme Jérôme Mauche, ou d’autres, ce que tente ici Xavier Person, c’est de se tenir dans un ensemble de possibles, dit par la langue, qui déroge aux possibles cadastrés par le langage communicationnel. Les propositions d’activité sont d’abord celles de la langue, de son opacité par le dire, de son déport vis-à-vis des agencements signifiants. Il y a une forme d’effet de littoralité du dire, qui touche, il me semble souvent, au mouvement de l’écume. Toutefois, à l’opposé de la 4ème de couverture qui semble indiquer que l’ensemble de l’ouvrage se compose de ces propositions (sur le principe de la liste), il est nécessaire de les chercher dans les blocs textes, de mener une forme d’enquête pour les débusquer. Les éditions Le bleu du ciel confirment ici leur ligne éditoriale. /PB/

Lire, en attendant notre chronique, le bel article de François Bon, mettant en lumière la manière dont sont construites ces propositions d’activité [lire]

20 juin 2007

[Chronique] Chair jaune de Federman et sa craduction de Le Pillouër

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 7:53

[Lire la présentation générale de Chair Jaune]
Ce livre n’en est pas un, ou plus précisément, n’étant pas rien, il s’agirait davantage de parler de deux livres, ou bien du parasitage d’un livre, d’une tentative de traduction d’un livre, s’immisçant dans celui-ci, l’original. En effet, alors que l’unité livre définit aussi bien l’original (dans la langue de l’auteur) que sa traduction (diffusion dans une autre langue), ou bien encore une édition bilingue, ici la traduction s’invite à l’entrecroisement du texte original, s’invite avec bruit, au point de briser l’unité du texte de Federman, d’en venir déranger son sens, de le re-indexer à d’autres horizons, d’autres propos. Cette traduction tient davantage d’Hermès que de la rationalité objective, davantage de liaisons post-lacaniennes ou potaches que de l’effort d’adéquation.

Chair jaune de Federman est entrecoupé par la craduction, de Pierre Le Pillouër qui parasite le texte original, se jouant de lui, car, de fait, étant dans une certaine correspondance avec l’intensionnalité littéraire de Federman, aimant à carnavaliser les mots, à les tordre les faisant passer aussi bien au prisme de l’argot que dans les possibilités d’anamorphoses des jeux poétiques, il invente des lignes de compréhension improbables, qui peuvent même parfois interroger le texte d’origine, et non pas seulement se tenir dans une distance.
Qu’est-ce que cela donne à première vue ?
Des montages amusants : ainsi le poème The problem with verbs, devient Le problème avec l’Herb‘, s’ensuit un jeu de reflet phonétique dans lequel Pierre Le Pillouër s’engouffre avec jubilation.
Des montages interprétatifs : Cannibal Love devient Qu’animal gobe :

[Federman]
This morning
I saw two lovers
in a garage
devoring
each other’s mouth

[Le Pillouër]
Qui mord sniffe
l’assaut tout pervers
dans un garage
de deux veaux
se bouffant la bouche

On perçoit à travers cet exemple, en quel sens il y a détournement de ce baiser dévorateur des deux amoureux en une forme de baiser de deux veaux, terme non point laudatif, mais plutôt critique. La craduction est alors à comprendre comme une forme de liaison où la part de l’imaginaire linguistique du craducteur est aussi importante que la part rationnelle et proprement linguistique. Mot valise formé de crader et de traduction. Art de la méta-phore dans la trans-duction. Tout passage d’une langue à l’autre altère selon le prisme de celui qui interprète, qui reli[t/e]. Qu’est-ce qui peut être entendu lorsque l’autre s’exprime ? Il s’agit alors de prendre les textes de Federman, selon Le Pillouër, selon la profusion des possibles permis au niveau de l’instance de la lettre, d’un inconscient de la langue.
Être crade, crader, c’est mettre de la crasse sur quelque chose, c’est introduire une forme d’altération, de corruption. Cela vient de crassus : gras.
Et cette craduction est bien, aussi, grasse. Si certains jeux de mots sont pour le moins subtils, voire productifs de sens, il est certain que d’autres sont davantage graisseux voire même potaches. Alors que pour une part, la craduction obéit à la mobilité en écho indiquée dans le poème Residu A, et s’offre comme possibilité de réinvention phonétique et sémiotique de l’original en langue anglaise, une autre part apparaît comme jeux de mots un peu gratuits, qui feront sûrement rire les amateurs de calembours ou bien d’associations automatiques post-lacaniennes (telle la craduction de Victory en Vis ton risque et ce qui en découle).

Ainsi, deux livres se présentent, qui pourtant sont liés. Cependant se pose la question de savoir si ce travail de Le Pillouër ne vient pas masquer les textes de Federman, devenant plus prégnant que ceux-ci, en en vampirisant la force dans la recréation proposée. Je ne répondrai pas. Chaque lecteur se fera son opinion.

[Livre] Chair Jaune De Raymond Federman, craductions de Pierre Le Pillouër

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 7:40

federman-lepillouer.jpgRaymond Federman, Chair jaune, craductions de Pierre Le Pillouër.
éditions Le Bleu du Ciel, 56 p., ISBN : 978-915232-42-4, 10 Euros.
[site de l’éditeur]
4ème de couverture :
Souvenez-vous, lecteurs : avant la parution de ce bref volume, les traducteurs les plus éminents suaient sur leurs brouillons des jours durant. La quadrature qui les tenait enfermés n’avait pas encore été résolue par Pierre Le Pillouër. Désormais, on peut à la fois passer, dans une même traduction, sens et son. Prenant à la foi littéralement et (psych)analytiquement les poèmes graves et gais de Raymond Federman, Le Pillouër bouleverse l’acte de traduire sans pour autant dynamiter le traduit. Baltasar Gracian proposait en son temps, un modèle baroque de citation du texte classique : on pouvait résumer, rajouter un mot ou (pourquoi pas) une phrase.
C’est ici un modèle baroque de « craduction » qu’on voit à l’oeuvre.
Un précis d’humour aussi.
Nathalie Quintane.
[Lire la chronique]

15 janvier 2007

[Chronique] Jean-Marc Baillieu, La Bienséance

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 22:43

[lire la présentation]
bailleu1.jpg Tout pourrait commencer, par cette phrase extraite du texte : « Les formes en général n’ont de sens pas seulement comme des résultats ou des empreintes de l’action humaine mais plutôt parce qu’elles expriment des processus ». Par cette phrase semble se condenser ce texte de JM. Baillieu.Chaque fragment du texte apparaît comme un micro-moment de notations. Comme des fragments de réel épars, sans autre causalité entre eux que les titres qui les réunissent [Couleurs passés des vieux vêtements d’été, Méthode ? …]. Texte qui est dans un processus, celui de l’existence, du regard, qui dépose dans les mots ce qu’il voit : ce qu’il désigne.

bailleu2.jpg En effet, il s’agit bien dans le travail de JM. Baillieu de désignation. Dans Gu Wei Jin Yong, publié aux éditions Le bleu du ciel, le fragment numéroté 205. exprime parfaitement cela : « Désigner, rien que désigner », et corrélativement de nombreux fragments se tiennent dans cette désignation, l’homme regardant et annotant ce qu’il voit, de sa position, de sous son toit : « Avant tout un grand toit. L’absence de mur préserve la présence de la nature. » JM. Baillieu est un observateur, quelqu’un qui regarde, qui découpe dans la matière observée. Mais non pas selon une angularité statique, mais selon une dynamique, un processus :

Déposer, déposer.
Thé/thé vert, à l’initiative de. Répondre, retrait des économies, midi.
– Combien ?
Retour, bonne affaire, causer/téléphoner
argent liquide / espèces, avoir une idée en
tête, addition, emprunter, mère.

Les micro-traces qu’il décrit, les infimes indices qui se juxtaposent sans ordre apparent, sont de petites dynamiques, décrivant aussi bien des scènes extérieures, que des jugements intérieurs, sorte de petits aphorismes éparpillés :  » — Qu’est-ce qui dans l’éveil, doit devenir connexe ou annexe ? A priori l’activité professionnelle, qui permet de boire, manger, dormir; à accomplir donc avec un détachement pondéré ». Et tel qu’il l’écrit dans Gu WeiJ in Yong : « – J’écris, j’impose un ordre(des choses) à qui me lira ».
C’est bien ici la poésie que propose JM. Baillieu de petites observations,qui semblent être ordonnées comme sur un carnet, des traits d’attention qui surgissent, et qui scrutent la manière dont se réalise les choses, dont s’agencent les gestes. Il témoigne en un certain sens de cela en parlant de l « Esquisses d’arbre : des milliers, mais dessinés sans s’y attarder moins d’une minute en moyenne, juste saisir ». Le monde qui se crée au fil de ses notes est comme lacunaire, fait d’esquisses, de traces infimes, d’empreintes peu appuyées.
Et tel semblerait être interrogativement la méthode qu’il énonce en dernière page de son texte :  » (une sorte de modèle où enfin se reconnaître) non un fruit saisonnier vu sous cet angle à l’instant même, même sous cet angle à l’instant même ». Car ce fruit en cet instant, en cette saisie éphémère est déjà habitée par les milliers d’autres esquisses de perception qui tendent se réalité, qui la volumisent. En ce sens ce qui est vu, l’est du fait de la possibilité de la conscience de s’ouvrir à cela et non pas plutôt à autre chose.

28 décembre 2006

[NEWS] Prix Hercule de Paris

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C’est par le blog de Cynthia 3000 que nous avons découvert ce prix, que nous ne connaissions pas, et que nous souhaitons ici faire découvrir. Il s’agit du Prix Hercule de Paris, dont le commissaire est Jean-Marc Baillieu. Avant d’en venir aux lauréats de cette année, voici un bref historique de ce prix, qui nous a été envoyé par Jean-Marc Baillieu que nous remercions.

– Il y a tout d’abord eu les publications (photocopiées et gratuites) HERCULE de PARIS, qui ont été diffusées de 1982 à 1992 : une revue, un bulletin d’informations (« Hop!Hercule »), des collections de recueils : poésie des mots aux images (tirage 100 exemplaires). Une collection complète des publications H2P a été déposée au cipMarseille et, partiellement, à la « Bibliothèque Nationale de France ».
– Ensuite est apparu le prix HERCULE de PARIS, créé en 1984. Il est attribué annuellement à l’unanimité par un jury de 3 personnes à un recueil. S’il n’y a pas unanimité, le prix n’est pas attribué : il y a eu des années sans prix. Hubert Lucot, Joseph Guglielmi, Jean-François Bory, Patrick Beurard-Valdoye, Anne Parian, Tita Reut,… ont, entre autres été lauréats du prix. Depuis 3 ans, co-existent un prix H2P « catégories filles » et un prix H2P « catégorie garçons ».
Cette année le prix 2007 (livres publiés en 2006) a été attribué à :

parlantsignal.jpg etantdonnescynthia.jpg mainardiblondeur.jpg

– Pierre Parlant pour Le rapport signal-bruit aux éd. Le Bleu du Ciel [lire +]
En outre, le jury a attribué:
– une triple-distinction H2P (texte, direction de collection et maquette) à :
La Blondeur de Cécile Mainardi, coll. »Les Grands Soirs » dirigée par Jérôme Mauche aux éditions Les Petits Matins, direction artistique William Hessel; La Blondeur dont nous avions dit tout le bien que nous en pensions [ici].
– un prix « catégorie Couples » à Etant donnés de Céline Brun-Picard et Grégory Haleux aux éditions Cynthia 3000.
La nature du prix a longtemps été une oeuvre d’art, depuis l’an 2000, il est adapté au lauréat (en fonction de ses centres d’intérêt par ex. : une édition originale d’un auteur apprécié, un déjeuner gastronique, un week-end à la mer, etc…)

Une initiative comme cela a le mérite de sortir des prix littéraires qui consacrent les bons genres, à savoir ceux des maisons d’éditions reconnus, qui par avance ont déjà joué bien souvent l’attribution de telle ou telle récompense.

16 décembre 2006

[Livre] En tous lieux nulle part ici [une anthologie], Henri Deluy

En tous lieux nulle part ici [une anthologie], de Henri Deluy, éditions Le bleu du ciel, collection biennale internationake des Poètes en Val-de-Marne, 270 p. ISBN: 2-915232-32-6. 22 €.

biennale148.jpg4ème de couverture :
La huitième Biennale des poètes en Val-de-Marne s’est déroulée du 16 au 27 novembre dans de nombreuses villes de ce département de la région parisienne, mais aussi à Paris, à Marseille, à Nantes, à Strasbourg, à Bagnolet (en Seine-Saint Denis).
Nous présentons, dans cette anthologie, des poèmes pour la plupart inédits, de tous les poètes, d’ici et d’ailleurs, de la Russie, à l’Iran, de l’Angleterre à l’Islande, de la Palestine au Pérou, de la Pologne au Vietnam… dans la diversité des personnalités et des écritures, dans la différence des générations et des pratiques de la traduction.
Pour aimer et comprendre.
H.D

Premières Impressions :
C’était la dernière Biennale des Poètes en Val-de-Marne qu’Henri Deluy dirigeait. Il a laissé la main, comme il l’a lui-même dit à Jean-Pierre Balpe, qui a par ailleurs présenté la dernière soirée de lectures, qui étaient consacrée aux nouvelles formes poétiques émergeantes, avec entre autres Laure Limongi, Philippe Boisnard, Emmanuel Rabu, Mathilde Ribaut et Patrick Dubost. Cette biennale comme il ‘explique parfaitement, plus que de seulement montrer et donner à entendre des poètes, réunis pendant quelques jours des poètes du monde entier, et permet entre eux des échanges féconds.
Avec cette publication, il permet aux lecteurs, et à ceux qui n’étaient pas présents pendant cet événement de découvrir, certes sans la voix, les textes de chacun des intervenants.
C’est en ce sens que l’on pourra lire l’étrange texte d’Emmanuel Rabu, extrait de +/-, où s’interpénètre bio-technologie et culture cyberpunk,
ou encore le Bic & Bouc de Charles Pennequin, qui nous plonge immédiatement dans sa langue en apnée à travers la question de notre devenir, de notre devenu, de notre devenir en revenu, de notre devenir sans revenu,
ou bien aussi le texte de Jean-Michel Espitallier, 58 propositions sur la vie et sur la mort, qui travaille comme ce fut le cas avec Logo-mecanicus, l’absurdité rhétorique de séquences logiques en ligne de fuite,
ou bien encore, la surréalité de Tango-Nuit de Patrick Dubost, si imagée, nous tirant dans les dédales temporelles de contes absurdes : « Ce que je va je vais vous dire / maintenant / a été enregistré / demain. / Demain je vous parle / d’une ville dont j’ignore tout. »

14 décembre 2006

[chronique] Peep-show, de Christian Prigent

[lire la présentation générale]

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[Livre] Christian Prigent, peep-show

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Christian Prigent, Peep-show (roman en vers), Le Bleu du ciel, 124.p, ISBN : 2-915232-21-0, 15 euros.

peepshow147.jpg4ème de couverture:
Sujet : « encyclopédie en farce du rapport (sexuel) raté ».

Peep-Show a d’abord été publié, en 1984, par les éditions Cheval d’Attaque, dans la collection dirigée par le collectif TXT dont faisait partie alors l’auteur.

27 mars 2006

[Livre] Superadobe de Jérôme Mauche

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Jérôme Mauche Superadobe, éditions Bleu du ciel, isbn : 2-915232-26-1, 330 pages, 25€.

4ème de couverture :
Au-delà des constructions nouveaux riches, iconiques et pharaoniques, l’Iranien Nader Khalili, Prix Aga Kahn d’Architecture 2004, a développé un prototype d’habitat – système dit Superadobe. La technique de base de cette construction consiste dans le remplissage de sacs avec de la terre et leur disposition sur un plan circulaire par couches successives. Pour stabiliser l’ensemble, du fil de fer maintient la structure en assise. Parce qu’elle utilise des ressources locales (la main d’oeuvre et la terre), cette entreprise représente un excellent exemple de viabilité (aptitude à vivre d’un organisme).
J.-M. P., Architecture Aujourd’hui, n°238.

Premières impressions :
Jérôme Mauche dès cette 4ème de couverture, nous amène dans l’horizon de la structure, des esthétiques de la construction, des ressources et des efforts pour former celle-ci. D’emblée, nous sommes confrontés à la monstruosité d’un enfant, »atteint d’une maladie appelée progéria statistiquement dans à peu près l’apparence d’un homme de quatre-vingt dix« . D’emblée construction monstrueuse qui appelle moyens et ressources personnels : « Aidez ses parents à réaliser son rêve qui est de récolter le plus de stylos publicitaires, fonctionnant ou pas, afin qu’i puisse se voir inscrit dans ce livre« . Superadobe s’ouvre donc comme la mise en évidence, et ceci dans la disruption, du décadrage constant de la phrase, de la possibilité de construire face à la circonstance, face à toute forme de circonstance. Vies individuelles, architectures, Etats, Construction Européenne, etc = structures, esthétiques de la mise en espace et en circonstance. Cet effort, s’il apparaît avec le foisonnement ininterrompu des petites histoires, des détails de description de lieux, de choses, de bâtisses, de véhicules, d’espaces, reste qu’il est celui d’abord et avant tout, de ce Je témoin, qui approfondit lui-même un espace, s’en fait l’expérimentateur linguistique. Car c’est bien une sorte de résistance dynamique dans lequel la narration hachée nous entraîne. Résistance dynamique aux événements, à l’anodin qui implique des rapports de spatialisation, de structuration de la circonstance.
Avec Superadobe, Jérome Mauche semble poursuivre son travail d’exploration tout à la fois de Fenêtre, porte et façade, [du fait de cette omni-présence des éléments de spatialisation et de leur juxtaposition rapide, et sans cohérence accentuée par le fait que « l’usage de la langue tombe régulièrement sur le plus mauvais coté de la pièce ou quelque fois sur son tranchant » (FPF, p.62)] et d’Electuaire du discount, qui proposait un certain nombre d’application et de zone d’application de l’électuaire, « substance employée pour combattre la maladie« , électuaire transformé en anecdotes tranchantes rapide, aux narrateurs distincts.


3 octobre 2005

Fenêtre, porte et façade de Jérôme Mauche, par Philippe Boisnard

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 22:00

Cadrages/décadrages
Tout a lieu dans Fenêtre, porte et façade, longue prosodie, selon la question du regard, d’un regard qui établit le livre comme une vision synthétique de lui-même, comme ce qu’il aurait vu et dont il devrait se séparer pour poursuivre sa propre vue. Ainsi, ce livre, de Jérôme Mauche apparaît immédiatement comme une sorte d’accumulation de détails du visible, redonnés d’un point de vue général parcellisé : « le panorama compile, vus de si loin, des faits et des gestes regardables » , nous explique-t-il. En effet, par les portes, les fenêtres, ou caché par les façades, dans les tiroirs ou les placards, ce qu’il donne à voir n’est pas tant le remarquable, que le regardable, ce qui peut s’inscrire dans la vue et qui parfois s’échappe d’elle si elle recherche trop le remarquable, à savoir ce qui sort de l’ordinaire, car « la porte est perforée de toute part pour ouverture et renfermement facile » .
Ce livre, serait donc un recueil du regardable regardé, le recel des remarques sur le vu de la vue, qui accueilli pourtant s’échappe du simple constat pour s’exprimer à hauteur de langue.
En effet, Jérôme Mauche nous prévient d’emblée, sans en avoir l’air, au cours d’un premier texte qui est une lettre qu’il adresse à son livre. Une lettre, où il explique qu’il y aura bien eu jeu de la langue, jeu de cette langue qui s’est joué de ce qui a été vu au cours d’un voyage en Allemagne, créant par sa matérialité des « pièces montées contentieuses et des joint-ventures préparées à la va-vite ». Ainsi le regardable ne sera pas seulement un regardé passif, mais l’acte d’appropriation linguistique d’une nouvelle prise en garde de ce qui n’est pas le remarquable. Le livre se déploie comme un ensemble de notes, disjointes et distantes, qui renvoient à un anodin transfiguré par la langue, rejointé, déjointé, voire déjanté parfois dans les tours et détours de celle-ci.
Donc : fenêtre, porte et façade, se présente comme le lieu de torsions et de pivot entre la perception visuelle et le perçu articulé, entre le sensible dans sa donation et le sensible redonné dans le témoignage de celui qui le reçut.
L’ensemble du texte se constitue alors comme un flux dense de notes, qui se succèdent sans logique, comme si l’œil avait été pris d’un clignotement intempestif face au regardable, sautant de plan en plan, les recomposant sans chercher à les enchaîner, à les lier, à les constituer comme un tissu homogène. Ce qui est recherché, semble-t-il, c’est la conservation de séquences éphémères qui se dissolvent dans le magma immanent du monde, et que seul la perception et sa remise en jeu dans la langue peut conserver. Car si le remarquable, c’est ce qui tient, survit, marque la mémoire au point qu’elle ne puisse s’en jouer, mais n’en être que la surface passive de réception bien souvent, ce n’est pas du tout le cas face aux « séquences hilarantes positivement dotées d’une espérance de survie moindre » qui constituent l’inapparent du réel, car elles pourraient disparaître dans l’anonymat du flux qui amnésique paraît tout renvoyer dans l’imperceptible du bain amniotique urbain. C’est pour cela que ce qui a lieu là, comme forme de témoignage littéraire, est bien plus qu’un flux sans ordre, aux formulations parfois, voire souvent absconds : « un soupçon de vérité frôle le témoignage qui croqua le morceau » .
Dès lors, le titre semble prendre toute sa mesure : il n’y aurait qu’à compter dans le livre le nombre d’occurrences de chacun des termes qui le constitue, mais aussi de percevoir leur porosité avec les autres points de vue possible : le balcon, le tiroir, le seuil, la boîte, le panier, la toiture, etc… Ainsi, si « une définition un peu stricte de la fenêtre ne permet de s’y accouder que d’un seul côté » , le regardable permet d’en dépasser cet aspect et de la faire devenir lieu de croisements entre intériorité et extériorité, le regardable se croisant dans la réversibilité de la vue possible : regard de l’extérieur vers l’intérieur, regard de l’intérieur vers l’extérieur. De même pour chaque cadre de vue, n’impliquant aucune unilatéralité du sens, mais toujours ouvert dans le double sens de la perception. Ces pivots de la vue sont les lieux de la distorsion de la langue, ses spectres au sens photographique, lieu où le regardé se déplie et se recompose selon l’œuvre de la langue, qui ne se veut aucunement administratrice de cela qu’elle reçoit, mais seulement le lieu d’un dépôt sensible du vu par sa transfiguration imagée, car « l’administration est accusée de décerner des actes frauduleusement vieillis avant l’heure » .
Par ce travail de prose poétique ce qui ressort du livre de Jérôme Mauche tient alors à la mise en évidence du sujet littéraire comme lieu de reprise du sensible par sa transformation, déflagration linguistique. En quelque sorte, il rejoint ce que pouvait exprimer Christian Prigent dans La langue et ses monstres lorsqu’il parlait de la « littérature moderne » : une volonté de retarder toute éclosion du visuel par le jeu de la langue, « espacer l’apparition des associations visuelles, c’est-à-dire les enchaînements de figures, d’images, de blocs de significations, de représentations fantasmatiques, de scènes, dont l’exploitation esthétique caractérise les formes artistiques plus ou moins liées à la tradition surréaliste » ou post-surréaliste. Le jeu linguistique ne se découvre pas comme association ou reformulation de significations sensibles devant créer un onirisme du monde, mais comme des mélanges de qualités (pragmatiques, sensibles, conceptuelles, sociologiques, cliniques ou thérapeutiques), mélanges qui repoussent justement le visuel au profit de la matérialité linguistique donnant le regardable dans la nécessité de la dialectique de cette autre vue de la pensée, comme pouvait l’expliquer Lyotard dans Discours, Figures.
Par conséquent, le regardable-source n’est plus de la même nature que le regardable donné par le livre, plus de la même qualité, au sens où justement, ce qui tient du regardable vu par l’auteur est issu de ce tissage entre ce donné perceptible qu’il a vu et ces données intellectives dont sa pensée est striée.
« Le renversement qualitatif de la proposition profita du clair de lune pour résoudre son vrai-faux problème entêtant »

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