Libr-critique

4 juin 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz (2/6)

Pour ouvrir comme il se doit ce 37e Marché de la poésie, et si l’on suivait à la lettre ce projet de Daniel Cabanis… [Lire/voir : 1/6]

Projet 2

UN INCUBATEUR D’ÉCRITURES S’INSTALLERA DANS L’USINE D’ORSAY

C’est consternant. Pendant dix ans, Région et Ville ont subventionné sans désemparer des ateliers d’écriture chaque SAISON plus nombreux. Il en a été organisé dans les établissements scolaires, comme il se doit, mais AUSSI dans les bibliothèques, crèches, hôpitaux, casernes, centres d’art, maisons de retraite, EHPAD, autres mouroirs ; en somme, il n’en a manqué qu’à la déchetterie. Bien, tout ça. Pour quel résultat ? AUCUN, me dit Alvin Jilas, un des écrivains multi-bénéficiaires desdits ateliers. Il n’y a pas en la matière la moindre obligation de résultat, précise-t-il. Ah bon. Je me renseigne. Je découvre qu’Alvin J, 52 ans, a publié une vingtaine d’ouvrages de poésie chez divers petits éditeurs éclairés. Ses meilleures ventes semblent avoir été Boues et bouées (66 exemplaires) et Random faisant (48 ex.) ; c’est assurément une voix qui fait autorité. Il a son blog, Ainsi dit-il, qu’il saupoudre avec la sublime sciure de ses fonds de tiroirs. Je suppose qu’il a déjà la médaille des Arts et Lettres ; sinon, il va l’avoir. Alvin, je demande, ces ateliers d’écriture, sinécure, planque, qu’en dit-il ? Aussitôt il prend des airs. C’est un job infect, ça fatigue, ça ne paie pas, aucune reconnaissance sociale, Elsa m’a quitté, mon fils se drogue, j’ai perdu mon smartphone, on m’a volé mon vélo. Alvin, je dis, ça suffit les jérémiades. Désolé, dit-il. Bon Dieu, c’est ce genre de gland qu’on va mettre à incuber ici tous frais payés ! Et quels sont ses projets ? Ah, euh, fait-il. Et il avoue des envies de roman. Des envies ! Pourvu qu’il se retienne. Il a pensé à un titre, Le Régisseur des variables, mais attend d’intégrer officiellement l’INCUBATEUR pour se lancer. Il se pourrait bien qu’il attende long. Et son Régisseur avec lui.

9 avril 2016

[Création] Daniel Cabanis, Verres d’eau avec noyés (5/6)

Dans cette avant-dernière pièce de la série, Daniel Cabanis nous fait ce qui s’appelle entrer dans la cuisine poétique… [Lire/voir la 4e]

 

Bianca Saldine, Glou-glou V / 19 x 28 cm / aquarelle numérique / coll. Marcel Navas

Clara Vauzam n’est qu’un pseudonyme. Elle s’appelle en vrai Maud Lepaty. Et elle est prof de musique dans un collège, à Créteil. Les deux livres de poésie qu’elle a publiés coup sur coup chez Boli Éditeur (TOURNANT VINAIGRE et LES HUILES IMMOBILES) ont été des succès, avec pour chacun une vingtaine d’exemplaires vendus dès le premier mois. De ces livres, un blogueur en vue mal baisé a cru devoir médire : pour lui, le premier est hélas tout entier trempé dans le jus aigre de la colère, et le second réductible en somme à un tas de saindoux maussade. Ces amabilités n’ont pas nui, comme on l’a vu, à l’essor des ventes mais Clara, ou Maud, enfin, la poétesse, ça l’a quand même un peu défrisée. C’est un bœuf ! a-t-elle dit; ce type-là n’entend rien à la poésie. Il ne doit pas être le seul car dans les bonnes librairies où je suis allé flâner, j’ai rarement trouvé les ouvrages de Clara Vauzam et quand ENFIN ils y étaient, c’est au rayon CUISINE qu’on pouvait les feuilleter. J’ai montré l’erreur à un de ces libraires, il a levé les yeux au ciel. Pas insisté. Après tout, poésie est partout, dit-on, donc aussi bien au rayon cuisine. Mardi dernier, je grignote avec Maud à la cafétéria du collège. On bavarde, mais elle a l’air chose. Je la presse. Elle finit par me confier que BOLI, son éditeur, a refusé BAINS DE BOUCHE, son dernier manuscrit. Clara, euh Maud (je m’embrouille), c’est quoi ce titre à la con ? je demande. Poésie orale ! elle répond. Bon Dieu ! J’accuse le coup. Maud pleure à présent. Elle est effondrée. Il y a d’autres éditeurs, je dis. Tais-toi, dit-elle, LA PLUPART sont tous des bœufs.

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