Libr-critique

24 juin 2018

[Création] Daniel Cabanis, Viol de soi avec récidive (Psychodiagnostic / 6)

Terminons dans une guérite avec ce dernier post : ça ne se guérit pas… [Lire Psychodiagnostic / 5]

Psychodiagnostic / 6

Dr Zraikman / Dépistage de l’onanisme sévère / série S, planche 6

Ça me fait penser spontanément à une guérite devant un palais présidentiel, ou une caserne. Il y a un type dans cette guérite, un pauvre bougre. Il n’a pas choisi d’être là mais il y est. Il monte la garde. On lui a dit de se tenir là, et d’ouvrir l’œil. Il n’a pas pu se défiler. Il aurait préféré aller au cinéma, au bistrot, à la piscine, ou se faire masser chez Madame Thong ; eh bien il ira une autre fois, s’il y en a une. Bon Dieu, qui commande ici ! C’est pas lui ; donc il est en faction dans cette guérite ; seul, immobile et raide comme piquet, il surveille les alentours. Il n’y a rien ni personne dans les environs, c’est un nulle part, et pourtant il surveille, il guette : on ne sait jamais. Un de ses supérieurs (supérieur, il faut le dire vite) lui a dit Tu sais quoi mec ? Ben, on sait jamais ! et lui il l’a cru ! Il a pris au pied de la lettre cet aveu bidon d’éternelle ignorance (pitoyable plaisanterie), et le voilà piégé, qui attend la suite, peur au ventre, sans savoir quoi : attentat suicide oriental, attaque de drones carabinée, raid éclair américain ou coup bas de Jarnac ? Il sait pas. Et l’attente peut durer un bail sans garantie de relève. Pauvre planton ! Pas ça, la vie. J’aimerais pas être à sa place. S’il a une fiancée le type (ce gland), va falloir qu’il arrête d’y penser avec sa main. C’est plus la peine. La belle voudra pas poireauter indéfiniment ; elle ira voir ailleurs et verra un soupirant supérieur. 

30 mai 2018

[Création] Daniel Cabanis, Viol de soi et récidive (Psychodiagnostic /5)

Cet avant-dernier post de la série est particulièrement jouissif…[Lire Psychodiagnostic / 4]

Psychodiagnostic / 5
Dr Zraikman / Dépistage de l’onanisme sévère / série S, planche 5
 

Ça me fait penser si on veutà une église monolithe, c’est-à-dire entièrement creusée dans la roche. Je pense en particulier à celle d’Aubeterre-sur-Dronne, en Charente, que mon ami Henri Bérac m’a fait visiter en détail, mais il y en a d’autres en Éthiopie et en Turquie notamment. Henri est archéologue. Il travaille depuis un an avec l’équipe du Pr Morès, lequel réputé anthropologue a en projet une monumentale Histoire de l’onanisme au Moyen Âge. La première fois qu’Henri m’a parlé de ce projet scientifique, j’ai cru à une plaisanterie. Or il n’en est rien. L’Université cautionne bel et bien l’entreprise. Elle la soutient avec la mise à disposition de moyens pratiques et budgétaires et académiques. Je n’ironise pas. (De quel droit ?) Je respecte la Recherche et l’Université. Je veux bien croire que la question de la sexualité médiévale (Dieu et Diable dans un même lit !) soit primordiale puisqu’ils le disent. Bref, dans l’église monolithe d’Aubeterre, Henri m’a montré des cavités percées horizontalement dans le roc à hauteur d’homme, profondes de vingt-cinq centimètres et d’un diamètre d’environ six. Ces trous datent du XIIe  siècle, me dit-il ému. On a dit qu’ils avaient servi à arrimer des échafaudages en bois. Erreur. On sait maintenant qu’il s’agit de trous à joieque les tailleurs de pierre se plaisaient à enfiler, après les avoir farcis de suif de bœuf tiède. 

11 avril 2018

[Création] Daniel Cabanis, Viol de soi et récidive (Psychodiagnostic /4)

La nouvelle série de Daniel Cabanis va encore plus loin dans l’humour grinçant et socialement inacceptable – dans l’incongru. [Lire Psychodiagnostic / 3]

Psychodiagnostic / 4
Dr Zraikman / Dépistage de l’onanisme sévère / série S, planche 4
 

Ça me fait penser vaguementà des corps crispés formant figure dans un spectacle de danse contemporaine. Il y a des hommes, il y a des femmes ; du moins je le suppose. On ne voit ni leurs têtes ni nettement les autres parties du corps, torses, mollets, cuisses et fessiers, tout est savamment imbriqué ; ce qui au passagegomme les marques et volumes physiques de leurs différences sexuelles ; il s’agit donc là d’un aggloméré de chairs humaines indistinctes. Je n’exclus pas (à bien y réfléchir) que quelques animaux soient également mêlés à cette masse. Cela n’aurait rien d’extravagant. Des chiens par exemple (ils ne dansent pas si mal de nos jours), à poil ras de préférence, pas des peluches ; ou des boas et pythons passe-partout. Des limaces aussi seraient bien dans une moderne chorégraphie mixte homme/animal mais il en faudrait des tonnes, quasiment un élevage ; et alors gare aux défenseurs de l’espèce ! Ces gens-là n’aimeraient pas qu’on bouscule avec des frénésies et des branles les lenteurs visqueuses de la limace. Ils y verraient crime contre nature, scandale etc. Mais laissons ça et revenons à nos danseurs agglutinés. Pour en finir, je dirais qu’ils composent un paquet de muscles bandés à bloc, sur le point d’exploser. Ou plutôt un seul muscle, celui du cœur : le fameux myocarde, ici au bord de l’infarctus. Est-ce une danse des morts contemporaine ? 

29 mars 2018

[Création] Daniel Cabanis, Viol de soi et récidive (Psychodiagnostic /3)

La nouvelle série de Daniel Cabanis va encore plus loin dans l’humour grinçant et socialement inacceptable – dans l’incongru. [Lire Psychodiagnostic / 2]

Psychodiagnostic 3

Ça me fait penser plus ou moins à un crabe. Mais je ne suis pas dupe : cette bestiole peut bien être un trompe-l’œil. Le crabe est traître et il n’est pas toujours hélas le crustacé qu’on croit. Dans cette famille (disons-le), ils sont tous antipathiques : la langouste et l’écrevisse sont sournoises, la crevette salope, le homard imbu de lui-même, et faux cul le bernard-l’ermite ; que des sales bêtes ! Elles ressentent la douleur, paraît-il, si on les ébouillante ; encore heureux. Donc ceci n’est pas un crabe, évidemment, mais plutôt un dispositif fonctionnant comme piège, une machinerie conçue à des fins sadiques. Il n’y paraît pas de prime abord ; l’ensemble, avec sa housse simili chair humaine, a l’air ouvert, accueillant, et l’on va s’y frotter volontiers, poussé par cette curiosité en quoi parfois se déguise l’inavouable quête d’un plaisir subreptice. Et puis le piège se referme ; la proie est prise : l’idiot s’est fait pincé. Le premier contact a été bon pourtant, et peut-être même suave, mais maintenant ça commence à faire mal. Piqûres et pincements sont douloureux. On n’a plus envie de rire. Que se passe-t-il ? Il était question a priori d’un plaisant petit jeu sadomaso, et voilà que ça tourne torture. Hé quoi, on veut me faire parler ! Faudrait que j’avoue quelque crime ? Je dirai rien ! Pas un mot. Et si j’ai brocardé ici les crustacés, je mourrais plutôt que de m’en dédire.

6 mars 2018

[Création] Daniel Cabanis, Viol de soi et récidive (Psychodiagnostic / 2)

La nouvelle série de Daniel Cabanis va encore plus loin dans l’humour grinçant et socialement inacceptable – dans l’incongru. [Lire Psychodiagnostic / 1]

Psychodiagnostic / 2

Dr Zraikman / Dépistage de l’onanisme sévère / série S, planche 2

Ça me fait penser de loin au manteau que portait Kristin quand je l’ai connue il y a six ans ; il était à peu près de la même couleur rose. Vieux rose. Rose incarnat, peut-être. Ou rose vénitien. Une couleur en tout cas rare pour un manteau en laine d’alpaga, et la doublure était en soie violine, les boutons en nacre mauve irisée, l’ensemble troublant et irrésistible : fatal ! Je passe sur les détails de ma rencontre avec Kristin, dans le jardin des Tuileries, un jour glacial de février. Elle était là perdue, seule et sans argent ni amis ni nulle part où aller. J’ai été le pigeon idéal, une proie facile. On est allés chez moi. Et puis, etc. Pas pu lui résister. On s’est mariés en juin. Les premiers temps, l’idylle fut sans nuages. Puis vinrent très vite les reproches. Elle trouvait que j’avais des besoins trop pressants et tenait que le coït, ça suffit une fois tous les six mois. Je n’ai pas voulu lui présenter les statistiques de l’OMS (8,7 fois par mois), c’eût été inélégant. Et contre-productif. Il n’empêche, j’étais las soir après soir que Kristin se refuse à mes pénétrations. Las est un peu faible, disons à bout de nerfs, fou de frustration. Il y a eu des disputes, une série ; des violences, cris, excès. Et elle a été conter à son avocat que je pleurais dans ses culottes et me masturbais dans la doublure de son manteau rose. Elle a obtenu le divorce pour fétichisme aggravé ; ça m’a coûté l’appartement.

13 février 2018

[Création] Daniel Cabanis, Viol de soi et récidive (Psychodiagnostic / 1)

La nouvelle série de Daniel Cabanis va encore plus loin dans l’humour grinçant et socialement inacceptable – dans l’incongru.

             Dr Zraikman / Dépistage de l’onanisme sévère / série S, planche 1

 

Ça me fait penser si j’ose dire à un obèse occupant à lui seul les deux places d’une banquette de métro à l’heure de pointe, alors que le wagon est bondé d’invalides, vieilles et femmes enceintes qui voudraient asseoir leur fatigue. Qu’est-ce que ce grossier tas de graisse encombrant ? Apparemment, c’est quelqu’un. Et il va travailler. S’il n’était là que pour son plaisir (et en particulier son plaisir solitaire), ça pourrait lui valoir de gros ennuis. Il se ferait a minima crever la panse par quelques prudes très à cheval sur ça. Donc, il a un travail. Dans l’import-export, sûrement. Il s’occupe de marchandises. Quelque part un entrepôt délabré : il brasse du vent, des sucres, des lipides, des poissons ou viandes boucanées sous vide et du maïs transgénique. Ah, il n’est pas jockey : c’est sûr. Qui est-il ? Pas Yvon de Bourgogne : ce gros snob ne prend pas les transports. Donc un autre monstre, va savoir qui. Je m’en vais lancer des noms au hasard : Gaupineau, Lagasse, Fritterman, Lottobazné, Percynian ! Zéro réaction. J’aime à lancer des noms sans citer personne, que je forge au fil de la salive. L’obèse a-t-il un nom ? Rien n’est moins sûr et nombreux sont (dans le métro) les anonymes. Faudrait demander ses papiers, qu’on soit fixé s’il en a dans quelque repli ou poche. Eh gros, tes papiers ! Rien. Le gros s’est désabonné. Il fait le mort. On n’est guère plus avancé.

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