Libr-critique

29 avril 2018

[Entretien] Chaos Brosseau (entretien avec Jeanne Bacharach)

Voici, en partenariat avec Mediapart.fr, un entretien de Mathieu Brosseau avec Jeanne Bacharach, critique à En attendant Nadeau, non seulement sur son dernier livre, Chaos, mais encore sur une œuvre animée par la tension entre poésie et prose, parole et silence, plein et vide, identité et altérité…

Voir/écouter : ici.

Libr-critique suit le travail du poète depuis ses débuts. On peut en suivre les principales étapes :

– entretien avec Fabrice Thumerel : "Portrait d’un travailleur perdu de la langue".

La Nuit d’un seul, La Rivière échappée, 2009.

La Confusion de Faust, Dernier Télégramme, 2011.

UNS, Le Castor Astral, 2011.

Ici dans ça, Le Castor Astral, 2013.

Data transport, éditions de l’Ogre, 2015.

L’Animal central, Le Castor Astral, 2016.

21 mai 2015

[Livre – chronique] Mathieu Brosseau, Data Transport

Tandis qu’a lieu ce soir à 19H, à L’Arbre à Lettres Mouffetard (75005 Paris), la première rencontre avec l’auteur autour de son dernier livre, découvrons ce récit spirituel.

Mathieu Brosseau, Data transport, éditions de l’Ogre, mai 2015, 152 pages, 16 €, ISBN : 979-10-93606-10-1.

Présentation

Présentation éditoriale. Quand M. est un beau jour repêché par un cargo en pleine mer, ni lui ni personne ne sait qui il est, ni ce qui l’a mené ici. Muet et amnésique, il trouve une emploi dans un service de courriers non adressés à la poste et semble progressivement recouvrer la mémoire ainsi que le langage par l’intermédiaire des lettres qu’il lit et classe toute la journée. Cette découverte de lui-même, de son histoire, celle d’un être confronté à la difficulté d’incarner à la fois son corps et son verbe, et condamné dès sa naissance à une mystérieuse seconde de retard, va le mener jusqu’à la source de ses crimes – réels ou illusoires – et de sa propre disparition.

Dans un univers éthéré et poétique, et avec une précision poétique chirurgicale, Mathieu Brosseau interroge dans Data Transport ce que la langue fait au corps. Comment reprendre corps, mémoire et langue ? Comment distinguer ce qui, dans cette reconquête de la langue et de la mémoire, appartient à l’identité ou aux lettres que lit M., sorte de Bartleby qui serait passé de l’autre côté du miroir.

Le titre, par l’auteur. « C’est la première fois que j’ai eu autant de mal à trouver un titre. Il y en a eu 3 ou 4 provisoires. Puis "Data transport" s’est imposé comme une évidence lors d’une réunion, puisque ce récit porte, à l’instar des lettres, sur ce qui n’arrive pas à destination, les NPAI bien sûr mais aussi la parole du bègue, le mouvement sans fin de la réalité, pi, etc. Je crois que nous n’arrivons (ni nous, ni les paroles, ni les "Data", donc) jamais à destination, et c’est pourquoi nous imaginons/créons des fins, des objets. Nous comblons le vide insupportable qui se dégage de l’impossibilité d’une fin. Même notre mort, qui pourrait être l’arrivée, le point B de notre existence, nous échappe. Donc Data Transport, le chemin de l’information, le chemin du contenu, de l’artifice de la pensée qui cherche à combler un insupportable sans-fin, sans-arrivée. » 

Chronique

"L’issue serait-elle de jouir de sa disparition ?" (p. 121).

"Pas trop être (dans tous les sens) : ça rend zinzin. […] Je pense à vous qui êtes si détestablement nombreux" (44).

M comme mer, méduse, méditation… M comme Mathieu ? Non, pas vraiment, ou alors son double – dont la voix n’est pas sans rappeler celle des proses poétiques, et en particulier La Confusion de Faust, UNS et Ici dans ça. Nulle autofiction ici : "Toutes les histoires privées sont dégueulasses à raconter" (107).

Le titre confère au texte son aspect cyclique, puisqu’il commence et se termine de la même façon : "Un cargo commercial UVM 5, fin et  long, étrangement baptisé Data Transport, le ramasse alors qu’il danse dans l’eau, jeune grenouille débutante qu’il est, se débattant dans une mer peu hospitalière" (9 et 136). À un détail près : si l’on tient compte de la postface, qui offre un clin d’œil à Dostoïevski par le biais d’un certain Sandor Mychkine, le texte s’achève sur "M. est donc possible" (140).

Il faut dire que l’on peut en douter : comme le M. Teste de Valery, n’est-il "autre que le démon même de la possibilité" ? Consterné par l’incomplétude de la parole, il vit dans l’espace du dedans (M. comme Michaux) ; son mutisme mystique est consubstantiel à sa quête ontologique : il n’a de cesse de faire coïncider les mots et les choses. Celui qui ne croit pas à l’identité est "avaleur de couleuvres (il aimait tant avaler l’identité des autres)" (38) : "Le contemporain est toujours pluriel. / On pourrait parler du contemporeux" (61). Ce qui ne l’empêche pas de cultiver sa singularité : comment pourrait-il être moderne – la modernité étant "la Propagande des communautés" (95) ? Et si le "réel" tout entier est Propagande, autant disparaître… Hors du "réel", donc, M.

"M. est quantique" (139). (M comme métaphysique). Qu’est-ce qu’un sujet, en un temps où la conscience est aussi discontinue que la matière ? Quelque chose d’aussi insituable qu’une particule élémentaire. (Décidément, de Houellebecq à Brosseau, en passant par Ferrari, la physique quantique ne laisse pas d’inspirer les écrivains contemporains).

Né avec une seconde de retard et doté d’une seule syllabe, M. n’est pas de ce monde : "peut-être était-ce cette initiale qui lui faisait croire qu’il obtiendrait un jour une finale. Mais ce jour-là, par effet d’évaporation infiniment angoissante, il était question qu’il s’arrêtât en chemin. Cela ne lui était pas tolérable.  / Il disparaissait" (105). NPAI (n’Habite Plus à l’Adresse Indiquée). Radical, il se tourne vers l’absolu – vers le monde des objets mathématiques. Et il raconte des histoires. Ni réalistes, ni autobiographiques : pour le je scripteur, tout réalisme, fût-il de nature autobiographique, est dégueulasse.

17 mai 2015

[News] News du dimanche

Après la UNE consacrée à Mathieu Brosseau pour la parution de Data Transport, nos Libr-événements : RV avec Serge Martin-Ritman, Sandra Moussempès, des auteurs de la série Z et du n° 77 de MCD, mais aussi des poètes volants… Et pour couronner le tout, DATABAZ vous offre des images invisibles !

 

 UNE : Mathieu BROSSEAU, Data transport

  • Jeudi 21 mai à 19 heures à L’Arbre à Lettres Mouffetard – métro Censier-Daubenton – Avec les éditeurs et Isabelle Schulmann, libraire. Rencontre précédée par une lecture d’extraits par Jean-Marc Bourg, comédien

  • Mercredi 3 juin à 19 heures au Monte-en-l’air – métro Ménilmontant – Avec les éditeurs et Aurelie Garreau, libraire

  • Lundi 22 juin à 19 heures à la Maison de la Poesie de Paris – métro Rambuteau – Lecture-écriture en duo avec Jean-Marc Bourg – Réservation recommandée
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Présentation de l’éditeur. Quand M. est un beau jour repêché par un cargo en pleine mer, ni lui ni personne ne sait qui il est, ni ce qui l’a mené ici. Muet et amnésique, il trouve une emploi dans un service de courriers non adressés à la poste et semble progressivement recouvrer la mémoire ainsi que le langage par l’intermédiaire des lettres qu’il lit et classe toute la journée. Cette découverte de lui-même, de son histoire, celle d’un être confronté à la difficulté d’incarner à la fois son corps et son verbe, et condamné dès sa naissance à une mystérieuse seconde de retard, va le mener jusqu’à la source de ses crimes – réels ou illusoires – et de sa propre disparition.

Dans un univers éthéré et poétique, et avec une précision poétique chirurgicale, Mathieu Brosseau interroge dans Data Transport ce que la langue fait au corps. Comment reprendre corps, mémoire et langue ? Comment distinguer ce qui, dans cette reconquête de la langue et de la mémoire, appartient à l’identité ou aux lettres que lit M., sorte de Bartleby qui serait passé de l’autre côté du miroir.

Le titre, par l’auteur. « C’est la première fois que j’ai eu autant de mal à trouver un titre. Il y en a eu 3 ou 4 provisoires. Puis DT s’est imposé comme une évidence lors d’une réunion puisque ce récit porte, à l’instar des lettres, sur ce qui n’arrive pas à destination, les npai bien sûr mais aussi la parole du bègue, le mouvement sans fin de la réalité, pi, etc. Je crois que nous n’arrivons (ni nous, ni les paroles, ni les "Data", donc) jamais à destination, et c’est pourquoi nous imaginons/créons des fins, des objets. Nous comblons le vide insupportable qui se dégage de l’impossibilité d’une fin. Même notre mort, qui pourrait être l’arrivée, le point B de notre existence, nous échappe. Donc Data Transport, le chemin de l’information, le chemin du contenu, de l’artifice de la pensée qui cherche à combler un insupportable sans-fin, sans-arrivée. »

 

Mathieu Brosseau, Data transport, éditions de l’Ogre, mai 2015, 152 pages, 16 €, ISBN : 979-10-93606-10-1.

 

Libr-événements

â–º RV avec Serge Martin-Ritman :

Jeudi 21 mai 2015, au Musée du quai Branly à 17h30 (salle 2) dans le cadre du séminaire « Histoires de gestes », présentation du numéro 7 de la revue Résonance générale (http://www.latelierdugrandtetras.fr/resonance.php?type=1&PHPSESSID=24a52b1b8826203a3069b0c60f30c543) : rencontre avec Alexis Pelletier et Guy Perrocheau.
 
Dimanche 31 mai 2015 à 16 heures à Montreuil (La Guillotine, 24, rue Robespierre), lecture aux côtés d’Antoine Emaz et de Camille Loivier : http://poesie.evous.fr/31-mai-dimanche-Matinee-d-editeur-1-Tarabuste-Triages-La-Guillotine-Montreuil.html
 
Samedi 13 juin à 16 heures au stand des éditions Tarabuste (marché de la poésie, place Saint Sulpice, Paris 6e) : signature de Tu pars, je vacille (http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/collections/doute-b-a-t/ritman-serge-tu-pars-je-vacille/110) avec le verre de l’amitié.
 
A l’occasion de la publication de Tu pars, je vacille (éditions Tarabuste : http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/collections/doute-b-a-t/ritman-serge-tu-pars-je-vacille/110) un long entretien avec Yann Miralles : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2015/05/entretien_serge_martin1.html
 

â–º Sandra Moussempès évoque Sunny girls sur France Culture (podcast).

â–º Le mercredi 20 mai, la librairie Texture reçoit z : autour des deux dernières séries (3 & 4). En compagnie des auteurs Patrick Beurard-Valdoye, Pierre Drogi, Anne Kawala, Fabienne Raphoz et Lucie Taïeb. À 19h30, à la librairie Texture, 94 Avenue Jean Jaurès, 75019, Paris.

â–º Mercredi 20 mai 2015 à 19H, Seconde Nature à Aix-en-Provence. Le magazine MCD#77 La politique de l’art s’interroge sur les nouvelles formes d’engagement et d’activisme numériques sous les angles pratiques et théoriques, par le biais d’articles de fond et par des portraits d’artistes et collectifs emblématiques.

Dans le cadre d’un partenariat avec MCD, le magazine des cultures digitales, et en écho à l’exposition Archéologie des medias (20 mai au 28 juin à Seconde Nature), Alphabetville et Seconde Nature vous invitent à une présentation et une discussion autour des enjeux politiques de l’art actuel avec les contributeurs régionaux à ce numéro :
– Christophe Bruno et Emmanuel Guez, artistes et enseignants à l’Ecole supérieure d’art d’Avignon (Théories des medias, créations numériques et actions politiques)
– Colette Tron, critique, directrice d’Alphabetville à Marseille (Armes et arts de la révolution, de l’électronique au numérique)
– Jean-Paul Fourmentraux (sous réserve), sociologue et enseignant en art à l’Université Aix-Marseille (Faire œuvre en art et politique)
Présentation du numéro par Guillaume Renoud-Grappin, directeur associé de MCD.

Rencontre suivie de la projection d’œuvres des artistes Julius von Bismark et mounir fatmi. Informations : http://www.secondenature.org/MCD-77-La-Politique-de-l-Art.html

â–º Poètes volants : David Christoffel, Sabine Macher, Daniel Pozner et Pierre Soletti. Samedi 23 mai 2015 (à partir de 15 h 30).
Le Râteau-Lavoir / 4, rue Charles-Bassée / 94120 Fontenay-sous-Bois
RER A : Fontenay-sous-Bois
Pour plus de détails :
http://poesie.evous.fr/23-mai-samedi-Poetes-volants-Le-Rateau-Lavoir-Fontenay-sous-Bois.html
 

â–º Samedi 23 mai 2015 à 20H30, DATABAZ (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : 100, rue du Gond à Angoulême) : IMAGES INVISIBLES, projection d’images mentales sur supports sonore et littéraire.

Un projet de Rhizome (Québec), d’après une idée originale de Mathieu Campagna.

_ samedi 23 mai 2015 _ 20h30

Lecture et art audio dans l’obscurité par 4 duos d’auteurs et créateurs sonores

Daniel Canty (son : Miriane Rouillard)

Renée Gagnon (son : Antoine Caron)

David Leblanc (son: Marc Doucet)

Simon Dumas (son : Mathieu Campagna).

Images invisibles est le résultat d’une collaboration entre un auteur et un artiste audio, dans le but de créer des court-métrages dépourvus d’image. Fusion, donc, entre narration et environnement sonore surround, ce spectacle singulier se déroule dans le noir complet.

Images invisibles cherche à susciter l’émergence d’images mentales chez l’auditeur, un peu comme le fait la lecture romanesque, mais en amplifiant le pouvoir des mots par un support audio enrobant et suggestif (voix narratrices, bruits d’ambiance, musiques, sons inventés). Les périodes d’obscurité sont ponctuées d’effets de lumière qui révèlent les auteurs lisant leur texte devant ou parmi les spectateurs, dans une dynamique d’apparition/disparition à la limite du spectral. Images invisibles s’affranchit du joug de l’image visuelle, en explorant les rapports complexes unissant la parole et le son, et permet la création de nouveaux alliages littéraires. [cf. visuel en arrière-plan]

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