Libr-critique

31 mars 2012

[Chronique] Jean-Michel Espitallier, De la célébrité

Jean-Michel ESPITALLIER, De la célébrité. Théorie & pratique, 10/18, 2012, 188 pages, 7 €, ISBN : 978-2-264-05615-3.

"La célébrité se fonde sur un savant dosage de simplicité (identification) et d’exception(distanciation). De proximité (consolation) et d’inaccessibilité (dévotion).

Toute célébrité doit être à la fois unique (comme figure héroïque) et reproductible (comme objet de consommation)" (p. 11).

On ne s’y trompera pas, malgré son titre qui fleure bon les temps humaniste et classique – et même ses définitions inaugurales –, De la célébrité n’est pas plus un académique traité philosophique que les récentes 148 propositions sur la vie et sur la mort. C’est un drôle d’objet pop qui met à nu les ressorts de l’ethos dominant : pas de culture de la célébrité sans économie de la célébrité – et donc sans aliénation ! Jean-Michel Espitallier nous invite à méditer sur notre ubuesque époque, dans laquelle le meilleur moteur de promotion sociale est un mirage : qu’est-ce qu’une "civilisation" qui nous dope à l’imagogologie ? (Célérité/célébrité/décérébrité…).

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18 décembre 2006

[Chronique] Nouvel âge, de Patrick Bouvet

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 8:24

Patrick Bouvet, Nouvel âge, revue en ligne inventaire-invention, 12 décembre, 24 p.

Génération beat

La revue en ligne inventaire-invention, front avancé du pôle (multimédia) de création littéraire dirigé par Patrick Cahuzac, nous invite à découvrir la dernière « installation » de Patrick Bouvet, Nouvel âge (12 décembre, 24 p.), qui fait suite à quatre publications par ce site éditorial dont la spécificité est de faire paraître des textes de la revue sous la forme de petits volumes au prix modique (cinq euros, en l’occurrence ici) : Client à l’envers (2000), Expérience (2001), Client zéro (2002) et Flashes (2005).

Entré en littérature deux ans avant sa collaboration avec Inventaire/Invention (In situ et Shot, L’Olivier, 1999 et 2000), ce musicien né en 1962, qui importe dans l’écriture sa technique du prélèvement (sampling), s’inscrit de fait en droite ligne des poètes surfaciaux qui se sont imposés dans le champ en cette dernière décennie du XXe siècle par leur réinvestigation du cut-up que la beat generation (Gysin, Burroughs…) a expérimenté au tout début des années soixante et leurs apports théoriques et pratiques relatifs au montage et à l’échantillonnage (sampling). Dans leur sillage, celui qui, pour se situer dans un entre-deux, ne se considère pas comme poète, n’hésite pas à sortir du style, à refuser les « belles phrases » pour être attentif à la langue pauvre, « redonner une valeur aux mots jetables », pour se mettre à l’écoute des langages imposés et les déconstruire au moyen de coupes qui font entendre autre chose. Par delà l’apparente simplicité, l’originalité créatrice de cet écrivain qui accorde une grande importance aux lectures publiques réside dans le fait de « construire un livre comme une installation » : afin de donner à voir, si ce n’est à entendre, la scansion des discours participant de la saturation médiatique, il combine typographie poétique, art narratif et sociographie.

Agencements discursifs neutralisants (ADN)

Ses textes constituent ainsi des agencements discursifs neutralisants (ADN) : sur fond de page vide défile un flux de paroles jetables qui permet de neutraliser tout effet de style, autrement dit de privilégier un style « neutre »; et dans le même temps, la charge idéologique de ce langage ambiant est neutralisée par un court-circuitage déréalisant mais décapant. Ce sont des montages critiques qui traversent les univers sociaux, les transpercent en s’attaquant à leurs sociolectes.

Arrêtons-nous un moment sur les récents Flashes (2005, 29 p.). Il s’agit d’un kaléidoscope juxtaposant épiphanies sociologiques, épopée mythocritique dont le titre est un mot-valise détonant (« americalibre ») et courts portraits satiriques pour stigmatiser le monde made in USA et la mondialisation de l’american way of live, à savoir un melting pot de techno-capitalisme, de religiosité, de violence et de discours sécuritaire…Le plus intéressant est qu’il n’y a rien là de mécanique ni d’abstrait. En témoignent ces deux portraits-révélateurs :

« Michel
48 ans

rejeté par le techno-capitalisme

s’éclate
dans les soirées karaoké ».

« Serge
29 ans

oppressé par
la paranoïa ambiante

accumule
les produits culturels
dans son salon ».

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