Libr-critique

18 juillet 2010

[News] En attendant la Libr-Rentrée…

Après une bonne centaine d’entrées depuis le 1er janvier, LIBR-CRITIQUE entame sa 5e pause estivale – mais d’ici fin août il n’est pas impossible qu’il y ait une ou plusieurs mise(s) en ligne selon les circonstances. Profitez-en pour lire/voir/écouter, parmi les centaines et centaines de posts, tout ce qui a pu vous échapper mais qui vous intéresse. Ou pour écouter les poètes invités à la Nuit Remue 4, dont nous nous étions fait l’écho.

Merci à tous pour votre attention, vos attentions ou votre contribution.
LIBR-CRITIQUE, c’est aussi ça : une francophone, de passage au Marché de la Poésie, qui offre à Sandra Moussempès pour la remise de son prix Hercule de Paris le tirage papier du dossier intégral publié sur le site…

Sur Libr-critique, on pourra lire nos "Notes (auto)réflexives" et le compte rendu du débat qui a eu lieu à la Sorbonne en février 2009, "Quel avenir pour la revue littéraire ?" (La Revue des revues, n° 42, automne 2009, pp. 91-96). Ci-dessous, pour ceux qui découvrent le site, "LIBR-CRITIQUE mode d’emploi".

â–º Petit aperçu de la Libr-Rentrée : créations de Cuhel, Yves JUSTAMANTE, Ecorce Sébastien, etc. ; présentation du numéro spécial de la revue IL PARTICOLARE sur Prigent, chronique sur le n° 4 de Lgo (été 2010), etc. ; chroniques sur les deux dernières parutions de la collection "Le Répertoire des îles" (éditions Burozoïque), Xavier SERRANO, S614 (éditions Imho, mai 2010), Patrick VARETZ, Jusqu’au bonheur (POL, 2010), Jean-Pierre Martin dir., Bourdieu et la littérature (éditions Cécile Defaut, mai 2010)… ensuite, entretien avec Manuel Joseph, compte rendu du numéro 18 de Fusées (Yves di Manno, Dominique Meens, etc.)… Une rubrique mensuelle consacrée à Publie.net (chronique sur le n° 5 de la revue de Pierre Ménard sur Publie.net, D’ici là)… Premier événement Libr-critique de la Rentrée : "Les Formes narratives contemporaines : nouvelles poétiques", le samedi 30 octobre à la Bibliothèque Marguerite Audoux à Paris (autour de Philippe Boisnard et Fabrice Thumerel : Mathieu Brosseau, Bernard Desportes, Christian Prigent et, sous réserves, Pierre Jourde).

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30 mai 2010

[News] News du dimanche

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 20:06

En ce dernier dimanche de mai, nous tenons à vous donner un aperçu du très prometteur mois de juin : "Attendons l’été avec LIBR-CRITIQUE" ; Libr-événements (les prochains RV du Grand Os ; Julien Blaine sur WebSYNradio ; rencontre Ernaux/Eribon).

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29 avril 2010

[Chronique-interview] Mathieu LARNAUDIE, Les Effondrés (2/2)

Mathieu LARNAUDIE, Les Effondrés, Actes Sud, avril 2010, 188 pages, 18 €, ISBN : 978-2-7427-9010-4.

Notre seconde livraison (lire la première) commence par la dernière partie de la chronique ("Le Crépuscule des Idoles ou comment on (d)écrit/e à coups de marteau"), qui débouche sur la discussion avec l’auteur.

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22 avril 2010

[Chronique-interview] Mathieu LARNAUDIE, Les Effondrés (1/2)

Mathieu LARNAUDIE, Les Effondrés, Actes Sud, 2010, 182 pages, 18 €, ISBN : 978-2-7427-9010-4.

Qui a dit que la littérature française est nombriliste ? Il fallait être aussi ambitieux qu’audacieux pour s’attaquer à un tel sujet : la crise financière qui a frappé autrement que les attentats du 11 septembre 2001 un espace mondialisé dans lequel le capitalisme était devenu l’ordre naturel des choses, provoquant le déclin de l’ère post-historique. Après Une livre de chair de Pia Petersen en février dernier, Actes Sud publie un texte d’une tout autre facture avec ces Effondrés d’un jeune romancier de 33 ans déjà connu pour Strangulation (Gallimard, 2008), sa revue Inculte et la collection qu’il dirige aux éditions Burozoïque, "Le Répertoire des îles". (On peut, du reste, retrouver ces deux auteurs dans un reportage d’Arte sur les écrivains et la crise économique).

Voici les deux premières parties d’un article qui sera suivi d’une courte discussion avec l’auteur : "Très riches heures de dépit…" ; "Post-Histoire et histoires…"

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18 avril 2010

[News] News du dimanche

  Dans ces news de Libr-printemps : Soirée autour de Giney Ayme à Databaz [centre d’art expérimental que l’association Trame-Ouest qui dirige libr-critique a créé à Angoulême depuis novembre 2009], une humeur de Philippe Boisnard en forme de manifeste pour une approche ontologique de la poésie, le colloque "Politiques de la littérature" (Bourdieu, Sartre, Foucault) et les livres reçus : Françoise Khoury, Échafaudage ; Franck Smith, Guantanamo ; François Collet, Bernard Heidsieck plastique ; revue CCP et Cahier de l’observatoire de l’espace du CNES.

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16 février 2010

[Manières de critiquer] Pour une sociogénétique littéraire (1)

Voici le premier volet de la réflexion théorique qui ouvrira un volume à paraître sur cette démarche transdisciplinaire à laquelle se rattachent mes recherches comme une partie de mes articles sur Libr-critique.

La sociogénétique a pour objet la sociogenèse, non seulement de la production et de la réception des œuvres, mais encore des différentes modalités d’intervention dans le champ. Ainsi le processus de communication littéraire est-il envisagé d’un double point de vue : en amont, il s’agit, grâce à l’étude d’un dossier génétique, de saisir le positionnement initial de l’auteur dans l’espace des possibles ; en aval, d’appréhender la réception de l’œuvre comme un système de relations entre trajectoire et champ. Mais l’intérêt de la sociogénétique ne s’arrête pas là, puisqu’elle vise également à rendre compte de formes et de postures (auctoriales, collégiales ou éditoriales) diversement singulières, ou encore de labels, de problématiques ou de polémiques qui, à un moment donné, représentent des enjeux cruciaux, sans oublier ces institutions que constituent les écritures codées, les revues prestigieuses, les académies ou les jurys. (À la suite d’Alain Viala, par institutions on entend les « instances qui élèvent des pratiques du rang d’usages à celui de valeurs par un effet de pérennisation (et qui, ce faisant, s’érigent elles-mêmes en autorités), et les valeurs ainsi établies » – 1990, p. 120).

Autrement dit, il s’agit d’une démarche explicative et compréhensive qui, dans le prolongement du structuralisme génétique de Pierre Bourdieu et de la sociopoétique d’Alain Viala ou de Jérôme Meizoz, s’appuie sur l’histoire individuelle et collective pour rendre compte du fait littéraire même, à savoir du fonctionnement institutionnel comme de la production et de la réception d’œuvres dont les caractéristiques formelles et éthologiques font l’objet d’une description immanente. Cette objectivation par relativisation historicisante s’impose d’autant plus que perdure une doxa littéraire toujours prompte à hypostasier écrivain et écriture. Aussi, avant tout discours de la méthode, commencera-t-on par s’interroger sur l’écriture / la valeur littéraire.

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12 novembre 2009

[Recherche] Les Manifestes littéraires au tournant du XXIe siècle, synthèse du Colloque de Bologne (sept. 2009), par Maria Chiara Gnocchi

Suite à notre présentation du colloque international qui s’est déroulé à Bologne (Italie) les 17 et 18 septembre 2009, voici le compte rendu qu’en propose l’une des participantes, Maria Chiara Gnocchi. Vu l’intérêt du sujet, il nous semble capital d’en évoquer les grandes lignes avant même de recenser les Actes dès leur publication.

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28 décembre 2008

[News] News du dimanche

Entre les deux réveillons, toujours pas de trêve des confiseurs : pour ceux qui restent en éveil, des "brèves du web" (le site Pierre Bourdieu : un hommage, la nouvelle revue en ligne Transeo…), des livres stimulants – et en avant-première le dernier Chevillard…/FT/

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3 septembre 2008

[Dossier : Autour de 68] Pensée anti-68 ou révolution conservatrice ?

C’est libr-critiquement qu’en cette "Rentrée littéraire" nous avons choisi d’ouvrir un dossier intitulé "Autour de 68", histoire de montrer notre décalage par rapport à l’actualité immédiate – et aussi qu’il ne saurait y avoir de Rentrée que critique. On ignorera donc bon nombre de productions diverses, des dossiers de magazine aux films documentaires, en passant par les nombreux ouvrages de circonstance, pour traiter le sujet par les marges.

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26 juin 2008

[Livre-chronique] Alain Gauthier, Jean Baudrillard, une pensée singulière

  Alain Gauthier, Jean Baudrillard, une pensée singulière, Nouvelles Éditions Lignes, 2008, 192 pages, 14 €  ISBN : 978-2-35526-012-4. [ Voir le site de l’éditeur : http://www.editions-lignes.com].

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9 juin 2008

[Livre-chronique] Yves Buraud, Agonie-sous-Bois

  Yves Buraud, Agonie-sous-Bois, Al dante, 2008, 128 pages, 17 €  ISBN : 978-2-84761-995-9

â–º Après Petit atlas urbain illustré (Al dante / Lignes, 2005), à quarante-quatre ans Yves Buraud poursuit son travail de réinvention du roman en créant une forme pluridimensionnelle pour rendre compte d’un monde spectacularisé-mondialisé. [Voir l’entretien vidéo avec Philippe Boisnard du 13/11/2006]

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20 mai 2008

[Dossier] Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (5), par Elise Hugueny

  Après les articles sur le parallèle entre Ernaux et Calle (23/11/07) et sur son dernier livre, Les Années (07/02/08), voici celui d’Elise Hugueny sur un aspect peu commenté des journaux extérieurs. D’emblée, nous tenons à remercier Annie Ernaux d’avoir bien voulu nous donner une photo inédite prise dans le RER.

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12 mars 2008

[Chronique] Libr-critique dans l’espace littéraire numérique. Notes (auto)réflexives

  Après deux ans de pratiques et de débats, vu les récents échanges dans la rubrique "Commentaires" qui s’ouvre après chaque entrée, et aussi les injonctions qui nous sont faites – de la part des lecteurs comme de certains auteurs (du genre : "vu votre position, il n’est pas logique que vous n’ayez pas parlé de tel livre…" ; "vu les valeurs que vous défendez, on voudrait avoir votre avis sur tel livre" ou "je voudrais savoir ce que vous pensez de mon livre…") -, il n’est pas inutile de livrer ces quelques notes (auto)réflexives, qui viennent compléter les articles réguliers de Philippe Boisnard sur littérature et internet.
Puisque Libr-critique refuse d’être un simple inventaire de textes et de créations diverses pour revendiquer une réflexivité non programmatique – ce qui nous différencie des dernières avant-gardes -, l’idéal serait que, dans les débats futurs, nos interlocuteurs gardent en mémoire ces quelques lignes de force qui, pour cristalliser des prises de position cruciales, n’en appellent pas moins à être peu à peu détotalisées-retotalisées.

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18 janvier 2008

[Livre] Des documents poétiques de Franck Leibovici

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 13:40

  Franck Leibovici, Des documents poétiques, ed. al dante // transbordeurs, coll. question forbiden beach. ISBN : 978-2-849557-109-5. prix 15 €.

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4 novembre 2007

[Livre + chronique] Jérôme Meizoz, Postures littéraires

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 7:36

Jérôme Meizoz, Postures littéraires. Mises en scènes modernes de l’auteur, Genève, Slatkine, 2007, 210 pages
ISBN : 978-2-05-102041-1
Prix : 33 €

[Quatrième de couverture]
Dans la modernité émerge et s’individualise la figure de l’auteur, livrée à la curiosité biographique d’un public croissant. Présent sur la scène littéraire, décrit et jugé par ses pairs comme par des anonymes, l’auteur assume désormais une présentation de soi qui constitue sa posture. Systématisée dans les recherches de Jérôme Meizoz depuis plusieurs années, reprise et discutée depuis par plusieurs spécialistes, cette notion s’avère stimulante pour comprendre non seulement le statut et les représentations de l’auteur moderne mais aussi les transformations de ceux-ci et leur impact sur l’ensemble de la pratique littéraire. En dix chapitres, cet ouvrage de sociologie littéraire propose une réflexion sur l’auteur et ses diverses postures. Plusieurs études de cas sont proposées, de Rousseau à Stendhal, de Ramuz à Giono, de Céline à Cingria, sans négliger plusieurs ouvertures vers des écrivains contemporains comme Pierre Michon ou Michel Houellebecq.

[Chronique] La sociopoétique de Jérôme Meizoz : une posturologie
Dans le vaste chantier ouvert par Bourdieu et prolongé par ses épigones et disciples, Jérôme Meizoz, sans doute parce qu’il est aussi écrivain, fait partie de ceux qui ne se sont jamais contentés de la reproduction mécanique d’une méthode. S’intéressant à "l’articulation constante du singulier et du collectif dans le discours littéraire" (p. 14) – confrontant les caractéristiques particulières de chaque écrivain à la série auctoriale dans laquelle il s’inscrit -, il enrichit la sociologie du champ par les apports de la sociopoétique (Viala) et de la linguistique pragmatique (Maingueneau), dont le dernier concept clé, celui de "champ discursif", révèle l’évolution : pour les analystes du discours, il s’agit maintenant de "rapporter l’oeuvre aux territoires, aux rites, aux rôles qui la rendent possible et qu’elle rend possibles" [1]Dominique Maingueneau, Le Discours littéraire, Armand Colin, 2004, p. 77.. C’est dire à quel point certains linguistes rejoignent les sociologues de la littérature pour pallier les lacunes de la poétique : les discours théoriques et critiques sur l’expressivité et la singularité du créateur, comme sur la réflexivité de l’écriture, achoppent sur la relation du discours littéraire aux autres discours sociaux. S’il est question d’une nouvelle "mort de l’auteur", ce n’est pas pour disséminer cette figure dans l’espace littéraire, mais pour en montrer la construction sociale : en fonction de la position qu’il occupe ou pense occuper dans le champ, l’"auteur" livre dans son oeuvre une image de soi qui, selon un système complexe d’interrelations avec l’espace de réception, deviendra posture, laquelle variera selon les rapports entre, d’une part, la position et les prises de position de l’écrivain, et d’autre part, les dispositions du public à son égard. Autrement dit, l’objectif de Jérôme Meizoz n’est pas, à la manière de Bernard Lahire dans La Condition littéraire (La Découverte, 2006), d’étudier le statut social de l’écrivain [2]J. Meizoz est toutefois intéressé par la notion de "jeu littéraire", que Bernard Lahire préfère à celle de "champ".. Son postulat : "un auteur n’est jamais, pour le public, que la somme des discours qui s’agrègent ou circulent à son sujet, dans le circuit savant comme dans la presse de boulevard" (p. 45). Et de s’appuyer sur ce constat : "Création collective des lecteurs, des médias et de la critique savante, l’auteur moderne sait plus qu’en tout autre temps qu’il entre en littérature sous le regard d’autrui" (187).
L’intérêt de cette démarche sociologique, comme en témoignent les études réunies dans ce volume, c’est qu’elle ne néglige nullement l’analyse formelle. Par exemple, dans Le Rouge et le Noir, perçu comme "fiction de violence symbolique", le critique met en évidence la façon dont Stendhal récrit Rousseau, penseur de la mobilité sociale : les compétences physiques et intellectuelles de Julien Sorel lui permettent de monter dans l’échelle sociale – cette ascension se lisant métaphoriquement dans le texte. Se concentrant sur la posture cendrarsienne du bourlingueur, il examine ensuite les structures duelles de Bourlinguer (1948) et, plus généralement, l’oralité revendiquée du roman parlant propre à l’écrivain-voyageur. Concernant la posture de l’authenticité prolétarienne, qu’il présente comme "un enjeu d’époque", il s’appuie cette fois essentiellement sur le manifeste de Poulaille, Nouvel âge littéraire (1930), divers textes critiques et la correspondance de Poulaille, Ramuz, Giono, ou encore Céline. Mais l’on retiendra surtout le diptyque centré sur la figure haute en couleur de Cingria (35 p.) : après avoir judicieusement abordé le compte rendu comme "genre dans le champ littéraire", le critique restitue "la scénographie cingriesque du compte rendu" (p. 170) et passe en revue les conduites verbales et non-verbales qui constituent son originalité ; enfin, il nous plonge dans la polémique entre le bouffon (Cingria) et le communiste (Aragon).
Quoique l’on puisse regretter que les chapitres soient d’inégale densité, force est de reconnaître que cet ouvrage vient parfaire une oeuvre critique qui apporte une contribution fondamentale à l’approche sociologique de la littérature.

6 septembre 2007

[Dossier] Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (2)

ernauxentr.gif Seconde partie du dossier Annie Ernaux. Succédant à l’extrait de son journal, un entretien exclusif avec Fabrice Thumerel. Ce dossier fait suite à la réédition du livre Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux [bon de commande]
☛ ÉTATS CRITIQUES / ÉCRITS CRITIQUES. ENTRETIEN AVEC ANNIE ERNAUX.
(Propos recueillis par Fabrice THUMEREL)

ae.jpgSuite à la réédition de ce premier colloque international, intitulé Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (Artois Presses Université, 2004), j’ai d’abord envie de revenir sur ton rapport à la critique. D’une part, si je mets en regard certaines phrases de Se perdre (2001), de L’Écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet (2003) et de la préface à ce volume, il apparaît que tu n’accordes de pouvoir heuristique qu’à l’écriture de l’écrivain, les travaux critiques n’ayant de plus aucune prise sur ta pratique autosociobiographique ; d’autre part, toi qui as toujours manifesté un vif intérêt pour les publications critiques, qu’elles portent ou non sur ton oeuvre, tu déclares avoir beaucoup appris lors de ce colloque, certaines interprétations ayant même touché « la vérité de l’écriture ».
En somme, est-ce à dire que la réception de ton oeuvre n’affecte en rien le projet en cours ? que la critique te porte plus qu’elle ne te transporte ? Parce qu’intransitive, l’écriture critique n’est-elle porteuse d’aucune vérité sur le monde au travers et au delà du monde même de l’écrivain ?
Plus précisément ici, en quoi ce volume a-t-il changé ton propre rapport à l’oeuvre ? Selon toi, a-t-il modifié la réception critique de l’oeuvre ?

– Cela ne m’apparaît pas contradictoire de dire que j’ai beaucoup appris lors du colloque, mais que les travaux critiques, même ceux qui touchent profondément à la « vérité » de mon écriture – peut-être ceux-là plus que d’autres d’ailleurs -, n’ont aucune prise sur ma façon d’écrire. Tout ce qui est mis au jour sur mes textes, sur le processus d’écriture, les interprétations, au fur et à mesure que je l’entends, le découvre, je le vois tantôt comme un agrandissement de mon travail tantôt comme une effraction (heureuse). Mais comment écrire en ayant à l’esprit la somme des interprétations et des regards sur mes textes, ma démarche ? C’est une vision insensée, horrible même. Je suis amnésique de tout ce qui a été découvert sur mes thèmes, la visée de mon écriture, etc., quand je suis dans le livre à faire. Peut-être suis-je effectivement en train d’accomplir des intuitions critiques, de donner raison une nouvelle fois à une interprétation qui a été faite sur ma démarche, mais je n’en suis pas consciente et il ne me servirait à rien de l’être : il y a comme une impossibilité d’ajuster l’idée, le désir que j’ai d’un texte à faire, d’une forme, à des connaissances « antérieures ». Je ressens toujours avec force la phrase de Flaubert, chaque oeuvre porte en elle sa poétique qu’il faut trouver, et je ne peux pas plus la trouver dans mes livres derrière moi que dans les éclairages sur eux.

Cela dit, la critique – je parle évidemment de celle qui est pratiquée par toi et les intervenants du colloque – a un rôle important dans la perception que j’ai de mon travail, de ses dimensions, de sa situation, et lorsque j’ai à en parler, il m’arrive de reprendre, d’utiliser, ce que la critique m’a appris. Ainsi, j’explique ce que j’ai voulu faire dans La Honte, L’Événement ou Passion simple par exemple, en ajoutant certaines des significations que la critique a découvertes. L’enrichissement de mes textes par la critique, au travers du dialogue que j’entretiens avec elle, est quelque chose que j’éprouve de plus en plus. Qui me donne plus de force et de liberté.

Il m’est difficile de définir mon rapport à ce que j’écris, que je vois comme des livres séparés les uns des autres par les années, par les choses de ma vie. Les deux jours du colloque, ce volume qui rassemble ce qui y a été dit, « solidifie » en une totalité, en « oeuvre », l’ensemble disjoint de mes textes. Une totalité traversée de lignes, de sens multiples. Je pense que la réception critique de mon travail sera modifiée justement dans la mesure où celui-ci apparaît comme tel, à la fois un et complexe, et non plus réductible, par exemple, à la littérature de confession ou à l’autofiction.

Je voudrais revenir sur un point important : en ne reconnaissant pas à la critique le pouvoir d’agir sur ma pratique d’écriture, je ne lui dénie pas, loin de là, un rôle dans l’évolution de la littérature, non plus qu’un pouvoir heuristique. Non seulement elle est créatrice de sens, mais aussi de formes – ce serait un long sujet à développer, je citerai seulement l’exemple désormais célèbre de Doubrovsky relevant un défi de Philippe Lejeune -, et, au-delà, elle participe, toutefois différemment de l’oeuvre première, d’une transformation du monde par son langage et ses outils d’analyse. Si je me retourne sur mon parcours d’écriture, je constate une action globale, diffuse, de la critique, mais je dirais que celle-ci agit d’autant plus sur moi que je n’en suis pas l’objet…

– Depuis cet ouvrage collectif, quels sont les essais ou articles qui t’ont marquée ?

tjae.jpg– Je n’ai pas connaissance de tout ce qui a été publié depuis ce volume-ci. Dans ce que j’ai lu, j’ai tendance à me souvenir de ce qui m’a donné une émotion, un remuement de choses affectives. En font partie, par exemple, ce qu’a écrit Pierre-Louis Fort dans Ma mère, la morte (Imago, 2007) et Dominique Barbéris dans la revue Tra-jectoires (n° 3, juin 2006) sur la parataxe dans La Place.

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