Libr-critique

10 février 2019

[News] News du dimanche

Pour terminer en beauté ce mois de février :

► Vendredi 15 février, de 16 à 19H, CENTRE POUCHET CNRS (59/61 rue Pouchet 75017) : La Genèse borgésienne.

La cinquième séance du séminaire doctoral « Génétique des textes et des arts : théories et pratiques » sera l’occasion de présenter les études génétiques les plus récentes sur la genèse de l’œuvre borgésienne. Attention! La séance aura lieu au Centre Pouchet, 59-61 rue Pouchet, en salle 255.

Daniel Balderston (Pr., University of Pittsburgh) présentera ses derniers travaux. Federico Calle Jorda (Doctorant, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis), présentera le livre de Julio Premat (Pr., Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis), Borges (Presses Universitaires de Vincennes). Chacune des interventions sera suivie d’une discussion.

► Vendredi 15 à 19H30 : Rencontre avec Virginie Poitrasson.

► Samedi 16 février, de 15H30 à 20H, Bibliothèque Rilke (88ter, Boulevard de Port-Royal 75 005 Paris) : RV avec LES PARLEUSES pour une réhabilitation du matrimoine littéraire

🛸 Au programme : des ateliers d’écriture ou de lecture et une rencontre explorant l’œuvre de James Tiptree Jr. (1915-1987), autrice de science-fiction féministe, avec la participation de Ïan Larue, autrice de La Vestale du Calix, Chloé Delaume, marraine du projet et autrice des Sorcières de la République, et Aurélie Olivier, fondatrice de l’association Littérature etc.

🎧 18h – 19h30 Rencontre – Enregistrement du podcast sur l’œuvre de James Tiptree Jr. par Ïan Larue (entrée libre).

15h30- 17h30
📚 Atelier de lecture par arpentage autour des textes de James Tiptree Jr. mené par Aurélie Olivier de Littérature, etc. : on divise le livre, chacun.e des participant.e.s lit une partie isolément, puis chaque participant.e partage sa lecture personnelle jusqu’à ce que la discussion collective embrasse le livre dans son ensemble. (COMPLET)
OU
✏ Atelier d’écriture inspiré des procédés d’écriture de James Tiptree Jr. imaginé par Chloé Delaume (COMPLET).

â–º Mercredi 20 février, 20H30 : soirée Montévidéo à l’occasion de la sortie du n° 48 de la revue IF (3, impasse Montévidéo 13006 Marseille).

Accueillis en résidence à Montévidéo, les artistes et écrivains Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel, en lien avec le Groupe d’information sur les ghettos (g.i.g.), ont activé à Marseille un nouveau groupe d’information rassemblant habitants, artistes et chercheurs, tous impliqués dans la création de protocoles d’enquêtes : écriture de questionnaires, diffusion, récolte de données, traitement.
Cette étape marseillaise s’inscrit dans un circuit de travaux collectifs menés depuis plus de quatre dans des zones urbaines ou rurales en France (Aubervilliers, Saint-Ouen, Caen, Carentan, Strasbourg, Lille…) ou à l’étranger (Brésil, Canada, Belgique…). Chaque étape permet d’alimenter un fonds documentaire régulièrement convoqué par ce groupe pour alimenter une réflexion portant sur les mécanismes d’exclusion et de repli.
Partant de cette expérience collective, Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel ont écrit un questionnaire poétique et frontalement politique intitulé « Questionnaire élémentaire » et paru en 2017 dans une coédition Laboratoires d’Aubervilliers / Groupe d’information sur les ghettos (g.i.g).
Ce questionnaire est la trame de ce numéro spécial g.i.g de la revue IF dont la réalisation leur a été confiée
.
L’historien Philippe Artières ouvre ce numéro en revenant sur les sources historiques des instruments convoqués poétiquement par le g.i.g. Les autres contributeurs, écrivains, poètes et artistes (Gauz, Anne-Sarah Huet, Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós (Le peuple qui manque), David Lopez et Christophe Pellet) ont été invités à choisir une question de leur choix pour y apporter des tentatives de réponse. En réalité, aucune réponse définitive n’est jamais donnée aux questions posées : CE SONT CES DERNIÈRES QUI PRENNENT LA PAROLE, ET LA PAROLE N’ARRÊTE PAS D’ÉLARGIR LES QUESTIONS, DE LES MULTIPLIER EN CASCADE.

Ce dossier sur le g.i.g. est complété par un portfolio des œuvres de l’artiste visuel Gilles Desplanques.

Tarif : 3€, réservation conseillée auprès de Montévidéo au 04 91 37 97 35.

► Jeudi 21 février à 18H, CNES (2, place Maurice Quentin 75001 Paris) : Studio Cosmique #4. Soirée de lancement du numéro 17 de la revue Espace(s).

– Espace(s) 17 –

Le dix-septième numéro de la revue Espace(s) a pour thème « Nos géographies mentales ». À travers les contributions d’auteurs, d’artistes et de chercheurs en sciences humaines, il dresse un panorama d’un genre inédit, constitué de trajectoires personnelles ou collectives et tourné vers le plaisir de la déambulation. Cet ensemble d’histoires minuscules, seul mode d’entrée véritable vers l’Espace dont nous disposions, ouvre de nouvelles voies à une création contemporaine originale et audacieuse.

Une balade littéraire et artistique dans nos géographies mentales –

Le Studio Cosmique ouvre ses portes pour une soirée dédiée à la littérature et aux arts visuels. Eric Pessan, membre du comité de rédaction de la revue, recevra quelques uns des contributeurs de cette livraison”. Il explorera en leur compagnie les itinéraires de création qu’ils ont empruntés. Interventions originales, lectures et entretiens, voilà qui composera le programme de cette curieuse balade.

Le programme :
– Errance géographique avec Gérard Azoulay, directeur de la rédaction

– Décryptage de l’année 2018 dans l’atelier de la photographe Sylvie Bonnot
– Doubles jeux sur la revue Espace(s) avec les auteurs Maël Guesdon et DAVID CHRISTOFFEL
– Visite guidée d’Anecdopolis, la cité des anecdotes spatiales, avec Jakuta Alikavazovic, Karin Serres et André Ze Jam Afane

– Sentir et penser sans gravité, par le philosophe Elie During

Sur réservation à l’adresse : observatoire.espace@cnes.fr

â–º Vendredi 22 février, la sixième séance du Séminaire Doctoral « Génétique des textes et des arts : théories et pratiques » portera sur Alejandra Pizarnik & André Pieyre de Mandiargues (ENS 46 rue d’Ulm, salle des Conférences).

Mariana Di Ció (MCF, Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3) évoquera la correspondance entre deux grands écrivains, l’un français, l’autre argentine. Ainsi, Mariana Di Ció présentera son ouvrage paru récemment : Alejandra Pizarnik & André Pieyre de Mandiargues, Correspondance Paris – Buenos Aires 1961-1972 (Ypsilon éditeur).

Quant à elle, Bahia Dalens fera part de ses recherches les plus récentes autour de ce qu’elle désigne comme « l’écriture du trouble » dans la genèse de l’oeuvre de Mandiargues.

3 juin 2010

[Libr-relecture] KILITO, Les Arabes et l’art du récit, par J.-N. Clamanges

Abdelfattah Kilito, Les Arabes et l’art du récit. Une étrange familiarité, Actes Sud, coll. "Sindbad", 2009, 23 €, ISBN 978-2-7427-8110-2.

Jean-Nicolas Clamanges

Voici un livre comme on en trouve finalement bien peu. Il plaira non seulement aux amateurs des Mille et Une Nuits ou à ceux qui cherchent un chemin vers la littérature arabe ancienne, mais aussi à tous ceux qui aiment que la littérature soit un secret sur un secret. C’est un essai dense mais limpide, où les problèmes de la culture lettrée arabe classique sont présentés dans la lumière de notre présent, au fil d’une dizaine de brefs chapitres écrits dans une langue simplement élégante.

Abdelfattah Kilito enseigne à l’université Mohammed V de Rabat. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont notamment : L’Auteur et son double (Seuil), Les Séances (Sindbad), sur un genre littéraire essentiel de la tradition classique arabe, L’Œil et l’Aiguille (La Découverte), un des plus beaux essais que j’aie jamais lus sur les Mille et Une Nuits, et Dites-moi le songe (Sindbad/Actes-Sud) ; il est aussi l’auteur d’un roman : La Querelle des images (1985) et d’un recueil de nouvelles qui sont publiés au Maroc. Les Arabes et l’art du récit poursuit une réflexion sur quelques chef d’œuvre de la littérature arabe ancienne envisagés tout autant dans leur portée au sein de leur propre culture que dans leurs rapports complexes avec le monde indo-persan et l’Occident. Il y est question de Kalila et Dimna (VIIIe siècle), du Livre des avares de Jârhiz (IXe siècle), du Collier de la colombe d’Inbn Hazm (XIe siècle), de l’indifférence constante des anciens lettrés pour les Mille et Une Nuits, des rapports de l’art d’écrire avec l’art du secret ou encore des connivences probables entre les procédés d’Harîri (l’auteur des Séances, XIe siècle) et ceux de Georges Perec. Le fil rouge qui relie cette méditation serait peut-être ce que l’épreuve de l’étranger révèle et occulte tout à la fois dans la culture littéraire arabe – un fil tressé à une intuition subtile de ce que comporte de paradoxal l’expérience littéraire, comme sorte de vocation fructueuse à la méconnaissance et au malentendu.

(more…)

3 décembre 2006

[News de la blogosphère#3] Ecritures numériques, Grégory Chatonsky

Parmi la profusion de blogs d’artistes, de blogs littéraires, de blogs d’écrivains qui s’exposent sans réfléchir sur les spécificités du vecteur d’exposition et de circulation de leur travail qu’ils utilisent, nous avons envie de faire remarquer non pas des blogs d’écrivains, mais ceux de deux artistes numériques ou multimédias, Grégory Chatonsky , qui interroge la question de l’écriture à travers leur exploration des nouvelles technologies. En effet, son travail qui n’est pas littéraire au sens strict nous semble être cependant de l’ordre de l’écriture, écriture à travers la vidéo, les nouveaux médias, les installations, les dispositifs numériques sur Internet et en interaction, écritures trans-medium, ou intermédia qui trace des lignes dans le temps et construit des architectures… Et l’on retrouve écrite, retranscrite cette écriture poly-matérielle sur leur blog respectif, technologie liée à l’écriture numérique en écho des autres technologies qu’ils utilisent dans ses œuvres, technologie qui contient une économie particulière en relation __ et qui interroge __ la relation avec d’autres économies matérielles que ce sont celles de la vidéo, d’Internet, etc… Cet artiste, très fins connaisseur des aventures avant-gardistes du XXème siècle, de la littérature et de la philosophie, mène à la fois une réflexion théorique et un travail artistique sur et à travers les nouvelles technologies, et interrogent avec les médias numériques le cinéma, l’architecture, la vidéo, la littérature, la musique ; nous les avions d’ailleurs tous les deux invités au 2ème festival Terminal X-périenZ, littératures et nouvelles technologies, organisés par Trame Ouest au centre Noroit à Arras en décembre 2004.

Le blog de Chatonsky, est très dense, les archives remontent à 1989, et l’on trouve l’ensemble de son travail depuis 15 ans.
L’utilisation qu’il fait du blog est, il me semble, très pertinente vis-à-vis de son travail de création, car elle donne à voir le processus de création à la fois en amont, dans son élaboration théorique, puis dans son effectuation, à la façon d’un work in progress, et en aval, il donne des traces, des fragments de sa réalisation. Ces blogs donnent accès à des œuvres qui ne sont pas facilement visibles ou accessibles, (réalisées à l’étranger, dans des espaces peu connus, durant des périodes brèves, …), mais permettent surtout de comprendre le travail de leur auteur à la fois dans son ensemble (car y sont recensés tous les travaux des artistes) et de manière fragmentaire (car ce ne sont que des traces, bribes, preuves de l’œuvre qui s’y retrouvent retranscrites). On peut remarquer que le blog inverse le rapport que le spectateur/lecteur a de façon général au méta-discours d’une oeuvre, d’un artiste, la plupart du temps, on découvre d’abord l’œuvre, puis on en lit des commentaires, des explications, on découvre le journal d’écriture d’un écrivain, sa correspondance, etc…Mais avec les blogs, on peut d’abord avoir accès au méta-discours, au commentaire, avant de découvrir l’œuvre, on peut découvrir l’œuvre à travers celui-ci.
Cependant, les blogs de Chatonskyne sont pas seulement des commentaires, des vitrines d’expositions, ni de simples méta-discours explicatifs de leur travail, ils semblent plutôt en être des extensions spécifiques, ils constituent une écriture, de l’ordre du journal de création, ou une sorte d’atelier ouvert en permanence, mais dont la dimension numérique bouleverse la narrativité classique, et le rapport à l’œuvre de l’artiste. En effet, ces blogs posent la question d’une participation de cette méta-écriture du blog au processus créatif, voire à l’œuvre. En effet, de quelle façon le blog participe à l’œuvre, participe de l’œuvre ? Et de quelle façon cette pratique du blog transforme le rapport qu’a l’artiste, l’écrivain en général, à sa pratique créative ? Car s’il n’est qu’un simple journal de retranscription du travail effectué, ou une fenêtre de news, ou encore l’espace d’étalement d’une egologie qui tente de faire de la littérature en mélangeant subjectif et objectif, le blog n’est pas utilisé pour sa spécificité, qui est son caractère numérique, ainsi que la question de la publicité, du dialogue, du partage avec les internautes, à travers les commentaires ; ainsi, à travers le blog, l’artiste cherche ou accepte des interventions extérieures au cœur même de sa création, comment en tient-il compte ou non ? comment influent-elles, travaillent-elles le processus créatif ? Il faudrait voir avec le temps si la pratique du blog a transformé la façon dont les artistes ou écrivains avait de travailer.
De plus, actuellement le blog est une interface complexe, aux fonctions multiples, à l’esthétique variée et variable, fonctionnalités et esthétique étant très pauvrement exploitées par la plupart des blogs littéraires, qui ont, et c’est bien dommage, presque tous la même apparence, et très peu de fonctions (du fait des plate-formes sur lesquelles ils se situent qui restreignent les fonctionnalités). Quand les écrivains déplorent le formatage des supports médiatiques (TV, radio, Internet, livres, etc…), ils sont pourtant eux aussi formatés par Blogspot et compagnie. Car la question du format est bien une question esthétique et politique cruciale, puisqu’elle détermine en très grande partie la circulation des contenus, le format donne une forme, forme jamais dépourvue de sens, qui codifie, encadre de repères identifiables et déterminant de plusieurs façons le contenu, idée bien banale, mais que de nombreux utilisateurs de blogs semblent oublier quand ils utilisent ce médium. Comprendre les spécificités techniques d’un médium, ce n’est pas être un technicien fanatique, mais c’est pouvoir en utiliser de façon pertinente les potentialités, afin de servir le contenu que l’on veut défendre, tout cinéaste connaît de la technique cinématographique, tout écrivain connaît la grammaire, et sans pour autant être un ingénieur informatique, on peut réfléchir aux implications techniques et esthétiques qui découlent du blog et d’Internet.

Chatonsky est dans cette logique, il mêle aux traces de son travail, des réflexions esthétiques, des extraits d’œuvres d’autres artistes ou écrivains, des citations, qui ne constituent pas seulement, là non plus, un méta-discours, un commentaire, des explications sur leur travail, mais plutôt des réflexions, des données incluent à l’intérieur même de leur écriture, qui participent de l’élaboration théorique et pratique de l’oeuvre. L’hétérogénéité des matériaux, des médias utilisés et leur assemblage à la fois ordonné et non hiérarchique sur un même plan à travers le blog donne à voir de façon particulière la création artistique et les divers éléments qui la constituent, et établissent des réseaux de sens multiples tout en croisements et en interceptions.
Enfin, à travers ces blogs se pose la question de l’auto-archivage que pose Chatonsky dans un de ses posts :
« La multiplication des supports de mémoire entraîne une mise en crise des autorités traditionelles de mise en mémoire, le sentiment d’un flux permanent dans lequel il est difficile de faire le tri.
Les artistes doivent de plus en plus souvent procéder à un auto-archivage de leurs activités. » (le 27 octobre 2006).
[ Cette question de l’archivage, de l’enregistrement, de la conservation d’une donnée, d’un contenu, est, il me semble, une des question essentielle que pose le blog, et non pas la question de l’intime, question rarement interrogée de façon stimulante et novatrice (ce n’est pas parce que la plupart des utilisations du blog sont tournés ver l’intime, que cette utilisation est la plus pertinente, les blogs les plus importants à la fois en terme d’influence, de qualité des contenus, de réflexions sur la forme ne sont pas du tout pour la plupart des « blogs intimes »). ]
Cet archivage et cette traçablité particulière à travers le blog permet aussi de donner à un travail une lisibilité, traçabilité et lisibilité dans le temps qui ne sont pas facilitées par les institutions, les médias, qui fragmentent, plus qu’ils ne créent des liens, qui séparent dans des cases et catégories au lieu de souligner les généalogies et les réseaux de correspondances.

Comment les NTIC et le numérique pose cette question de la trace, de la recension, du document ? Nous avons ici avec ces blogs, il me semble, aucunement une présentation égocentrique de soi, ni un simple espace d’informations sur l’actualité d’un artiste, mais bien un espace de liaison, et d’élaboration d’une pensée, d’une œuvre, de façon dense, complexe de l’ordre du journal, à la fois intime et public, dont le caractère numérique permet une construction labyrinthique, une actualisation permanente, et une diffusion particulière selon les principes du web, et non selon les lois de la presse, de la critique officielle.
Ainsi, chez cet artiste, le blog est bien un journal numérique, espace feuilleté et ramifié en perpétuelle reconfiguration, qui permet une traçabilité et une visibilité de leur travail différente que celle proposé par les musée, galerie, journaux, centre de ressources et autres…
Si Borgés était encore vivant, peut-être aurait-il utilisé le blog ?

21 novembre 2006

[livre] Tumulte de François Bon

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 9:48

Tumulte de François Bon, éditions Fayard, 543 p. ISBN : 2-213-62990-0, 22 €.
[site de François Bon]

4ème de couverture :
Le 1er mai 2005, venu de nuit à ma table de travail pour francois_bon.jpgcause d’insomnie, j’imagine une sorte de livre fait tout entier d’histoires inventées et de souvenirs mêlés, ces instants de bascule dans l’expérience du jour et des villes, écriture sans préméditation et immédiatement disponible sur Internet. Même, je le voulais anonyme.
Je découvrais progressivement qu’il s’agissait pour moi d’une étape importante, d’un renouvellement. Finaliser chaque jour un texte oblige à ce que les censures qu’on ouvre, les pays fantastiques qu’on entrevoit, on les laisse aussitôt derrière soi. Alors naissait un livre fait de chemins accumulés, un défrichement imprévu, soumis à la friction du monde et des jours. Est-ce que n’est pas aussi tout cela, le roman ?

FB

François Bon est né en 1953, en Vendée. Il a publié son premier livre aux Éditions de Minuit en 1982, et, récemment chez Fayard, Rolling Stones : une biographie (2002), Daewoo (2004) et Tous les mots sont adultes (2000, 2005).
Première impression :
Encore dans la lecture de cet impressionnant volume, même si j’arrive vers son terme, ici il ne s’agira pour l’instant que de dire tout à la fois la qualité de l’écriture qui est mise en place par François Bon et l’enjeu général de cette oeuvre. Pourquoi Tumulte ? Est-ce seulement selon la reprise du titre du site, qu’il a lui-même créé pendant cette année d’écriture ? Non, pas seulement. François Bon revient à de très nombreuses reprises sur les mouvements des mécaniques, sur les machines qui sont aussi bien à l’oeuvre que délaissées [usine victime des crises sociales]. Ces machines ne doivent pas être réduites aux seules productions réelles, mais peu à peu, par l’immersion dans la série des fragments, tout à la fois détachés les uns des autres et en écho [aussi bien par leur sous-titre que par ce qu’ils trament, la récurrence qu’ils impliquent], nous comprenons que ce tumulte est celui du crâne, des représentations qui s’y forment, des souvenirs qui s’y agglutinent et qui surgissent fracturant parfois le calme de la pensée, des rêves qui hantent la conscience à son réveil, rêves souvent associés à la mort, des architectures qui se multiplient et qui deviennent reflet de ce que pouvait penser Borgès à travers elles.
Effort de construction/déconstruction, de remettre en marche des structures, de réassembler : « J’ai du mal à retrouver en moi les traces progressives, puisque c’était cela ma stratégie, des petites touches, je pensais, comme ces petits bricolages sur la table à dessin, dans les bâtis et les câbles ».
La mécanique, les rouages, sont le lieu même de l’écriture.
« J’ai toujours eu le goût des machines, et surtout s’il s’agit d’écrire : qu’importe ce qu’en pensent les autres, pour moi c’est là que commence l’affirmation essentielle, par la machine ».
Le tumulte est l’oeuvre elle-même en tant qu’actualisation de la pensée qui se débat avec elle-même, qui témoigne d’elle-même, à savoir qui zigzague entre réalité et fiction, entre objectivité et subjectivité absolue sans attache au réel. Ce qui est étrange et impressionnant dans ce texte, c’est que tous les fragments dispersés s’enchaînent, qu’on les suit, qu’on soit dans l’impatience du prochain, de celui qui est à venir, sans que pour autant cela puisse constituer une linéarité narrative visible. Et c’est selon cette étrangeté, du fragmenté en flux, du continuum discontinu et labyrinthique, que se pose bien évidemment la question finale de la 4ème de couverture : « Est-ce que ce n’est pas aussi tout cela, le roman ? »
Le tumulte est ainsi l’expérience qui à travers la médiation d’internet, du site, et de ses spécificités tout à la fois technique et ontologique vis-à-vis de l’écriture [écriture directe, sans autre trace que ce qui est publlié sur le web, anonymat initial, etc] tente de comprendre ce que peut être la déclosion d’un monde qui se construit non pas selon l’horizon et la ligne, mais le plan et le frayage. /PB/

7 novembre 2006

[chronique] Enquête et faux-semblant chez Véronique Vassiliou

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Philippe Boisnard @ 16:30

Lorsque l’on découvre Borgès, notamment des nouvellles comme L’autre ou bien le Congrès ce qui reste troublant, derrière l’apparat du livre, la fiction révélée de la fiction, c’est cette oscillation entre réel et univers inventé. Les porosités, qui relient ces deux côtés, en arrivent à nous tromper, à faire que nous ne puissions pas discerner dans l’enchevêtrement du texte, des notes, des précisions circonstancielles, ce qui provient de l’imagination de Borgès, de ce qui a eu réellement lieu. Ce qui permet ces porosités, tient 1/ aux éléments extra-littéraires ou référentiels qui interviennent, et qui par leur catégorie d’appartenance propre [marqueur géographique, temporel, circonstanciel, ou bien éléments biographiques, bibliographiques, scientifiques] opèrent des destabilisations quant à l’appréhensiion du texte littéraire 2/ à l’intégration de son propre nom [Borgès] en tant que personnage témoin d’un événement, ce qui est le cas entre autres dans L’autre, où Borgès rencontre son double selon des circonstances très précises. Le fantastique borgésien n’est pas ainsi celui forcément de l’extra-ordinaire, mais il se manifeste en tant que mise en question du livre, du livre en tant qu’objet aussi bien que du livre comme lieu d’écriture [d’où le nombre de nouvelles qui interrogent le livre]. Son travail de documentation pour certains textes, est ainsi partie prenante de l’opération littéraire et de l’effet de fantastique, du dispositif dans lequel il va prendre le lecteur. Borgès l’énonçait lui-même : « l’érudition est le fantastique moderne« .

En travaillant ainsi, et ceci en relation avec la revue Sur et les recherches de Roger Caillois par exemple, il a ouvert toute une réflexion au niveau de la littérature fantastique, sur la question des éléments littéraires contextualisant au sein du texte. Le fantastique se construisant selon l’association entre des éléments appartenant à des registres cognitifs différents venant inter-férer les uns avec les autres et déplaçant la saisie immédiate de ce qui est lu quant à son domaine d’appartenance.
Ce qu’accomplit dans ses deux derniers livres Véronique Vassiliou est dans cette lignée : elle construit des dispositifs littéraires qui introduisent un vacillement entre réel et fiction, entre l’univers texte et l’univers réel. Ceci apparaît d’emblée dans Le coefficient d’échec : après une première page titre, sur laquelle je vais revenir, apparaît un arbre généalogique.vassiliou_genealogie124.jpg Celui-ci montre la descendance de la famille Basile-Royal. Ici rien d’extraordinaire. Si ce n’est d’un coup le rapprochement qu’il est possible de faire avec la biographie donnée en 4ème de couverture. « Véronique Vassiliou (…) aurait un lien de parenté étroit avec Angèle Basile-Royal, mnémographe, ainsi qu’Angèle Kalia, physicienne » qui elle-même est la correspondante principale des séries de mail qui sont données à la lecture dans Le + et le – de la gravité. Le livre de Vassiliou est la publication d’extraits des carnets d’Angèle Basile-Royal par Véronique Basile-Royal, qui est collectrice/réceptrice des carnets. Une porosité est ouverte entre ce qui a lieu dans le texte et Vassiliou elle-même. Et cette porosité sera ensuite accentuée tout au long du livre : 1/ par les annotations de Véronique Basile-Royal; 2/ par une recontextualisation finale des carnets dans le processus éditorial des Sauvages éditions. S’éclaire ainsi le jeu référentiel qu’elle fait avec Alice au Pays des merveilles de Lewis Caroll, qui apparaît à la fois en exergue du Coefficient et en tant que correspondante dans Le + et le -. Cette deuxième référence précise encore davantage cette question de porosité entre réel et fiction, par la mise en abîme qui y est accomplie : « Angèle face à Alice. (…) Qui est le double de qui ? Angèle clone d’Alice ? Alice, réverbération ? Qui est le reflet de qui ? »
Le travail de Véronique Vassiliou s’inscrit par conséquent dans une réflexion sur la nature de ce qui est lu : à savoir quelles sont les catégories de reconnaissance que nous mettons en oeuvre pour aborder les textes, et en quel sens ils (se) jouent de ces catégories. C’est pour cela que la récurrence de la notion d’enquête n’est pas anodine : Le coefficient d’échec comme Le + et le – de la gravité sont des enquêtes, des recompositions, des reconstitutions. Enquête interne au livre : la réécriture des carnets par Angèle qui est désignée d’emblée comme Pièce-enquête, la reconstitution des correspondances de la physicienne Angèle Kalia dans Le + et le –. Mais aussi enquête proposée au lecteur : il fait face à une intrigue sur les genres littéraires, sur les relations enre les catégories de discours, l’amenant à s’interroger sur ce qui a véritablement lieu là dans l’écrit.

vassiliou2121.jpgCette enquête à laquelle fait face le lecteur dans le Coefficient d’échec se constitue selon la possibilité de suivre cette enquête sur les sauvages qui est écrite dans les carnets d’Angèle. Que veulent dire précisément les carnets, qu’est-ce que cette référence aux sauvages ? Est-ce une allusion aux troglodytes ? Le carnet 21 donne des réponses : en jouant sur les ambiguïtés sémantiques de sauvage et de pensée, et ceci dans un registre rousselien de porosité interne aux mots : « Les sauvages aiment la pensée. La pensée est sauvage. / La saison propice à l’observation des pensées est vers le mois d’avril. (…) La pensée est aussi mémoire. / Le souvenir de la pensée sauvage n’est pas la pensée sauvage. / La pensée sauvage devient alors pensée. » Le sauvage est celui qui a la pensée sauvage, « le sauvage doute », « le sauvage-en-état-de-résistance sait dire non. / (…) Il s’oppose au lieu commun. / Il s’oppose à ce qu’on impose. / Il s’oppose aux langues, aux pensers, aux faires imposés. » L’enquête sur les sauvages, sur la pensée sauvage des sauvages ouvre sur la mise en perspective de la pensée qui s’échappe du dire non-sauvage, qui s’échappe du déjà dit non-sauvage qui voudrait s’imposer au (dire du) sauvage. Ce livre aboutit à déterminer les différentes modalités — bien évidemment non pas d’hommes qui appartiendraient à un hypothétique Etat de nature, caché on ne sait où, — mais de pensées qui se donnant ne corrrespondent pas aux attentes et aux conditions des pensées cadastrées, uniformisées dans notre monde, au sens où « Les sauvages sont parmi nous », car on peut les repérer « parmi les boulangers, les jardiniers, les français, les publicitaires », ect…

L’enquête du deuxième livre est encore plus étrange : et elle demande de recouper Le coefficient.vassiliou1120.jpg En effet, le titre est donné subrepticement, semble-t-il, dans le tome qui le précède :  » – + » « ils pensent au plus près de la terre. Très bas. Au ras des paquerettes. Le nez dans les fleurs ». Le sauvage est dit se tenir dans ce seuil de la distance entre « + -« , ce point qui n’est autre que la gravité. La gravité est ce qui s’exerçant sur nous, pourtant ne nous broie pas, ne nous écrase pas. Se tenir debout, c’est être dans ce seuil du + -. Question centrale pour une physicienne comme Angèle Kalia surtout quand l’une de ses correspondances est avec Isaac Newton, qui peut lui écrire que si elle se tient bien entre ce + et ce -, c’est avec un peu de légèreté : « un peu de gravité, Angèle ! Je vous reconnais bien là, à osciller entre son + et son -. A faire preuve de légèreté quand tout le monde fait preuve de grand sérieux ». Ce livre qui est le résulat d’une enquête d’Interpol et des services de renseignement suite aux attentats du WTC, détourne l’enquête initiale, vers une seconde enquête : pour quelle raison ces correspondances, pour quelles raisons ces correspondants, en quel sens y a-t-il du sens à propos du 21 septembre 2001, à mettre en jeu les citations aussi bien de Bertolt Brecht, Alice, Jeff Koons, Isaac Newton, Marcel Duchamp, Cervantès, Dieter Roth, Federman, Jean-Pierre Luminet ? Est-ce qu’il n’y aurait pas là justement une certaine légèreté ? Ou bien, est-ce que cette légèreté prise avec les attentats ne pourrait pas révéler une forme de gravité plus lourde que celle d’une enquête qui serait menée ? Tel semblerait être le cas, au sens où ce qui est dit dans ces mails, loin d’être anodin, interroge aussi bien la construction de l’identité de soi [le passage avec Alice est très pertinent et amusant sur le fait de devenir reine, de faire semblant de le devenir, et d’oublier que l’on fait semblant de l’être devenu], que le rapport que nous entretenons avec le monde, avec sa réalité et ceci en liaison étroite avec la question de la fictionnalisation. Le + et le – de la gravité tient à cela : dans l’entrecroisement des citations utilisées dans chaque correspondance (identifiable parce qu’écrite en italique), Vassiliou met en évidence un ensemble de questions qui peuvent se poser avec les conséquences politiques issues du WTC et ceci dans le faux-semblant d’une enquête portant sur une corrrespondance.

Ces deux livres de Véronique Vassiliou se posent à l’écart des tentatives de la poésie contemporaine visant ce qu’est l’intime, ou bien la constitution d’une langue. Ce qu’elle accomplit ce sont des montages, des processus de confrontation de logiques, de discours, des jeux sémantiques, et ceci sans jamais abandonner le recul d’une certaine forme d’humour. Ainsi, appartenant davantage à une tradition post-moderne, qui déconstruit les modèles de discours environnants plutôt que de construire la réalité d’une vérité idiolectale, ses deux livres sont à découvrir aussi bien en tant que tentative actuelle de questionner les expériences poétiques possibles, que jeux, jeux de la langue sur elle-même, se déportant, se détournant, se raillant de ses propres catégories.

1 novembre 2006

[livre] Le coefficient d’échec, de Véronique Vassiliou (éditions Comp’act)

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Le coefficient d’échec de Véronique Vassiliou, éditions Comp’act, ISBN : 2-87661-392-1, 74 p., prix 16 €.

4ème de couverture :

vassiliou2121.jpgQue racontent les carnets d’Angèle Basile-Royal, mnémographe, partie au pays des sauvages pour en connaître les moeurs, pratiques, coutumes, etc ? Sa descendante, Véronique les a rassemblés avec soin afin de les donner à lire en un livre recueil de carnets, suite de notes, d’observations, de faits dressant le portrait fluctuant d’un peuple méconnu. Ces carnets sont augmentés des lettres de Petit-chêne-à-fleurs bleues, adressées à son frère sauvage, partie quant à elle au Pays-des-non-sauvages, en quête de traces de Sépoié, divinité étrange, inquiétante et, tour à tour, commune et proche. Qui est, où est Sepoié ? On trouvera ainsi dans Le Coefficient d’échec, des séries de cartes, lettres, indices, une bibliographie, un chant, des commentaires et de nombreuses digressions.

N.O., le détournement, Le Coefficient d’échec et Le + et le – de la gravité (trilogie) sont à lire de haut en bas, de droite à gauche et de bas en haut. Enquêtes successives, livrées en kit, elles se faufilent entre les genres.

Véronique Vassiliou, petite-fille de Rose Giovinazzo et Dominique Deiana, de Georges Vassiliou et d’Angèle Caliaros, arrièe petite fille de Grégariou Vassiliou marié à Panoria Engonopoulou, ainsi que Maria Capsis marié à Michel Caliaros, serait l’arrière petite-fille par adoption de Fortena Caliaros. Aurait un lien de parenté étroit avec Angèle Basile-Royal, mnémographe, ainsi qu’Angèle Kalia, physicienne. Est née dans le quartier de Saint-Jean-du-Var à Toulon, in extremis (23h55), le 1er janvier 1962. Collectionne, archive, assemble, observe, aligne, vaque, fabrique, monte…

Premières impressions :

Comment faire tenir en aussi peu de pages autant de logiques d’écriture ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, alors que ce livre est relativement petit, Véronique Vassiliou réussit avec intelligence à multiplier les ruptures, les interstices de notes, de lettres, ceci en créant un système logique autonome et troublant. En effet, proche pour une certaine part des formalisations de la littérature fantastique d’un Poe ou d’un Borgès, ses postulats fictionnels s’établissent sur une ambiguïté d’emblée : puisqu’elle situe ce coefficient d’échec dans l’entrelacement de ses origines réelles (mais ne seraient-elles pas déjà fictionnalisées) qui sont en 4ème de couverture, et de l’arbre généalogique qui débute le livre. Véronique Vassiliou fait partie de ses rares qui conjuguent tout à la fois une réflexion sur la nature des dimensions d’écriture contemporaine (archives, communication liée à la technologie, logique scientifique) et de l’autre un travail d’imagination, de fictionnalisation, c’est en ce sens qu’elle développe une dynamique ambigüe d’écriture, qui (se) joue de ses faux-semblants et des subterfuges qui y sont impliqués.[PB]

26 octobre 2006

[livre] Le + et le – de la gravité, de Véronique Vassiliou (éditions Comp’act)

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>> Le + et le – de la gravité de Véronique Vassiliou, éditions Comp’act, ISBN 2-87661-393-X, 93 p., 16 €.

[site]

4ème de couverture :

vassiliou1120.jpgA la suite de l’attentat perpétré contre les États-Unis, à New-York, en septembre 2001, et pour lutter plus efficacement contre le terrorisme, les services secrets français, allemands, italiens, grecs, espagnols et américains se lancèrent dans une veille du courrier électronique. Cette veille fut organisée avec minutie. Chacun avait son domaine sur la toile, à balayer, ratisser, lire, archiver, analyser. C’est ainsi qu’un cyber flic, Manolo Zanka, qui s’intéessait à Angèle Kalia, physicienne renommée, spécialiste de la gravité, se mit à la surveiller avec une attention toute particulière…

Le + et le – de la gravité est la mise en jeu d’une correspondance par e-mails à lire comme une correspondance classique, parfois légère et anecdotique, comme un dossier sorti de l’oubli, ou comme une suite de poèmes en vers…

N.O., le détournement, Le Coefficient d’échec et Le + et le – de la gravité (trilogie) sont à lire de haut en bas, de droite à gauche et de bas en haut. Enquêtes successives, livrées en kit, elles se faufilent entre les genres.

Véronique Vassiliou, petite-fille de Rose Giovinazzo et Dominique Deiana, de Georges Vassiliou et d’Angèle Caliaros, arrièe petite fille de Grégariou Vassiliou marié à Panoria Engonopoulou, ainsi que Maria Capsis marié à Michel Caliaros, serait l’arrière petite-fille par adoption de Fortena Caliaros. Aurait un lien de parenté étroit avec Angèle Basile-Royal, mnémographe, ainsi qu’Angèle Kalia, physicienne. Est née dans le quartier de Saint-Jean-du-Var à Toulon, in extremis (23h55), le 1er janvier 1962. Collectionne, archive, assemble, observe, aligne, vaque, fabrique, monte…

Premières impressions :
Aurai-je commencer par le bas, pour remonter vers le haut ? Ou bien, est-ce que le haut ne pourrait pas être aussi une forme de souvenir… C’était il y a de cela quelques années, en 2002, au web bar à Paris (RIPE), une lecture qui avait lieu lors du marché de la poésie : une lecture via un échange épistolaire web, entre Nicolas Tardy et Véronique Vassiliou, cela parlait de secrets, de temps, d’une correspondance retrouvée… C’est sans doute pour cela, que des deux livres que je vais chroniquer, j’ai commencé par celui qui se rapproche le plus de ce souvenir. Véronique Vassiliou n’est aucunement inconnue, publiant depuis le début des années 90 [Geste 8 et 5 aux éditions Messidor], elle n’a eu de cesse d’apparaître dans le paysage de la poésie contemporaine, notamment depuis quelques années avec [la revue X], qu’elle anime avec Tardy et Caroline Scherb. Son travail même s’il est visible, cependant n’a jamais eu véritablement l’éclairage qu’il aurait peut-être mérité : celui d’une étude spécifique des objets littéraires qu’elle compose. Peut-être est-ce du à ce qu’elle développe : un croisement de genres (enquête, système épistolaire, réflexion sur le temps et la technologie, détournement), en bref dit plus simplement une réalité littéraire qui s’apparente plus à la post-modernité héritée de Borgès parfois, qu’au travail scrupuleux de la seule langue poétique. Davantage à une réflexion sur certaines dimensions de notre réalité symbolique, que le travail de mise en lumière de la singularité poétosyncrétique de l’individu poète et de son monde. Davantage à une mise en forme à la Lewis Caroll, qu’aux troués idiolectales ouvertes par la modernité. Oui cela tient sans doute à cela. C’est pourquoi à travers la chronique que je ferai de ces deux livres Le + et le – de la gravité et le coefficient d’échec, je vais tenter aussi bien de mettre en avant ce qu’ils enveloppent que l’horizon littéraire dans lequel ils se situent. / PB

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